Homecoming saison 2 : critique d'un casse-tête traumatique sur Amazon

Alexandre Janowiak | 10 juin 2020 - MAJ : 11/06/2020 11:37
Alexandre Janowiak | 10 juin 2020 - MAJ : 11/06/2020 11:37

Après une saison 1 bluffante, la série Homecoming produite par Sam Esmail et scénarisée par le duo Eli Horowitz-Micah Bloomberg, est revenue avec une deuxième saison sur Amazon Prime Video. Des nouveaux personnages, des nouveaux enjeux mais bien un même univers pour déceler les cachotteries de l'obscure entreprise Geist.

L'EXPÉRIENCE DE GEIST

On pouvait craindre plein de choses de cette deuxième saison d'Homecoming. En premier lieu, l'absence de Sam Esmail à la réalisation. Le réalisateur et producteur de Mr. Robot avait réussi à créer une atmosphère dingue lors de la première saison de Homecoming en jonglant entre la passé et le présent, les différents formats et quelques séquences virtuoses techniquement parlant. Le savoir seulement à la production, confiant la caméra au quasi-inconnu Kyle Patrick Alvarez sur les sept épisodes de cette deuxième salve d'épisodes, présageait donc largement d'une baisse de qualité visuellement et potentiellement répercutée narrativement.

Indiscutablement, le cinéaste américain (remarqué pour son film The Prison Experiment : L'Expérience de Stanford et passé par 13 Reasons Why ou Counterpart) n'est pas aussi talentueux que Esmail. Pour autant, immédiatement, il s'empare du style qui a fait la marque de la série Amazon Prime lors de sa première saison.

 

Photo Janelle MonaeLe mystère est lancé

 

Dès l'ouverture de la saison 2, scrutant cette femme isolée sur un bateau flottant au milieu d'un lac, un véritable mystère se met en place. Le personnage incarné par Janelle Monae ne se souvient de rien. Comment est-elle arrivée sur ce bateau ? Qui est-elle ? Et surtout, qui est cet homme au bord de l'eau qui l'observe puis s'enfuit lorsqu'elle l'appelle à l'aide ? S'en suit alors un jeu de piste inversé, un peu à l'image du Memento de Christopher Nolan, le personnage de Monae devant remonter à la source de son identité pour avoir une idée de lui-même, de sa situation et de ce qui l'entoure.

Avec brio, Alvarez accentue le mystère instauré notamment grâce à un usage de la caméra pertinent et fascinant, s'appuyant sur le trouble du personnage principal. C'était l'une des grandes forces de la saison 1 avec Esmail aux commandes et Alvarez parvient à réellement se hisser sur les pas du cinéaste. Lors de l'épisode 2, les craintes initiales sont d'ailleurs complètement dissoutes lorsqu'Alvarez déploie une technicité hallucinante en suivant le personnage de Monae (Jackie/Alex) de l'extérieur à l'intérieur puis l'extérieur d'une maison à l'aide d'un simple plan-séquence ou long travelling horizontal. Le style est maitrisé et l'identité du show totalement respectée.

Le reste des sept épisodes le démontrera tout autant à coup de travelling, plans-séquences et également split screen savamment orchestré, et d'un rythme toujours aussi percutant avec une durée d'épisode visant l'efficacité (entre 25 et 35 minutes).

 

Photo Janelle MonaeUn horizon sans fin et une amnésie à perte de vue

 

BIG BROTHER IS CONTROLLING YOU

Visuellement parlant, Homecoming conserve donc toutes ses lettres de noblesse et on ne peut pas en dire moins de son jeu de piste initial. Avec son introduction mystérieuse suivant Jackie/Alex à la recherche de son identité et des raisons de ses déboires, cette deuxième saison continue à explorer les méandres de la mémoire. Les quelques souvenirs implantés dans le cerveau du personnage permettent une nouvelle fois d'analyser le traumatisme psychologique des vétérans tout autant que la terrible reconstruction qu'engendrent l'amnésie et aussi le secret. La comédienne de Moonlight délivre en cela une prestation totalement dingue tant son personnage se dévoile au fur et à mesure de ses découvertes.

On pouvait craindre d'ailleurs très légitimement l'utilité de cette saison 2. Après tout, la première saison se concluait sur une ouverture, mais ne semblait pas appeler forcément à une deuxième saison et l'introduction énigmatique de cette deuxième saison pouvait effrayer en cela que l'univers d'origine semblait délaissé, le récit se concentrant sur de nouveaux personnages et enjeux.

