Shirley MacLaine (In her shoes)

Flavien Bellevue | 14 novembre 2005
Flavien Bellevue | 14 novembre 2005

Le métier de journaliste peut réserver parfois quelques surprises, surtout lors d'interviews avec d'autres confrères et consoeurs étrangers (six au total dont nous seuls français) qui préfèrent parler de paillettes que de cinéma. Résultat ? Un entretien tout azimut et quasiment uncut réalisé à Los Angeles, dans lequel une grande star - à l'affiche de In her Shoes - parle de tout et de rien au risque de berner l'attention de ses interlocuteurs cinéphiles et non mondains...Interview détournée d'une légende qui est en paix avec elle-même…

Quel est votre point commun avec votre personnage dans In her shoes ?
Il y en a peu. Ses petits enfants ont la trentaine et les miens ont sept et huit ans donc je ne sais pas si nous sommes si liés. Comment je serai avec eux quand ils auront 30 ans ? Je ne sais pas…

Que pensez-vous de ce qu'est Hollywood aujourd'hui, qui met en avant des Paris Hilton and co ?
(Rire.). Je ne veux pas répondre à cela. Je ne suis pas liée à cet Hollywood. J'aime ses vêtements roses et son adorable chien. Je pense que les studios ne fonctionnent qu'au marketing maintenant. C'est une plaie…

N'est-ce pas un peu déprimant ou frustrant pour une véritable actrice ?
Non, parce qu'il y a toujours un rôle pour quelqu'un qui sait jouer et le public est soulagé de pouvoir l'apprécier de temps en temps. Mais nous sommes dans une société trop lié au marketing malheureusement…

 


Est-ce que la période où il y avait de bons films vous manque, bien que ce film en soit un ?
C'est extrêmement triste. Ça me manque beaucoup.

 

Au moins, vous pouvez revoir ces films en DVD maintenant ?
C'est vrai, avec le DVD, les films ne meurent jamais.

Avez-vous une grande collection de DVD ?
Non, très peu.

Vous ne regardez pas de films ?
Pas à la maison. Je vais au cinéma. Surtout parce que j'aime entendre la réaction du public. Quelque fois, je suis choquée par les réactions mais c'est ce que je préfère. Ou je regarde parfois ce qu'il y a à la télévision vers 1h ou 2 heures du matin, sans choisir le film. J'aime penser que ce que je regarde est regardé par d'autres personnes.

Comment avez-vous travaillé votre personnage avec Curtis Hanson et avez-vous lu le livre dont le film est tiré ?
Il voulait que mon personnage soit très retenu. Je n'ai pas lu le livre parce que le scénario ne le suit pas. Il voulait faire des gros plans donc il fallait que mon rôle ne soit pas majeur et c'est là que la technique entre en jeu… C'est un homme très intéressant, il était journaliste comme vous, pour Newsweek. Il a un regard très intéressant sur la nature humaine et parfois lorsque vous lui poser une question, ça lui prend vingt minutes pour vous répondre. Il a une façon très circonspecte de s'intéresser a ce qui vous est proche et après cela, il oblige les acteurs à aller chercher plus loin, au fond d'eux même pour faire naître le personnage. Et j'ai travaillé avec de bons réalisateurs et il est parmi les meilleurs.


Est-ce que vos croyances interfèrent avec le Hollywood superficiel ?
Ils vont ensemble. Ma croyance est que nous créons notre propre réalité. Les acteurs, les producteurs, les réalisateurs et les stars ont leurs propres histoires. Tout le monde est la, circule librement et je pense que c'est amusant. C'est comme si Raymond Chandler (écrivain et poète américain du début du 20e siècle) faisait de l'humour ou quelque chose dans ce genre. J'ai bien un problème avec Hollywood mais je n'habite pas ici, j'habite dans le Nouveau Mexique. (Rire.)

Vous aimez votre façon de vivre ?
Les people veulent que je vienne ici - en Californie - mais je fréquente très rarement les soirées mondaines. Ces gens qui fréquentent ces soirées, parlent souvent d'eux même et d'argent, c'est intéressant d'un côté mais après c'est toujours la même chose.

Donc qu'est-ce que vous voulez faire ?
Je lis, j'écris, je contemple la nature. Je pourrais rester debout toute la journée a regarder les différentes couleurs de ces feuilles (Il y a de grands arbustes derrière nous.). Je ne pense pas que j'aurai pu faire ça quand j'avais trente ans. C'est quelque chose qui vient avec l'âge. J'ai toujours été une solitaire. Quand je finissais un film, je prenais un avion pour aller visiter un pays. J'ai été dans tous les pays du monde sauf l'Afghanistan et l'Antarctique. C'est ce que j'ai fait, j'ai voyagé.

