Sex Education saison 3 : critique qui bande à part sur Netflix

Antoine Desrues | 17 septembre 2021
Antoine Desrues | 17 septembre 2021

Covid oblige, Netflix a dû faire patienter ses abonnés en retardant les tournages de certaines séries très attendues. Parmi elles, c'est peu dire qu'on trépignait d'impatience à l'idée de replonger dans l'Angleterre de Sex Education, sans doute l'une des plus belles surprises que la plateforme de streaming ait offertes. Alors que la saison 2 a laissé de nombreux enjeux en suspens, sa suite propose-t-elle un retour satisfaisant ?

L'éducation sentimentale

Pour remettre les points sur les i, et marquer les nombreux mois qui se sont écoulés entre sa saison 2 et 3 (dans le récit ET dans la vraie vie), la dernière salve d'épisodes de Sex Education débute sur un montage brillant, se permettant des raccords dans le mouvement et autres transitions malines pour dépeindre toute sa galerie de personnages dans une série d'ébats sexuels avec leur partenaire respectif.

En plus de nous replonger immédiatement dans l'esthétique inventive et irrévérencieuse de la création de Laurie Nunn, cette introduction nous renvoie à sa principale qualité : sa fluidité d'écriture et de mise en scène. Après tout, le miracle de Sex Education est au cœur même de son concept de teen-movie dynamité, où le jeune Otis (Asa Butterfield) se retrouve avec Maeve (Emma Mackey), la fille qu'il aime en secret, à lancer une "clinique de sexologie" clandestine. Au fil des épisodes, cette thérapie permet à de nombreux élèves de se confier sur leurs tourments ou leurs interrogations intimes, souvent causés par l'ignorance d'un système éducatif figé dans le temps.

 

Photo Aimée-Lou Wood, Emma MackeyQuand tu risques de rater ta fenêtre de tournage à cause de la pandémie...

 

Ainsi, la série a pu, au cours de ses deux premières saisons, jouer de ses archétypes de personnages, de la bimbo superficielle au harceleur, pour gratter sous le vernis de cette image que chacun veut donner de soi dans un milieu scolaire carnassier. La série a trouvé un équilibre difficile pour pénétrer dans l'intimité de ces adolescents sans paraître intrusive, et ainsi leur donner de l'épaisseur dans leurs moments de vulnérabilité.

Or, ce qui frappe immédiatement avec cette saison 3, c'est de constater à quel point les deux premiers volets de Sex Education ont travaillé au corps leur narration. Quand bien même la relation complexe entre Otis et Maeve (laissée en suspens dans la saison 2 après une déclaration d'amour au téléphone effacée en cachette) reste au cœur de l'histoire, les deux protagonistes appartiennent désormais à un récit choral virtuose, où chaque relation peut évoluer, même au cours des dialogues les plus triviaux.

En retrouvant ses fameux travellings dans les couloirs du lycée de Moordale, qui transitent d'un personnage à un autre, la réalisation parvient avec une simplicité déconcertante à jongler entre toutes ses intrigues, incluant même plus que jamais les professeurs de l'école. Mieux encore, la série y trouve l'occasion d'introduire le plus naturellement du monde des nouveaux venus, à commencer par Cal (Dua Saleh), qui permet (enfin) au scénario d'aborder la question de la non-binarité, et de sa réception dans le contexte scolaire.

 

photoCal (Dua Saleh), nouveau visage récurrent de la série

 

(Se)x-Files

Pour autant, la saison 3 de Sex Education ne se contente pas d'abuser des acquis de ses débuts. Au contraire, elle bouleverse son statu quo dès son premier épisode avec l'arrivée de la remplaçante du proviseur Groff, licencié à la fin de la saison 2. D'abord mielleuse et encourageante, Hope (Jemima Kirke) cache en réalité un jeu bien plus calculé, où le bien-être et l'individualité des élèves se voient bafoués par une gestion de l'ordre passéiste, qui supposerait un refoulement total des émotions.

