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Donnie Darko : Richard Kelly explique comment Coppola et Christopher Nolan ont permis au film d’exister

Par Geoffrey Crété
1 avril 2017
MAJ : 26 octobre 2018
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Francis Ford Coppola et Christopher Nolan ont permis à Donnie Darko d’exister.

Si les fascinants Southland Tales et The Box ont pour le moins divisé, Donnie Darko continue, plus de 15 ans après, à hanter de nombreux esprits. Alors que le film culte avec Jake Gyllenhaal est de retour dans les salles américaines en version restaurée 4K, après une édition limitée en DVD et Blu-ray, le réalisateur Richard Kelly est revenu sur le devant de la scène pour parler de sa curieuse carrière et son premier film. 

Dans un article de The Hollywood Reporter, le scénariste de Domino de Tony Scott a notamment parlé de la naissance de Donnie Darko, et du rôle qu’ont joué Francis Ford Coppola et Christopher Nolan dans le process. 

 

Photo Richard Kelly

Richard Kelly avec Jake Gyllenhaal et Jena Malone, sur le tournage de Donnie Darko

 

« Quand j’ai écrit Donnie Darko, j’ai décroché un agent et pu rencontrer tout le monde. Tous les gros producteurs. Je me souviens avoir rencontré Ben Stiller sur le tournage de Mystery Men. Tout le monde aimait le scénario et voulait me rencontrer, mais j’étais tellement jeune et le scénario était tellement ambitieux et bizarre, et moi je pensais vraiment que c’était possible que je le réalise. Beaucoup de gens estimaient que ce n’était pas possible de le produire. Que ça allait coûter trop cher, que ça demandait un budget de 10 millions. Donc il y a eu un an de rencontres, et puis le scénario était comme mort. C’était quasiment considéré comme un projet mort. Et je ne voulais pas le vendre parce que j’étais obstiné, je voulais le réaliser.

 

Photo Jason Schwartzman

 Jason Schwartzman, qui a failli être Donnie Darko

 

« Mais le scénario a commencé à mariner dans le milieu des acteurs qui le lisaient. Jason Schwartzman l’a lu, et son agent nous a appelés et dit qu’il était intéressé pour me rencontrer. Donc j’ai été rencontrer Jason, et il était formidable. Il a accepté d’être attaché au rôle de Donnie. D’un coup, ça a donné une nouvelle légitimité au projet, à moi en tant que réalisateur, et des gens sont revenus vers nous, prêts à y mettre de l’argent pour le financer avec moi à la réalisation.

Ça nous a mené à une rencontre avec Nancy Juvonen et Drew Barrymore. Quand on a eu Drew, on pouvait obtenir 4,5 millions de dollars, ce qui était à peine suffisant pour y arriver. Jason a alors organisé une rencontre avec Francis Ford Coppola, son oncle. Donc je suis allé rencontrer Coppola chez American Zoetrope. J’ai passé une heure fantastique avec lui, où il m’a parlé du scénario, m’a posé plein de questions sur les thématiques, et c’était fantastique. Une rencontre profonde et intense. Il suggérait que j’aille dans sa propriété avec tous les acteurs… une proposition fabuleuse. Il avait extrait tous les dialogues et essayait de me pousser à en sortir toutes les thématiques pour utiliser le sens profond de l’histoire, et c’était l’une de ces rencontres qui n’arrivent qu’une fois dans votre vie ».

 

Photo Drew Barrymore

Drew Barrymore, centrale dans la vie du film

 

« Mais Coppola voulait qu’on attende six à huit mois pour financer le film via American Zoetrope. Je pense qu’il voulait que je prenne mon temps. Je pense qu’il voyait l’ambition du projet, qu’il était inquiet, se demandait si je n’avais pas besoin de plus de temps de préparation. Mais on aurait perdu notre fenêtre avec Drew Barrympre parce qu’elle devait tourner Ecarts de conduite de Penny Marshall la même année. On avait une semaine pour tourner ses scènes, et c’est elle qui nous obtenait ces 4,5 millions. Il fallait être rapide. On devait lancer la production à la fin de l’été, on devait finaliser les accords pour les financements prévus, et il se trouve que ça ne marchait plus avec l’emploi du temps de Jason. »

« Il y avait cette réplique dans le scénario que Coppola a mis en avant. Une réplique de Drew Barrymore : ‘Les gamins doivent comprendre par eux mêmes, parce que les parents, ils sont paumés’. Il a entouré cette phrase. Il a fait glisser le scénario sur la grande table dans un geste dramatique, et a dit, ‘Cette ligne de dialogue, c’est le sujet de tout ton film’. Il me regardait, moi qui avais à peine 24 ans, et je pense qu’il me regardait comme ce garçon au tout début de sa carrière, et il a probablement vu du potentiel et il voulait que je ne me rate pas. »

