Revenge : critique vengée

Mise à jour : 17/03/2019 23:36 - Créé : 16 mars 2018 - Christophe Foltzer
Christophe Foltzer | 16 mars 2018 - MAJ : 17/03/2019 23:36

Concours de circonstances ou véritable préscience, Coralie Fargeat signait avec Revenge un film d'une brûlante actualité en pleine affaire Weinstein. Mais ce serait une énorme erreur de ne limiter son métrage qu'à ce simple fait. Non, Revenge vaut beaucoup plus que cela.

Affiche officielle
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BARBIE EST KEN

A l'heure où le cinéma hexagonal grand public s'enferme dans une désespérante comédie bas de plafond, râclant tous les fonds de tiroir de nos instincts les plus beaufs, une nouvelle génération de cinéastes émerge depuis quelques années dans un circuit plus indépendant, fonctionnant à l'économie de moyens, à l'intégration des codes d'un cinéma international et dotée d'une réelle volonté de bousculer un peu notre industrie ronflante. S'il est encore un peu tôt pour en dresser un véritable bilan, Revenge arrive à point nommé pour nous confirmer qu'il se passe bien quelque chose.

 

 

Comme tout "rape & revenge" qui se respecte, le principal intérêt du film ne réside pas dans son scénario, très basique. Nous y découvrons la jeune Jen, maîtresse de Richard, patron d'entreprise quadragénaire et beau gosse, qui passe un week-end en compagnie de ses deux associés dans une villa perdue dans le désert. Au programme, : piscine, alcool et partie de chasse.

Sauf que Jen devient la cible de tous les fantasmes, qu'elle se fait violer par l'un des associés et qu'en tentant de s'enfuir, elle est laissée pour morte, au pied d'une falaise. Gravement blessée, elle se relève pourtant, bien décidée à se venger de ses tortionnaires. Une chasse à l'homme commence et ça va pas mal saigner.

 

PhotoMatilda Lutz, méconnaissable

 

Dès le départ, Revenge surprend par son ton volontiers second degré, pop et coloré qui le place d'emblée comme un objet pulp en phase avec son époque. Construit autour d'une intrigue volontairement maigre, le film intègre tous les codes d'un monde abruti par la surcommunication, la quête de reconnaissance et la course à la réussite et à la performance. Plus que de vrais personnages, le métrage nous présente des archétypes du monde moderne qu'il va prendre un malin plaisir à pervertir et à détruire pendant tout le reste de son histoire.

Ce qui étonne aussi, c'est l'excellente facture technique de l'ensemble, une mise en scène posée et étudiée, qui sait s'affranchir de sa propre charte lorsque le récit l'exige et qui prouve que sa réalisatrice Coralie Fargeat, en plus de savoir manifestement tenir une caméra, a réellement pensé son découpage, soigné ses cadrages et y a infusé du sens. Comme tout vrai objet de série B, Revenge propose son vrai discours par sa mise en scène.

 

PhotoCette fois, c'est elle qui va se les faire

 

GLITTER AND BLOOD

Si bien entendu, Revenge se pose aujourd'hui en porte-étendard d'un discours féministe revanchard très en phase avec les derniers scandales (et a bien raison de le faire), limiter le film à cet aspect serait une énorme erreur puisqu'au fond, il ne parle pas que de cela. Plus que de la revanche d'une femme objétisée, violée et humiliée sur une société phallocrate, Revenge se pose avant tout comme une charge ultra-violente sur notre société libérale, sur les raisons qui font que ce genre d'horreur est possible.

Et comme toute bonne oeuvre subversive, le film ne dévoile son vrai visage que dans les détails, au détour de certains plans, d'attitudes de ses personnages ou de morceaux de dialogue bien sentis. On pense notamment à la télévision de la villa, qui passe du catch bien beauf, de la course automobile ou du téléshopping, tout comme à l'objectif de Jen, qui veut être connue mais sans savoir pour quoi exactement, tout autant qu'au personnage de Richard, beau gosse mariée à une nana dont la quête principale est de choisir le menu d'un repas et qui se sert de ses associés pour se mettre en valeur et se rassurer. 

 

Photo Matilda LutzJen, faut pas lui baver sur les rouleaux...

 

A ce titre, le casting est particulièrement bien choisi. Si Matilda Lutz était insipide dans le très mauvais Rings, elle trouve ici un rôle qui lui permet de nous offrir une facette inédite de son jeu. Poupée sexy au début, elle se transforme en guerrière tribale (certains rapprocheront son évolution de celle de Lara Croft dans le reboot vidéoludique de Tomb Raider) et fait preuve d'un charisme et d'un magnétisme qu'on ne soupçonnait pas chez elle. Kevin Janssens et ses partenaires sont aussi extrêmement bien utilisés, incarnant à merveille ces hétéros-beaufs prisonniers de leurs personnages sociaux, frustrés au possible et qui révèleront leur vrai visage démoniaque au cours du récit.

