Rencontre avec Coralie Fargeat, la réalisatrice du très énervé Revenge

Christophe Foltzer | 11 février 2018 - MAJ : 16/03/2019 22:14
Christophe Foltzer | 11 février 2018 - MAJ : 16/03/2019 22:14
Photo Matilda Lutz
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A l'heure où les comédies françaises cartonnent et font des scores indécents, le cinéma de genre français semble connaitre un nouveau souffle. Comme Grave l'an passé, Revenge donne un bon coup de pied dans la fourmilière.

 

Ce n'est pas un secret, nous aimons beaucoup le Revenge de Coralie Fargeat et nous le défendons (notre critique ici, d'ailleurs). Et forcément, quand on aime une oeuvre, on a envie de rencontrer la personne qui en est à l'origine. C'est donc au terme d'une promo marathon, le jour-même de la sortie du film, dans un café parisien à côtés des Halles, que Coralie Fargeat a accepté de répondre à quelques unes de nos questions. Une rencontre toute en douceur, en réflexion et en sincérité, comme vous allez vous en rendre compte.

 

Photo Coralie Fargeat

Coralie Fargeat

 

EcranLarge : Salut Coralie. Pourrais-tu d'abord nous parler de ton parcours ? Nous dire d'où tu viens ?

Coralie Fargeat : Je voulais être réalisatrice depuis que j'ai 16-17 ans. Le premier film que j’ai fait au caméscope, c’était un remake de Star Wars, ça raconte un peu mes envies, on va dire. (rires) Quand j’ai passé mon Bac, je voulais faire la Femis mais il fallait être Bac +2 pour présenter le concours. Donc j’ai fait un cursus général à Sciences Po Paris. Et après 3 ans ultra intensives, j’avais plus du tout envie de faire d’école, même de cinéma, je voulais commencer à travailler sur des tournages. En dernière année, il y a eu un tournage dans la cour de la fac, je suis allée regarder, j’ai discuté avec le premier assistant en disant que je voulais travailler dans ce milieu. Il m’a rappelé un mois plus tard parce qu’il cherchait un stagiaire sur le tournage d’un film, et du coup j’ai commencé comme stagiaire mise en scène sur un film américain qui se tournait en France.

C’était génial pour découvrir l’envers du décor. J’ai fait ça pendant deux ans et je me suis dit qu’il fallait que je fasse des courts-métrages. J’en ai fait un premier qui s’appelait Le télégramme, qui a bien marché en festival, qui a été acheté par France 2, ça m’a ouvert pas mal de portes mais comme je n'avais pas vraiment de projet de long métrage de prêt, je n'ai pas vraiment pu exploiter ce succès et surtout, rapidement, quand j’ai commencé à formuler les univers que je voulais explorer en long-métrage, j’ai compris la difficulté que ça allait être. Je me suis prise la réalité dans la figure et j’ai compris la nécessité de faire un deuxième court, plus proche de l’univers que je voulais traiter dans le long. J’ai donc fait un film de science fiction qui s’appelle Reality +. J’ai gagné le concours des Audi Talents Awards et c’est vraiment ce qui m’a permis d’enclencher la suite.

 

Photo Reality +

 

Reality +

 

EL : Et comment tu en es arrivée à écrire Revenge ?

CF: J’avais commencé à développer des projets qui n’étaient pas Revenge, j’étais finalement allée à la Femis pendant un an dans le cadre de l’atelier scénario en formation continue. Grave n’existait pas encore, je suis arrivée avec un projet de film de genre et on m’a mis devant la réalité : « Votre truc, ici, c’est pas possible ». Ça a été hyper dur, hyper violent mais malgré tout ça m’a permis d’apprendre à contourner les obstacles. En parallèle, j’avais créé avec des amis réalisateurs un collectif, la Squadra, où on avait un peu tous le même parcours, on essayait tous de monter notre premier long dans des univers de genre au sens large et on se heurtait tous aux mêmes difficultés. Et plutôt que de se plaindre, on voulait voir comment on pouvait trouver des solutions, s’améliorer pour y arriver malgré tout. Ça a été notre propre auto-formation et pendant plusieurs années, on s’est réunis deux fois par semaine en invitant des gens du métier pour qu’ils partagent leurs expériences avec nous. Tout ça nous a forgé une compréhension plus en phase avec la réalité : comment faire un premier film, pourquoi c’est compliqué de faire du genre, pourquoi les gens n’en veulent pas, pourquoi ça ne marche pas… Et qu’est-ce qui fait aussi qu’un film est solide, avec les bons producteurs à aller voir. Du coup on était beaucoup plus conscients des difficultés qui nous attendaient et ça nous permettait, dès la conception du projet, de trouver des moyens pour aller voir les bons partenaires.

