Sandman : critique qui fait de beaux rêves sur Netflix

Arnold Petit | 5 août 2022 - MAJ : 06/08/2022 00:43
Arnold Petit | 5 août 2022 - MAJ : 06/08/2022 00:43

Après American Gods et Good Omens sur Amazon, l'adaptation tant attendue de Sandman débarque sur Netflix. La série tirée de l'oeuvre culte de Neil Gaiman et développée par David S. Goyer (The Dark Knight, Man of Steel), Allan Heinberg (Wonder Woman) et l'auteur lui-même est-elle à la hauteur des comics et des attentes des fans ou est-ce que le rêve vire au cauchemar ?

DREAM COME TRUE

Parmi les plus grands comics de tous les temps, ceux qui ont marqué la bande dessinée et qui ont gagné des légions de fans en même temps que tout un tas de récompenses, Watchmen arrive généralement en premier, et à un moment ou un autre, Sandman finit par être cité à son tour.

Avec ses dessins étranges tout en aplats, son histoire aux allures de conte gothique et son monde onirique dans lequel les super-héros de DC côtoient des figures mythologiques, des divinités, des personnages historiques ou des incarnations du Désir et de la Mort, l'oeuvre créée par Neil Gaiman est aussi belle et fascinante qu'elle est cryptique et complexe.

Entre fiction et réalité, rêve et cauchemar, fantaisie et philosophie, l'auteur britannique et les artistes qui l'ont accompagné de 1988 à 1996 ont imaginé une saga unique, à la fois sombre et poétique. Un parfait matériau pour un scénario, mais avec une telle richesse qu'il peut être difficile et coûteux de le porter à l'écran.

 

Sandman : photo, Tom SturridgeMorphée et ses idées noires

 

Depuis les années 90, plusieurs projets se sont succédés et ont été avortés, et cette adaptation est elle-même restée dans les limbes de Warner Bros. pendant des années avant d'être récupérée par Netflix en 2019. Ce qui devait être un long-métrage écrit par Jack Thorne (Skins) et réalisé par Joseph Gordon-Lewitt a finalement pris la forme d'une série de dix épisodes écrite et produite par David S. Goyer, Allan Heinberg et Neil Gaiman en personne. Un format plus à même de retranscrire la complexité du monde et des thèmes du roman graphique.

Après un développement aussi compliqué, il est donc normal de ressentir autant d'excitation que d'appréhension en lançant cette première saison de Sandman, même avec l'implication de l'auteur dans le processus créatif ou la présence de Charles Dance, David Thewlis, Stephen Fry, Gwendoline Christie, Boyd Holbrook ou Jenna Coleman au casting.

Pourtant, dès l'introduction, l'inquiétude laisse place à une agréable surprise. Dans une scène d'ouverture aux effets spéciaux grandiloquents, la série fait étalage de ses ambitions et plonge (littéralement) le spectateur dans le Royaume des Rêves en quelques minutes pendant que la voix de Morphée (Tom Sturridge) présente les bases de l'univers miraculeux et surréaliste sur lequel il règne.

 

Sandman : Photo Vivienne AcheampongLucienne, fidèle bras droit et bibliothécaire du Royaume des Rêves

 

SWEET DREAMS (ARE MADE OF THIS)

Sans être une adaptation case par case, le récit de Sandman est strictement le même que celui des comics et démarre exactement de la même manière : un mage occulte du nom de Roderick Burgess (Charles Dance) emprisonne par erreur Morphée, le Maître des Rêves et l'un des Infinis incarnant différents concepts de la condition humaine. Retenu captif pendant près d'un siècle, le Seigneur des Songes parvient à se libérer, mais son absence ayant perturbé le sommeil de l'humanité et causé l'effondrement de son Royaume, il part alors en quête des objets magiques qui lui ont été volés afin de retrouver ses pouvoirs et restaurer l'ordre universel.

Du duel en Enfer entre Morphée et Lucifer à sa rencontre avec les Parques en passant par l'apparition de Caïn et Abel, le scénario reprend scrupuleusement tous les éléments des deux premiers volumes, Préludes et Nocturnes et La Maison de Poupée, y compris le découpage en histoires individuelles et les passages les plus malsains et dérangeants, avec le massacre dans 24 heures (l'épisode 5) ou la convention de tueurs en série dans Collectionneurs (l'épisode 9).

