Cannes 2019 : avoir un bon copain ou une palme, avec Matthias & Maxime de Xavier Dolan

Simon Riaux | 23 mai 2019
Simon Riaux | 23 mai 2019

Quelques mois à peine après la sortie de Ma vie avec John F. DonovanXavier Dolan revient sur la Croisette avec un projet à la genèse autrement moins remuante. Matthias & Maxime s’annonce comme une proposition plus légère et modeste que les précédents travaux de son auteur, néanmoins tout à fait capable d’électriser la Croisette et impressionner le jury de la compétition officielle.

 

photoXavier Dolan, après un prix du Jury et un Grand prix, bientôt la Palme ?

 

KISS KISS BANG BANG

Depuis leur plus tendre enfance, Matthias & Maxime sont amis, à la vie à la mort. Au cours d’une soirée, ils participent à un court-métrage improvisé, dont le climax s’avère un baiser homosexuel.

La scène est en apprence anodine pour les deux compères, intimes depuis des années, mais va pourtant bousculer les fondements de leur relation. Sitôt passée l’ouverture du film, impossible de ne pas remarquer comme le cinéma de Xavier Dolan semble ici à nu, ramené à l’os.

 

photoMatthias & Maxime

 

Matthias & Maxime est dépourvu de la majorité des masques et colifichets chers au réalisateur (s’ils se faiaient plus sobre dans Juste la fin du monde, ils saturaient John F. Donovan jusqu’à en faire une chantilly hyperglycémique). Les ralentis ont quasiment disparu, les techniques visants à surligner tel effet, tel accessoire ou tel pose ont laissé la place à un découpage réfléchi mais beaucoup moins démonstratif. Les rares qui subsistent ne sont plus là que pour accompagner l’émotion des comédiens, et ne tentent jamais de la générer artificiellement.

Il en va de même du montage, beaucoup plus enclin à débroussailler des dialogues anarchiques qu’engendrer d’improbables gestes stylistiques. On a parfois l’impression que Dolan cherche ici l’efficacité et la simplicité, usant de la coupe comme d’une boîte à rythme, laquelle tend irrépressiblement vers l’accélération (et en use franchement à deux reprises) comme pour s’assurer que le récit aille bien à l’essentiel et ne relâche jamais sa pression émotionnelle sur le spectateur.

 

PhotoDes airs de teen movie...

 

SUR MES LÈVRES

Et en matière d’impact émotionnel, Xavier Dolan dispose d’une arme fatale : lui-même. L’artiste ne s’était pas mis en scène depuis Tom à la ferme - déjà une de ses performances les plus intenses - et revient ici devant la caméra, à un niveau de jeu et de présence proprement ahurissants.

Maxime arbore sur le visage une tâche de vin, dont Dolan s’empare avec une délicatesse et une intelligence qui nimbe chacune de ses apparitions d’une tension sourde, tour à tour déchirante et enveloppante. Emblème, totem ou malédiction, cette particularité physique constitue une des belles trouvailles du film, que le cinéaste utilise avec une pertinence qui ne vire jamais au maniérisme ou à la pirouette thématique.

Il faut dire que le personnage de Maxime est écrit avec une justesse qui force le respect, témoignant une nouvelle fois de la maturité grandissante du cinéma de Xavier Dolan, ainsi que des potentiels que cette dernière met en lumière. On est régulièrement frappé par la douceur tranchante du métrage, qui accueille les hésitations de Matthias (sur sa sexualité, son identité) comme l’affirmation silencieuse, en creux, qui meut Maxime.

 

PhotoOn retrouve la patte de Dolan

 

TACHYCARDIE

En dépit de quelques très belles séquences, dont une brasse égarée au petit jour, Matthias est plus souvent le jouet du scénario que son moteur, et tous les personnages secondaires se voient réduits à des vignettes très mécaniques. Par conséquent, le deuxième acte du film, qui leur fait la part belle et tente de rendre compte du trouble grandissant des protagonistes, en est réduit à user de ressorts souvent lourdingues.

De regards appuyés en valses hésitations jusqu’aux métaphores en pot (si si), la deuxième moitié du récit hésite et bégaie, jusqu’à ce que l’ensemble menace de s’écrouler alors qu’apparaît McAfee, prototype de protagoniste écrit à la truelle symboliste. Heureusement, Dolan finira par reprendre les rênes et offrir à ses personnages la bulle d’humanité dont ils avaient besoin pour que le récit renoue avec la pureté émotionnelle qui saisit initialement le spectateur. Ce rattrapage arrive un peu tard, mais assure Matthias & Maxime de quitter le spectateur en bons termes, immergé dans un geste de cinéma aérien et amène.

résumé : Plus ramassé et humble que bien des films de son auteur, Matthias & Maxime renoue avec une veine intime, qui affiche une belle puissance émotionnelle, en dépit d’une narration souvent bégayante. 6/10

 

Affiche

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