The Last of Us : pourquoi c'est un jeu culte en 5 scènes choc

Geoffrey Crété | 20 juin 2020
Geoffrey Crété | 20 juin 2020

The Last of Us - Part II arrive, enfin. Retour sur le premier jeu Naughty Dog sorti en 2013, qui a marqué les esprits.

Officiellement annoncé fin 2016, censé sortir en février 2020, puis repoussé à mai, The Last of Us - Part II est enfin arrivé ce 19 juin. Sera-t-il à la hauteur de toutes les attentes, après le succès phénoménal du premier opus, sorti en 2013 et vendu à plus de 17 millions d'exemplaires en 2018 ? C'est la grande question de l'été dans la galaxie jeu vidéo.

En marge de ce débat qui va immanquablement exciter les esprits et joysticks, retour sur le premier The Last of Us, en cinq séquences mémorables, qui ont grandement participé à sa renommée et son succès.

 

photo last of us 2Quand la sortie est décalée pour la deuxième fois

 

L'INTRO

C'est le passage incontournable, qui place d'emblée la hauteur de la violence noire qui va planer sur l'aventure. The Last of Us s'ouvre sur Sarah, la fille de Joel, endormie et seule dans la maison, au son d'un tic tac d'horloge qui annonce déjà que le temps est compté. Son père rentre, et comme il n'est pas encore minuit, elle peut lui offrir un cadeau d'anniversaire : une montre. Toujours ce temps, qui s'écoule et leur échappe.

En quelques minutes, au rythme de la musique envoûtante de Gustavo Santaolalla (le compositeur de 21 grammes, Babel ou encore Le Secret de Brokeback Mountain), et avec quelques dialogues touchants, leur relation est établie. Le lien avec Sarah est renforcé lorsque le contrôle est donné au joueur, qui dirige Sarah, réveillée en pleine nuit par son oncle Tommy, paniqué. Elle explore la maison, vide, à la recherche de son père, tandis que le monde commence à basculer. La télévision parle d'émeutes, une explosion retentit au loin, une voiture de police dévale la rue. Lorsque Joel finit par rentrer, c'est le début du cauchemar à portée de main : un voisin les attaque, Joel lui tire dessus, ils s'enfuient avec Tommy.

Toujours accroché à Sarah, le joueur découvre avec elle le monde, et guette l'extérieur depuis la banquette arrière pour entrapercevoir l'apocalypse. Un inconnu attaqué, des dizaines de personnes qui courent dans les rues, une voiture qui les percute, un crâne brisé, un chaos de plus en plus proche, tandis que Sarah, blessée, est désormais dans les bras de son père.

 

photoWorld War Z'on fire

 

L'issue de cette fuite sera terrible : Sarah est mortellement blessée par un soldat, chargé d'empêcher les infectés de s'échapper de la ville. Jusque là attaché à la petite fille, le coeur du joueur est brisé, comme celui de Joel. En quelques instants, elle n'est plus. The Last of Us a commencé, le titre apparaît à l'écran : Joel est le dernier, seul au monde.

En une quinzaine de minutes diablement efficaces, The Last of Us attrape à la gorge. Toutes les ficelles sont connues, et semblent plus que jamais familières avec le recul, mais cette introduction est d'une efficacité, d'une simplicité, et d'une précision telles que l'impact est féroce, annonçant sans peur que cette histoire sera tragique et brutale. Les enjeux et le cadre sont posés dans un crescendo et long mouvement quasi ininterrompu, où la mise en scène est d'une maîtrise sensationnelle, jusqu'au coup de grâce du titre qui envahit l'écran pour sonner le glas.

Pour beaucoup, c'est une intro culte, violente, parfaite. Et difficile de ne pas se dire que c'est en grande partie vrai, notamment face à Days Gone qui a tenté de reproduire le même schéma - sans grande réussite, selon nous.

 

photoElle s'appelait Sarah

 

LE RÉVEIL DES MORTS

Autre électrochoc. Après une phase aux côtés de Henry et son petit frère Sam, rencontrés à Pittsburgh, le joueur assiste à la fin brutale du duo, après une nuit paisible. Car Sam a caché une morsure, et le lendemain, il attaque Ellie. Henry finit par l'abattre lui-même, et après avoir contemplé l'idée de tuer Joel dans un accès de colère, c'est le désespoir qui l'emporte : il se tire une balle dans la tête.

En l'espace de quelques minutes, tout bascule. Joel et Ellie se retrouvent seuls, à nouveau. L'horreur reprend le contrôle du monde, presque par surprise malgré le chaos ambiant.

 

photoLe soleil vient de se lever...

