Mignonnes : pourquoi la plainte pour pédopornographie contre Netflix est une sinistre blague

La Rédaction | 8 octobre 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58
La Rédaction | 8 octobre 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Netflix, qui est le diffuseur hors France du film Mignonnes fait face à des accusations de pédopornographie. Mais sont-elles sérieuses ? 

 

 

RAPPEL DES FAITS

Ce qui avait commencé comme une petite poussée de cancel culture venue de l’extrême droite américaine aura pris des proportions pour le moins inattendues. Après une carrière et un succès spectaculaires à l’international dans plusieurs festivals, le premier long-métrage de Maïmouna DoucouréMignonnes a été acquis par Netflix, désireux de le diffuser hors Hexagone (où le métrage est sorti au cinéma), sous le titre Cuties. 

Un destin plutôt doré pour ce premier film multi-récompensé et considéré comme extrêmement prometteur. Jusqu’à ce que la plateforme de SVoD entame sa campagne promotionnelle, dévoilant une affiche putassière et absurde, immédiatement brandie par certains internautes comme la preuve que l’entreprise était un prurit satanique, le film et ses auteurs de vilains démons pédo-crados. S’en suivit une campagne délirante aux airs d’hallucinations collective, déconnectée de la réalité et diffamatoire, menée par l’essentiel par des quidams n’ayant pas vu le film. 

 

photo, Fathia Youssouf Abdillahi, Medina El AidiQuand tu dois éviter Twitter

 

Quelques manipulations et contre-vérités plus tard, ce sont une poignée de politiciens républicains et le procureur du comté de Tyler (Texas) qui sont entrés dans la danse. On apprenait ainsi le 7 octobre que le procureur en question avait entamé, en secret le 23 septembre, des poursuites contre Netflix, accusé de pédopornographie. 

Une situation qui pourrait paraître préoccupante, si la démarche n’était pas, comme le révèle un éminent professeur de droit américain, totalement hypocrite et vouée à l’échec. C’est ce qu’explique sur son blog Eugene Volokh, enseignant dans la prestigieuse université de UCLA, collaborateur de la firme Mayer Brown, dont les écrits sont parmi les plus suivis outre-Atlantique sur les questions de liberté d’expression et de droit constitutionnel. Et son verdict est sans appel.

 

affiche française

 

UNE PLAINTE HYPOCRITE ?

Pour le juriste, il ne fait aucun doute que la démarche n’a pas pour but d’aboutir. Ne visant nommément aucun cadre de Netflix, elle n’est là que pour offrir une surface médiatique à un camp républicain dont les “valeurs” constituent le terrain privilégié en pleine campagne présidentielle américaine. Et les signes que les auteurs de la plainte ne la prennent pas au sérieux sont multiples. 

Tout d’abord, d’après la loi texane, ne peuvent être poursuivies en raison du “Child Exploitation status que les œuvres “ne présentant pas de sérieuse valeur littéraire, artistique, politique ou scientifique”. Étant bien entendu que ce n’est pas à un tribunal ou à une cour de justice de déterminer la valeur d’une œuvre (et malgré l’acte d’accusation stipulant que le grand jury estime Mignonnes dénué de ces qualités), la cour devra s’appuyer sur l’écho, les critiques et les analyses disponibles. 

Et pour Volokh, le long-métrage ayant été primé à Sundance et acclamé à Berlin, la justice texane n’aura d’autre choix que d’abandonner les poursuites selon ce simple motif, qui rend implaidable la "nullité artistique" ou l'absence de valeur. Autre motif d’abandon, que ne pouvaient ignorer les gros malins qui ont lancé les poursuites : la définition même de ce qu’est un matériel audiovisuel relevant du “Child Exploitation Status” (texte encadrant les productions qui relèvent des abus à l'encontre des mineurs). 

 

photo"Bisous les tarés !"

 

Pour relever de la pédopornographie, l’objet incriminé doit “exposer de manière obscène les parties génitales ou le pubis d’un enfant vêtu ou dévêtu, âgé de moins de 18 ans au moment de la création du dit objet” et induire un intérêt lascif pour le sexe”. Deux éléments propres à la loi texane qui posent les problèmes suivants, le premier étant très difficile à définir légalement parlant, et le second étant purement et simplement absent du film (lequel fait des séquences de danse des gamines un motif d’horreur). 

Autant d’éléments mis en avant et en évidence depuis plusieurs semaines par les spectateurs de Mignonnes et les nombreuses personnes à avoir pris sa défense, que ne pouvaient ignorer ceux qui l'ont attaqué devant la justice américaine. Mais qu’est-ce que traîner un premier film, sa réalisatrice et ceux qui la soutiennent, dans la boue, quand on peut embraser les passions tristes de quelques milliers de puritains ?  

