Mindhunter Saison 2 : encore un sanglant miracle signé David Fincher ?

Simon Riaux | 20 août 2019 - MAJ : 22/08/2019 09:43
Simon Riaux | 20 août 2019 - MAJ : 22/08/2019 09:43

Après House of Cards, l'immense David Fincher est revenu faire le bonheur de Netflix avec Mindhunter. Presque deux années après une première saison adulée, la série propose une nouvelle livraison d'épisodes, qui fleurent bon la folie et le sang. Faites chauffer les bandes magnétiques (attention, PETITS SPOILERS).

 

photo"Au bal masqué Ohé ohé !"

 

THE KILLER INSIDE ME

La carrière de David Fincher est émaillée de grands prédateurs et autres psychopathes, tueurs en série et figures tutélaires du mal. Que leurs crimes envahissent l’écran (Seven) ou que leurs âmes demeurent insaisissables (Zodiac), ils racontent toujours quelque chose de l’Amérique et des hommes qui la peuplent. On ne s’est donc pas étonné quand, en 2017, la première saison de la série dans laquelle il est si évidemment investi a proposé une relecture de ces thèmes.

Mais, plutôt que de les prolonger ou de les amplifier, Mindhunter s’est évertué à raconter leur avènement. Les premiers épisodes narraient la naissance de ce qu’on n’appelait pas encore le profilage, et la définition du phénomène dont les ambassadeurs n’étaient pas encore désignés en tant que « serial killers ». Au cours de sa première saison, le show explorait une hypothèse passionnante, aux frontières de la psychiatrie, du comportementalisme, voire de la spiritualité : celle de la possibilité du Mal. Existe-t-il un modèle, un schéma, une récurrence chez ceux qui commettent des meurtres en série ?

 

Photo Holt McCallanyUn futur champion de Pictionary

 

Après avoir narré la naissance d’une méthode, d’une école de pensée, Mindhunter explore avec sa saison 2 un paradigme très différent. À la possibilité du Mal succède l’impossibilité du Bien. Car si en apparence ces nouveaux épisodes chroniquent la montée en puissance du Behavorial Science Unit (BSU), il s’agit d’une victoire à la Pyrrhus, qui les consacre comme les pantins d’une administration bien incapable de comprendre les enjeux qu’ils soulèvent. C’est ce mouvement amer qui fait le cœur des chapitres qui nous intéressent, situés à Atlanta, alors que notre trio de personnages principaux se démène pour se faire entendre et résoudre une série d’assassinats touchant des adolescents noirs.

Holden (Jonathan Groff) s’avérera incapable de faire jeu égal avec le marais politique, désireux d’apaiser la population révoltée, tout autant que de mettre sous le tapis les théories évoquant un prédateur afro-américain. Carr (Anna Torv) fait face à un dilemme inhérent à sa condition d’universitaire, doutant de plus en plus de la finalité de ses travaux. Une tension qui met à jour les aspects les plus intransigeants (voire cruels) de sa personnalité. Tench, quant à lui, tente tant bien que mal de concilier une mission explosive avec un foyer en décomposition.

 

photoUne fine équipe

 

BAIN DE SANG

Coincés entre les hésitations d’un terrain qu’ils défrichent, des conflits personnels qui les empoisonnent et les limites de leur art encore balbutiant, nos profilers en devenir vont devenir leurs pires ennemis. C’est la dimension la plus tragique, la plus amère, et la plus intéressante de Mindhunter saison 2. Assister au dévoiement d’une mission de la plus haute importance, surgissant dans un milieu défavorisé et abandonné par les autorités, a quelque chose de terrible, et le spectateur assiste au désastre, comme s’il regardait un éclair au ralenti.

Dans ce centre névralgique de la saison, on retrouve toute la patte de David Fincher. Avec énormément d’habileté, le show qu’il marque de son empreinte décrit comment le politique fait tout pour expédier une enquête primordiale, et comment le judiciaire (ici une autorité montante du FBI) veut utiliser les fragiles résultats du BSU comme un marchepied vers le pouvoir.

Et le public de se demander quels sont les maux les plus abominables. Un maire pressé d’oublier les communautés qui ont permis son élection, quitte à les offrir à des tueurs affamés ? Un bureau d’investigation qui ne se soucie plus guère de qui il attrape, au profit de qui il promeut ? Un coupable idéal, sans doute pédophile et probablement meurtrier, mais qui risque fort de servir de camouflages à plusieurs autres tueurs d’enfants particulièrement actifs ?

 

PhotoNotre Kemper, qui êtes aux cieux...