 

C'est un moment marquant et fort, car il confronte le joueur à ses illusions. The Last of Us a beau être un cauchemar, la rencontre avec Henry et Sam a apporté un peu d'espoir et de lumière. Dans le reflet de cet autre duo, Ellie et Joel regagnaient ou dévoilaient un peu d'humanité. Plusieurs sauvetages, discussions et tensions avaient mis à rude épreuve leur union, mais l'épisode face au sniper avait un goût de victoire. La destination semblait proche, et l'horizon, moins noir.

C'est pour ça que cette séquence est un tel choc, qui ramène tout le monde sur Terre. Malgré l'illusion d'une famille de circonstance, unie pour faire rempart, c'est bien l'horreur qui a triomphé. Un seul instant de confiance, de repos, d'espoir, et tout peut s'écrouler.

Un peu comme le Néant dans L'Histoire sans fin, ce désespoir guette, toujours prêt à avaler un personnage, et briser la légèreté qui pouvait gagner le joueur, confortablement installé dans ses habitudes.

 

photo...encore une sale journée

 

CANNIBAL ELLIECOST

C'est moins une scène isolée qu'une longue descente glaciale en enfer pour Ellie, qui tourne autour de David, rencontré après l'ellipse où le joueur reprend le contrôle de la jeune fille. Au premier abord doux et amical, cet inconnu capture finalement Ellie, et veut la convaincre de rejoindre son groupe de cannibales. "Tu tues pour survivre. Nous aussi". Bien sûr, elle résiste, refuse, doit servir de plat de résistance, et s'en sort en montrant sa morsure.

Après une longue fuite dans le blizzard, tout se termine dans un restaurant où elle affronte David, qui saisira la moindre opportunité pour tuer Ellie en un coup avec une machette. Non seulement cette phase d'affrontement est particulièrement ludique et efficace, le joueur devant se cacher et éviter d'être repéré, mais elle se termine dans un climat apocalyptique, avec les flammes qui donnent à David des allures de démon ultime, que l'adolescente finit par vaincre dans un ultime mouvement sauvage. Ce n'est pas la première fois qu'elle tue (elle avait tiré sur quelqu'un pour sauver Joel), mais c'est la première fois qu'elle sauve sa propre vie, et est confrontée seule au pire des monstres : l'homme.

Tout ça est en plus raconté en montage alternatif, avec en parallèle Joel qui a repris du poil de la bête, et s'est lancé à la poursuite d'Ellie en tuant trois douzaines de cannibales. Un moment de tension très réussi, qui est quasiment un climax avant le climax.

 

photoSteak d'Ellie un peu trop cuit

 

LONGS COUS

Un peu de poésie dans ce monde de brute, et un peu de douceur avant la dernière ligne droite. L'apparition de quelques girafes dans la dernière partie de The Last of Us est un moment suspendu, magique, et inespéré après tant d'épreuves et mauvaises surprises.

La scène commence presque comme un moment de tension, et est construite sur l'attente, Ellie emmenant Joel découvrir ce qu'elle a pu apercevoir avant lui. Le duo doit franchir plusieurs portes et seuils, et atteindre le toit et la lumière, pour avoir cette vision magnifique d'animaux sauvages, dont l'existence a continué en toute tranquillité malgré l'apocalypse. Ils ont même trouvé leur voie, plus libre, plus paisible, dans ce climat d'horreur. Dans les décombres de ce monde détruit et abandonné, la beauté est encore possible. Elle est même impossible à annihiler. C'est toute la valeur de l'apparition et la survie de ces animaux dans un tel décor.

Là encore, la musique est essentielle, et lorsque le joueur reprend le contrôle de Joel, il y a l'envie (et la possibilité) de rester dans cette bulle, l'un des rares moments de pure plénitude de The Last of Us.

 

photoMon nouvel animal porteur de force

 

"JE LE JURE"

Certainement le moment le plus cinématographique de The Last of Us, puisqu'il repose sur les choses les plus simples et puissantes : les mots, les regards, les silences. Ou comment démontrer qu'un jeu vidéo est bien une oeuvre d'art à part entière, capable de créer des émotions aussi fortes qu'un noble film.

La première partie de la fin est racontée dans un montage qui mélange le passé et le présent : Joel s'enfuit avec Ellie, Marlene s'interpose, et lui offre une dernière chance de se racheter, en baissant son arme. Plus tard, Joel est en voiture... avec Ellie. Il quitte Salt Lake City et la rassure avec un mensonge : il y a d'autres immunisés comme elle, et les Fireflies ont déjà essayé de mettre au point un vaccin, sans succès. Joel a tué Marlene, et l'a achevée pour s'assurer que personne n'allait les suivre.