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commentaires
Flash
09/10/2020 à 13:38

Que de polémiques pour un simple film. Bien qu'à la base, je n'étais pas plus intéressé que ça par ce movie, je vais sans doute jeter un oeil dessus pour me faire une idée.
Je n'avais vu que la bande-annonce et rien ne m'avait choqué.

Simon Riaux - Rédaction
09/10/2020 à 13:02

@On se marre bien

Ce n'est pas tant coller des étiquettes, que constater que les films récemment attaqué au nom de ce qui serait leur discours présentent des similitudes frappantes (regardez donc le tollé qui a accompagné Enorme).

Petits films indépendants, assez fragiles, traitant de femmes et réalisés par des femmes. Attaqués avant visionnage.

Comparaison n'est pas raison, mais je trouve ces correspondances assez frappantes.

On se marre bien
09/10/2020 à 12:58

@SimonRiaux :
"surtout quand il s'agit de films sociaux, réalisés par des femmes, sans concession sur la sexualisation des enfants, notamment par les hommes."

Que vient faire le sexe de la réalisatrice dans cette histoire ? Le même film, réalisé par un homme, aurait fait le même tollé chez les détracteurs. Le fait que ce film soit réalisé par une femme n'est absolument pas pertinent ici... pourquoi pas "réalisés par des femmes, surtout racisées" pendant que vous y êtes ?

Cette manie de coller des étiquettes de sexe/race/orientation sexuelle/religion à tout va, même quand ce n'est pas le sujet...

Simon Riaux - Rédaction
09/10/2020 à 12:56

@Saint Russia wil soon have some explanation with European Libtards

Mais... Cela n'a rien de fâcheux puisque comme il le dit et le répète, il fait un point de droit sur la plainte émise par le Comté de Tyler et ne traite aucunement du film ou de son contenu.

Il ne parle pas du film, ce n'est pas son sujet.

Simon Riaux - Rédaction
09/10/2020 à 12:40

@Décence Orwellienne

Votre commentaire est intéressant, parce qu'il s'appuie essentiellement sur une série de contre-vérités et de fictions.

"Si je comprends les tenants de la thèse du "on peut tout montrer pour le dénoncer""
>>>>> Personne ne dit ça et le film se montrant glaçant mais extrêmement digne et sobre vis à vis de son sujet, ce n'est évidemment pas son positionnement.

"et le mépris que vous affichez pour les seconds ne vous fait pas honneur."
>>>>>>> Sauf qu'on a écrit et moi encore quelques commentaires plus bas, précisément le contraire. Notre problème est avec ceux qui entendent condamner une oeuvre qu'ils n'ont pas vue. Chacun est évidemment libre de la recevoir, critiquer ou attaquer, selon sa sensibilité.

"à l'élite culturelle en France, élite opposée au peuple grossier, complotiste et incapable de discernement"
>>>>>> C'est une description un peu grossière, mais qui se tient. Le souci, c'est que si vous pensez qu'être journaliste ciné sur le web aujourd'hui, c'est appartenir à l'élite, je crains que vous n"ayez quelques décennies de retard.

"La tendance putassière du cinéma français à se complaire et se vautrer dans l'obscénité et la débauche la plus crasse"
>>>> Tiens tiens, on voit soudain beaucoup plus clairement qui est un moraliste mondialisé.

"En France, cela fait des années qu'une partie de l'élite culturo-mondaine (de droite ou de gauche) travaille la société pour tenter de normaliser la pédophilie"
>>>>>> Vous faites référence à quelques années durant lesquelles une partie de la presse (et des intellectuels de tous bords) ont pris des positions pro-pédophiles délirantes. Période passablement dégueulasse, dénoncée, décriée et vilipendée par tout le monde depuis au grand minimum, une vingtaine d'années. Par conséquent votre affirmation relève de la fiction ou du fantasme crado.

"sans parler des conférences TedX, mouvement associatif, actions sur les réseaux sociaux, interviews d'enfants qui changent de sexe ou qui se disent gay alors que l'enfant est par nature asexué"
>>>>> Fantasme encore, et un peu de retard sur les cours de SVT donc.

"Le propos réel du film, il me semble, consiste à faire sauter le verrou qui interdisait la représentation sexualisée des enfants"
>>>>>>> Quand on diffame... il faut avoir des arguments et pouvoir proposer une démonstration hein. Là, vous êtes à nouveau dans la fiction. La fiction crade.

"où d'ailleurs Scorsese a eu la pudeur de doubler Jodie Foster pour les scènes impudiques"
>>>>>>>> Il n'a pas eu la pudeur, mais l'obligation légale. Comme c'est le cas en France. Et comme c'est le cas de Mignonnes. Décidément, le réel, c'est pas votre tasse de thé.

"ces culturo-mondain et les multinationales"
>>>> Vous parlez d'un premier film, réalisé par une femme, dans des conditions pour le moins compliquées au sein d'une économie qui lui est structurellement défavorable, distribué par un petit distributeur français. Fantasme à nouveau.


