Niels Mueller

Sophie Hay | 27 octobre 2004
Sophie Hay | 27 octobre 2004

Niels Mueller, metteur en scène américain originaire du Wisconsin, a présenté au dernier festival de Cannes son premier long métrage, The Assassination of Richard Nixon. Nous avons profité de sa récente visite à Paris pour l'interviewer. Pas question de passer à côté de ce film dans lequel Sean Penn crève l'écran !

Votre film sortira le 27 octobre prochain en France, soit deux mois avant sa sortie américaine. Pourquoi ?
Je ne connais pas la raison précise mais j'en suis content, car si le film sortait juste avant les élections présidentielles, les spectateurs n'auraient pas la même vision que s'ils le voyaient après les élections. Je ne veux pas que le film soit associé à cet évènement. De plus, le projet du film a commencé en 1999, bien avant les attentats du 11 septembre 2001 dont se servent les candidats aussi bien Bush que Kerry.

De nombreuses stars hollywoodiennes se sont engagées dans la production de votre film. Comment DiCaprio, producteur exécutif, a-t-il pris part au projet ?
Il a lu le script et l'a vraiment adoré. Il voulait réellement s'investir dans le financement de ce film. Et puis, vous savez comme moi que DiCaprio est très impliqué en politique…

Le personnage du film s'appelle Sam Bicke. Dans Taxi driver, de Scorsese, le personnage principal interprété par De Niro s'appelle Travis Bickle… Leurs noms sont assez proches. Choix ou coïncidence ?
Je pense que c'est juste une coïncidence. Nous n'avions pas le choix pour le nom du personnage vu que nous nous basions sur une histoire vraie, alors que Scorsese, lui, avait le choix pour Taxi driver.

Croyez-vous que le personnage de Taxi driver court après la même chose que votre personnage, Sam Bicke ?
Non, je ne pense pas. Ce qui est important pour Sam Bicke, c'est le rêve américain. Il y croit. Je ne pense pas que le personnage de Taxi driver croyait en ce rêve. De plus, Sam Bicke a été marié, a eu trois enfants. Il a eu et a toujours un pied dans la société américaine. On l'observe notamment par ses relations avec les personnages secondaires du film. Le personnage incarné par De Niro dans Taxi driver semble, quant à lui, complètement en dehors du système.

La fin m'a également fait penser à Taxi driver.
Les gens qui l'ont vu pensent davantage aux attentats du 11 Septembre… Or, comme je vous l'ai déjà dit, le film a été écrit en 1999 ! J'ai bien aimé Taxi driver, mais ma plus forte inspiration provient de la pièce de théâtre Woyczek, de Georg Büchner. Woyczek, en tant que personnage, m'a beaucoup inspiré. Il est exact que dans Taxi driver De Niro est « lié » aussi à un homme politique, tout comme l'est Sam Bicke avec Richard Nixon. Selon moi, le plus important à souligner était la relation qu'un homme ordinaire entretient avec un homme politique qu'il voit à la télévision. La majorité d'entre nous construit une certaine relation avec ces hommes publiques lorsqu'elle les regarde à la télévision. Le personnage de Sam Bicke agit tout au long du film – sauf à la fin – de manière sensée. Il cherche le rêve américain, et Nixon ne fait qu'accentuer la possibilité de l'atteindre avec les promesses qu'il offre. Sam Bicke n'arrive pas à sortir de ses principes. La seule façon pour lui d'échapper à ses principes est l'autodestruction. Si vous croyez en vos principes de manière trop puissante, vous finissez par vous y perdre et voir le monde qui vous entoure d'une façon faussée.