 

Sandman : photo, David ThewlisLe dernier dîner avant la fin du monde

 

Que ce soit au niveau de la narration, des décors ou des costumes, le respect pour le matériau d'origine transparaît tout au long de la série et les scénaristes ont parfaitement compris que le voyage du Maître des Rêves est un formidable conte existentiel posant différentes questions sur l'identité, la mort, l'amour, la famille, la société ou la frontière entre mythe et réalité.

Alors que la beauté et la cruauté se manifestent sous toutes ses formes, fantastiques ou réelles, le personnage s'interroge sur son rôle, ce qu'il représente et visite différents rêves, différentes époques et différents lieux, plus ou moins sombres ou féériques, croisant la route de Johanna Constantine (Jenna Coleman) et essayant de comprendre ces êtres humains qu'il est censé servir.

 

Sandman : Photo Tom Sturridge, Jenna ColemanConstantine en mieux

 

Pour autant, même si la série reste fidèle, Sandman apporte quand même plusieurs changements significatifs à l'histoire. Certains permettent d'éviter d'utiliser des héros de DC ou d'apporter de la diversité, renforçant l'inclusivité et la représentation des LGBTQIA+ déjà présente dans les comics, tandis que d'autres viennent réunir des passages, en rallonger d'autres et rendre le récit le plus accessible. Neil Gaiman a lui-même reconnu qu'il ne savait pas encore où il voulait aller dans les premiers chapitres et corrige directement ses maladresses des débuts en écrivant le premier épisode.

Ainsi, la plupart des personnages gagnent en profondeur et ceux qui n'étaient réduits qu'à une simple apparition peuvent désormais exister avec leur propre intrigue. Morphée reste cette figure énigmatique et torturée, qui peut se montrer aussi froide et distante que tendre et attentionnée, mais sa fragilité transparaît plus nettement derrière le regard intense, la voix grave et le teint fantomatique de Tom Sturridge.

Aussi magnétique que terrifiant, le Corinthien (Boyd Holdbrook) apparaît plus rapidement et occupe une place prépondérante ; les origines de John Dee (David Thewlis) et ses motivations psychotiques sont étoffées et l'excellent casting donne encore un peu plus de vie et de consistance à chacun des personnages.

 

Sandman : Photo Boyd HolbrookT'as d'beaux yeux, tu sais

 

DREAM IS COLLAPSING

Cependant, les qualités de Sandman sont aussi ses défauts. Comme dans l'oeuvre originale, les enjeux s'installent lentement, mais les rajouts du scénario, malgré tout ce qu'ils apportent aux personnages, finissent par plomber le rythme, notamment dans la deuxième partie de la saison inspirée du deuxième tome.

Ce qui était raconté dans une dizaine de pages se retrouve étiré sur plusieurs épisodes et plutôt que de laisser le spectateur découvrir le coeur du récit et se faire sa propre interprétation, la série explicite continuellement son message et ses intentions, probablement pour s'assurer que tout le monde comprenne l'histoire qu'elle raconte.

Le sixième épisode, avec les retrouvailles entre Morphée et sa soeur, la Mort (Kirby Howell-Baptiste), et le passage autour de Hob Gadling (Ferdinand Kingsley), se démarque clairement des autres, autant dans l'écriture que dans la réalisation, parce qu'il est un des rares à dégager un tant soit peu d'émotion et de créativité.

 

Sandman : Photo Kyo Ra, Tom SturridgeBalade entre les tombes

 

Hormis pour quelques séquences, la série ne parvient jamais à ramener l'horreur ou l'inventivité que Sam Kieth, Mike Dringenberg et Malcolm Jones III pouvaient mettre dans leurs dessins. Les effets spéciaux médiocres et les incrustations criardes en images de synthèse ne sont pas assez aboutis pour transporter dans le Royaume des Rêves ou récréer la terreur et l'émerveillement contenus dans certaines scènes et la photographie plate et générique n'aide pas à rendre les paysages et les songes plus captivants ou convaincants.

Malgré son budget conséquent, Sandman se rapproche plus de Locke & Key que de Game of Thrones visuellement et l'esthétique manque cruellement d'imagination pour une série qui traite des rêves et des cauchemars. Au bout du compte, cette adaptation est peut-être une bonne imitation des comics, mais sans le charme inquiétant et la magie qui les rendaient si précieux.

Sandman est disponible en intégralité depuis le 5 août 2022 sur Netflix

 

Sandman : Affiche française

Résumé

Sandman est une adaptation fidèle, ambitieuse et accessible, mais imparfaite en termes de rythme, de mise en scène ou d'effets visuels. La série aurait pu être encore meilleure si elle avait osé se détacher de l'oeuvre originale pour faire preuve de créativité et d'originalité plutôt que de raconter la même histoire, mais moins bien.