 

Photo Matilda Lutz

Revenge

 

EL : On pourrait donc penser que Revenge a été compliqué à monter.

CF: Le projet n’a pas été si galère que ça à monter, c’est allé assez vite puisque du début de l’écriture au moment où le film était terminé, ça a pris 2 ans et demi. Mon court avait été déjà bien repéré, j’arrivais avec cet atout là, décisif pour rassurer les partenaires et montrer que j’arrivais à gérer ce type d’univers non réaliste. Raconter le pitch à différents interlocuteurs m’a permis de voir tout de suite qu’il y avait quelque chose qui résonnait dans la thématique. Pour un premier long, dans un film de genre, par une réalisatrice, cet atout était indispensable.

 

Photo Vincent Colombe, Guillaume Bouchédé

 

EL : Justement, dans l'économie actuelle du cinéma français, comment tu as pu convaincre des partenaires de se lancer dans ce projet ?

CF: C’est passé par l’écriture. Ce genre de films repose énormément sur la mise en scène mais aussi sur l’écriture. Une histoire simple et linéaire ne veut pas dire « pas de scénario », au contraire, et je savais que l’intérêt de mon film était dans la manière dont j’allais traiter l’histoire, la mettre en scène. J’ai écrit cette mise en scène, j’en ai fait un objet très littéraire où j’ai décrit toutes les ambiances, l’atmosphère, le rythme, le traitement de la violence. Je savais que c’était la seule façon dont on allait me faire confiance : il fallait que je prouve avant de le faire que ça allait être bien. Il y avait ça et tous les moyens que j’avais pour expliquer aux gens en quoi ça allait être intéressant, que ça n’allait pas être juste une série B, alors j’ai fait un petit trailer à base d’images existantes.

 

Photo

 

EL : Ce qui est intéressant dans Revenge, c'est qu'il n'y a pas tant de références à d'autres films mais plus au genre dans un sens général. C'est une limite que tu t'étais imposée dès le départ ? 

CF: J’aime les films au premier degré. Ceux qui font des hommages ou qui "font comme", ils coupent l’identification du spectateur. J’ai envie qu’on rentre complètement dans une histoire au sein de codes balisés, mais que mes intentions et mes personnages soient au premier degré. Même si ça amène pleins de moments excessifs, de second degré, qui créent une forme de distance, ils restent au premier degré dans leurs intentions, dans leurs objectifs. La force d’une histoire, pour moi, c’est ça. Si on reste dans la citation, on met un filtre sur le ressenti très fort du spectateur.

 

Photo Kevin Janssens

 

EL : On pourrait donc dire que mettre consciemment du second degré dans le traitement d'un film, c'est malhonnête par rapport à son sujet ?

CF: Oui. Et ce n'était pas du tout mon intention. Si on fait ce genre de films, c’est parce qu’on les aime et ma démarche était totalement sincère, c’était pas une posture, et ça se sent très vite quand la démarche n’est pas sincère. Pour moi, la vraie sincérité fait qu’on épouse complètement son sujet dans ses choix, ses parti-pris, ses excès, dans ses défauts aussi, et qu’on y imprime sa vision. C’est le plus fondamental. Ce qui a joué dans la création du film, c’est que j’ai travaillé mon texte longtemps avant de signer avec un producteur. J’aurai pu signer avant mais je voulais attendre que mon geste de cinéma soit hyper clair, avant de m’engager avec quelqu’un. Je ne voulais surtout pas me retrouver dans le development-hell où on signe sur un texte de 10 lignes et au cours du développement on se retrouve avec des gens qui pensaient qu’on allait plutôt faire un autre genre de film. En fait ça a énormément aidé au montage du projet parce que je ne laissais la place à personne d’autre pour qu’ils posent une autre interprétation sur le film. Avec mes prods, c’était très clair dès le départ : on n'allait pas changer notre fusil d’épaule si tel gros distributeur était intéressé mais voulait y changer des choses. Notre force, c’était d’avoir ce positionnement hyper assumé et hyper clair. Ça a été pareil à toutes les étapes. Au final ça a servi, parce que les seuls qui peuvent défendre l’âme d’un projet, c’est ceux qui le font.

