The Expanse saison 6 : critique achevée par Amazon

Lino Cassinat | 14 janvier 2022
Lino Cassinat | 14 janvier 2022

The Expanse, géniale série de SF lancée par Hawk Ostby et Mark Fergus sur SyFy fut tuée tragiquement par le manque d'audience. Ressuscitée plus tard par Amazon Prime Video, cette renaissance devait être un beau roman, une belle histoire. Mais son achèvement avec cette ultime "saison" n'a rien d'une transcendance accomplie et tout d'un nouveau meurtre, plus crapuleux encore que le précédent, tant cette fin ressemble plus à une exécution sommaire au bord d'une fosse commune qu'aux Ides de Mars.

STELLARIS PERSONAE

Après plusieurs mois de guerre ouverte contre les ceinturiens menés par le belliqueux Marco Inaros, les premiers d'hier sont devenus les derniers d'aujourd'hui. Malgré une alliance entre Mars et la Terre, les deux ennemis jurés d'hier ne peuvent rivaliser face aux trop nombreux avantages technologiques et stratégiques accumulés dans l'ombre pendant des années par le chef rebelle, et les deux hégémons se savent condamnés si la guerre d'usure perdure. Mais, lors d'une mission de routine, le capitaine Holden et l'équipage du Roci découvrent une faille qui pourrait retourner le cours du conflit.

 

 

Le fan affuté de The Expanse aura probablement déjà déduit le gros problème de cette saison 6 dans l'énoncé qui précède : alors que la qualité suprême de la série a toujours été la solidité d'acier et la cohérence à toute épreuve de son écriture ultra-rigoureuse, son ultime saison démarre grâce à... du hasard. Un bon gros coup de bol même pourrait-on dire. Une facilité inhabituelle et qui en soi ne signifie pas grand-chose, mais qui s'avère être le premier gros symptôme du mal qui ronge ce point final à une série que nous avons tant aimée : elle est prisonnière de sa logique d'action.

Rapidement, la très désagréable impression d'être devant le résumé Wikipedia de ce qu'aurait dû être cette saison 6 envahit le spectateur. Il n'y a plus ici qu'une énumération de péripéties - inhabituellement fades, qui plus est. L'histoire a déserté, et les personnages ont été vidés de leur substance. L'âme de la série est écrasée sous le poids d'un cahier des charges narratif devenu tyrannique. Pas le temps pour les émotions, l'exploration de l'univers, ou de tisser la toile de fond. Non, il faut conclure, et vite, trop vite.

 

The Expanse : photoTiens, ce serait pas un incident déclencheur sur mon radar ?

 

ÇA SENT LE ROCI 

Alors, tout le monde s'organise pour en finir : machin fait un truc pendant que bidule amène MacGuffin aléatoire numéro 26 à chose. Pas le temps de penser, il faut agir, et rien ne dévie moins de sa trajectoire qu'un pantin qui ne réfléchit pas. Tout le monde progresse en ligne droite selon un programme horriblement robotique. Cette nécessité est tellement impérieuse qu'elle est directement incarnée dans Guoliang, nouveau personnage atroce aussi plat et mort que le cadavre écrasé de Mufasa, dont la seule fonction est de torcher le développement psychologique de Marco et Filip.

Comme une troupe de PNJ, tout le monde ici accomplit sa destinée programmée et personne n'interagit plus que ce qu'il ne faut pour faire avancer le scénario, car il faut que cela avance, pas de temps à perdre.

 

The Expanse : photoGuoliang à droite, qui vérifie que le scénario avance comme prévu

 

Alors certes, en fouillant un peu et en restant attentif, une ou deux scènes parviennent à reproduire une petite vibration, quelques idées intelligentes se démarquent (dont une sidérante prédiction de la crise migratoire initiée par Lukashenko) et rappellent que The Expanse est (fut ?) une série d'une finesse remarquable. Mais le mal est fait : impossible de s'impliquer dans ce récit éteint, artificiel et paresseux, dénué de la moindre ambition narrative ou visuelle.

Même le travail technique, pourtant d'ordinaire déjà le point faible de The Expanse, est à minima. Où sont passés les décors variés et créatifs d'avant, les scènes d'action en plan séquence, l'enchantement et la découverte de nouveaux horizons ? Ne restent qu'une enfilade d'intérieurs de vaisseaux et de ponts de commandement, et l'on croit halluciner lorsqu'on nous fait grâce de quelques gros plans ou de cadres un peu composés.

 

The Expanse : photoOh tiens, un plan moyen pas inspiré

 

LA MORT N'EST PAS UNE FIN

En toute franchise, on fulmine un peu lorsque défile le générique de fin du tout dernier épisode de The Expanse, le meilleur de cette saison bâclée certes, mais juste dans la moyenne haute au regard de la globalité de la série. La pyrotechnie, l'intensité et l'action trépidante reviennent enfin, mais il est déjà trop tard. Le sentiment de gâchis est là, clair, net, précis. Manifestement, plutôt que de servir une belle cerise, Amazon a servi la soupe au cours de ce sprint final, et donne presque même l'air de râler en le faisant, comme si on dérangeait avec nos exigences. Voilà qui a de quoi sérieusement entamer le capital sympathie.

