Shemar Moore (Esprits criminels)

Stéphane Argentin | 5 juillet 2006
Stéphane Argentin | 5 juillet 2006

Pendant dix ans, Shemar Moore a interprété Malcolm Winters dans Les Feux de l'amour ; soit un rôle de beau gosse charmeur qui sied parfaitement à la « cool attitude » du comédien. Aujourd'hui, il est l'agent spécial du FBI Derek Morgan dans l'un des nouveaux cartons télévisés apparu l'an passé sur la chaîne américaine CBS : Esprits criminels, une série particulièrement sombre qui permet à l'acteur de porter un regard à la fois lucide et distancié sur la société dans laquelle nous vivons.

 

 

Est-ce vrai que vous parlez danois ?
J'ai souvent le droit à cette question qui génère pas mal de malentendus à ce sujet. Je suis né en 1970 en Californie, à Oakland qui se situe dans les environs de la baie de San Francisco, d'une mère caucasienne originaire de Boston dans le Massachusetts et d'un père afro-américain originaire d'Alabama dont la famille a ensuite déménagé à Oakland. C'est là que mes parents se sont rencontrés. Ma mère enseignait les mathématiques et l'anglais à l'université de Berkeley. En raison du racisme omniprésent à l'époque, elle n'a pas souhaité m'élever dans un tel climat social et nous avons donc déménagé au Danemark où elle s'est vue proposer un poste. Nous y avons vécu pendant trois ans et demi. Donc, techniquement, ma première langue est le danois, que ma mère parle couramment. Puis, elle s'est vue offrir un poste plus intéressant à Bahrai (dans les Émirats Arabes, NDR). J'entendais donc à la fois parler le danois au quotidien tout en commençant à communiquer avec ma mère dans un anglais très approximatif. Elle m'a alors inscrit dans un établissement scolaire britannique privé. Je rentrais donc de l'école le soir en appliquant les leçons du jour, du style (il imite l'accent britannique) : « Mummy, may I have some tea please ? ». Enfin, lorsque j'ai eu six ans et demi / sept ans, nous sommes retournés vivre aux États-Unis.

 

Vous avez donc quelques rudiments de danois et d'arabe ?
Pas vraiment. Le peu que je connaissais en danois me servait à réclamer à manger lorsque j'avais trois ans (rires). Quant à l'arabe, je n'ai jamais été amené à le pratiquer car je passais mon temps soit dans cette école privée, soit à la maison où ma mère avait engagé une nourrisse pakistanaise car mes parents se sont séparés peu après ma naissance. Et en revenant aux États-Unis, j'ai très rapidement oublié le peu de danois que je connaissais.

 

Parlons à présent d'Esprits criminels. Pourquoi avoir accepté de prendre part à une nouvelle série procédurière ?
Lorsque j'ai pris part au pilote, je n'avais pas une vision d'ensemble de ce qu'allait donner la série et, pour être tout à fait honnête, je n'imaginais pas que le show rencontrerait un tel succès (la série a été suivie par 12,8 millions de téléspectateurs en moyenne aux États-Unis au cours de la saison 2005/2006), surtout au milieu de la quantité de séries procédurières qui existent déjà : les trois CSI, les trois Law & Order, FBI : Portés disparus… À présent que nous allons débuter le tournage de la deuxième saison, je crois comprendre un peu mieux ce qui fascine autant les téléspectateurs : le fait que notre show soit bien plus sombre que les autres. Si je devais le décrire, je dirais qu'il s'agit d'un croisement entre Le Silence des agneaux et Seven. Dans Les Experts, un crime est commis et les enquêteurs collectent les indices un par un jusqu'à reconstituer la scène et pouvoir ainsi remonter jusqu'au meurtrier. Dans Esprits criminels, le postulat de départ est le même mais, au lieu de rester « collés » dans le sang et les viscères, nous utilisons les indices pour dresser le profil psychologique du tueur, parfois jusqu'à un traumatisme de son enfance, ainsi que son mode operante. L'approche est donc beaucoup plus effrayante car nous n'avons pas à faire à des stéréotypes de tueurs balafrés tout de noir vêtus mais à des personnes que vous pourriez côtoyer au quotidien sans même le savoir. Les gens qui suivent le show finiraient presque par suspecter leurs propres voisins (rires).

 


 

On nage en pleine paranoïa là ?
Absolument (rires). Nous vivons dans une société édictée par des règles de conduites morales telles qu'aller à l'école, ne pas se droguer, respecter son prochain… Pour autant, ce côté obscur de la nature humaine fascine les gens car il existe bel et bien. D'ailleurs, les différents épisodes de la série sont basés sur des faits réels. Bien sûr, les scénarios sont arrangés pour les besoins de la fiction mais ils sont inspirés de véritables histoires.

 

Vos personnages sont-ils eux aussi inspirés de véritables profilers du FBI ?
Il n'y a pas de vrai Derek Morgan ou de Jason Gideon (le personnage interprété par Mandy Patinkin, NDR) mais les créateurs du show ont rencontré de véritables profilers en vue d'extrapoler les personnages à partir des caractéristiques de plusieurs agents. Je crois savoir que le seul qui soit vaguement inspiré de l'un d'eux est celui interprété par Mandy Patinkin. De plus, lorsque nous avons besoin de références, nous faisons appel à de véritables agents de Quantico. Rares sont les épisodes tournés sans la présence de l'un d'entre eux sur le plateau.