 

Photo Matilda Lutz

Matilda Lutz

 

EL : Parlons de ta comédienne, Matilda Lutz. Comme tu l'as trouvé ? Et me dis pas que c'est grâce au film Rings...

CF : Alors non, je n'ai pas vu Rings. Le processus du casting a été assez long et assez spécial parce que je l'ai fait dans un peu tous les pays. Je ne savais pas au départ dans quelle langue j’allais tourner le film. Matilda, c’est la première comédienne que j’ai rencontrée quand je suis allée aux USA. Mais j’ai choisi de partir avec une comédienne européenne, une hollandaise, qui s’est mise à flipper. Elle a dû prendre conscience pendant la préparation que le rôle allait être très difficile, qu’il fallait gérer son rapport au physique, à la nudité, ses agents américains ont dû flipper aussi et mal la conseiller et elle nous a claqué entre les doigts à trois semaines du tournage.

J’ai repensé à toutes les filles que j’avais vu et Matilda m’est tout de suite revenue en tête parce qu’elle m’a dit un truc qui m’avait vraiment marquée : « Moi, de toute façon, c’est un projet auquel je fais confiance et surtout je te fais vraiment confiance en tant que réalisatrice. » Et c’était ce dont j’avais besoin parce que le tournage allait être un enfer, il me fallait cette confiance-là. 24h plus tard, elle était dans un avion. Elle avait à la fois cette douceur, cette fragilité et cette détermination qui disaient quelque chose de ce qu’elle allait pouvoir apporter au film.

Et le tournage a été vraiment un enfer. Des journées hyper longues, crevantes, elle avait 4h de maquillage par jour, on tournait au Maroc en février, y avait un vent glacial… Par moments, même si on s’adore, on se déteste. On n'aurait pas eu ce lien de confiance indéfectible, elle m’aurait claqué elle aussi entre les doigts parce que certains jours, je devais la pousser. Elle pouvait quitter le plateau un jour parce qu’elle était crevée, dégoutée et qu’elle n'en pouvait plus physiquement, on continuait à se faire confiance. Elle a accepté d’aller jusqu’au bout, que je la pousse hors d’elle-même. Elle a tenu bon.

 

Photo Matilda Lutz

 

EL : Le film sort dans un contexte un peu particulier. Tu n'as pas peur que cela t'enferme dans une case ?

CF: Pas du tout, parce que le film est suffisamment fort pour témoigner de ma sincérité quant à ma décision d’aller dans ce genre et dans ma manière de le faire et qu’il y a une vraie réflexion de metteur en scène derrière. Sur le fond du film, même si je ne l’ai pas formulé au moment où je l’ai commencé, je ne me suis pas dit au départ que j’allais faire un film féministe. La manière dont m’est venu mon personnage, ce que j’avais envie de raconter, c’était ça, mais de manière claire et assumée.

Les racines étaient là et ça a vraiment infusé le projet dès sa genèse. Le fait d’être une femme et la façon dont on se heurte à un certain nombre de murs pas forcément visibles, de limitations, tout ça s’est cristallisé dans l’histoire. Le fait que le film sorte dans ce timing, ce n’est pas anodin du tout. Quelque part, c’est le plus beau cadeau qu’on puisse lui faire. Ce dont il parle, qui était très visible mais qui a beaucoup de mal à être mis sur le devant de la scène, en tout cas en France, ce n'est pas ce qui nous a permis de financer le film. Pour moi, quand on arrive à résonner de manière inconsciente avec l’actualité…. C’est pas pour rien qu’il y a cette coïncidence là. Quand on regarde l’affaire Weinstein, tout était dit, sur la table, visible, les gens ne regardaient juste pas, ils n’écoutaient pas et ce croisement de trajectoires, ça veut dire quelque chose. C’était nourri d’un truc qui devait rencontrer ce sujet là à ce moment là et aussi la part de symbolique et d’images iconiques que j’ai voulu garder dans le film, ce côté métaphorique, je sentais que c’était quelque chose qui se transmettrait de la manière la plus forte, en se détachant d’un réalisme pur et dur pour embrasser quelque chose d’un peu plus large.

 

Photo Kevin Janssens

 

EL : Donc, aucune chance que cela devienne un handicap pour tes projets suivants...