Vous avez joué avec Cameron Diaz qui est aussi sexy et drôle que vous l'étiez, il y a plusieurs années. Comment voyez-vous cela ? Est-ce que vous lui avez parlé de la célébrité, de la vôtre, avez-vous discuté de tout cela sur le tournage ?
Si elle l'avait demandé, je lui aurais répondu. Je pense qu'elle est très bien dans sa vie. Elle est très fière de faire un procès aux paparazzis qui la suivent partout ainsi que ceux qui veulent la faire chanter. Elle sait qu'elle n'a pas envie d'être mariée et qu'elle est heureuse avec le jeune homme avec qui elle est en ce moment. (Justin Timberlake, pas la peine de lire Voici, Ndlr.)

 


Est-ce que tous ces paparazzis vous agacent ?
Ils étaient présents sur le tournage - et en dehors - mais moins qu'à l'accoutumée. Un d'entre eux s'était glissé dans l'équipe technique. Je considère cet acte comme de l'irrespect total. J'ai arrêté d'aller au centre commercial de Malibu, le week end. C'était épouvantable. En Californie, je mène une vie incognito car je ne vais pas dans les soirées mondaines.

 

Souffrez-vous de la solitude ?
Jamais. Ma conception de la solitude, c'est de n'être jamais seule !

Que pensez-vous de la chirurgie esthétique que pratiquent des femmes qui ont la trentaine et qui ont peur de vieillir ?
Ayant longtemps pratiqué la danse, je peux leur dire de faire attention ou sinon elles ne pourront plus bouger à quarante ans. Je pense que ça cause pas mal de dégâts au corps humain. Il faut marcher, courir, faire de l'aérobic à la Jane Fonda…

Et la peur de vieillir ?
Je pense qu'il y a en a mais surtout a cause du marketing. C'est la maladie de notre culture…de notre culture de jeunesse obsessive.

Est-ce que ça donne le pouvoir de leur dire tout cela ?
Comment je saurai utiliser ce pouvoir ? Ils n'ont pas la jugeote, l'expérience….La salle de gym est le centre de leur vie, leur entraîneur personnel, ce qu'il ne faut pas manger…Je me souviens d'une femme qui m'avait dit qu'elle adorait les week ends parce qu'elle peut manger un cookie aux pépites de chocolat. Qu'est-ce que c'est que cette vie ?! J'ai mange tout ce que j'ai voulu et ce n'était pas forcement bon car j'aime le sucre mais je n'étais pas aussi belle que ces mannequins ou actrices qui de la pub pour Chanel….Être assise dans un studio et avoir autant de restrictions alimentaires, Huuh !! Je ne pourrais pas. Je viens d'un endroit ou je n'ai jamais fait ce que je ne voulais pas faire….Je ne prends plus de sucre maintenant, voyons ce qui va se passer. Je ne dors plus…(Rire.). Je pense que je me desintoxe du sucre…Il y a de la lumière dans ces feuilles ! (toujours les arbustes qui sont derrière moi) C'est a peine perceptible. Nuit et jour, si je peux regarder la nature…

Quel est votre principal défaut ?
Je suis folle.

Vous n'êtes pas folle !
Oh my God ! Come on ! Je suis la personne qui a les pieds sur terre…par moment. Je suis très direct parfois. Je n'ai pas beaucoup de temps pour me laisser manipuler.

 


D'où pensez-vous que cela vient ?
De mes livres. Je pense que les gens ont une peur bizarre d'explorer ces choses métaphysiques surtout s'ils sont religieux. Un cadeau que mes parents m'ont offert, c'est de ne pas m'avoir m'inculquer de religion.

 

Est-ce une forme de religion ?
C'est un choix d'explorer d'autres dimensions de la réalité. C'est de la physique quantique en fait.

Et voir le monde se battre pour quelque chose auquel vous ne croyez pas ?
Se battre pour Dieu ?! Oh my lord ! C'est complètement dingue.

(Silence.)

On parlait tout à l'heure de jeunes acteurs comme Cameron Diaz, Mark Ruffalo avec qui vous venez de tourner un film. Leur donnez-vous des conseils ?
S'ils demandent oui, s'ils le demandent vraiment. Ils m'ont surpris.

Que pensez-vous de cette nouvelle génération d'acteurs ?
Ils sont vraiment bons. Diane Lane n'est pas de la nouvelle génération mais je l'aime beaucoup. Je pense que Cameron est brillante. Nicole (Kidman) est super, elle est d'une autre catégorie et Jennifer (Aniston) va sortir de l'impasse dans laquelle elle se touve. Je me sens proche d'eux en général.

Vous pensez que c'est plus difficile de jouer la comédie que le drame ?
Je ne vois pas ça comme le voyez car je ne sais pas ce que c'est. Je joue juste le rôle, je ne le catégorise pas. L'important pour moi, c'est le script. Pour moi, la vie est comique et dramatique. Et je pense qu'un bon personnage est en fait composé des deux sinon il est ennuyeux. Sauf si vous êtes Jim Carrey …Il est fou dans le bon sens du terme.

 


Allez-vous continuez à jouer ?
S'il y a quelque chose d'intéressant, je continuerais.

 

Au quotidien, avez-vous des manies ?
Non, pas une seule.