 

Photo Jake Gyllenhaal

 

« Quand on a présenté le film à Sundance, tout le monde a refusé de l’acheter pour différentes raisons, mais l’un des principales était Columbine. Les gens n’étaient pas à l’aise avec un film qui montrait un adolescent avec une arme. Ils pensaient que ça allait potentiellement être vu comme une apologie du suicide ou quelque chose. Beaucoup de gens qui se sont retirés après la projection disaient, ‘On ne veut rien avoir à faire avec ce film’. Certains aimaient, mais c’était impossible à vendre.

C’est le succès de Memento chez Newmarket qui nous a aidé à trouver un distributeur. Aaron Ryder, le producteur de Memento, a projeté Donnie Darko et a stratégiquement invité Christopher Nolan à la séance organisée pour les acheteurs de Newmarket. Et Christopher s’est extasié sur le film auprès des mecs de Newmarket et leur a donné suffisamment de confiance pour qu’ils l’achètent, et prévoient une petite sortie. C’était ce genre de situation où on peut bénéficier du succès du film d’un autre. Et on a eu de la chance que personne ne veuille acheter Memento, même s’il avait gagné le prix du scénario à Sundance cette année. Tout le monde disait, ‘C’est trop cérébral. Personne ne va comprendre ce film’. Et Newmarket pensait, ‘Rien à foutre, on va le distribuer nous-mêmes’. 

 

Affiche

 

Richard Kelly a également raconté le garçon qu’il était lorsqu’il a écrit ce scénario :

« J’ai écrit Donnie Darko en octobre 1998. C’est en partie pour ça que ça se passe à Halloween. C’est comme si je regardais en arrière d’une décennie, Donnie étant un peu plus vieux que moi en 1988. Mais j’écrivais en gros une fantaisie nostalgique sur mon adolescence. Je vivais à Hermosa Beach avec des amis du lycée dans une maison dégueulasse, et je travaillais comme assistant dans une boîte de post-production à Hollywood, où je servais des cappuccinos et des plateaux de fromages à Madonna et Puff Daddy et Jennifer Lopez, qui travaillent sur leurs clips. Et j’ai écrit Donnie Darko pendant un mois frénétique de 1998 ».

Depuis, l’enfant prodige du cinéma indépendant a traversé l’échec désastreux (et injuste) de Southland Tales, le succès très relatif de The Box avec Cameron Diaz, et a vu de nombreux projets tomber à l’eau (dont un film avec Nicolas Cage et un autre avec Edgar Ramirez). Il a évoqué un retour dans l’univers de Donnie Darko, une seconde vie envisagée pour Southland Tales, et assure que sa carrière n’est pas terminée. Fingers crossed.

 

Photo Richard Kelly

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Nostalgique

Snif snif snif

Yacbond

Sincèrement, vous êtes en train de faire mousser de l’eau plate. C’est juste un mauvais réal. Donnie Darko est un Lynch pour les enfants. Les autres films sont mauvais.

Barbo

@Yacbond

« Sincèrement »… c’est juste ton avis ? Rien de plus, rien de moins ? Rien de suffisant pour venir le donner comme si c’était plus que ça ?
Je viendrais certainement pas te dire que tu es passé à côté de ses films si tu ne les as pas aimés, et que tu ne « comprends pas ». Même si sortir la carte Lynch, je trouve ça bien simpliste et à côté du sujet franchement.
Mais bon, si tu viens lire l’article et prends la peine de commenter, c’est que Kelly t’a pas laissé insensible. On aime, on aime pas. On dit que c’est du rien face à ceux qui aiment. Tiens, comme… Lynch. C’est peut-être un point commun (commun à quantité de réalisateurs).

Le Grand Blond Avec Une Faucheuse Noire

Comme beaucoup je fais parti de ceux qui sont entièrement rallié à la cause de Richard Kelly. Gros impact sur ma vie d’adolescent que les multiples visions de son Donnie Darko, j’avais envie de me voir en le personnage de Jake Gyllenhaal, ce weirdo qui ne parle pas ou peu, est là mais est absent. Le genre de film qui te fais dire à la fin « Merde, c’est ça que je ressens au fond de moi. ». La nouvelle édition limité avec 4 disque est alléchante, peut être l’occasion de se replonger dans cette univers métaphysique et bouleversant.