CF : Ah non, pas du tout. J’ai du mal à croire que les gens vont m’enfermer dans une case féministe parce que le film est suffisamment bien reçu dans toutes ses facettes pour sentir quelles sont mes envies de cinéma, quelle est la part de cette thématique et quelle est la part de cinéma que j’y ai mis et qui peut entrainer vers d’autres projets. C’est hyper important de ne pas avoir peur d’être catalogué en fait. D’être sincère et dénué de la peur du regard des autres, et c’est très dur car c’est la mort de l’innovation. Quand j’ai fait mon film, j’avais plus de filtre social, ma seule obsession c’était le film, j’avais pas peur. J’aurai été à un autre moment de ma vie, j’aurai peut-être eu peur des étiquettes mais là, faire mon premier long était la seule chose importante. Evidemment, il y a plein de peurs qui surgissent pendant le processus mais j’ai réussi à m’en débarrasser parce que j’avais cette obsession de faire le film et je voulais imprimer mon geste : "Moi, c’est ça". Après c’est bien reçu, mal reçu… C’est une alchimie qu’on ne contrôle pas. Mais la meilleure façon pour que cette alchimie avec le public se produise, c’est de rester fidèle à son alchimie personnelle. Et c’est dur à faire. C’est même la partie la plus compliquée.

 

Photo Matilda Lutz

 

EL : C'est une bonne conclusion ou tu vois encore quelque chose à dire ?

CF: Ce dont j’ai envie de me réjouir, dans les films qui sont arrivés et qui vont arriver dans le genre au sens large, c’est de voir autant de propositions investies de manière très différente par des réalisateurs avec des vrais points de vue et des visions très fortes. Grave était très différent de mon film. Il y a le film de Dominique RocherLa nuit a dévoré le monde, qui est dans un truc encore différent et, pour moi, c’est ce qui fait le bon cinéma de genre. Ce n'est pas une décalcomanie de ce qui a déjà été fait, ce ne sont pas des emprunts ou des hommages, c’est une appropriation ultra sincère d’un sujet avec sa vision de cinéaste et une vraie proposition innovante et singulière. Les films qui arrivent ne se ressemblent pas et je pense que c’est ce qui va faire que cela va pouvoir continuer, c'est un mouvement qui est en train de prendre. Il faudra toujours être dans l’innovation et il ne faut pas que les producteurs attendent d’un film qu’il soit une copie de Grave. Quand un réalisateur est clair avec son projet et qu'il se bat pour sa vision, il arrive à l’imposer. C’est dur, mais il y arrive.

 

Nous remercions donc chaleureusement Coralie Fargeat pour avoir bravé le froid, la neige, la fatigue et la faim (on ne plaisante pas) et d'avoir répondu à nos questions. Nous remercions aussi Manon Vercouter, de l'agence Guerrar & Co, pour avoir rendue cette rencontre possible. Courez voir le film, si ce n'est pas encore fait.

 

Affiche officielle

 

 

 

 

 

commentaires

%bof%
25/02/2019 à 23:32

Pour moi un navet Très déçu ! Ça fait très amateur : attention aux détails : supposé être dans le désert on voit sur certains plans des habitations voire un mec à moto dans une des scènes de la fin ... bref pas top

lol
30/07/2018 à 19:02

C'est un navet sanglant

matt
04/07/2018 à 00:39

Le film de fou, quelle qualité d'image, c'est du niveau tarantino.

Pseudo
02/07/2018 à 10:18

Un film complètement débile qui n'augure rien de bon des autres films de la réalisatrice....

corleone
13/02/2018 à 10:14

je suis allez voir le film suite à vos critique élogieuse mais... ATTENTION SPOIL le film comporte cependant plusieurs abérence et facilité scénaristique, sa chute mortel qui aurait du la refroidir direct , la facon dont elle se libère, la facon ramboesque qu'elle se soigne elle perd des litre de sang meme s'il ya cette fameuse drogue dans le film m'enfin bon un peu leger. Cependant ce film dégage un réel style qui me rappelle par moment Tony Scott de part sa facon nerveuse de montrer les images, la photographie et la nervosité des plan. Les effets sont spéciaux sont juste excellent et la dernière séquence est déjà culte ( il me semble que c'est un plan séquence). bref en résumé facilité scénaristique un peu décevante mais ce film offre mais techniquement c'est on frôle la perfection

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