 

Photo Matilda LutzScary Monsters and Nice Sprites

 

FURY ROAD

Avec RevengeCoralie Fargeat nous offre en réalité une quête surprenante de profondeur, qui en appelle autant aux grands récits intiatiques qu'à une certaine folie douce que l'on retrouve chez George Miller, Jan Kounen, ainsi que toute la pop-culture libertaire des années 70. Il en appelle à une approche mystique et archaïque de la renaissance, la création d'un mythe moderne, un côté tribal qui fait extrêmement plaisir. D'ailleurs, on le rapprocherait plus d'un Spring Breakers que de toutes les références que les autres médias ne manqueront pas de citer s'ils ne se limitent qu'à une réception premier degré du film.

 

Photo Kevin JanssensKevin Janssens, pas super content de son petit week-end à la campagne

 

Evidemment, comme tout premier film qu'il est, Revenge n'est pas parfait. On y dénote en effet quelques problèmes de rythme, un gros travail de montage un peu trop didactique par moments, quelques trous scénaristiques, pas mal de faux-raccords et un aspect artisanal qui pourra en rebuter certains mais qui ne trahit que les limitations d'un budget que l'on devine plutôt modeste. Mais l'essentiel est là.

Revenge n'est pas le nouveau Grave, c'est une oeuvre à part, un film complémentaire. Revenge n'est pas un film exclusivement féministe qui surfe sur la vague, c'est une authentique série B au sens noble du terme, énervée, hardcore comme il faut, intelligente et super bien foutueCoralie Fargeat nous offre un premier film percutant, passionnant, jouissif et explosif, une très belle promesse pour une carrière que l'on suivra de très près. 

 

Affiche

Résumé

Punchy, ultra-violent, gore et passionnant, Revenge est un petit événement dans le monde compliqué de la série B française. Au-delà de son discours féministe et du contexte dans lequel il a été fait, c'est avant tout un revenge movie super efficace et très bien exécuté qu'on vous conseille de voir toutes affaires cessantes. On tire notre chapeau à Coralie Fargeat. Vraiment.

commentaires

TomTom
17/03/2019 à 22:08

Ne pas oublier que sur les films Rape and Revenge beaucoup et beaucoup(e) ne restent que pour le Rape... oui, c'est pas beau...

bubblegumcrisis
17/03/2019 à 14:15

C'est étonnant les sites de ciné - Écran large n'étant malheureusement pas une exception - où à la moindre critique du Patriarcat et de ses symbole, où à la moindre citation du terme féministe, débarquent des petites natures qui se sentent menacées dans leur sexualité pleine de doutes...

C'est étonnant et fatiguant.

Alors le Rape & Revenge n'est pas mon truc. C'est souvent assez manichéen et outrageusement violent. Mais ceci dit pas plus qu'un film d'action bourrin comme on nous en sert des kilomètres à longueur d'année, nous montrant des héros machos indestructibles aux corps développés par la chimie et capables de tuer leur prochain sans le moindre état d'âme.

Quand ce sont des hommes c'est normal, c'est dans l'ordre des choses, c'est débile mais ça ne suscite pas de commentaires outragés. Mais alors si un archétype féminin vengeur irréaliste vient à passer par-là, voilà la brigade des gardiens du temple testotéroné qui débarque pour nous rappeler quel est le bon chemin. Des mecs qui osent même nous dire ce que devrait être le féminisme...

Un corps masculin montré par la caméra d'une réalisatrice comme un objet de désir, ça les dérange ces pauvres petites choses apeurées. L'inverse, non.

Une fille habillée de manière aguicheuse qui utilise son corps pour allumer le mâle n'a finalement que ce qu'elle mérite. Le viol c'est toujours la faute de la victime. Les hommes eux ne peuvent pas contrôler leurs pulsions, c'est aux femmes de le faire pour eux. Tous ces muscles et pas un seul neurone pour les contrôler. Comme dirait l'autre, sans contrôle la puissance n'est rien.

Le Rape & Revenge est un genre défouloir où la victime d'un viol se venge de son ou ses agresseurs de manière hyper violente et sans aucune pitié. Tout le contraire de la réalité où les violeurs sont très majoritairement impunies et les victimes non reconnues. Toutes les petites natures qui viennent ici commenter que c'est mal ce genre de film et que c'est mal de faire faire à une femme des trucs de mecs, que si c'est ça le féminisme, c'est nul, feraient mieux d'être content que des commandos de femmes ne viennent pas dézinguer du viriliste dans la vraie vie.

Remarquez, le siècle est encore jeune, rien n'est certain.

STEVE
17/03/2019 à 13:15

Du même avis que major fatal.

Reproduire les mêmes conneries que les sexistes puissance 10 mais en toute fierté et encensé par les critiques lèche-cul qui le font pour se la jouer progressistes c'est assez inquiétant.