 

Photo Stephan James, Janelle MonaeUn univers qui reprend vite ses droits

 

Il n'en est finalement rien, à notre plus grand bonheur. Avec une fluidité déconcertante, la saison 2 revient rapidement sur le chemin de la première saison et réintroduit plusieurs des personnages qui y étaient au coeur. Ainsi, la quête d'identité de Jackie/Alex mènera à trois d'entre eux : Audrey Temple (Hong Chau), Colin (Bobby Cannavale) et Walter Cruz (Stephan James). Le moyen de faire avancer son personnage dans le récit et surtout de le placer dans la grande équation psychologique de la série.

En effet, la plupart des réponses qu'elle obtient pour remonter à la source de son existence amènent des révélations sur des secrets et silences bien gardés lors de la première saison. Les énigmes se font moins floues, les enjeux se dessinent plus nettement et finalement le puzzle devient vraiment concret sous les yeux des spectateurs. Trop peut-être justement.

 

Photo Hong ChauHong Chau, assurément une des meilleures actrices du moment

 

THE TRAUMA SHOW

Loin d'être une simple continuation du thriller paranoïaque de la saison 1, cette saison 2 préfère développer son univers à travers différents points de vue, quitte à, de facto, retirer une part de mystère à son casse-tête. Tristement, cette deuxième saison va alors légèrement dérailler à cause d'un choix narratif beaucoup plus faible que la première : cette multitude de points de vue.

Avec la saison 1 et sa narration nette et précise entre le passé et le présent, la série se penchait avant tout sur le personnage de Julia Roberts. L'actrice incarnait Heidi Bergman psychologue de Homecoming et toute la saison, même si elle avançait aussi grâce à l'agent du FBI interprété par Shea Whigham, reposait sur le point de vue de la thérapeute. En résultait alors dans les derniers épisodes la jonction des deux temporalités dans un jeu visuel étourdissant, rappelant les plus beaux vertiges des oeuvres hitchcockiennes.

 

Photo Chris CooperLeonard Geist, un personnage décevant

 

Ici, après avoir adopté le point de vue de Jackie/Alex, la série décide de jongler entre ceux d'Audrey, de Walter ou encore de l'étrange CEO de l'entreprise, Leonard Geist (Chris Cooper), afin de révéler les fondements et les coulisses de ce puzzle mental. Tristement, les perspectives alternent alors trop régulièrement entre les personnages durant chaque épisode (à travers des splits screen et un va-et-vient de flashbacks et temps présent). Dès lors que le cheminement interne de Jackie/Alex prend fin, l'avancée du scénario devient alors légèrement déceptive et attendue.

Les multiples révélations sur l'univers, Homecoming et les éléments occultes de l'entreprise Geist, bien qu'elles soient intéressantes, donnent une vision trop globale et complète à la série. Sa puissance narrative, reposant indubitablement sur le penchant pour le mystère, s'en voit affaiblie et il devient difficile de véritablement comprendre où souhaite nous mener le récit en nous révélant tout.

Que veut alors réellement pointer du doigt le show Amazon Prime Video ?Est-il une critique précieuse du capitalisme fou ? Dénonce-t-il les méthodes inhumaines de l'armée américaine ? Condamne-t-il la propension du système à préférer l'oubli et manipuler les esprits pour se reconstruire, au lieu de s'appuyer et d'apprendre des mémoires collectives pour se relever et progresser ? Autant de questions qui resteront, elles, sans réponses, alors même qu'elles méritaient justement toute l'attention de la série.

La saison 2 d'Homecoming est disponible en intégralité sur Amazon Prime en France depuis le 22 mai. La saison 1 est également disponible sur la plateforme.

 

Affiche US

Résumé

Toujours aussi bluffante visuellement et techniquement, cette saison 2 d'Homecoming perd en revanche en pertinence sitôt que son énigme initiale est diluée au milieu d'une multitude d'angles et d'horizons.

Lecteurs

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commentaires

Sascha
10/06/2020 à 18:59

Un nom : Janelle Monae... Je vais donc devoir regarder la saison 1 puis la 2 juste pour cette actrice / chanteuse / auteure...

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