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Shadow and Bone : critique qui n’a pas froid aux os sur Netflix

Par Simon Riaux
23 avril 2021
MAJ : 29 mai 2024
17 commentaires

Plus que jamais en quête de licences et de sagas susceptibles d’attirer des hordes de nouveaux abonnés, Netflix s’est lancé il y a quelque temps déjà dans une politique d’acquisitions, dont Shadow and Bone est le dernier avatar. La première saison de cette épopée de fantasy à destination d’un public d’adolescents et de jeunes adultes est-elle à la hauteur des ambitions de la plateforme ? 

Affiche US

DE VODKA ET D’OMBRE 

De productions précipitées aux ingrédients formatés, les incursions du géant de la SVoD dans le fantastique, le surnaturel ou la fantasy ont souvent été accueillies fraîchement. Elles ont surtout peiné à proposer plus que des divertissements de pur flux, conçus pour être consommés rapidement, et oubliés quasi-instantanément.

Par conséquent, quand se profile cette énième aventure mettant en scène des jeunes gens écartelés entre les forces du bien et du mal, découvrant des pouvoirs surhumains tandis que fondent sur eux les joyeusetés de trio amoureux épais comme des cuisses de culturistes, on craint le pire. 

 

photoAttendez de découvrir à quoi il cerf…

 

Mais l’adaptation de la trilogie littéraire éponyme imaginée par l’Américaine Leigh Bardugo a néanmoins quelques solides arguments à faire valoir. Le premier tient à sa direction artistique. L’action prend place dans le royaume de la Ravka, aux inspirations éminemment slaves et russes, passées au tamis d’un XIXe siècle fantasmatique.

Et le résultat a cette première essentielle vertu d’être relativement dépaysant, n’essayant jamais de trop singer l’esthétique steampunk qui a transformé un pan de notre imaginaire en bas-fond londonien engoncé dans la brume. Des costumes, en passant par l’architecture, aux couleurs, jusqu’à la personnalité de plusieurs de ses personnages, Shadow and Bone distille une atmosphère singulière, très plaisante à l’œil. 

Cette capacité de séduction tient aussi au soin apporté dans la production de l’ensemble. Les épisodes multiplient les décors, les espaces et les univers, variant au passage les myriades d’accessoires, de vêtements et autres ornements typiques des factions ou cultures qui s’affrontent au cœur de cet empire sur le point d’imploser. Cette variété assure à l’ensemble un relatif dépaysement, et déploie rapidement un charme certain sur le spectateur. 

 

photo, Ben Barnes, Jessie Mei Li« Netflix, lumière ! »

 

TOUCHE PAS AU GRISHA ! 

À ce confort de visionnage vient s’ajouter une mythologie, encore trop effleurée dans cette première saison, qui nous offre quantité de pistes intéressantes, et dont les rapports au corps comme à la cruauté sont prometteurs. En effet, les Grishas, groupe social constitué de magiciens, au cœur des enjeux de pouvoirs qui traversent l’intrigue sont dotés de capacités, et notamment d’interactions avec le monde animal, qui pourraient amener le récit vers des rivages aussi inquiétants que symboliquement forts. 

La mise en scène ne poussera personne à se relever la nuit, tant elle se révèle fonctionnelle et incapable de nous offrir de véritables trouvailles ou de proposition franchement originale, mais elle vaut néanmoins beaucoup mieux que le tout-venant du genre. Sans doute inspirée par la qualité de la direction artistique générale, elle se met constamment à son service, et pense plus à nourrir l’identité visuelle de la série qu’à bouleverser ses codes de narration. 

 

photo, Ben Barnes« Pourvu que personne ne se doute que je ne suis trop gentil en vrai »

 

Un choix qui n’inscrira pas Shadow and Bone dans les manuels d’histoire de l’art, mais présente deux avantages certains. Le premier, c’est de nous permettre de rapidement comprendre les tenants et aboutissants d’une mythologie plus vaste et complexe qu’elle n’en a l’air. Cette limpidité permet à l’ensemble de ne pas nous abasourdir de dialogues explicatifs pompeux, tandis que l’action, elle, demeure perpétuellement lisible, y compris lors des quelques joutes et scènes d’action, plutôt bien menées. 

Hélas, le scénario ne jouit pas toujours de la même originalité. Ainsi, on n’évitera pas les sempiternelles hésitations entre un amour de jeunesse fruste, mais honnête et transi de nobles sentiments d’un côté, et un brun ténébreux dissimulant de lourds secrets de l’autre. Passe encore que la série n’entende pas révolutionner le récit amoureux, mais on regrettera également que dans sa seconde moitié, elle ne fasse rien pour s’épargner les pires clichés sur les représentations du bien et du mal. Une faiblesse d’autant plus criante que pour sympathique qu’elle soit, l’interprète de l’héroïne, Jessie Mei Li, a bien du mal à apporter un peu de passion et de chair à son personnage.

