Mignonnes : critique le boule au ventre

Simon Riaux | 21 août 2020 - MAJ : 14/09/2020 00:08
Simon Riaux | 21 août 2020 - MAJ : 14/09/2020 00:08

Remarqué à Sundance et au Festival de Berlin, Mignonnes suit le quotidien d'une môme ballottée entre sa famille et ses amies.

KIDS ARE NOT ALRIGHT

En 2015, Maïmouna Doucouré avait remporté ex aequo le César du Meilleur Court-Métrage pour Maman(s) qui auscultait le mal-être d’Aida alors que la polygamie faisait irruption dans sa famille. De prime abord, on a le sentiment que c’est précisément ce sujet que veut creuser la réalisatrice avec Mignonnes, tant les premières séquences de son film donnent le sentiment d’une relecture, plus ample et maîtrisée, de son précédent effort (notamment lors d’une séquence dont elle duplique l’idée centrale, plaçant son personnage en position de témoin muet, dissimulé sous le lit parental). 

 

photo, Fathia Youssouf Abdillahi, Medina El AidiDeux pré-adolescentes stupéfiantes

 

Mais très rapidement, la cinéaste opère un décalage et élargit ses thématiques, extrayant à la faveur d’un plan hallucinant sa jeune héroïne de son milieu familial. Alors qu’elle revient d’une réunion de prière où se réunissent les femmes musulmanes du quartier dans lequel sa mère a fraîchement emména, Amy entraperçoit une de ses voisines, scolarisée dans le même établissement qu’elle, dansant et lissant ses cheveux. À la faveur d’un long plan qui glisse imperceptiblement du naturalisme vers un écho du cinéma d’horreur nippon, la caméra offre à la jeune fille une échappatoire. 

Dès lors, le récit se fera chronique d’un dilemme particulièrement cruel, alors qu’Amy intègre progressivement les “mignonnes”, troupe de copines impertinentes, portées sur la danse. Devenir paillasson, aux côtés d’une mère tenue de valider la polygamie et le patriarcat, ou devenir viande, auprès de copines envisageant l’hypersexualisation via la danse comme une forme d’émancipation. Une fois cette tension rapidement établie, Maïmouna Doucouré fait face à un défi artistique et technique particulièrement casse-gueule, qu’elle relève pour l’essentiel haut la main. 

 

photo, Fathia Youssouf AbdillahiUne jeune actrice renversante

 

ENTRE LE MARTEAU ET L'ENCLUME

Alors qu’elle a fait – l'excellent – choix de s’entourer de non-professionnels pour donner vie à ces mômes qui twerkent avec plus de ferveur qu’un trader découvrant la cocaïne (beaucoup de ferveur, donc), elle réussit à conférer à son casting enfantin un naturel et une énergie confondants. Les scènes en extérieur, dans la cour de récréation de leur collège, impressionnent par le naturel qui les traverse, comme la capacité du film à appréhender une situation aussi complexe qu’éprouvante pour le spectateur, sans jugement stérile, ou complaisance malvenue. 

Si elle adopte un découpage presque systématiquement à hauteur d’enfants, Maïmouna Doucouré ne recule pas pour autant devant la violence que charrie son intrigue. Violence symbolique des rapports genrés au sein d’une cellule familiale qui veut la mater, pas moins insidieuse que celle qu’elle intègre quand elle veut se dépasser à travers la danse. La caméra capture ses élans, ses égarements et ses moments d’oubli avec une distance intelligente, mais parfois éprouvante, qui confère au film beaucoup de sa tranchante acuité. 

 

photoMedina El Aidi et Fathia Youssouf Abdillahi

 

Mais le film a parfois un peu de mal à maintenir la tension recherchée par la réalisatrice. Les scènes avec les adultes manquent de relief, ainsi qu'en témoigne cruellement l'épilogue du film, qui a du mal à trouver un véritable centre de gravité, à fortiori quand il faut ménager le regard d'une enfant avec celui d'adultes, qui sabordent partiellement le principe même de la mise en scène du film. Parallèlement, les rares plans très percutants qui versent dans un registre plus symboliste (comme cette robe qui saigne) paraissent trop rares, tant ils parviennent à rehausser une poignée de scènes un peu fades. Conséquences d’un dispositif de cinéma courageux plus que véritable problème, ces menues scories n’entachent en rien l’impact durable de Mignonnes sur son spectateur.