À ce sujet, malgré la présence de quelques flashbacks maladroits et un peu cheap (qui passent en 2:39, le nouveau dada de Netflix), la série interroge avec beaucoup de pertinence l'héritage néfaste des baby-boomers de leur descendance. Le personnage de Michael Groff (Alistair Petrie), jusque-là présenté comme un père et un directeur d'école froid, se montre bien plus vulnérable maintenant qu'il a perdu son emploi et sa famille. Avec beaucoup de tendresse, Laurie Nunn et ses équipes le laissent contempler une enfance traumatique, sous le signe d'un père abusif et d'une vision de la masculinité où pleurer est impossible.

 

photo, Alistair Petrie, Jason IsaacsUne saison de l'introspection pour certains personnages

 

Dès lors, l'ensemble des huit épisodes (qu'on aimerait plus nombreux) étudie avec intelligence ces silences résignés et leurs conséquences, qu'ils concernent le début de relation difficile entre Eric (Ncuti Gatwa) et Adam (Connor Swindells), ou le rejet qu'Aimee (Aimée-Lou Wood) fait de son propre corps après l'agression sexuelle qu'elle a subie dans la saison précédente.

Bien entendu, Sex Education n'a pas pour autant perdu de son énergie joviale et revigorante de teen-movie, comme peut en attester certaines sous-intrigues, à l'instar d'un voyage scolaire délirant sur les terres françaises. Mais cette saison 3 a le mérite de confronter sa galerie de personnages touchants à des situations toujours plus graves et sombres, menant à certains dialogues bouleversants dont la série a le secret.

 

Photo Ncuti Gatwa, Asa ButterfieldToujours le meilleur duo !

 

D'ailleurs, c'est dans ces moments particuliers que toute la beauté de Sex Education éclot, et fait même ressortir sa dimension feel-good. Face à des générations de parents et d'enfants qui ont souffert d'une absence de communication de leurs sentiments, les adolescents de Laurie Nunn décident de s'émanciper de ce cercle vicieux par la prise de parole. L'écoute d'Otis et ses bons mots, qu'il a cherché à rejeter, commencent à porter leurs fruits sur tout le lycée Moordale.

En brisant ainsi le silence, c'est toute une génération qui s'exprime, et qui saisit le monde pour le faire évoluer. L'ensemble trouve ainsi le moyen de graviter avec douceur autour de la grossesse de Jean, la mère du protagoniste (toujours incarnée par la superbe Gillian Anderson), qui porte à sa manière cet héritage d'une jeunesse en quête de réappropriation de son futur.

Alors certes, on pourrait toujours reprocher à cette nouvelle fournée quelques raccourcis narratifs un peu feignants, ou même la présence étonnamment importante de blagues scatologiques, mais Sex Education s'impose plus que jamais comme l'une des propositions les plus enthousiasmantes de Netflix. On y ressent l'amour sincère de ses scénaristes pour leurs personnages, toujours incarnés avec justesse par un casting au diapason. Et surtout, là où d'autres séries se contentent bêtement de sortir du formol l'esthétique des films de John Hughes (n'est-ce pas Stranger Things...), la création de Laurie Nunn en saisit l'esprit rebelle et sa nécessité, la force exaltante du poing levé de John Bender à la fin de The Breakfast Club.

La saison 3 de Sex Education est disponible en intégralité sur Netflix depuis le 17 septembre 2021. Les saisons 1 et 2 sont toujours disponibles.

 

affiche saison 3

Résumé

Toujours aussi fraîche et revigorante, Sex Education transforme l'essai avec sa saison 3, plus que jamais portée sur une jeunesse qui a besoin de briser le silence de ses aînés. Même lorsqu'elle aborde ses idées les plus sombres, voilà une série qui fait du bien !

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Lecteurs

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commentaires
Moixavier58
17/09/2021 à 18:56

C'est marrent, cette annee, c'est la seule serie Netfix qui merite d'etre continuer (regarder

Jojo
17/09/2021 à 11:33

Me tarde de commencer cette nouvelle saison ❤️

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