Monsieur Framboise d'Or

Didier Verdurand | 8 février 2006
Didier Verdurand | 8 février 2006

La veille de la prestigieuse cérémonie des Oscars, les Framboises d'Or s'en donnent à cœoeur joie et récompensent les plus mauvais de la classe. John J. B. Wilson, le créateur de ces fameuses distinctions il y a 25 ans, est devenu un personnage hors du commun à Hollywood. Publiciste au quotidien, il représente ce poil à gratter qui démange les stars et les font revenir sur Terre quelques jours... Cela méritait largement un coup de téléphone ! Allo, John ?

Comment vous est venue l'idée de créer les Framboises d'Or ?
Je venais de voir un double programme. Il y avait un film avec les Village People, Can't stop the music et un autre débilité profonde avec Olivia Newton-John, Xanadu. J'ai demandé par principe à ce qu'on me rembourse les 99 cents que je venais de perdre, et quand le responsable du cinéma m'a clairement dit qu'il refusait, je me suis dit qu'il devait y avoir un autre moyen pour exprimer ma détresse. La première cérémonie des Framboises d'Or a eu lieu dans mon salon pendant les Oscars, qui avaient été repoussés en raison d'une tentative d'assassinat sur Ronald Reagan. J'avais installé un podium et m'étais habillé en smoking pour donner le nom des vainqueurs. Les gens présents s'étaient tellement amusés qu'on s'est dit qu'il fallait peut-être aller encore plus loin. J'ai envoyé le lendemain un communiqué de presse à des quotidiens de Los Angeles qui ont tous repris la nouvelle.

Pouviez-vous imaginer que cela prenne de telles proportions ?
Pas vraiment mais je pensais que notre société ne pouvait se limiter à donner des distinctions aux meilleurs. Il est nécessaire que des gens dénoncent ce qui s'apparente à de la merde. (Rires.) L'humour est ce qui a rendu les Framboises d'Or si célèbres. Il n'a jamais été question de se prendre au sérieux et de taper sèchement sur Hollywood.

Et quand vous êtes-vous rendu compte de l'ampleur que ça prenait ?
Les trois premières années, notre cérémonie se déroulait le même soir que les Oscars et il est impossible de rivaliser avec un budget de promotion qui doit atteindre 70 millions de dollars alors que le notre devait être autour de 700 dollars ! En passant la veille, nous pouvions attirer l'attention du monde entier en profitant des projecteurs qui s'apprêtent à éclairer les Oscars.

Vous visionnez beaucoup de films ?
Quand j'étais plus jeune, oui mais j'ai du mal maintenant que j'ai une vie de famille. Cette année, je n'ai vu pour ainsi dire quasiment aucun des films nominés aux Oscars. En revanche, j'ai vu la plupart de nos nominés et d'autres dont l'absence me surprend réellement. Comment Brad Pitt n'a-t-il pas reçu de nomination pour Troie ? J'ai été très surpris aussi que Van Helsing, n'arrive seulement que sixième ou septième.

En revanche, Catwoman, de Pitof…
Est-ce que Pitof est un mot français ? Que signifie-t-il ?

Rien, comme le film.
On peut dire en anglais « J'ai vu Catwoman et j'étais pissed off (furax) ! » Le personnage de Catwoman est censé être sexy, rigolote et plutôt sauvage, imprévisible. Au contraire, le film est déprimant. Je ne peux pas imaginer qu'une femme dans un costume pareil soit aussi coincée. Pour un sourd, le personnage de Catwoman est acceptable au départ car le look est là, mais dès qu'elle ouvre la bouche, la tristesse nous envahit. C'est à se demander s'il elle n'était pas braquée par un flingue derrière la caméra pour l'empêcher de se lâcher !

Paul Verhoeven est le seul réalisateur à avoir accepté le trophée !
Je vais essayer de le recontacter si Showgirls remporte les prix que nous allons décerner à l'occasion de notre vingt-cinquième anniversaire mais je pense que Battlefield Earth battra Showgirls pour le prix du pire film de ces 25 dernières années. Je ne suis pas surpris que Verhoeven soit le premier à être venu car il me semble que les européens ont un sens de l'humour plus développé concernant leurs ratages. L'ego d'Hollywood est inégalable. Verhoeven s'amusait de voir que nous délirions avec son film. Il nous avait contacté la veille de la cérémonie et je l'avais mis en garde, en lui disant que s'il était mécontent de notre choix, ce n'était pas la peine de venir. Il a accepté et ce fut l'un des plus grands moments de l'histoire des Framboises d'Or.

Quant à Ben Affleck, il a eu son trophée à la télé !
Tout est parti de votre interview (pour la retrouver, cliquez ici) lorsqu'il vous a dit qu'il était prêt à venir nous rendre visite. Nous avons tenté de le joindre, en vain et il n'est donc pas venu récupérer sa récompense, pour Gigli, qui avait cinq autres prix : pire film, pire actrice, pire réalisateur, pire scénario et pire couple à l'écran. Comme il venait de se séparer de Jennifer Lopez, cela nous a fait beaucoup de publicité. Deux semaines après, on lui demande à une conférence de presse s'il se sentait honoré par ce triomphe, et il s'est plaint de ne pas avoir reçu le trophée. Je savais qu'il allait être invité sur CNN chez Larry King donc j'ai remis le trophée à une connaissance que j'ai là-bas. Larry lui a donc remis à la télé mais contrairement à mes recommandations, n'a pas abordé le sujet de manière très sympathique. Ben a quasiment brisé la main de Larry en lui prenant le trophée - ce que j'ai trouvé comique - et n'a pas eu l'air de trouver ça amusant. Il a râlé sur sa valeur. Croyait-il sérieusement qu'il aurait un trophée en or massif pour cette performance ? Alors il a dit à la fin de l'émission à Larry qu'il pouvait le garder et comme Larry ne le voulait pas non plus, j'ai été le reprendre le lendemain et l'ai déposé sur e-bay. Il a été vendu 1 400 dollars, ce qui a remboursé la location de l'hôtel où a eu lieu la cérémonie. J'en profite donc pour remercier Ben Affleck de nous avoir en quelque sorte sponsorisé.

Attendez-vous George Bush cette année ?
Je pense qu'il est un peu trop occupé mais je peux vous dire que j'ai voté pour lui à nos élections ! Nous avons pensé à inviter Michael Moore et puis nous nous sommes rendus compte que l'attention serait sur lui toute la soirée donc nous préférons éviter cela. Certaines personnes m'ont rétorqué que Bush n'était pas un acteur, ce qui est vrai, donc je précise que le prix récompense la pire performance à l'écran.

 

Quel est le film que vous attendez impatiemment ?
King Kong de Peter Jackson car ce ne sera pas facile d'en faire un grand film et j'ai le sentiment qu'il sera soit génial, soit très mauvais. On pourrait le retrouver l'année prochaine.

 

On ne pouvait pas se quitter sans parler de Stallone, qui est le recordman de Framboises d'Or !
Il est désormais à la télévision dans un reality show sur la boxe et je pense que nous lui rendrons hommage par une minute de silence.

 

Propos recueillis par Didier Verdurand.


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Site officiel : http://www.razzies.com

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