Éric & Ramzy

Vincent Julé | 6 décembre 2004
Vincent Julé | 6 décembre 2004

Entre l'enregistrement d'une émission de télévision et un direct sur une station de radio, les deux compères nous ont trouvé un créneau pour une courte rencontre. Mais à deux contre un, le match était perdu d'avance. En effet, difficile de les tenir en place, de glaner des informations, surtout lorsque l'intervieweur, fan devant l'Éternel, se laisse prendre au jeu.

Première question, un peu bâteau peut-être, mais je me suis demandé comment vous aviez atterri sur le projet. Vous avez été sollicités, ou c'est plutôt vous qui avez démarché ?

Ramzy : À la base, c'est un projet que Jamel Debbouze a lancé. Il a proposé d'acheter les droits des Dalton et d'en faire un film. Mais, entre-temps, il a tourné Astérix et il ne voulait pas être lié à toutes les bandes dessinées d'Europe et de France : Marsupilami (NDLA : Alain Chabat est sur le coup), Boule & Bill… Alors, il s'est tiré du projet. Là-dessus, UGC…
Éric : On se balade dans la rue. Qu'est-ce que je vois ?
Ramzy : UGC se retrouve donc avec ce projet-là, et nous demande si cela nous intéresserait. On lit le scénario, on dit OK, mais seulement si on réécrit entièrement le scénario.
Eric : Donc on a contacté un auteur, Michel Hazanavicius, qui a réécrit un scénar', et après… mais c'est GÉNIAL !!! Il faut qu'on le fasse !

Un peu d'improvisation tout de même ?

Les deux (en chanson) : Un peu d'impro, d'espièglerie, c'est la vie…
Éric : … des Daltons !
Ramzy : …des Dalt..is !
Éric : Ah non, moi je parle du projet.
Ramzy : Moi, je le fais en « i » pour la chanson.
Éric (dans une imitation, ratée bien sûr, de Jean Gabin) : Eh bah moi aussi, je trouve cela lamentable…
Ramzy : Jean Gabin !!!
Éric : Tu vois, même les grandes personnes trouvent ton comportement lamentable.
Ramzy : Pomponette !
Éric (avec une bouteille de sirop) : Non, laisse-le…

Digression sur Gabin, le percepteur des impôts de Ramzy, les gens du soleil, de la terre… Que du bon, donc !

En toute sincérité, êtes-vous vraiment satisfait du film ? Car, personnellement, je trouve qu'il a un peu le cul entre deux chaises…

Ramzy : C'est-à-dire ?

Tu vois, tu prends une chaise…

Ramzy : Tu mets ton cul entre les deux, et t'es pas bien… Mais quelles sont les deux chaises pour toi ?

Le film essaie de faire cohabiter la BD avec votre humour bien spécifique. Or, quand c'est entre vous, à l'image de la scène à la frontière mexicaine avec Élie Seimoun, cela fonctionne. En revanche, dès que vous êtes Joe et Averell, à vous sauter dessus à tout bout de champ, le bât blesse.

Ramzy : C'est le problème du cinéma. On a adapté les Dalton.
Éric : On n'allait pas faire du Éric et Ramzy.
Ramzy : Soit on faisait un film Éric et Ramzy, comme cette scène dont tu parles. La seule scène posée d'ailleurs, alors que le film va plutôt assez vite. Mais alors, on nous aurait reproché de ne pas faire un film sur les Dalton.

Mais, par exemple, Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre, d'Alain Chabat, se démarque complètement de la BD, tout en gardant…

Ramzy : Mais c'est le deuxième. Si tu fais ça en premier, tu ne rentres même plus chez Dargaud.
Éric : Même chez Darty ! On ne peut pas s'approprier trop rapidement les Dalton, sinon on nous le reprocherait à mort.

Pensez-vous tout de même que c'est un film foncièrement pour les enfants ? Dans la salle remplie d'enfants, peu ont rigolé. Ils ont souri, bien sûr, mais la seule scène où des éclats de rire se sont fait entendre est déjà présente dans la article-details_c-trailers.

Éric : Je crois que cela va faire la même chose que La Tour Montparnasse infernale. C'est-à-dire que c'est un film que tu prends dans la gueule… Et je vois, au fur et à mesure que nous faisons des projections, et donc que les gamins voient la article-details_c-trailers, qu'ils commencent à avoir des repères pour se marrer. Selon moi, le film va très vite, et donc il y a des passages que tu zappes…

Oui, mais l'intérêt d'une scène comme la destruction (massive) du village mexicain, bien que spectaculaire, est proche de zéro.

Ramzy : C'est au service de la cinématographie.
Éric : C'est au service de l'histoire aussi. Après, tu l'aimes ou pas. Cette scène signifie simplement que les mecs en ont rien à cirer des autres, et que Joe est violent. Si tu voulais le personnage plus nuancé, il faudrait peut-être écrire à Morris et Goscinny.
Ramzy : J'ai une petite analyse là-dessus. Quand on lit les BD, petit, on est seul. Chacun se fait son Dalton, le lit à son rythme, lui donne son intonation, la voix des personnages. Une fois au cinéma, le spectateur ne le verra pas à sa manière, mais à celle du réalisateur. On est obligé de le faire, on ne vous laisse pas le choix d'imaginer les voix, du rythme, et c'est pourquoi les avis divergent tant. À un moment, c'est obligé de prendre un parti pris.
Éric : Et le parti pris que l'on a, malgré tout, c'est d'adapter les Dalton, de rester fidèle à un Joe nerveux et à un Averell bêta.
Ramzy : D'ailleurs, je préfère cette critique que celle nous reprochant d'être trop Éric et Ramzy et pas assez les Dalton. Parce qu'il y a beaucoup plus de fans de la BD, et il valait donc mieux la faire passer avant. Quand on aura plus de fans que les Dalton, eh bien là… peut-être…

Et Double zéro ?