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Lecteurs

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commentaires
Friedrich
16/08/2022 à 17:43

The Sandman est une série que j'espère sans lendemain.

En dépit d'un comic très élaboré, l'adaptation en série traduit une fainéantise des scénaristes et des réalisateurs.

Les personnages sont insipides, réduits à des gimmicks sans contours.

Parmi ces gimmicks, et ce qui semble beaucoup agacer dans les commentaires ci-dessous (jusqu'à permettre l'expression d'un racisme qui devrait normalement conduire les modérateurs à faire leur travail même pendant le mois d'août), on compte des minorités qui vont exister per se - en tant que telles et seulement en tant que telles - dans la série.

Ce qui est regrettable sitôt que l'on admet qu'un travail légitime de représentation des minorités ethniques et sexuelles dans la culture doit aussi s'accompagner d'un travail d'élaboration de personnages un peu plus convaincants ... faute de quoi les personnages sont hélas réduits à une simple assignation ce qui, il me semble, doit correspondre à l'effet inverse de celui recherché par une représentation plus diversifiée de nos sociétés multiculturelles à l'écran.

Si les décors sont dans l'ensemble très réussis (ainsi que la bande son, du moins lors du premier épisode, le même thème musical tournant en boucle abouti inévitablement à l'indigestion auditive), le reste demeure particulièrement MOCHE.

Les effets-spéciaux ne donnent aucune consistance aux démons et autres crapuleries infernales, hélas déjà dépourvues de toute profondeur et d'envergure, tant dans leur écriture que dans leur design. Ces pitoyables démons sont à deux doigts de me rappeler une cinématique d'orcs sur WOW d'il y a quinze ans de cela...il me semble que les VFX ont fait quelque progrès depuis lors.

Aucune émotion, aucune inventivité, aucune mise en scène - sempiternel champ-contrechamp "je suis un loup", "je suis un chasseur", "je suis un serpent", "je suis une parodie involontaire du combat de Merlin contre Madame Mims" - il n'y a rien à retenir de cette série sauf son message principal : "Nos sociétés ne savent plus rêver".

A qui la faute ?

shivattaque
15/08/2022 à 10:32

J'ai beaucoup apprécié l'histoire et les personnages mais je suis sortie quelques fois à cause de la surreprésentation gay et de personnes de couleurs, que je trouve domage car non représentatif du monde dans le quel je vie.
(Attention je ne dit pas que ca n'existe pas et je me fiche du penchant de chacun)
Mais les gays sont loints d'être majoritaire et les gens de couleurs c'est pareil, surtout en Angleterre debut du 19ème.
Et puis pas de racisme, c'est un peux bizar.
Bref, partagé sur les chois mais j'ais un peux cherché pour les différences avec le comics et c'est visiblement pas trop mal, de plus créateur de l'oeuvre a validé donc je m'incline.
Je trouve étrange que les médias nous vende un concept de monde parfait dans les séries, où tous le monde pourraient faire et être ce qu'il veut sans jugement, sans racisme et que sa aurait toujours été ainsi dans l'histoire selon ces même film/serie.
En définitif "l'inclusivité" ne me dérange pas mais uniquement quand c'est représentatif (sauf exceptions qui parle spécifiquement)
Exemple : ca ne me dérange pas de voir un film ou une série Coréenne avec uniquement des Coréen en Corée.
Assez parler ca n'est qu'un resenti qui ne m'empêchera pas de regardé une éventuelle saison deux car les comédien et comédienne son très bon.

Fongion
10/08/2022 à 04:16

Il incorpore de plus en plus les minorités dans les films et séries et ça ne me représente pas. Donc, j'ai décidé de ne plus écouté ces films. Dommage, ça avait l'air d'une bonne série. Maintenant, je n'écoute que les films ou séries asiatiques, ils ne misent pas.

Benjamin
10/08/2022 à 00:50

Je suis pour la diversité en général et dans les productions visuels évidemment, notamment une série comme Sense8 qui fait ça à la perfection et dans les œuvres de Gaiman en général qui est un maître en la matière. Mais alors là, je trouve qu'ils ont vraiment forcé le trait complètement, en dénaturant certains personnages. C'est vraiment en dépit du bon sens. Et ça me gêne sur la longueur. Autrement, étant grand fan de la BD, que je considèrais comme quasi inadaptable, je trouve que ça marche par moment. Mais que c'est vraiment raté parfois. Ils ont fait des choix un peu curieux et c'est en dents de scie. Néanmoins ça a tout de même la rigueur visuel des bonnes productions anglosaxonnes. Je resterais curieux pour la saison 02.

