Berlin 2010 - Jour 7

Laurent Pécha | 19 février 2010
Laurent Pécha | 19 février 2010

Vendredi 19 février

This is the end

Dernier jour pour les deux envoyés spéciaux d'Ecran Large à Berlin. Si Gianfranco a réussi à sortir encore quelques clichés, j'ai de nouveau souffert durant deux films. Mais avec une récompense à la clé : j'ai fini sur un bon film. Si, si, c'est possible et en plus il est en compétition et en plus il est français et vous allez pouvoir le voir dans quelques semaines.

Cela n'avait pourtant pas bien débuté avec A family, drame danois de Pernille Fischer Christensen qui a de quoi vous flinguer le moral pour la journée. Le patriarche d'une grande famille, boulanger du Roi, est atteint d'une grave maladie. Sa fille aînée qui était prête à prendre un job de rêve à New York, allant jusqu'à vouloir se faire avorter pour ne pas contrecarrer ses plans de carrière, va devoir le soutenir dans cette terrible épreuve. Au nom du clan !  On voit bien ce que la réalisatrice et ses solides comédiens ont voulu traiter, cette difficulté de se situer dans le temps au sein de sa propre famille, à quel moment doit-on lâcher les ponts, jusqu'où est-on redevable vis-à-vis des anciens ? Mais est-il besoin pour ça de nous asséner un traitement narratif et visuel aussi lourd ? A-t-on besoin pour marquer le temps qui passe d'user de métaphores pas finaudes (la confection du pain) ? Et puis l'agonie du père sur des dizaines de minutes donne un côté « prise d'otage » à l'émotion qui finit par rebuter. Encore, un film bien faible pour la compétition 2010.

Mais ce n'est rien comparer au nouveau « chef d'œuvre » de Michael Winterbottom. Pour parler trivialement, dans l'hiver berlinois, Michael nous l'a mis dans le cul avec The Killer inside me.  On l'attendait pourtant énormément celui-là avec son casting très excitant (Casey Affleck mais surtout Kate Hudson et Jessica Alba), son récit sulfureux (pas mal de sexe au programme) tiré d'un roman d'un auteur incontournable du genre (Jim Thompson). La chute est vertigineuse tant Winterbottom semble se fiche totalement de s'adresser à un éventuel public. Avec un Casey Affleck en roue libre (ouh qu'il est méchant et instable le bonhomme), des actrices cantonnées à leur plumard à attendre de se faire baiser ou bastonner au gré des humeurs de Casey (rassurez-vous, les coïts sont très prudes et pour les tétons de Jessica, on repassera même si les esthètes admireront comment leur omission à l'écran est particulièrement travaillée), une violence bêtement graphique et un récit souvent incompréhensible (ça part un peu dans tous les sens), The Killer inside me est une belle purge. Très, très long (deux heures pour ça, c'est vraiment pas sérieux), doté d'un twist complètement con, extrêmement bavard pour ne rien dire (on enlève 20 minutes au milieu sans nuire à la pseudo cohérence du récit), voilà un film qui va en irriter plus d'un. A commencer par moi, désespéré de devoir presque finir ma semaine à la Berlinale sur cette sale note.

 

Dernière chance, Mammuth du duo Benoît Delépine et Gustave Kervern avec dans le rôle principal, notre Gégé national. Bingo ! Caramba ! Youpee ! Alléluia ! Voilà le meilleur film de la compétition. Non pas qu'il s'agisse d'une œuvre mémorable qui fera date dans l'histoire du cinéma mais Mammuth, c'est juste un film parfaitement pensé et exécuté qui atteint son but : émouvoir ses spectateurs avec le portrait d'un homme qui va trouver la paix intérieure. Tout juste à la retraite, Serge (énorme Depardieu à qui le prix d'interprétation tend les bras) va devoir sillonner la France à la recherche de ses fiches de paie pour faire valoir ses droits à la retraite. L'occasion pour les deux cinéastes de nous offrir un singulier road movie et de prouver après Papa que le genre sied finalement parfaitement bien au cinéma français à partir du moment où l'on y met de l'âme. Et Mammuth en regorge tour à tour truculent, déroutant, poétique et finalement bigrement touchant. De rencontres insolites (Anna Mouglalis en aguicheuse estropiée) en retrouvailles bouleversantes (Adjani-Depardieu dans un duo dont l'histoire, tragique, est aussi brève que primordiale au récit), Mammuth et son style faussement simpliste et pris sur le vif (on sent pourtant que chaque plan est longuement réfléchi pour faire naître l'émotion recherchée) offrent une bouffée d'oxygène cinématographique à une compétition en berne. Notre chouchou ! 

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