" et je vous conseille de lire Orwell sur la Common Decency du peuple opposé à l'indécence normalisée des intellectuels"
>>>>> Très bonne référence. Sauf qu'elle se base sur une appréhension du réel supposément plus concrète du côté du peuple. En la matière, je crains que vous soyez un peu hors-sol.

Décence Orwellienne
09/10/2020 à 12:00

EL, qui traite de manière disproportionnée de blockbuster du cinéma américain, importe en France des débats juridiques américains et donne des leçons de sérieux...
Sur le fond, le débat (non juridique mais de fond) est réel. Si je comprends les tenants de la thèse du "on peut tout montrer pour le dénoncer", la thèse inverse est tout aussi défendable, et le mépris que vous affichez pour les seconds ne vous fait pas honneur. Certes, cela fait un moment que l'adhésion au progressisme culturel à l'anglo-saxonne est un signe d'appartenance à l'élite culturelle en France, élite opposée au peuple grossier, complotiste et incapable de discernement, m'enfin, la servilité n'a jamais excusé l'erreur.
La tendance putassière du cinéma français à se complaire et se vautrer dans l'obscénité et la débauche la plus crasse (Les Noé, Kechich etc) sous couvert de défendre une noble cause est ce qui tue le cinéma. Ici, la lourdeur des scènes, l'obscénité et l'indécence du montage et de la réalisation, sans servir autre chose que cela, posent vraiment problème. Et faire comme si c'était un sujet de société comme un autre est hypocrite. En France, cela fait des années qu'une partie de l'élite culturo-mondaine (de droite ou de gauche) travaille la société pour tenter de normaliser la pédophilie, ce "continent à explorer" selon un ministre. L'affaire Matzneff, dont les soutiens ont montré que ces idées nauséabondes bénéficient d'une impunité générale dans ces milieux, l'a encore illustré récemment (sans parler des conférences TedX, mouvement associatif, actions sur les réseaux sociaux, interviews d'enfants qui changent de sexe ou qui se disent gay alors que l'enfant est par nature asexué). Il ne suffit pas de dire "le film dénonce" pour éliminer toute critique. Le propos réel du film, il me semble, consiste à faire sauter le verrou qui interdisait la représentation sexualisée des enfants. Le seul fait de le faire, en présentant la chose comme naturelle (ce n'est pas une contrainte imposée de l'extérieur comme dans Taxi Driver, où d'ailleurs Scorsese a eu la pudeur de doubler Jodie Foster pour les scènes impudiques) est déjà un message fort quoique implicite : les enfants peuvent être sexualisés, et même le font eux-mêmes naturellement, ce qui est absolument faux. C'est ce que le peuple (par opposition à l'élite mondaine) perçoit spontané, et je vous conseille de lire Orwell sur la Common Decency du peuple opposé à l'indécence normalisée des intellectuels.
Pour finir, et le plus dérangeant dans tout cela, c'est quand ces culturo-mondain et les multinationales qui les appuient jouent les vierges effarouchées devant le contenu éminemment subversifs qu'elles promeuvent.

DPO 007
09/10/2020 à 09:44

Hey Ryan de mon cul. Arrête de troller & va voir le film. Ça t'évitera de passer pour un vieux con qui parle sans savoir (alors que tu es sûrement un ptit puceau qui a sûrement un gros problème de confiance en soi).
Cordialement ????

MystereK
09/10/2020 à 09:43

MADOLIX , ryan a répété plusieurs fois qu'il n'avait pas vu le film, alors sont avis sur cette oeuvre ne vaut rien. Quand on lui dit que ce qu'on voit sur l'affiche n'est pas dans le film, il soutient le contraire sans l'avoir vu, alors vous voyez le niveau de la réflexion.

MystereK
09/10/2020 à 09:41

RYAN MONTREAL non, on voit une fraction du concours de sanse dans la banade annonce, à peine une seconde, et cela n'a rien à voir avec l'avec l'affiche à part le concours. Vous ne pouvez pas affirmer ce qui se trouve dans le film ou pas si vous n'avez pas vue le film, c'est de la mauvaise fois pure.

Et des centaines d'enfants jouent à cela dans les cours d'écoles, à imiter les corregraphies des star de la pop. C'est un fait, et ces enfants font ça en toute innocence. Ceux qui y voient du mal doivent un peu fouiller ce que leur cerveau refoule. C'est l'observateur qui fait la perversion, pas les jeux d'enfants.

Mais avant tou, pour vous permettre de juger un film, regardez le, sinon votre avis ne vaut absolument rien. Relisez mon exemple des choux de bruxelles.

Madolic
09/10/2020 à 09:03

@Rayan Montreal
En même temps si tu comprends pas le sous-texte et que tu te contente de voir ce que l'on tem montre ...
La prochaine fois regarde le film avec le son ^^

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