 

Voilà l’équation mortelle de cette saison 2, qui s’avère une nouvelle fois extrêmement accomplie techniquement. Certes, la surprise n’est plus de mise et on sent que David Fincher est plus occupé à proposer à ses petits camarades une charte à la fois pointue et élégante, assez accessible pour qu’ils s’y glissent sans accro. Metteur en scène de série plus que compétent, Carl Frankin fait le job et on se réjouit de retrouver le trop rare Andrew Dominik (dont on avait peu de nouvelles depuis Cogan en 2012, actuellement en tournage de Blonde, son biopic halluciné de Marilyn et projet de longue date). On retrouve donc la patine métallique, ouatée, propre à la série, tout comme son art consommé de la composition des cadres et du montage (image comme sonore).

Les trois réalisateurs parviennent à transformer un essai risqué : décrire des héros en train de se planter, de s’enivrer d’eux-mêmes au point de ne plus entrevoir leurs manquements. Ainsi, de jeune prodige inquiétant, Holden devient progressivement un obsessionnel incapable de se pencher professionnellement sur des cas moins éclatants que ses hauts faits de guerre. De même, il perd de vue combien sa méthode demeure fragile. Et quand il édicte, incroyablement fier, le piteux profil auquel il aboutit dans son enquête à Atlanta, on partage progressivement la révolte de ses interlocuteurs, de plus en plus sceptiques quant à la valeur de son travail.

 

PhotoC'est encore bien plus glauque que vous ne pensez

 

Mindhunter saison 2 enchaîne ainsi plusieurs morceaux de bravoure. On pense au témoignage d’une victime de BTK jouant constamment sur la focale, avec un sens de l’immersion (mais aussi de la dignité), mais aussi à la confrontation David Berkowitz, connu sous le pseudonyme Son of Sam, qui malgré un maquillage trop voyant, est une preuve éclatante de la somme de talents invités à la fabrication de la série.

Cette exigence d’écriture, cette capacité de la mise en scène à montrer comment les thèmes et concepts qui fondent la narration se propagent à la manière d’un virus, permettent à Mindhunter de s’imposer encore comme un récit aussi addictif qu’accompli. De la précision de ses dialogues, la richesse du découpage, jusque-là venimeuse intelligence de son sujet, la série Netflix demeure une des propositions les plus intelligentes et intéressantes du moment.

 

PhotoEncore une interview passionnante

 

ONCE UPON A TIME IN QUANTICO

Malheureusement, tout n’est pas parfait dans cette seconde saison, tant s’en faut. On l’a dit, pour maîtrisée et par endroit brillante qu’elle soit, la mise en scène demeure un bon cran en dessous de ce que nous a offert la toute première fournée d’épisodes en 2017. Plus embêtant, l’ensemble souffre clairement dans sa première partie de gros problèmes de structure. Plus habitué à creuser le discours de la méthode de ses personnages que leurs dilemmes intimes, le scénario a dans un premier temps bien du mal à équilibrer les enjeux démultipliés de ces nouveaux chapitres.

 

Photo Damon Herriman"Si si la famille"

 

Le scénario a beau opérer un choix salutaire en mettant Holden au second plan pour favoriser la descente aux enfers de Tench (Holt McCallany), les auteurs oublient en cours de route une donnée essentielle. À force de mettre sur sa route d'insurmontables obstacles et de le consacrer comme un homme de bien luttant contre des moulins à vent, le personnage s'en retrouve lissé. C'est une sorte de super-père de famille doublé d'un super agent, qui doit plus l'épaisseur de son parcours à la quantité de récifs qui lui percent les flancs, qu'à la finesse de sa description psychologique.

Et quand viennent s’en mêler des exigences promotionnelles, c’est un peu la cata. En témoigne le segment consacré à Charles Manson, grosse occasion manquée de Mindhunter. L’interprétation de Damon Herriman, charismatique, inquiétant et halluciné n’est pas en cause, mais force est de constater que ce segment ne sert strictement à rien, fait perdre un temps considérable à l’intrigue, et vient en outre souligner une fragilité patente en termes d’écriture des personnages. On voit bien en quoi l’opportunité de portraiturer Manson l’année anniversaire des meurtres qu’il a commandités représentait une occasion immanquable…

 

photoAttention les postillons

 

Mais la construction nécessaire pour aboutir à cette rencontre et le choix de la justifier en y créant très artificiellement un écho à la situation familiale catastrophique de Tench, sont autant de ratages qui en diminuent l’impact. Ils diluent également l’énergie que l’œuvre peut consacrer à son intrigue centrale, à savoir le cataclysme sanguinaire qui secoue Atlanta, et que le BSU entend transformer en panneau publicitaire.

Enfin, on apprécie encore les courtes séquences consacrées au parcours du tueur BTK, qui entre progressivement dans l'intrigue, mais les scénaristes vont devoir très rapidement clarifier un peu leur jeu vis-à-vis de ce protagoniste. En effet, les curieux et connaisseurs de l'affaire savent bien que la réalité leur interdit à priori un traitement similaire aux autres serial killers du show. Et de la curiosité à la lassitude, il n'y a qu'un pas... Autant d’anicroches qui ne rendent jamais le show désagréable à regarder, mais qui alourdissent regrettablement son premier tiers.