Pourquoi vouliez-vous adapter cette histoire au cinéma ?
L'idée du script m'est venue en 1998 lorsqu'il y a eu une fusillade aux alentours de San Diego. J'étais horrifié, je ne comprenais pas comment quelqu'un pouvait commettre ces atrocités. Je crois que j'ai écrit ce scénario pour essayer de comprendre comment un Monsieur Tout-le-monde pouvait du jour au lendemain tuer des innocents. Je me suis intéressé au comportement humain. Quand j'ai commencé à montrer le script, on m'a dit que l'histoire ressemblait à un fait divers qui s'était déroulé dans les années soixante-dix, où un homme avait tenté de détourner un avion pour le faire s'écraser sur le Pentagone. Son but était d'assassiner Nixon, qui pour lui représentait le mensonge et le mal. J'ai fait pas mal de recherches, et j'en suis arrivé à l'idée que ces personnes perdent tout repère. Dans leur logique, elles sont persuadées (tout comme le personnage de Sean Penn dans mon film) de faire le bien, peu importe les moyens…

On a envie de rire devant certaines scènes du film…
Ce film est un drame, mais par moments j'ai souhaité y apporter des touches d'humour. Je ne veux pas que le spectateur se sente coupable de sourire en voyant mon film. Ça va peut-être vous choquer, mais pour moi The Assassination of Richard Nixon est un divertissement. C'est ce que j'appelle de l'entertainement, le cinéma américain que j'aime et qu'on faisait dans les années soixante-dix. Les cinéastes de cette époque arrivaient à parler des malaises sociaux tout en faisant un bon film, sans forcément rentrer dans la complaisance. Ces histoires nous faisaient entrer dans l'état d'esprit de quelqu'un. Le film a beau se passer dans les années soixante-dix, je n'ai vraiment pas voulu faire une reconstitution historique, il pourrait d'ailleurs se passer aujourd'hui.

Comment vous est venue l'idée de la musique de Leonard Bernstein ?
Cela venait du personnage lui-même, car il a envoyé des cassettes au compositeur de musique Leonard Bernstein. Finalement, beaucoup de choses dans le film proviennent de l'histoire réelle : il était séparé de sa femme et de ses enfants, il voulait que sa femme revienne, il a cherché un travail dans la vente, etc. Je tiens à faire remarquer aussi, au passage, que le compositeur de la musique du film, Steven M. Stern, a réalisé un travail remarquable.

Votre film est très imprégné de la personnalité de Sean Penn… À tel point qu'on a même l'impression de regarder un des films qu'il a réalisés.
C'est vrai que Sean Penn a une immense personnalité, à tel point que certains des films dans lesquels il n'est qu'acteur deviennent des films de Sean Penn, avec ses obsessions de cinéaste. Je pense à Comme un chien enragé, de James Foley, ou encore à Mystic river, de Clint Eastwood. Sean aurait pu réaliser ces deux films tant ils lui ressemblent. Je n'ai vraiment pas peur de dire que The Assassination of Richard Nixon est un film autant de Niels Mueller que de Sean Penn. Sean est une personne tellement généreuse que je le considérais comme un partenaire. Il était totalement habité par son personnage… Même s'il sait s'en débarrasser aussi. Je me souviens d'une scène extraordinaire où le frère de Bicke, Michael Wincott – plus connu pour ses rôles de méchants dans Highlander ou The Crow –, vient lui rendre visite. Les deux acteurs s'étaient créés un monde dans lequel ils étaient frères, et je me retrouvais dans leur monde comme un voyeur. J'avais presque peur de les déranger.

Votre opinion sur les élections américaines ?
J'adore les États-Unis, mais pour moi Georges Bush ne représente pas l'Amérique. Parfois si, mais la plupart du temps le gouvernement s'éloigne trop du peuple américain. La situation est vraiment inquiétante... La politique de Georges Bush va à l'encontre de ce que l'Amérique a toujours défendu, du fameux rêve américain auquel Sam Bicke croit. Il a menti et faussé les élections. Il ne faut pas qu'il soit réélu. Je ne pense malheureusement pas que mon film pourra avoir une influence sur le vote dans la mesure où il sort d'abord en Europe puis après aux États-Unis, mais, finalement, ça m'enlève un poids.

Niels Mueller est photographié par Sophie Haye

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