 

Racontez-nous ce que ça fait de travailler aux côtés d'un acteur de la trempe de Mandy Patinkin ?
Mandy est un passionné, il a le cœur sur la main. C'est également un perfectionniste qui ne se contente pas d'échanger des regards et des dialogues tels qu'écrits dans le script, il veut que vous ressentiez avec lui l'univers dans lequel se déroule la série. Mais par-delà ce professionnalisme, Mandy est aussi quelqu'un de très fun, qui raconte pas mal de blagues. C'est également un excellent chanteur. Il pousse parfois la chansonnette le matin dans sa caravane (Mandy Patinkin a déjà donné de nombreuses représentations à Broadway, NDR). Il me considère désormais comme son fils et c'est avec lui que je tourne mes scènes les plus excitantes car je suis comme à l'école à ses côtés, en apprentissage permanent. Il y a aussi de nombreuses séquences où j'appelle le personnage de Garcia (interprétée par Kirsten Vangsness, NDR), la geeks en informatique du groupe qui n'arrête pas de me donner des tas de surnoms du style : sucre d'orge, petit cœur… (rires). Ces scènes permettent d'alléger quelque peu le climat oppressant de la série.

 

Comment décririez-vous votre personnage ?
Dans la première saison, Derek est quelqu'un de très agressif. Il veut obtenir des réponses sur le champ et ne cesse de confronter les autres membres de l'équipe, notamment Gideon qui a été ébranlé par une affaire à Boston six mois plus tôt ayant coûté la vie à six agents. Pour cette raison, et bien qu'il le respecte, au tout début de la série Derek n'a plus totalement confiance en Gideon qu'il considère comme encore fragilisé par cette affaire. Mandy joue d'ailleurs à la perfection cette ambivalence du personnage, toujours sur le fil du rasoir. Derek n'en est pas moins quelqu'un de très intelligent avec des compétences en informatique. C'est pour cette raison qu'il appelle souvent la geeks de service et qu'il se balade en permanence avec deux téléphones : le premier sert pour le boulot et le second pour appeler les gonzesses (rires). Dans ma vie de tous les jours, je suis moi-même un charmeur mais je suis beaucoup plus drôle et déjanté que mon personnage qui côtoie cet univers sordide au quotidien et qui va peu à peu prendre soin de Reid, le petit Einstein du groupe qui n'a jamais tiré au pistolet de toute sa vie. Son interprète, Matthew Gray Gubler, est quelqu'un de très fluet que j'ai eu naturellement tendance à protéger tel un petit frère. Ces relations en coulisses entre Matthew et moi, Mady et moi, ont commencé à transparaître à l'écran alors qu'elles n'étaient pas du tout planifiées au départ. Dans la deuxième saison, les scénaristes devraient ainsi inclure davantage d'éléments de la vie personnelle de chacun : pourquoi font-ils un métier aussi sordide, de quoi ont-ils peur… ? Avant le tournage du pilote, les scénaristes m'ont dit que mon personnage pourrait être le fruit de parents alcooliques. J'ai donc hâte de connaître les répercussions qu'un tel passé va pouvoir entraîner.

 


 

La série a par ailleurs été l'une des toutes premières à être renouvelée pour une deuxième saison en mars dernier (cf. news).
Le show a également été l'un des premiers à être prolongé pour une saison complète à la rentrée 2005 (cf. news). Et peu de temps après, on nous annonçait déjà officieusement qu'une deuxième saison allait être commandée. D'ailleurs, en raison du succès de la série, il serait question de tourner 24 épisodes pour la deuxième saison et non 22 comme pour la première.

 

Quand doit débuter le tournage de cette deuxième saison ?
Le 10 juillet.

 

Si tôt (les diffusions des séries TV ne débutent généralement pas avant la deuxième quinzaine de septembre aux États-Unis, NDR) ?
Oui car la chaîne aime bien avoir six ou sept épisodes d'avance. D'autant qu'il ne les diffuse pas obligatoirement dans l'ordre dans lequel ils sont tournés. C'est d'ailleurs l'un des gros avantages de notre show par rapport à des séries telles que Lost ou 24. Si vous manquez un épisode, vous pouvez toujours comprendre, vous n'êtes pas complètement perdus, même si, une fois encore, la deuxième saison permettra d'en découvrir chaque fois un peu plus sur les personnages.

 

Comment expliquez-vous la fascination du public pour un univers aussi sordide ?
Comme je l'évoquais déjà tout à l'heure, en dépit des règles qui régissent notre société, l'Homme possède cet instinct animal de survie, de tueur. Je ne dis pas que nous sommes tous des cambrioleurs ou des « Jack l'éventreur » en devenir mais que, dans certaines circonstances, cet instinct est prêt à ressurgir. Comment réagiriez-vous si l'on s'en prenait par exemple à votre femme, votre fille ou bien à vos parents ? Nous ne sommes pas tout noir ou tout blanc. Chacun a ses problèmes. Et je crois que c'est cela qui fascine le public : comprendre pourquoi et comment certains en viennent à franchir cette « ligne » pour devenir des violeurs, des tueurs….

 

Vous dormez toujours aussi bien qu'avant depuis que vous avez pris part à cette série ?
Vous savez quoi : j'ai toujours parlé en dormant. Je ne ronfle pas mais je parle. Et depuis que je tourne cette série, j'ai découvert que mes rêves étaient plus agités qu'avant. D'après ce que ma copine m'en a dit, je parle à longueur de nuits, à tel point que je l'empêche de dormir et qu'elle est obligée d'aller dormir dans la pièce d'à côté (rires).

 


Propos recueillis au cours du 46ème festival de télévision de Monte-Carlo en juin 2006.
Autoportrait de Shemar Moore.

 

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