Super Crooks : critique qui a perdu ses super-pouvoirs sur Netflix

Arnold Petit | 29 novembre 2021 - MAJ : 14/12/2021 22:49
Arnold Petit | 29 novembre 2021 - MAJ : 14/12/2021 22:49

Après The Magic Order (qui n'a jamais vu le jour) et Jupiter's Legacy (annulée au bout d'une saison effroyable), Netflix persiste à adapter les oeuvres du Millarworld - mais en animation cette fois - avec Super Crooks, disponible depuis le 25 novembre sur la plateforme. L'anime tiré du comics de Mark Millar et Leinil Yu est-il une bonne surprise ou une nouvelle déception ? Un peu des deux.

L'ULTIME RAZZIA

Prenez Ocean's Eleven, remplacez la bande de George Clooney par une équipe de super-vilains misérables et dysfonctionnels et vous obtenez grosso modo le scénario de Super Crooks. Un comics relativement classique, séduisant pour son concept et l'écriture rythmée de Mark Millar, et qui semble parfait pour une adaptation.

Entre sa violence graphique, son histoire calquée sur le film réalisé par Steven Soderbergh, l'aspect cinématographique de certaines planches de Leinil Yu et ses personnages extravagants, Super Crooks possède un potentiel certain et - comme la plupart des titres du Millarworld - a été conçu pour être porté à l'écran, petit ou grand. Pas étonnant donc que l'oeuvre du scénariste écossais et du dessinateur philippin soit une des premières que Netflix ait choisi d'adapter pour alimenter son catalogue.

 

Super Crooks : photoJackpot

 

Ce qui était plus surprenant en revanche, c'est que cette adaptation soit une série d'animation japonaise de 13 épisodes produite par le studio Bones (réputé pour son travail sur des animes tels que Full Metal Alchemist ou My Hero Academia) et réalisée par Hori Motonobu (Carole & Tuesday), mais aussi et surtout un spin-off de Jupiter's Legacy.

L'histoire originale n'étant étendue que sur 4 numéros (réunis dans un seul tome en France) et ne se déroulant pas dans le même univers, le scénariste Dai Sato (Cowboy Bebop, Altered Carbon : Resleeved) a donc été obligé de broder à partir du récit de Mark Millar (d'après ses conseils) pour l'étendre et le rattacher à celui de l'autre série.

 

Super Crooks : photoOn n’est pas bien là ?

 

Ainsi, plutôt que de s'intéresser uniquement à Johnny Bolt et l'équipe qu'il réunit pour son braquage en Espagne (le seul pays qui n'a pas de super-héros dans le comics, remplacé par le Japon), la série prend le temps de poser toute une trame de fond et revient sur l'enfance du super-vilain, ses motivations criminelles, la façon dont il a rencontré ses amis et partenaires et les différents évènements qui l'ont mené jusqu'au fameux braquage.

Le scénario fait assurément preuve de générosité, avec des références à Kick-Ass et des super-héros de Marvel et DC, des films de braquage comme Heat, mais aussi d'autres oeuvres plus étonnantes, comme Mary Poppins et sa célèbre formule magique, La Petite Sirène ou encore les films de George Romero quand les héros de l'Union se retrouvent face à des zombies.

 

Super Crooks : photoLes 4 Bouffons

 

Avec d'énormes ficelles et l'apparition de plusieurs personnages comme l'Utopien, Lady Justice ou Parangon, l'adaptation annulée de Netflix est désespérément rattachée à l'univers de l'anime. Malheureusement, comme la série tirée du comics de Mark Millar et Frank Quitely, Super Crooks est une adaptation ratée, qui veut tellement en faire qu'elle finit par saccager son matériau d'origine et ses personnages.

L'exemple le plus criant - et le plus triste - étant certainement Kasey, passée de petite-amie déchirée à potiche blonde vénale et hypersexualisée qui se trémousse pendant un générique avec des angles de caméra gênants, sinon franchement douteux (malgré son joli design des années 90 et le morceau funky de Towa Tei).

 

Super Crooks : photoPoupée gonflable

 

BRAQUEURS AMATEURS

Après une origin story déjouant habilement les attentes avec un retournement de situation brutal et sanglant qui rappelle évidemment la géniale Invincible, l'histoire de Johnny Bolt se développe entre chaque braquage qu'il entreprend (et rate), chaque personnage ayant le droit à sa petite introduction avec son épisode dédié.

Cependant, si quelques-uns profitent effectivement d'un traitement plus approfondi que dans le comics, notamment Johnny Bolt, mais aussi Carmine avec son passé de légende du crime ou le Prétorien et son jeu de cartes dont il tire ses pouvoirs, la plupart des héros sont délaissés au détriment de longues scènes d'exposition et de séquences d'actions purement jouissives, mais totalement inutiles.