Comment expliquer autrement ce choix absolument suicidaire de conclure en six épisodes seulement et donc d'assumer, par là même, de laisser complètement en jachère de nombreux arcs narratifs ? C'est plus de moitié moins de temps que les légendaires saisons 2 et 3 - que nous consacrons d'ailleurs officiellement et donc définitivement comme les meilleures de la série - et les dommages sont aussi inévitables que colossaux. La protomolécule, l'avancée du rêve de Mars, les aliens... tout ce qui n'est pas de l'ordre de la politique de l'espace sera laissé à la discrétion du spectateur et de son imaginaire. La série n'en fait tout simplement pas son affaire, se débarrasse de tout ce qui ne l'aide pas à se débarrasser du cadavre et se tirer au Mexique.

 

The Expanse : photoPuisque c'est comme ça, je me barre au soleil

 

Et qu'on ne nous fasse pas le coup de la fin ouverte : le travail n'est pas fini. Creuse et famélique, cette conclusion n'en est tout simplement pas une. La demi-saison 6 de The Expanse n'est pas une fin, c'est une exécution. La preuve ? Ces six épisodes souffreteux paraissent bien misérables à côté de la fin de la saison 3, qui devaient déjà marquer la fin définitive de la série et apportait un vrai sentiment d'achèvement tout en laissant exactement ce qu'il fallait de mystères pour donner envie de continuer à parcourir cet univers mentalement. En un mot, on rêvait.

Plutôt qu'une transcendance, la renaissance de The Expanse aura donc abouti à une deuxième mort de la série. C'est peu de dire que cette saison 6 n'est pas à la hauteur des attentes, puisqu'elle satisfait déjà péniblement le minimum syndical. D'ailleurs même les auteurs des livres n'ont pas l'air de savoir quoi en faire puisqu'ils ont eux-mêmes déclaré il y a peu qu'ils considéraient cet arrêt de la série comme... une pause. Ce que l'on espère sincèrement vu la queue de poisson qui nous a été faite, pour ne pas dire la quenelle lyonnaise qui nous a été mise.

 

The Expanse : photoAmos, réduit à peau de chagrin

 

"... ET DÉFIER LES ÉTOILES TYRANNIQUES"

Que dire de plus, face à aussi peu de substance ? Tout cela peut sembler dur, mais qui aime bien châtie bien. Alors, il semble juste et logique de dire combien nous avons aimé The Expanse après l'avoir châtiée comme nous venons de le faire. Nous avons donc beaucoup, beaucoup aimé The Expanse. Après une première saison lente, mais très engageante, elle a su transformer ses faiblesses en avantages tout en profitant à fond de ses forces.

Tout cela l'a propulsée mille fois au-delà de sa promesse initiale au cours de ses saisons 2 et 3, ses heures de gloire flamboyantes que l'on évoque encore ici non sans encore trembler quelque peu. Bien qu'inférieures, les saisons 4 et 5 furent également de belles aventures.

 

The Expanse : photoDrummer, lorsqu'elle découvre le vide du scrpit

  

Évidemment, The Expanse n'est pas parfaite, elle ne l'a jamais été d'ailleurs. Hormis quelques moments de bravoure, la réalisation n'a jamais cassé des briques, et les effets ont généralement toujours oscillé entre "potables" et "bien exécutés sans plus". Tous les arcs narratifs n'ont pas également su toucher juste (la planète Ilos, Marco et Naomi...), même si la plupart ont su transporter très loin, voire effleurer du doigt le génie pur (faut-il vraiment préciser qu'on parle d'Éros ?). Mais, donnez de la boue à un bon artisan et il saura y trouver de l'or.

Tant pis pour les qualités naturelles ou cosmétiques : ce sont les traits profonds de The Expanse qui ont fait sa grandeur, son intelligence vivace, sa rigueur de travail, sa passion pour le genre. Et quelque part, son identité s'est aussi affirmée à travers ses défaillances.

 

The Expanse : photoUn grand méchant raté, mais bien coiffé

 

Nul doute qu'avec sa toile de fond fourmillante de détails, son inventivité créative et sa galerie de personnages attachants, voire marquants (Chrisjen et Amos), The Expanse a su se démarquer de la concurrence et faire revivre la hard SF télévisuelle légèrement en avance, a été une des premières à remettre de la pureté dans un genre exigeant trop souvent parasité par les ficelles du space opera (Perdus dans l'espaceFoundation), sans doute par sécurité.

Gageons que si The Expanse aura galéré, voire échoué, à trouver son grand public, elle aura contribué à enhardir les producteurs et préparer les esprits du public pour le futur. Et avec les superbes For All Mankind ou Raised by Wolves, il est permis de croire à ce futur. Ne nous quittons pas trop fâchés donc : pour tout cela, merci d'avoir existé !

