5 questions à Pablo Larrain et Gael Garcia Bernal pour No

Perrine Quennesson | 6 mars 2013
Perrine Quennesson | 6 mars 2013

A l'occasion de la sortie de l'excellent No sur la campagne du « Non » pour le référendum visant à faire sortir Pinochet du Chili, Ecran Large a pu s'entretenir, un petit peu, avec le réalisateur et l'acteur principal du film Pablo Larrain et Gael Garcia Bernal.

Le film a eu le droit à une ovation à Cannes et une nomination aux Oscars, vous vous attendiez à un tel succès ? 

Pablo Larrain - Non ! C'est vraiment fantastique mais si vous vous attendez à ce genre de chose alors vous êtes stupide. Ça veut dire que vous avez fait le film dans ce but là. Mais c'est génial bien sûr, je serais stupide moi aussi si je disais le contraire. Plus de gens voudront le voir.

 

Qu'est-ce qui vous a attiré dans cette histoire, vous en tant que réalisateur chilien et vous en tant qu'acteur mexicain ?

PL - Vous savez, en tant que réalisateur, je cherche forcément des histoires intéressantes. Et celle-ci est vraiment fascinante pour tout un tas de raisons. Parce que, notamment, peu de gens la connaissent. On s'est dit aussi que c'était l'occasion de combiner plusieurs choses avec ce scénario. Tout d'abord c'est une histoire politique mais aussi l'arrivée de la publicité comme méthode de communication publique mais aussi l'occasion, pour moi, de mêler images d'archives et techniques de prise d'images de l'époque. Un défi très intéressant. Au bout du deuxième ou troisième jet de scénario, nous l'avons envoyé à Mr Bernal (sourire), nous le voulions dès le début. Et il a dit oui. Mais vraiment ce qui m'a plu c'est cette histoire, elle est fascinante et simple.

Gael Garcia Bernal - Ce qui m'a vraiment attiré vers ce film, c'est cela : l'histoire. Je n'en savais pas grand chose, ce fut donc une vraie surprise. Surtout de savoir que cela s'était réellement passé. Et quand on se renseigne davantage, on est également surpris de la façon dont le scénariste a su tout réunir dans une même histoire.

 

Dans votre film précédent, Santiago 73 : Post Mortem, vous parliez du putsch de Pinochet à travers les yeux d'un médecin légiste, ici de la fin de sa dictature à travers ceux d'un publicitaire. Vous aimez parler de la grande histoire par le bout de la lorgnette ?

PL : Oui, c'est vrai. Je trouve ça intéressant de parler de l'Histoire à travers les yeux d'un seul personnage. En apparence, il a l'air insignifiant mais finalement son rôle sera plus conséquent et surtout son point de vue, unique. J'aime faire des films avec un personnage principal entouré de seconds rôles qui l'aident à développer son histoire. C'est à la fois plus simple et plus intéressant. La caméra reste très proche de lui, ne le quitte presque jamais. D'ailleurs, dans No, ce fut l'une des premières fois où je devais tourner vraiment d'autres scènes sans que Gael soit dedans. C'était un peu perturbant pour moi. Je me demandais même si je pourrais utiliser ces séquences. Mais on l'a fait et ça a marché. D'autres réalisateurs y parviennent sûrement mieux que moi et je vais d'ailleurs m'y mettre pour l'avenir. Mais avec mes films, et en particulier No, je trouve cela intéressant de ne suivre qu'un seul personnage, d'en être proche et qu'à travers son histoire, on puisse raconter celles des autres. Et c'était plus simple pour moi.

 

Comment décririez-vous ce personnage à la fois apolitique et politisé par ses actions ?

GGB : Cet homme est un exilé, revenu au pays. La politique a fait de lui ce qu'il est. Il est très politique dans sa façon de vouloir gagner, après tout c'est ce qu'il veut.

PL : Evidemment, s'il ne voulait faire cette campagne pour gagner, il serait rester chez lui à manger ses spaghettis. Contrairement aux films américains où, quand les personnages veulent s'engager dans quelque chose, ils ont besoin de le crier ou de le faire comprendre de manière peu subtile, ici ce sont ses actions qui parlent pour lui. Pendant les ¾ du film, il travaille sur la campagne du Non, afin de battre Pinochet. Ses actions sont énormément politiques. C'est un convaincu. Et la façon dont il a mis en place ses idées a permis de battre Pinochet.

 

Gaël, vous êtes un acteur international et vous semblez vous servir de cet aura pour promouvoir le cinéma d'Amérique du sud, en produisant, en jouant dedans mais aussi en remettant des prix (comme au festival de Cannes 2010 où il avait remis la Caméra d'or au film mexicain Année Bissextile) ?

GGB : Oui, c'est ce que j'essaye de faire. Ce sont, la plupart du temps, des films qui se développent hors du star system, qui sont tous petits. Mais j'essaye de les promouvoir car, c'est idiot, mais nous sommes la seconde langue la plus parlée au monde, il y a donc un public très large. Mais ces films fonctionnent car ils sont bons, ce sont des films que j'aime : en fait, ce n'est pas moi qui les soutiens, c'est eux qui m'aident

 

Entretien réalisé par Mélissa Blanco et Perrine Quennesson.

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