Vous improvisez, en quelque sorte ?
Oui, c'est ce qui arrive quand vous vous lâchez totalement. S'abandonner à la spontanéité est une sacré aventure et je vis toujours ainsi.

Votre frère (Warren Beatty) envisage une carrière politique, qu'en pensez-vous ?
Je ne pense pas qu'il sera gouverneur. C'est un père formidable mais il a quatre enfants, c'est dur à gérer dans le sens qu'il faut du temps. Il ne va pas gâcher ce bonheur. Parmi les acteurs sont dans la politique, je pense que Sean Penn doit être félicité car il le mérite. Il a été directement dans la gueule du loup, là où sont les problèmes, et non aux soirées mondaines des démocrates. Je l'admire.

Réaliserez-vous à nouveau un film ?
Je n'ai plus ce désir. Je l'ai fait une fois (deux fois en fait, The other half of the sky: a China Memoir en 1975 et Bruno en 2000, Ndlr.), ça m'a suffit.

Vous avez de l'influence sur la camera en tant qu'actrice ?
Eh bien, les acteurs veulent toujours savoir s'ils sont bien, le réalisateur veut voir si tout va bien, puis le cadreur…

Allez-vous continuer d'écrire ?
Oui. Rien ne me rend plus heureuse que d'être seul chez moi au Nouveau Mexique, me sentir creativement utile. Après, je sors prendre un café et je reviens pour prendre la voiture, pour aller a mon ranch. Je travaille et je fais ce qui me passe par la tête. Le personnage que je suis entrain d'écrire se dit : « écoute moi, écris moi », je m'arrête…j'écris a la main, sur papier vous savez.

 


Vous écrivez des e-mails ?
J'utilise l'ordinateur pour avoir des journaux du monde entier. J'ai des e-mails et je n'en veux pas spécialement. Je préfère entendre la voix des gens qui m'envoient ces e-mails plus que d'entendre les espaces entre les phrases. Je déteste écrire des e-mails parce qu'ils ne sont pas…Ou est le point ? Ou est le verbe ? Oh Shit ! Je déteste tout cela.

 

Qu'est-ce que vous aimez au Nouveau Mexique ?
C'est un centre artistique et spirituel qui permet d'ouvrir notre conscience. J'ai toujours été a New York et Hollywood pour travailler et au Nouveau Mexique pour exister. Des amis sont venus une fois pendant trois jours, on a eu un dîner bien arrosé et on a pris les embouteillages… (Shirley MacLaine s'adresse à moi, endormi.) À quoi pensez-vous ? (Rire.)

J'écoutais, vous savez ! Heu... Je pensais que ça serait bien que mon voisin Ilan puisse poser une question….
Oui, bien sûr ! Vous n'avez rien dit !

(Ilan se réveille aussi et s'exécute.) Humm… Quelles sont les faiblesses et les qualités de votre personnage dans In her shoes ?
Je pense qu'elle est forte, silencieuse, pleine de compassion. Un petit mouvement et vous l'écoutez, surtout ses filles sont tellement mal dans leur vie lorsqu'elles la voient. J'aime cette grand mère mais je ne suis pas ce genre de grand mère. Je suis plus direct et je dis ce que je pense contrairement à mon personnage.

(J'essaie de sauver la face.) J'aime beaucoup la dame dont vous vous occupez dans le film (Et c'est vrai, allez voir le film et vous verrez de qui je parle) …
Est-ce qu'elle n'est pas adorable Mrs. Leftkowitz ?! Elle était tellement inquiète de savoir si elle allait se souvenir de ses répliques...

 


Qu'aimeriez-vous transmettre à vos petits-enfants ?
J'aimerais les aider à vivre dans un monde sain. C'est un peu compromis, non ? Je leur transmettrai tout ce que je peux. Je voudrais surtout qu'ils se trouvent. J'ai toujours eu une vie familiale de classe moyenne. Mes parents s'occupaient tellement des autres que ça m'a aidé à aider les autres à mon tour. Donc après, vous pouvez avoir une famille conservatrice qui va amener des enfants révolutionnaires et des parents révolutionnaires vont engendrer des enfants conservateurs !

 

Pourquoi ?
Vous voulez toujours vous différencier de vos parents. Je pense d'ailleurs que les couples ont du mal à élever leurs enfants, de nos jours.

Qu'est-ce qui fait que vous continuez à jouer ?
J'aime être ces personnages…

C'est une passion donc…
OH! God! It's so cliché… Je ne sais pas. J'aime ce métier. Je ne m'ennuie pas en général. Je regardais un type, à la télévision, qui avait un t-shirt sur lequel était écrit : « Je ne pense pas beaucoup donc je ne suis peut-être pas ». (Rire.)

Nous tenons à remercier Madame Shirley MacLaine (« Thank you for this wonderful time ! »), son aimable agent, la 20th Century Fox aux States et en France, le personnel du Geoffrey's de Malibu, et last but not least Cécile Rebbot pour avoir organisé tout ça depuis Paris.

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