 

photo

Résumé

Ni complaisant ni moralisateur, Mignonnes est une chronique intelligente et souvent dure.

Lecteurs

(2.4)

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commentaires

JR
27/08/2020 à 12:36

L'affiche US de Netflix est.... Comment dire ?

Bugle for dumb
23/08/2020 à 01:15

@Rayan Montreal

Je voudrais que tu m'expliques. Le film attaque violemment la sexualisation et tu essaies de l'invalider.

Pourquoi soutiens-tu si ouvertement la pédophilie ?

Andarioch1
22/08/2020 à 17:48

Message aux râleurs: Portez plutôt votre attention sur les agences de mannequin qui hypersexualisent des gamines de 13 ans pour vendre du chiffon et du sent-bon plutôt que sur des artistes qui font passer un message. Au moins ça servira peut-être à quelque chose et vous serez (et vous sentirez) vraiment utiles.

et tant que vous y êtes allez voir le film

A+

Christophe Foltzer
22/08/2020 à 10:46

@Rayan Montréal :

Chuuuut....

mais non
21/08/2020 à 13:18

Le film ne dénonce pas la sexualisation des enfants, il montre l'impact sur une jeune fille du mariage de son père avec une deuxième épouse et le bouleversement que cela apporte sur sa famille et son psyché au moment ou elle bascule vers l'adolescence.
Au niveau de la sexualité, elle montre des enfants justement aux abords de l'adolescence qui commencent à jouer de leur potentiel d'attraction (voir la scène avec les vigils).
Le film le montre sans jamais que cela n'essaie d'être excitant. Les scènes de danse sont même drôles dans leur excès. Les enfants restent des enfants.
Je n'y ai donc pas vu une dénonciation mais un portrait plutôt réaliste et sensible.

Rayan Montreal
21/08/2020 à 13:09

allez je vous la refait

Le film préféré de Roman Polanski et des ISLAMOPHOBES

supprimez celui la je vous posterais un autre

Simon Riaux - Rédaction
21/08/2020 à 12:38

@Daniela

Bonjour Daniela.

Avant de porter ce genre d'accusations sur un film, il est recommandé de le voir. Le film est une dénonciation de la sexualisation des enfants, sans une once d'ambiguité.

Nico1
21/08/2020 à 12:35

@Daniela

Je t invite à lire les propos de la réalisatrice sur la conception du film et le pourquoi d un tel sujet , c est très enrichissant et très loin de ce que tu dis

Christophe Foltzer
21/08/2020 à 11:59

@Daniela :
Chuuuut....

Daniela
21/08/2020 à 11:46

Ce film ou doc ou docfiction, fait beaucoup trop parler de lui, en égard aux petites actrices mineures , nécessairement manipulées par la main de la metteurs en scène et conceptrice du projet !
En deçà des bonnes inten jetions que je veux bien lui accorder et de son talent de cinéaste, quelles retombées positives peut-on attendre ou tout au moins ''souhaiter ? Qu'en est- il et qu'en sera-t-il ethniquement parlant de ces petites jeunes filles lancées dans ce cirque ? Cela me fait penser au grand bazar pathétique des petites miss encore bien plus jeunes ? Regard ambigu, beaucoup trop ambigu dans cette provoc de la réflexion et d'un voyeurisme certain et dérangeant pourf'danielasamson@hotmail.comzutres spectateurs ! Et quid du regard de toutes les autres petites filles de 11 ans ? Pourraient elles ne pas êtres dérangées ? Et les petits copains ? Autre réflexion nécessairement jumelée à celle de ce film .

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