Alexandre

Fabien Braule | 21 décembre 2004
Fabien Braule | 21 décembre 2004

Malgré le froid de l'hiver et la pluie qui s'abattait sur Paris jeudi dernier, un soleil radieux brillait avenue George V en la personne d'Angelina Jolie. Jolie, le terme n'est pas usurpé lorsque l'on découvre le minois de la belle. Aussi, l'homme qui est en chacun de nous (les journalistes) de se dire qu'il n'est pas possible qu'une si sublime femme n'ait jamais été photographiée correctement dans quelque production hollywoodienne que ce soit, si ce n'est dans Alexandre justement, grâce aux talents de l'immense Rodrigo Prieto. On se souvient, il y a quelques semaines de cela, de ce que pouvait être une conférence de presse bâclée, ratée et inepte avec L'Âge de raison. À croire que les qualités artistiques du film sont en fait le fil conducteur au bon déroulement des choses, puisque celle d'Alexandre s'est révélée suffisamment riche en informations (notamment grâce à Oliver Stone, dont on boit chaque parole) pour tenir en haleine une horde de passionnés aux yeux écarquillés. Quant à Colin Farrell, les cheveux sombres et le regard rebelle, c'est avec une certaine motivation que l'acteur s'est prêté au jeux des questions réponses.

Angelina Jolie – Qu'avez-vous pensé de votre rôle ?
C'était un rôle très intéressant à interpréter du fait de la puissance de ma relation avec les autres personnages. L'autre intérêt de mon travail était sur mon accent assez particulier. J'ai voulu lui apporter l'inspiration de différentes régions pour évoquer les différentes cultures en œuvre dans le film.

Colin Farrell – Avez-vous subi un entraînement physique et aimez-vous porter la jupe, contrairement à d'autres acteurs ?
Ceux qui disent ne pas aimer la porter sont des menteurs. C'est un vêtement très agréable. Trois ou quatre mois avant le début du tournage, j'ai commencé ma préparation physique, je m'entraînais beaucoup. J'allais dans des clubs de sport quatre jours par semaine. Je suis beaucoup monté à cheval. Puis je suis reparti dans le nord de la Californie pour prendre du repos. Plus tard, au Maroc, lorsque tous les figurants sont arrivés, nous avons fait des séances de questions / réponses pour s'imprégner de toutes les stratégies militaires macédoniennes de l'époque.

Angelina Jolie – Dans le passé, on vous a vue interpréter des rôles plus physiques (Tomb Raider…). Sur ce tournage, est-ce que vous ne vous êtes pas sentie trop lésée ?
J'aurais aimé faire mordre la poussière à deux ou trois acteurs (rires), mais quelque part, la véritable force, le véritable combat du personnage est intérieur. C'était difficile à interpréter, un exercice très psychologique.

Oliver Stone – L'homosexualité est très explicite dans le film, alors que dans la plupart des péplums elle n'est que suggérée. Jusqu'à quel point avez-vous souhaité mettre en avant cet axe ?
Aux États-Unis, on a pu comparer le rôle de Colin Farrell à celui d'un bisexuel. Ça va même au-delà de ça ! C'est un personnage « trisexuel », puisqu'il va même jusqu'à avoir des relations avec un personnage à l'identité sexuelle androgyne ; un troisième genre. Si cette question avait été souvent soulevée sur un plan géographique, social ou autrement que sexuel, Alexandre le Grand a véritablement repoussé toutes sortes de limites. Il était hors norme.

Oliver Stone – Vous avez travaillé il y a treize ans avec Val Kilmer sur The Doors. Qu'est-ce qui a changé en lui ?
Lorsque nous avons travaillé ensemble sur The Doors, il était en proie à des problèmes personnels. Il y avait beaucoup de pression, alors que cette fois-ci c'était un véritable plaisir de le retrouver. C'est un autre homme (en français). Il est plus épanoui, plus serein. C'est un vrai bonheur.

Colin Farrell – Au stade actuel de votre carrière, préférez-vous jouer dans des films intimistes (Intermission…), dans de purs produits commerciaux (Daredevil…) ou dans des films au croisement des deux comme Alexandre ou prochainement The New World ?
Que ce soit dans la vie ou au cinéma, je n'ai pas emprunté qu'une seule route. Je préfère renouveler les genres, les styles. Tout ce que je veux, c'est continuer à jouer. Aussi longtemps que je ne serai pas freiné par la peur, tant que je ne mettrai pas de frontières à mes choix, je continuerai ma carrière de cette façon. J'aime jouer avec les émotions, mais aussi divertir avec de gros blockbusters.

Oliver Stone – Pourquoi Alexandre a-t-il mis tant de temps à être adapté cinématographiquement ?
Depuis 1989 je travaille sur Alexandre. Je passe à un autre projet, puis j'y reviens et ainsi de suite. Le problème qui se posait était d'arriver à concentrer sur trois heures la vie exceptionnelle de ce personnage. Il fallait que ressortent à l'écran les trois actes de sa vie. Si Alexandre avait été fait à la mode hollywoodienne, nous aurions eu un personnage très viril à la manière de Russel Crowe (Gladiator) ou Brad Pitt (Troie).

Oliver Stone – Avez-vous été déçu par l'accueil du film aux États-Unis ?
Oui, mais je pense qu'il faut relativiser. Seulement une petite partie du public a vu Alexandre en salles. Une grande majorité le verra en DVD. De toute façon, je suis content que le film existe. On se souviendra d'Alexandre (le personnage) pour ce qu'il était. De plus, il faut savoir que les Américains sont allergiques à l'Histoire. J'aurai contribué modestement à ce qu'on se souvienne de lui.

Oliver Stone – Qu'en est-il de l'accueil en Europe ?
Sur les douze pays où nous avons fait la promotion du film, le film a été très bien reçu. Vous savez, je crois que la réaction des journalistes américains est pour le moins puérile. Ils n'ont été capables de se focaliser que sur la sexualité du personnage et ont oublié tout le reste. C'est comme en politique, les gens s'arrêtent sur des détails insignifiants. Le parallèle à faire sur ce point entre les États-Unis et l'Europe est très intéressant. Les Américains ont toujours écarté les questions géopolitiques qui jalonnent le film. Pourtant, il faut se rendre à l'évidence, le gouvernement Bush est en train de créer un empire au Moyen-Orient.

Oliver Stone – Avez-vous eu le « director's cut » sur Alexandre, ou pensez-vous faire une version longue comme pour Nixon ou pour L'Enfer du dimanche ?
La version de deux heures cinquante vue en salles est la bonne version, elle est la « director's cut ». Il me semblait impossible de traiter un tel sujet en moins de trois heures (même si, parfois, la simplicité est une bonne chose) tant l'histoire de ce personnage est complexe. C'est vrai qu'aujourd'hui je me dis qu'une version de deux heures, spécifiquement destinée au marché américain, aurait été la bienvenue. C'est incroyable de voir à quel point les Américains manquent de patience. Il faut toujours aller droit au but, oublier l'aspect contemplatif de certaines séquences. Peut-être qu'un jour je ferais une version plus longue, avec davantage de détails, mais celle-ci n'est pas prévue à l'heure actuelle.

(Propos recueillis le 16 décembre 2004 à Paris par Fabien Braule et Éric Dumas.)

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