MystereK
09/08/2022 à 23:34

DEDALUS lorsque qu'il y a déséquilibre, il y a une mécanisme de contre-balance qui passe automatiquement par une exagération dans le sens opposé pour permettre de se faire entendre, C'est la nature des choses, à la manière d'une pendule, sinon impossible de faire changer les choses, et comme tout mouvement de balancier, avec le temps et des aller retour, on parvient à un équilibre. Là, on passe par cette phase obligatoire qui pousse un peu trop sur un des côté, mais cela va passer.

Dedalus
09/08/2022 à 16:18

Mysterek. Le soucis majeur est que la propagande communautaire -véhiculant un message positif j'en conviens- est qu'il procède du même système de pensés que la propagande tout court, de même que le racisme positif est 'l'autre face du racisme: on ne choisit pas un individu parce qu'il est le plus approprié pour le rôle mais seulement pour ce qu'il est. Cela a des conséquences sur la cohérence de certains films. Je crois que cette contradiction est la principale raison pour laquelle les mouvements communautaires ne remportent pas une adhésion plus large.La dérive est contre-productive en matière de mœurs. La méthode devient elle-même idéologie. Il faut selon moi une représentation proportionnée et justifiée de la population occidentale. Plus de héros blanc que héros noir dans les films occidentaux?
Évidemment, les blancs sont plus nombreux en occident, tout simplement. Pour ce qui est de Sandman, je ne savais pas la dimension LGBT était présente dans la BD. Donc, je m'incline. Ce n'est donc pas de l'opportunisme malsain.

MystereK
09/08/2022 à 09:09

DEDALUS Au vu des réactions ci de-ssous, non, le discours n'est pas dépassé. Faite le compte vous même ; sur tout ce qui sort au cinéma, moins de 5% de représentation de minorités dans les rôles principaux, la plupart sont relégués au rôles annexes, s'ils existent. Il sera dépassé lorsqu''il y aura une représentation équilibrée de la société dans un film Et si la contre-culture a malmené la représentation WASP, c'est surtout dans d'autres domaines, comme la musique, et au cinéma elle fut pu discrète et beaucoup moins au niveau des représentation des alternatives sexuelles, souvent aussi cantonné dans les rôles des méchants. La contre culture est une chose, mais les mouvements mainstream sont largement resté fidèle à la pseuso-normailité du héros blanc et hétéro et cela ne fait que quelques années qu'il essaie de montrer autre choses, par petite touches au début, mais à chaque fois, à la moindre allusion qui va un peu loin, il y a des réactions comme celles ci-dessous, alors autant y aller franco et faire comme dans Sandman,, cela rétablira l'équilibre qui manque.


SI on veut voir un film sur l'intersectionnalité il faut voir Sandamn, parce que la BD parle déjà de cela et la série y est fidèle. Pour rappel Gaiman a déjà été récompensé il y a des années par la communauté LGBTQ concernant Sandman.

Dedalus
09/08/2022 à 00:13

mysterek. Votre discours, je le crains, est dépassé. Depuis 20 ans la representation des minorités au cinéma est actée. La propagande wasp comme.vous dites, a éte malmenée par la.contre-culture américaine depuis des lustres. Oui c'est lourd, parce que dans la serie il y a une sureprésentation grandguignolesque des couples mixtes et lgbt, ce qui n'est pas le sujet, il y a une volonté d'inserer une vision societal à coup de marteau et de burrin...le probleme n'est pas le message mais le traitement du message. En outre tous les sujets sont bons mais certains mélanges sont indigestes. Si vous voulez voir une serie sur l'intersectionnalité voyez Transparence, au moins on est prevenu..

Pripri
08/08/2022 à 17:44

Moi j'adore les pédés, ils me font rire quand ils s'embrassent c'est rigolo parce qu"ils ont le même sexe. Genre ça existe les gens qui ont 2 kikis et qui s'aiment LOL.
Sandman on dirait Nicolas Sirkis XPTDR

Schtroumpfette
08/08/2022 à 08:31

Je vois passer beaucoup de commentaires sur le thème de la propagande lgbt. Je ne me suis pas sentie prise en otage par cette série. Il y a des histoires d'amour, des pulsions sexuelles entre des êtres humains ou surnaturels, point barre. Dommage de dénigrer pour cette raison-là une série qui a de nombreuses qualités.

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