Et message malsain.

major fatal
17/03/2019 à 11:53

L'homme-prédateur devient ici la proie à abattre. Il est aussi l'homme objet dont on peut reluquer le corps sous tous les angles : sous la douche, mouillé et en train de courir, trébuchant et s'affalant sur le sol, à la piscine

Oui en faite le féminisme si c'est ça, devenir aussi con que les hommes......Franchement je m'attendais a mieux d'elles. Ceci dit le film est peut être bon mais cessons de mettre du féminisme partout.....Un peu comme capt Marvel, si être féministe c'est singer la connerie des hommes!!!!!.
PS: je suis pour l’égalité des droits entre homme et femmes il n'y a qu'a appliquer les lois et que les hommes et femmes deviennent plus humains et la il y a du boulot et ils sont totalement égaux la dessus.

Thierry
17/03/2019 à 08:09

Un film excellent en tous points et une belle surprise. Et en plus de cela, il s'agit d'un tout premier film qui augure, je l'espère, une brillante carrière pour sa réalisatrice. On peut même dire que Tarantino applaudirait pour célébrer un tel spectacle. Conjuguant les archétypes et le système de croyances de la toute envahissante société patriarcale, le mâle dominant est littéralement mis à bas au cours d'un grand jeu de casse tête. L'homme-prédateur devient ici la proie à abattre. Il est aussi l'homme objet dont on peut reluquer le corps sous tous les angles : sous la douche, mouillé et en train de courir, trébuchant et s'affalant sur le sol, à la piscine... Un film qui ne perd en rien de sa force quand on le revoit. Excellent en tous points. Bravo !!!

Babar77
16/03/2019 à 21:55

Le lobby féministe et sa propagande ne risquent pas de toucher grand monde avec la nullité de ce truc.

AVELANA
26/02/2019 à 08:31

Un film de genre ? Oui dans le sens ‘’ faut faire genre ‘’ et du coup on ne voit que les références à d’autres réalisateurs. Les personnages sont caricaturaux et les comédiens mauvais. Les scènes gores sont inutiles . Quelques bonnes idées sur de rares séquences et de belles images ne sauvent pas ce navet. C’est dommage parcequ’on pressent ce que cela aurait pu donner dans d’autres conditions.

cepheide
26/08/2018 à 22:06

je viens de le voir et misère que c'est nul ! con comme pas possible, aussi beauf que ses persos, totalement impossible (la petasse par excellente qui perd 40 litres de sang, se fait empaler et defouraille ensuite, elle met le feu a trois brins d'herbe pour bruler l arbre sur lequel elle est empalé, l'arbre brule et se casse mais elle elle a meme pas le sourcil frisé) (et il vient d ou son briquet vu qu'elle fume pas ? et pourquoi il fonctionne alors qu'elle a passé des heures dans la flotte ?). en plus visuellement c est presque amateur (bonjour les reflets de camera dans la voiture, coucou les incoherences de lieux, adios la logique de temps)
c etait ultra nul, vraiment et vous mettez 4 etoiles a cette daube ? soit y en a un a la redac qu a baiser la realisatrice, soit vous etiez defoncé. mais apprecier une merde pareille, j en reviens pas...

Nanardland
02/08/2018 à 16:35

Un raped and revenge français choc et féministe ?
Moi j'y ai vu un film sexiste involontairement comique où la moitié des acteurs sont étrangers et parlent les 2/3 du temps en anglais... Vive le genre francais! Ah on me dit que c'est pour faire carrière après aux states...

Être féministe c'est donc faire l'apologie d'une petite put...pardon lolita se pavanant en string la moitié du temps - et en filmant au maximum son gagne pain en gros plan -, sucette en bouche, se tapant un homme marié (pas moche et très riche de préférence) et faisant une lap dance torride à un parfait inconnu avant de s'offusquer qu'on la drague....Bravo!
Du coup l' impact escompté est annihilé : aucune empathie sur le sort de cette peu reluisante aguicheuse, c'est ballot.

Le tout filmé comme un clip criard et stylisé jusqu'à la nausée où évolue une poignée de personnages beaufs et insipides, au choix bêtes, narcissiques, porcs, violeurs, psychopathes et immoraux ( les hommes par les féministes quoi).

Rajoutez à cela un scénario rachitique inepte et ridicule, des actions grotesques et outrancières (mais au 1er degré), des invraisemblances "henaurmes" dédramatisant totalement le propos et vous obtenez un BON GROS NANARD finalement très comique avec une incroyable course poursuite finale où 2 personnes tournent en rond et à poil à la Benny Hill (?!?) mais au 1er degré (sic).

Pour terminer au sujet de la réalisatrice et scénariste, vu qu'elle est féministe et fière de son nanard, je me permettrais un commentaire misogyne (pour équilibrer). Faudrait arrêter d'écrire et mettre en scène des films de raped and revenge, c'est un métier d'hommes...

trikikid
21/05/2018 à 22:52

Pourquoi elle passe de blonde à brune en 24h?
Question réalisme, tout est résumé dans cette interrogation.

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