 

Super Crooks : photoDésolé, on ne sert à rien à part faire de la figuration

 

Les sentiments, les failles et le code d'honneur qui unissent cette bande de bras cassés ne se ressentent jamais vraiment. Aucun d'entre eux ne parvient donc à susciter de la sympathie ou être aussi attachant qu'il l'était en quelques pages, y compris le charismatique Johnny Bolt.

M. Météo reprend son nom original dans les sous-titres d'un épisode à un autre, TK McCabe, le Ghost et Kasey sont inexistants à part quand ils doivent utiliser leurs pouvoirs et Christopher Matts, dit le Bâtard, n'est plus seulement un Terry Benedict capable de faire exploser des têtes par la pensée, mais une caricature du méchant sadique avec son Réseau de super-vilains.

 

Super Crooks : photoLe Prétorien, super-salaud aux pouvoirs presque illimités

 

Le scénario est pourtant explicité à outrance et se déroule à un rythme effréné, mais ce qui est raconté en une vingtaine de pages dans le comics est péniblement étendu sur neuf épisodes qui n'apportent finalement rien d'essentiel, sauf des braquages rocambolesques et des allusions à Jupiter's Legacy. Les remords de Johnny, sa relation avec Kasey, le rôle qu'a eu Carmine dans la vie de chaque membre de l'équipe, l'homosexualité du Gladiateur, la corruption du Prétorien et les questions de moralité autour des héros et des vilains, tout ce qui pouvait être approfondi dans la série ne l'est jamais.

Ainsi, les rajouts faits par rapport à l'oeuvre originale finissent par alourdir le scénario au lieu de l'enrichir et malgré un dynamisme certain au niveau du rythme ou de l'action, Super Crooks finit par tourner en rond avant le braquage final bâclé, comme le reste. Et alors que le comics de Mark Millar et Leinil Yu était rythmé et sympathique, la série de Netflix est longue et décevante.

 

Super Crooks : photoJohnny Bolt attendait mieux

 

BRAQUAGE À LA JAPONAISE

La frustration est d'autant plus grande en voyant le travail des équipes du studio Bones. Car si la série s'égare dans des détours inutiles tout au long de la saison, elle mérite d'être vue rien que pour son animation et ses scènes d'action intenses et violentes. Les braquages et les affrontements entre super-héros et super-vilains sont définitivement les meilleurs moments et la série exploite pleinement les pouvoirs de ses personnages dans des séquences dynamiques et variées.

On pense évidemment à une course-poursuite explosive dans les rues de San Francisco dans l'épisode 3, un combat en plein air dans l'épisode 6 ou un braquage dans le QG de l'Union dans l'épisode 8.

 

Super Crooks : photoQuand GTA rencontre X-Men

 

En plus de conserver la nervosité du comics et son atmosphère électrisante, l'animation japonaise correspond tout à fait à la démesure de certaines situations et adapte parfaitement le character design et les pouvoirs des personnages aux codes d'un anime traditionnel. La réalisation de Hori Motonobu n'est peut-être pas aussi grandiose qu'espérée et ne parvient pas à générer l'émotion ou l'empathie qui manque au scénario et aux personnages, mais l'animation reste fluide et excitante.

 

Super Crooks : photoUn Gladiateur sous-exploité, à part quand il doit utiliser ses poings

 

Et même si la filiation avec Jupiter's Legacy est aussi maladroite qu'abjecte, les passages avec l'Utopien et les autres membres de l'Union prouvent définitivement que Netflix aurait mieux fait d'adapter le comics de Mark Millar et Frank Quitely en série animée également. En dépit de ses défauts, et à l'instar d'Invincible et de Spider-Man : New Generation, Super Crooks confirme un peu plus que l'animation est peut-être le meilleur moyen d'adapter des comics de super-héros à l'écran et remet en question l'intérêt d'une adaptation en prises de vues réelles après ça.

La saison 1 de Super Crooks est disponible en intégralité depuis le 25 novembre 2021 sur Netflix

 

Super Crooks : Affiche française

Résumé

Comme Jupiter's Legacy, dont il devient un spin-off forcé, Super Crooks sacrifie l'intensité et la richesse du comics qu'il adapte pour une histoire anodine et alambiquée, mais reste quand même plaisant pour l'animation du studio Bones et ses scènes d'action sanglantes et explosives.

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commentaires
Critique sévère
30/11/2021 à 14:20

Perso j'ai passé un bon moment sur cette série que j'ai bingewatché, série que je compare volontiers à invincible et the boys évidemment.

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