La saison 6 de The Expanse est disponible en intégralité sur Amazon Prime Video en France depuis le 14 janvier 2022

 

The Expanse : Affiche US

Résumé

Une demi-saison égale une demi-histoire. Sèche et artificielle, la saison 6 de The Expanse laisse derrière elle un sentiment très amer, comme un goût d'inachevé et de gâchis. Les portes fermées le sont avec précipitation et désinvolture, et celles qui ne le sont pas sont si béantes qu'elles s'apparentent plus à des plaies ouvertes sur un corps amputé. Fatiguée, The Expanse abandonne dans la dernière ligne droite... et paradoxalement nourrit notre désir de ne pas l'abandonner et l'espoir fou que cette mort sans panache n'est pas une fin.

Newsletter Ecranlarge
Recevez chaque jour les news, critiques et dossiers essentiels d'Écran Large.

Lecteurs

(3.1)

Votre note ?

commentaires
Simon Riaux - Rédaction
17/01/2022 à 13:21

@Yazuk

Une note pile à la moyenne, pour un texte qui s'achève en remerciant la série pour ce qu'elle a apporté au genre...

C'est au contraire extrêmement mesuré dans le négatif.

Yazuk
17/01/2022 à 13:13

Rolala… tellement excessif dans le négatif. Moins bien que les autres saisons ? Oui. Trop rapide ? Oui. Mauvaise ? Non. Bonne ? Plutôt. Ça reste une excellente série de SF et une bonne série tt court.

Ahtssé
16/01/2022 à 15:08

Ils nous ont fait une game of throne avec des livres déjà écrits.
Les meilleurs saisons restent les deux premières et le rachat s'est fait sentir.
La conclusion est un résumé de ce qu'ils n'ont pas su préserver.
Là oú les détails et le réalisme maintenaient l'envie, il reste des conclusions précipités pour remplir le cahier des charges. Personnages, intrigues, tout est survolé.
Un grand dommage ...

Nothingjc
16/01/2022 à 10:49

Je n'ai pas encore regardé la saison 6... j'attends avec impatience la sortie du 9eme et dernier livre en france, juste un conseil, si vous aimez l'univers, lisez les livres...

Vanzen
16/01/2022 à 00:23

"@vanzen ton commentaire est juste pathétique c est vrai qu il faut être beau et star a oscars un petit mot regarde la saison 3 de westworld et dit moi ce que tu en penses"

Pathétique en quoi, exactement ?
J'ai pas le droit de penser que les comédiens de The Expense sont absolument tous nuls et inexistant ? Du rarement vu, d'ailleurs pour ce niveau de série. Je ne m'attaque pas à leurs personnes, mais à leur travail ... Ca fait partie de leur métier d'être jugé.

Quel rapport avec la beauté ou les oscars ? La comédienne qui joue Yennefer dans the witcher a un physique particulier, mais un charisme impressionnant et est complètement inconnue, de même que tous les comédiens de génie qui jouent dans Succession ...

La saison 3 de Westworld est aussi mauvaise que les deux premières étaient extraordinaires. Et là, pareil, on peut parler des heures du talent (et de la beauté, pour le coup ...) d'Evan Rachel Wood

Je
15/01/2022 à 23:06

@vanzen ton commentaire est juste pathétique c est vrai qu il faut être beau et star a oscars un petit mot regarde la saison 3 de westworld et dit moi ce que tu en penses

Tricopull
15/01/2022 à 20:15

Une série qui avait un vrai potentiel, mais qui s'est perdue dans sa narration, ses intrigues multiples et de moins en moins intéressantes, pour proposer une fin indigne.
Un affrontement final que l'on annonce épique, dantesque, et qui est tout juste représenté par 3 plans de tirs, des plans des protagonistes principaux dans leur vaisseaux, assistants au combat sur des écrans de contrôle que l'ont croirait tirés de space invaders.
Palpitant! Sans doute un hommage aux vieux star trek des années 60.

Holden semblait presque mort, fantomatique, tellement blafard et peu expressif qu'on le dirait malade.

Vanzen
15/01/2022 à 15:48

Le problème de cette série (comme quasi la plupart de Prime) c'est son casting à la ramasse avec des comédiens aussi charismatiques que des bidets et un jeu aussi original qu'un titre des musclés.
C'est pareil dans La roue du temps (hormis heureusement Rosamund Pike qui sauve le bazar à elle toute seule)
Quand on voit le casting de the Witcher (bon sang : Yennefer !).
Et je parle même pas de Succession avec 15 comédiens tous de génie ...

Gibbs
15/01/2022 à 12:32

Il va falloir apprendre à lire, les livres sont au Top et j'attends avec impatience les prochains opus

Pi
15/01/2022 à 11:46

@drummer

Va manger tes crottes de nez avec tes réflexion au niveau de la ceinture.

Plus
votre commentaire