Musique de film – « The Village »

Christian Lauliac | 8 septembre 2004
Christian Lauliac | 8 septembre 2004

En l'espace de seulement quatre collaborations, l'association entre M. Night Shyamalan et le compositeur James Newton Howard est devenue l'une des plus passionnantes du cinéma américain contemporain, marchant allègrement sur les traces de collaborations mythiques comme celles de John Williams et Spielberg, ou Howard Shore et Cronenberg. Il est en tous les cas particulièrement réjouissant de voir à quel point M. Night Shyamalan semble accorder à la musique une place prépondérante, tout en soignant davantage la qualité que la quantité. Si les œuvres du jeune cinéaste emploient le silence à des fins dramatiques et de manière particulièrement judicieuse, en particulier dans Sixième sens ou Incassable, en revanche dans Signes ou Le Village, James Newton Howard est amené à ciseler ses partitions comme des relectures émotionnelles de l'intrigue et de ses ramifications, plutôt que comme un simple accompagnement illustratif de l'image. Après des Signes particulièrement prometteurs, inutile de dire que leur dernière œuvre en commun était attendue au tournant. Et une fois de plus le compositeur répond aux attentes les plus exigeantes, livrant une œuvre magnifique dans laquelle la mélancolie et la pudeur se disputent la première place, parcourues par des percussions agressives dont la force est justement décuplée par le recours parcimonieux du compositeur à des masses orchestrales spectaculaires.

Dès le jaillissement des première mesures (Noah's visit), dès les accords plaintifs de la violoniste Hilary Hahn, l'auditeur sait qu'il va avoir affaire à une œuvre sérieuse, en tous les cas différente de ce que l'auteur a pu composer jusque-là pour le metteur en scène. Certains accents orchestraux rappellent bien le travail d'Howard pour La neige tombait sur les cèdres, en particulier la facture souvent très minimaliste de l'écriture pour cordes. Première constatation : James Newton Howard emprunte ici des chemins de traverse, préfère s'attacher au non-dit, met en valeur la dimension romanesque et tragique de l'intrigue plutôt que son aspect ouvertement terrifiant. Au final, le travail du compositeur est une musique à la splendeur toute pastorale, parfois proche du style du compositeur anglais Vaughan Williams, dans laquelle il est évident qu'un soin tout particulier a été porté aux harmonies, souvent envoûtantes. L'album produit par le compositeur inclut tous les passages importants (à l'exception peut-être du générique début). Un album qui se hisse d'ores et déjà parmi les grands moments d'une cuvée 2004 jusqu'ici assez décevante…


La pochette de l'album

James Newton Howard – The Village
Durée : 42min 31s
Hollywood Records 2061-6246-2

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