Revenge : critique vengée

Mise à jour : 27/05/2018 06:53 - Créé : 21 janvier 2018 - Christophe Foltzer

Concours de circonstances ou véritable préscience, Coralie Fargeat signe avec Revenge un film d'une brûlante actualité. Mais ce serait une énorme erreur de ne limiter son métrage qu'à ce simple fait. Non, Revenge vaut beaucoup plus que cela.

Affiche officielle
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Généralement, le genre du "rape & revenge" ne bénéficie pas d'autant de publicité dans les médias et sa présence dans le cinéma français relève de l'exception. A l'heure où le cinéma hexagonal grand public s'enferme dans une désespérante comédie bas de plafond, râclant tous les fonds de tiroir de nos instincts les plus beaufs, une nouvelle génération de cinéastes émerger depuis quelques années dans un circuit plus indépendant, fonctionnant à l'économie de moyens, à l'intégration des codes d'un cinéma international et dotée d'une réelle volonté de bousculer un peu notre industrie ronflante. S'il est encore un peu tôt pour en dresser un véritable bilan, Revenge arrive à point nommé pour nous confirmer qu'il se passe bien quelque chose.

 

 

BARBIE EST KEN

Comme tout "rape & revenge" qui se respecte, le principal intérêt du film ne réside pas dans son scénario, très basique. Nous y découvrons la jeune Jen, maîtresse de Richard, patron d'entreprise quadragénaire et beau gosse, qui passe un week-end en compagnie de ses deux associés dans une villa perdue dans le désert. Au programme, : piscine, alcool et partie de chasse. Sauf que Jen devient la cible de tous les fantasmes, qu'elle se fait violer par l'un des associés et qu'en tentant de s'enfuir, elle est laissée pour morte, au pied d'une falaise. Gravement blessée, elle se relève pourtant, bien décidée à se venger de ses tortionnaires. Une chasse à l'homme commence et ça va pas mal saigner.

 

Photo

Matilda Lutz, méconnaissable

 

Dès le départ, Revenge surprend par son ton volontiers second degré, pop et coloré qui le place d'emblée comme un objet pulp en phase avec son époque. Construit autour d'une intrigue volontairement maigre, le film intègre tous les codes d'un monde abruti par la surcommunication, la quête de reconnaissance et la course à la réussite et à la performance. Plus que de vrais personnages, le métrage nous présente des archétypes du monde moderne qu'il va prendre un malin plaisir à pervertir et à détruire pendant tout le reste de son histoire.

Ce qui étonne aussi, c'est l'excellente facture technique de l'ensemble, une mise en scène posée et étudiée, qui sait s'affranchir de sa propre charte lorsque le récit l'exige et qui prouve que sa réalisatrice Coralie Fargeat, en plus de savoir manifestement tenir une caméra, a réellement pensé son découpage, soigné ses cadrages et y a infusé du sens. Comme tout vrai objet de série B, Revenge propose son vrai discours par sa mise en scène.

 

Photo

 

GLITTER AND BLOOD

Si bien entendu, Revenge se pose aujourd'hui en porte-étendard d'un discours féministe revanchard, très en phase avec les derniers scandales et utilise volontiers cet axe dans sa promo (et il a bien raison), limiter le film à cet aspect serait une énorme erreur puisqu'au fond, il ne parle pas que de cela. Plus que de la revanche d'une femme objétisée, violée et humiliée sur une société phallocrate, Revenge se pose avant tout comme une charge ultra-violente sur notre société libérale, sur les raisons qui font que ce genre d'horreur est possible. Et comme toute bonne oeuvre subversive, le film ne dévoile son vrai visage que dans les détails, au détour de certains plans, d'attitudes de ses personnages ou de morceaux de dialogue bien sentis. On pense notamment à la télévision de la villa, qui passe du catch bien beauf, de la course automobile ou du téléshopping, tout comme à l'objectif de Jen, qui veut être connue mais sans savoir pour quoi exactement, tout autant qu'au personnage de Richard, beau gosse mariée à une nana dont la quête principale est de choisir le menu d'un repas et qui se sert de ses associés pour se mettre en valeur et se rassurer. 

 

Photo Matilda Lutz

Jen, faut pas lui baver sur les rouleaux...

 

A ce titre, le casting est particulièrement bien choisi. Si Matilda Lutz était insipide dans le très mauvais Rings, elle trouve ici un rôle qui lui permet de nous offrir une facette inédite de son jeu. Poupée sexy au début, elle se transforme en guerrière tribale (certains rapprocheront son évolution de celle de Lara Croft dans le reboot vidéoludique de Tomb Raider) et fait preuve d'un charisme et d'un magnétisme qu'on ne soupçonnait pas chez elle. Kevin Janssens et ses partenaires sont aussi extrêmement bien utilisés, incarnant à merveille ces hétéros-beaufs prisonniers de leurs personnages sociaux, frustrés au possible et qui révèleront leur vrai visage démoniaque au cours du récit.

 

Photo Matilda Lutz

Scary Monsters and Nice Sprites

 

FURY ROAD

Il convient de rappeler une nouvelle fois que l'intérêt de Revenge ne réside pas uniquement dans cette approche féministe hardcore qui nous est présentée dans la promotion du film. Non, Coralie Fargeat nous offre en réalité une quête beaucoup plus profonde que cela, qui en appelle autant aux grands récits intiatiques qu'à une certaine folie douce que l'on retrouve chez George Miller, Jan Kounen, ainsi que toute la pop-culture libertaire des années 70. Il en appelle à une approche mystique et archaïque de la renaissance, la création d'un mythe moderne, un côté tribal que l'on soupçonnait en voyant la bande-annonce et qui fait extrêmement plaisir. D'ailleurs, on le rapprocherait plus d'un Spring Breakers que de toutes les références que les autres médias ne manqueront pas de citer s'ils ne se limitent qu'à une réception premier degré du film (ce qui arrivera à coup sûr).

