Snowpiercer saison 2 épisode 3 : le début de la fin

Mathieu Jaborska | 9 février 2021 - MAJ : 09/02/2021 16:02
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photo, Sean Bean

Après un premier épisode qui prolongeait le cliffhanger clôturant la saison 1 et un deuxième épisode qui précisait le nouveau ton de la série, la saison 2 de Snowpiercer embraye avec un épisode transitoire toujours maladroit, mais prometteur.

ATTENTION, quelques spoilers.

 

photo, Daveed Diggs, Jennifer ConnellyLe diner est servi

 

Train à grande vitesse

Le dernier épisode ne mentait pas : en termes de rythme, cette suite compte bien ridiculiser la saison 1. On est loin de l'exploit. Les premières heures de la série avaient quand même déçu beaucoup de leurs spectateurs en mettant la révolution promise en pause le long d'une très longue enquête. Désormais, tout est inversé. L'intrigue principale progresse à vive allure, tandis que l'enquête (il en faut toujours une) est reléguée au rang de sous-intrigue insidieuse, révélant les dysfonctionnements du système établi.

Mieux encore, les moments clés s'enchainent sans trainer. Le dernier cliffhanger annonçait un enjeu crucial, lequel relançait la savoureuse bataille politique et guerrière en gestation et prévoyait le sacrifice du personnage de Mélanie. Et alors que beaucoup attendaient de ce nouvel épisode qu'il temporise le récit et réserve l'évènement pour le climax de la saison, voilà qu'il le raconte directement. Ce qui donne véritablement l'impression que l'arrivée de la Belle Alice a complètement accéléré le récit. Exactement le coup de boost que les détracteurs de la série attendaient.

Mélanie se prépare donc à quitter les deux trains pour concrétiser les espoirs de l'humanité, sous les yeux d'une fille vite reliée à sa cause et d'un Wilford toujours plus méprisant. Si l'obligatoire traitement de la relation mère-fille pâtit peut-être un peu de cette vitesse de croisière, l'implication du personnage campé avec jubilation par Sean Bean et le temps accru passé dans le train de ravitaillement en profite largement. Le grand méchant s'amuse désormais à imiter le spectateur ronchon (c'est-à-dire nous) et à commenter avec une mauvaise foi délectable la tournure des choses.

 

photoRéunion de crise

 

The Evil within

On l'avoue bien volontiers : on répète à chaque épisode notre intérêt pour la partition déchainée de l'ex-Boromir. Et pour cause : son personnage de dictateur industriel mégalo est probablement ce qui est arrivé de mieux à Snowpiercer, en plus de symboliser parfaitement les quelques qualités de la saison 2. Avec lui et l'absence totale de mystère sur ses intentions est arrivée toute une suite de concessions envoyant subtilement bouler les ambitions sociales de la série.

Et après un épisode 2 qui annonçait la couleur, à notre grand étonnement, Une grande odyssée persiste dans cette voie. Évidemment, elle ne se dépêtre pas de son trop-plein de personnages, de son production design opportuniste et de sa mise en scène tristement impersonnelle. Mais elle se vautre encore un peu plus dans la série B bourrin, en introduisant notamment une petite milice de fachos au service de Wilford, dont la loyauté se cristallise autour d'un slogan criant ses implications totalitaires : "Travail, honneur, ordre". Une belle bande de crétins bodybuildés qui promet de jouer un rôle amusant dans la baston à venir.

Surtout, on a le plaisir d'enfin passer un peu plus de temps aux côtés d'Icy Joe, monstre de Frankenstein rappelant furieusement La Montagne de Game of Thrones. La séquence où il se "renforce" sous le scalpel d'un duo de scientifiques fous anticipe certes une future trahison déjà limpide, mais achève de plonger la série dans un fantastique bêtement divertissant. Même le train en lui-même, si mal exploité auparavant, commence enfin à avoir une utilité, grâce à quelques plans extérieurs aussi spectaculaires qu'absurdes où Mélanie fait carrément drifter le véhicule dans la neige entre deux coups de nitro. La plausibilité de la chose, déjà sérieusement craquelée, commence à voler en éclat, et tant mieux !

 

photoComment je suis devenu un super-méchant

 

Correspondance

Néanmoins, malgré la hausse de rythme évidente, tout ceci n'est encore qu'une transition. Une transition entre le premier vrai choc des civilisations et une fragmentation de la narration inédite amorcée dans le cliffhanger, laquelle va forcément encore accélérer la guerre froide en cours. L'épisode 3 pose les fondations de l'affrontement qui se profile, avec une Mélanie qu'on imagine revenir en héroïne auprès d'une fille initiée à la révolte, un Layton seul contre tous et enclin à céder à la violence, un Wilford qui cherche déjà à buter tout le monde et un Icy Bob destructeur.

D'où le traitement vraiment sommaire de certaines sous-intrigues, et de personnages mis en attente de leur rôle à jouer, comme la grande brulée éplorée ou Ruth, la Dwight Schrute du Snowpiercer. Patience est mère de grosse baston, même s'il n'aura pas fallu attendre longtemps. Dans la saison 1, les transitions duraient cinq épisodes. Dans cette saison 2, les scénaristes Josh FriedmanGraeme Manson et Zak Schwartz assument enfin de s'inspirer de la suite de la bande dessinée et mettent vite les pieds dans le plat. Il ne reste plus qu'à le goûter.

Car le véritable test pour cette nouvelle salve d'épisodes commencera la semaine prochaine, alors que les problématiques sont définies et que le récit ose enfin quitter - littéralement - ses rails. Mélanie disparaitra-t-elle ? L'intrigue devra-t-elle céder au montage alterné ? Et surtout, cela permettra-t-il enfin à Snowpiercer de se laisser aller au divertissement guerrier ? Pour la première fois depuis qu'on a commencé à la traiter, on attend avec impatience le prochain épisode.

Un nouvel épisode de la saison 2 de Snowpiercer sur Netflix chaque mardi en France dès le 26 janvier 2021

 

Affiche US

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commentaires lecteurs votre commentaire !
Renton
10/02/2021 à 18:17

Saison, très limite, la saison 2 par contre, le feu, aucun temps mort.


09/02/2021 à 20:24

Merci à Matthieu pour ces critiques. Je suis sur the expanse en ce moment, je me mets à la saison 2 de snowpiercer juste après.

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