Éric : Tu veux vraiment qu'on parle, ou on passe à autre chose ?…

Après La Tour Montparnasse infernale, qu'il faut voir plusieurs fois pour l'apprécier…

Éric : Cela va faire la même chose pour les Dalton.

Mais Double zéro, même si tu le vois plein de fois…

Éric : Il faut le voir cent fois ! Nan, tu te branles sur les meufs !

Au début pourtant, avec la scène ridicule de karaté, on a un peu d'espoir.

Ramzy : C'est ce qui nous est arrivé avec le réalisateur (Gérard Pirès). Il nous a vu dans cette scène et il a dit : « Ah ! C'est ça Éric et Ramzy. » Et donc tout le reste du film…
Éric : On ne s'est tout simplement pas entendu avec le réalisateur, et il a monté ce qu'il voulait.

Vous êtes déçus, donc ?

Éric : Oui, il y avait moyen de faire quelque chose de bien. On avait des jouets : tout ce qu'il fallait donc.
Ramzy : C'est pour ça qu'on y a été d'ailleurs.
Éric : Mais mauvais choix de réalisateur.
Ramzy : Oui mais bon, il y a tout de même des choses à garder dans le film.

Oui… enfin non. Désolé.

Ramzy : J'essaie, tu vois…
Éric : Moi, je m'en branle.
Ramzy : Écoute, on apprend.
Éric : Franchement, tu prends Steve Martin, dont je suis fan, il n'a pas fait que des chefs-d'œuvre. Tu peux trouver des navets dans la carrière de tout grand comique, même chez Jim Carrey.

Après le spectacle, la série H et le film La Tour Montparnasse infernale, il n'y a pas un moment où il va falloir que vous vous renouveliez ?

Éric : Dans le spectacle de février 2005.
Ramzy : Il n'a plus rien avoir. Il est même déstabilisant. On ne mise pas tout sur l'humour.
Éric : Mais sur l'agression physique.
Ramzy : C'est beaucoup plus absurde. Mais à la Éric et Ramzy.
Éric : C'est Allah Éric et Ramzy. Le dieu.
Ramzy : Quand on répète, par exemple, on ne se comprend pas certaines fois.
Éric : On ne sait plus à quoi on faisait référence au départ.
Ramzy : Quand tu verras notre nouveau spectacle, tu comprendras que les prochaines déclinaisons cinéma devraient être complètement différentes.
Éric : Notre prochain film, par exemple, de Quentin Dupieux (NDLA : plus connu sous le pseudo de M. Oizo).
Ramzy : Celui qui avait fait Flat Eric, la petite marionnette jaune qui fume des saucisses.

J'avais pourtant eu l'écho que le projet était tombé à l'eau…

Éric : On devait le faire avant, mais c'était inconcevable à l'époque pour les producteurs. Le projet était trop osé.

Le titre ?

Éric : Steack, mais ça risque de changer.

Et Moyen Man, c'est toujours d'actualité ?

Éric : Pour l'instant, on essaie de récupérer notre bébé.
Ramzy : C'est un scénario qu'on a vendu.

Sinon, d'autres projets cinéma ?

Ramzy : On a écrit un autre film qu'on ne sortira pas, qui s‘appelait Seuls au monde. Quoi que, peut-être un jour, je ne sais pas.
Éric : On a une série d'animation à la South Park qui s'appelle Les Moutmouts. On est un couple de moutons.

C'est la série Ratz, à laquelle vous prêtez vos voix, qui vous en a donné envie ?

Éric : Oui et non. En fait, on est allés voir ce producteur pour notre projet, et il nous a proposé de faire les Ratz en attendant.
Ramzy : Sinon, on a aussi un projet de long métrage d'animation avec le réalisateur de Gang de Requins (Éric Bergeron). Il voudrait faire un film en France.

Et au-delà de la carrière professionnelle…?

Éric : Du sport, beaucoup de sport.

… car j'ai vu que vous avez tous les deux dépassé la trentaine…

Ramzy : Tu sais que cela nous a surpris aussi.
Éric : Là, moi, j'ai 21 ans.

T'approches plus des 35.

Éric : Tu vois, j'étais étudiant.

Vous n'avez peut-être pas de projets au long terme ?

Éric : On veut faire Un long dimanche de fiançailles 2, et le rendre un peu plus trash avec des scènes de cul.
Ramzy : En février, on commence aussi Pédale mi-molle. On a tellement adoré les deux premiers.
Éric : Ouhla !

Nouvelle digression sur les chefs-d'œuvre de Gabriel Aghion (Confidences d'un dragueur, Gamer), les baskets de Ramzy avec son prénom dessus (la grande classe !), la promo des Dalton, et donc de Double zéro…

Propos recueillis tant bien que mal par Vincent Julé.
Autoportrait de Ramzy.

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