 

photo, Jessie Mei LiLa partie de shifumi la plus tendue de l’histoire

 

PAR-DELÀ LE BIEN ET LE MAL 

Les forces en présence apparaissent dans un premier temps caractérisées si lourdement, qu’on se prend à espérer raisonnablement qu’un twist viendra nuancer la chose. Mais non. Sans doute désireux de séduire un public qui n’aime rien tant que retrouver ses petits et suivre un déroulé douillet, loin de toutes formes de surprise, Shadow and Bone nous propose donc des gentils très gentils, et des méchants très méchants. Un procédé plutôt rébarbatif, qui vient contrecarrer certains demi-twists, qui s’avèrent si prévisibles qu’ils ne peuvent fonctionner décemment. 

Par conséquent, une fois Alina réfugiée au Petit Palais et la troupe de Kaz lancée à ses trousses, le scénario mollit considérablement. Il en va de même pour une sous-intrigue, opposant un marin bourrin et une magicienne haute en couleur, qui se contente de cloner l’amourette entre un certain Jon Snow et la charismatique Ygritte. À la différence que l’écriture de cette bluette naissante ferait passer les grandes heures d’Hélène et les Garçons pour un trésor posthume de Shakespeare. 

 

photo, Kit Young, Freddy CarterD’amusants brigands

 

Heureusement, cette première saison évite la débandade grâce à son goût pour l’incarnation. Aussi superficiels que soient les personnages, aussi attendues que soient la plupart de leurs décisions ou actions, tous sont plaisamment interprétés. Le casting des jeunes comédiens et comédiennes évite le traditionnel écueil de la fadeur cosmique, grâce à des interprètes tous charismatiques et investis. Il est surprenant de constater que le trio de bandits de grand chemin, joué par Freddy CarterAmita Suman et Kit Young, parvient à rendre leur arc narratif extrêmement plaisant, quand il est sur le papier bien trop satellite et anecdotique au sein du dispositif narratif. 

Enfin et en dépit de son rôle imaginé par un enfant de quatre ans très très impressionnés par la couleur noire et les sourcils froncés, Ben Barnes s’amuse comme un petit fou dans le rôle du Général Kirigan. Cabotinant avec la ferveur d’un comédien du Splendid dans une publicité pour une convention d’obsèques, il donne vie à un méchant caricatural, mais assez savoureux. Pour être honnête, on n’en attendait pas tant d’Eric Heisserer, scénariste de Bird Box et Bloodshot, qui officie ici comme showrunner.

Shadow and Bone est disponible en intégralité sur Netflix depuis le 23 avril 2021

 

Affiche US

Rédacteurs :
Résumé

On trouve dans Shadow and Bone quelques faiblesses handicapantes et de réelles qualités, qui font de ces premiers épisodes une relativement bonne surprise, dont on espère que Netflix aura à cœur de corriger les quelques tares, et d’amplifier les promesses. 

Tout savoir sur Shadow and Bone : la Saga Grisha - Season 1
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garniture

point négatif:
_scénariste a changer, scénario bancale et lent ce qui affecte les dialogues des acteurs.
_pas assez d’actions et lorsqu’il y en a , c’est extrêmement mal coordonnes et mise en scène de manière satisfaisant.
_costumier/costumière pas très inspirer (a changer aussi), pas d’originalité dans les costumes et surtout cette foutu veste de l’héroïne très atroce visuellement (ornement dorée sur une veste bleu , il serai préférable d’avoir des ornements dorée sur une veste blanc d’ivoire ou veste noire)

point positif:
_la meilleure scène qui est illustrée ici (confère image ci-dessus « Netflix, lumière ! ») et qui pourrait donner un exemple de direction artistique pour l’atmosphère générale du film , est totalement trompeur.

Chocopuree

J’ai plutôt aimé la série, et j’ai encore plus aimé cette critique !
C’est un bon résumé des qualité et des défauts.

Miami81

Il m’a fallu pas mal d’épisodes pour vraiment y rentrer dedans mais les 4 derniers finissent par être très prenants. C’est assez lent, pas très original et sans panache niveau real. Les noms à consonnance Russe et Europe du nord complexifient pas mal la compréhension de l’ensemble et l’actrice principale se retrouve assez quelconque au point qu’on finit même par la confondre avec la sous intrigue de la Grisha enlevée sur le bateau (pourtant au final mieux lotie niveau personnalité). Côté bons points, la VO est franchement sympa et à conseiller pour ceux qui veulent s’entraîner à l’anglais et mention spéciale pour Kit Young dont le rôle de malfrat pistolero est vraiment réussi.

MadMars

Série esthétiquement réussie mais l’univers semble juste survolé et les emprunts à la série animée Avatar: le dernier maître de l’air sont flagrant ,les personnages sont simplistes et bien trop archétypaux

sireg

Dommage une série qui aurai plus prendre son temps,mais là c’est vraiment trop rapide,on vous présenté un magnifique repas servis dans des plats en argent avec des verres en cristal,mais une fois servis,on vous dit qu’il faut le manger en 1/4 d’heure faute de place dans le restaurant.Donc on ressort de celui-ci avec une belle indigestion en se promettant de ne plus jamais venir manger de cette établissement.