 

La saison 2 de Mindhunter est disponible en intégralité sur Netflix depuis le 16 août. La saison 1 est aussi disponible sur la plateforme.

 

Affiche US

Résumé

Brillante et vénéneuse, cette deuxième saison de Mindhunter passionne une nouvelle fois, même si son programme, un peu inégal et trop chargé, s'avère moins bien agencé que lors de sa découverte.

Autre avis Alexandre Janowiak
Vie professionnelle et vie privée se superposent pour créer un trouble terrifiant et nous plonger dans les méandres d'esprits tourmentés en permanence dans cette saison 2 méticuleusement pensée et brillamment réalisée.
Autre avis Christophe Foltzer
Tout pareil que Simon.

Lecteurs

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commentaires

Dido
07/10/2019 à 11:16

Excellente série même avec quelques défauts.
Distribution parfaite, mention spéciale à Anna Torv pour son interprétation forte et subtile... comme toujours !

Opale
02/09/2019 à 15:40

Superbe série. Il me reste deux épisodes à voir pour clôturer la saison deux mais quel régal. Je trouve cette saison 2 plus fluide que la première pour ma part, quelques faiblesses scénaristiques par-ci, par-là (moi aussi l'entrevue avec Manson m'a un peu déçue) mais rien de grave, cela reste le dessus du panier en termes de séries. Mention spéciale pour l'acteur campant le génial/effrayant/magnétique/taré Ed Kemper...

sylvinception
22/08/2019 à 13:26

Plus sérieusement (j’aime taquiner Simon) j'ai revu cette 2e fournée, et je trouve que vous êtes bien sévère concernant la "partie Manson", qui serait donc ratée et surtout… inutile ?? De ce segment découlent - outre la puissante mise en abime de la vie privée de Tench – non seulement l'opportunité de renouer avec ce bon vieux Ed Kemper, mais aussi l'entretien avec Tex Watson. De plus, qui vous dis qu’on ne reverra pas Manson lors de la prochaine saison ? A ce titre, j’ai considéré sa superbe dédicace (sur l'exemplaire de "Helter Skelter" de Holden) comme un signe me faisant penser qu’il n’en ont pas fini avec lui...
Concernant l'aventure du Dr Carr, elle nous dévoile un peu plus le code moral de Wendy, et une certaine rigidité d'esprit qui complique fortement ses relations. C'est en outre la confirmation de l'impression renvoyée jusqu'ici par le personnage, à savoir un aspect hautain, sévère, et quelque peu antipathique.
Si il fallait trouver un seul petit défaut à cette saison, il faudrait chercher du côté du charmant Brian... Mais si ça peut paraitre un poil "too much", cela n'a-t-il pas aussi pour effet de renforcer le sentiment d'implosion imminente de la vie privée (et du couple) de Tench, et de décupler l’impact émotionnel de son retour chez lui à la fin du dernier épisode ?
Enfin concernant BTK, vous avez beau parler de "lassitude", toujours est-il que la dernière scène de la saison fout clairement la bave aux lèvres, et que dans le genre cliffhanger, c'est du très lourd.
Conclusion - et même si je conserve moi aussi un faible pour la saison 1 - cette saison 2 est une tuerie (désolé). Et rien que le fait de penser à l'attente jusqu'à la saison 3, c'est vraiment une vraie.... torture. (désolé... bis)

Simon Riaux - Rédaction
21/08/2019 à 13:49

@sylvinception

Evidemment, c'eût été génial.

sylvinception
21/08/2019 à 11:16

La série torchée par Terence Malick et vous pouvez être sûr que Riaux lui mettait les 5 étoiles.
Sacré lui.

cooper
20/08/2019 à 22:03

@cerisier, la saison 2 un navet, tu es sérieux ? dans ce cas la tu virer 95 % des films et series qui sortent depuis des années.

Cerisier
20/08/2019 à 16:16

La saison 2 est un gros navet et le perso de Charles Manson quoi c est un clown la saison 1 était superbe mais la non

Max
20/08/2019 à 16:00

Bof bof pour moi. La romance de la psychologue et l'implication du fils de Tench dans la mort du bébé nous éloignent inutilement du cœur du sujet je trouve.

Tarik
20/08/2019 à 15:43

Je pense que ce qui donne cet aspect moins maîtrisé de la Time Line de chaque épisode est dû au manque de surprise de la saison deux
La saison 1 a été surprenante en beaucoup de points.
Mais je suis de votre avis pour le reste c’est une série magnifique avalée en 2 jours

Dateuss
20/08/2019 à 14:40

Superbe saison.

L' évolution et les doutes des personnages paraissent crédibles.

Travail étonnant sur les acteurs qui resssemblent à leur pendants réels.

Vu en 2 jours, j'en aurai encore zieuté avec joie.

Ma grosse attente après ça est Fargo. Certes pas du même acabit mais les saisons 1 et 2 étaient sublimes. Un peu moins pour la saison 3 malheureusement.

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