 

photoLe sous-sol de la peur

 

En sauvant Ellie, possible dernier espoir d'un vaccin contre le virus, Joel a peut-être condamné l'humanité tout entière. Mon royaume pour une seule âme, si cette âme est la plus belle et précieuse, et si elle permet de panser une plaie du passé.

Après une courte phase de gameplay dans la peau d'Ellie, pour boucler la boucle en revenant à la "fille" de Joel, The Last of Us se termine sur une scène déchirante : un simple champ-contrechamp, où Ellie raconte à Joel comment sa meilleure amie Riley, mordue en même temps qu'elle, n'a pas survécu. Ils parlent de survie, mais Ellie a autre chose en tête : le prix de la survie.

"Promets-moi que tout ce que tu as dit à propos des Fireflies est vrai." Joel le lui jure, et Ellie le fixe. "Okay". Alors que la musique de Gustavo Santaolalla revient vibrer sur ces dernières paroles, The Last of Us reprend aux tripes, et lâche le joueur dans un tourbillon d'émotions. L'humanité mérite-t-elle de survivre si elle est capable d'un tel choix... ou justement parce qu'elle est capable d'un tel choix ?

 

photoCe regard qui hante, lorsque le générique de fin arrive

 

BONUS : L'AMOUR À LA MORT

Sorti en 2014, le DLC Left Behind est majeur dans la trajectoire d'Ellie, puisqu'il est découpé en deux flashbacks : d'un côté, il y a la Ellie qui tente de soigner Joel après sa grave blessure, et explore un centre commercial enneigé et rempli de dangers ; de l'autre, il y a la Elli pré-infection, qui explore là aussi un centre commercial, aux côtés de son amie Riley (évoquée à la fin de The Last of Us).

C'est ce flashback, bien avant sa rencontre avec Joel, qui est le plus significatif. Il permet de montrer une autre part du personnage, et notamment le fait qu'elle soit amoureuse de Riley. Ce qui est très beau, c'est que cette homosexualité n'est pas un sujet en soi : Left Behind traite leur relation avec une tendresse infinie, pas à pas, se jouant des mécaniques de jeu sur une note légère (casser les vitres des voitures, tirer au pistolet à eau) voire décalée (la partie de jeu vidéo abstraite), jusqu'à ce grand final terrible. Car le moment où Ellie est sur le point de tout avoir, en assumant ses sentiments et en voyant qu'ils sont réciproques, est aussi le moment où elle va tout perdre.

La scène où Ellie embrasse Riley dans les décombres d'un magasin, où son amie jette son collier comme preuve d'amour, et lui dit "Désolée pour quoi ?", est un moment particulièrement marquant. Et il renforce encore plus le parfum noir qui embaume The Last of Us, de ses premiers instants jusqu'aux ultimes notes de son DLC.

 

photo"...be all poetic and just lose our minds together"

commentaires

j en prendrais pour 1 d
21/06/2020 à 02:01

le 2 est encore meilleur et va encore plus loin, c'est une vraie bombe à tous les niveaux!

Hank Hulé
20/06/2020 à 23:45

Après 2h30 du 10, je suis déjà passé par toutes les émotions .
Terrible !

Roukesh
20/06/2020 à 21:17

Gameplay efficace sans être très recherché. Scénario réussi mais pas très original, personnages et situations stéréotypées. Pour autant ça fonctionne du Tonnerre et ce jeu m'aura marqué à vie tout comme mass effect dans un autre style.

coco
20/06/2020 à 19:14

En tout cas le 2eme a crée une grosse fracture entre la presse qui le considéré comme un chef d'oeuvre et la communauté des joueurs qui ont "review bombé" le jeu... (même si je suppose qu'il y en a plein qui l'ont pas fini ..et qui ont quand mêem noté..)

La polémique est sur le scénario , donc j'ai plutot hate de voir ce que Ecran large va en penser

zetagundam
20/06/2020 à 14:52

Quelque soit toutes les qualités que l'on peut lui trouver, et qu'il a, j'ai trouvé le jeu quelques peu ennuyant ce qui fait que je lui préfère et de loin la série Uncharted malgré quelques fautes de goûts au niveau de certains choix scénaristiques

Nyl
20/06/2020 à 14:00

Bien que l'histoire reste excellent, le jeu demeure pas moins dans la lignée de Uncharted, avec quelques mécaniques d'infiltrations et de crafts.
Un jeu mémorable pour son histoire (bien écrite) mais incroyablement banale en gameplay.

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