 

Photo Kevin Janssens

Kevin Janssens, pas super content de son petit week-end à la campagne

 

Evidemment, comme tout premier film qu'il est, Revenge n'est pas parfait. On y dénote en effet quelques problèmes de rythme, un gros travail de montage un peu trop didactique par moments, quelques trous scénaristiques, pas mal de faux-raccords et un aspect artisanal qui pourra en rebuter certains mais qui ne trahit que les limitations d'un budget que l'on devine plutôt modeste. Mais l'essentiel est là. Revenge n'est pas le nouveau Grave, c'est une oeuvre à part, un film complémentaire. Revenge n'est pas un film exclusivement féministe qui surfe sur la vague, c'est une authentique série B énervée, hardcore comme il faut, intelligente et super bien foutue. Le fait qu'il soit écrit et réalisée par une femme n'est pas le plus important dans cette histoire, même si on craint que ce ne soit que cela que les gens vont retenir et c'est ce qui pourra de façon assez injuste l'empêcher de rencontrer vraiment son public. Coralie Fargeat nous offre un premier film percutant, passionnant, jouissif et explosif, une très belle promesse pour une carrière que l'on suivra de très près. 

 

Affiche

Résumé

Punchy, ultra-violent, gore et passionnant, Revenge est un petit événement dans le monde compliqué de la série B française. Au-delà de son discours féministe et du contexte dans lequel il sort, c'est avant tout un revenge movie super efficace et très bien exécuté qu'on vous conseille d'aller voir toutes affaires cessantes. On tire notre chapeau à Coralie Fargeat. Vraiment.

commentaires

trikikid 21/05/2018 à 22:52

Pourquoi elle passe de blonde à brune en 24h?
Question réalisme, tout est résumé dans cette interrogation.

Jackie 2000 17/05/2018 à 02:25

Ce film n'est qu'un tas de violence spectaculaire. Ca ne dit rien de plus que cela, la violence spectaculaire. Vous pouvez essayer de lui coller un fond mais il est à l'image de ses trois personnages: meurtrier, débile et sanguinaire. Une mauvaise série B, même pas un chef d'oeuvre des égouts.

Zapan 12/02/2018 à 19:16

J'en resors... avec des neurones en moins... mon dieu j'aurai du prendre un stupéfiant pour supporter la crédibilité de ce truc.

pas mal 10/02/2018 à 20:19

Pas mal mais quand même gros probleme de crédibilité par rapport a la possibilité de survivre et de se déplacer apres une chute d'au moins 15 mètres suivie d'un empalement qui semble au niveau de la colonne vertébrale. Je sais qu'il faut souvent laisser la réalité de cote pour suivre un film mais la c'est quand même fort. Sinon bon suspense dans les scènes et très bonne réalisation.

Ded 08/02/2018 à 09:45

Je ne pense pas que la gent féminine qui risque en permanence viols et agressions en tous genres ou machisme ordinaire trouve dans ce pur produit de série z grand-guignolesque un écho sérieux à ses problèmes pour une prise de conscience collective. Pas plus que les femmes qui mènent combat pour la reconnaissance de leur droit légitime à vivre en paix sans harcèlement ni contrainte, à l'égal des hommes, ne s'en feront porte-étendard. "La belle et la meute", pour citer le plus récent, dénonce l'horreur de faits criminels aussi quotidiens que planétaires avec plus de subtilité et de réalisme.
Quant à la bande-annonce, aux plans dignes du "Rambo" de la grande époque et qui ne m'a pas fait envie du tout, elle dévoile en 2 mn le contenu total d'une intrigue, aussi étroite que l'esprit de certains internautes, sauf peut-être, soyons optimiste, un génial twist final ?...

greg1402 08/02/2018 à 00:28

Si vous voulez un trip vengeance féminine, regardez Lady Vengeance de Park Chan Wook... Rien à dire de plus.

necro 07/02/2018 à 17:43

Et puis au passage, le niveau de realisme du point de vue balistique a l'air d'en dire long sur la crédibilité de ce film...
Tirer au fusil a pompe avec une lunette en mode tir de précision, c'est quand même fort !
Ce film m'a l'air aussi interessant qu'un café grand cru avec 5 sucres dans la tasse.

Necro 07/02/2018 à 17:34

@Wes : me basant sur la bande annonce je ne vois pas d'agression ultra brutale.
Ensuite je mets en parallele deux comportements a risque excitant la misère (économique ou sexuelle) et dans les deux cas les actes criminels ne sont pas excusés par le comportement insouciant de la victime, mais un peu de jugeotte de la part de la victime aurait pu empecher la commission des faits.
Le manque de subtilité dans ce que l'on voit du film lui fait perdre toute crédibilité. Quel est interet pour une fille d'aller se comporter de la sorte avec des hommes qui ont l'air de tout sauf des garcons respectueux?
Bref le film est peut etre bien mais la bande annonce donne pas envie d'aller s'interesser au propos féministe apparemment développé de cette facon.

Wes 07/02/2018 à 16:33

Et que diriez-vous de quelqu'un qui vient comparer le viol et l'agression ultra-brutale (je ne spoilerai pas le film), et le braquage d'une ferrari et d'un iPhone X ?

Necro 07/02/2018 à 16:06

@drocmerej :
Que diriez vous d'un jeune bourgeois(e) qui se pavannerait dans un quartier sensible avec ses vêtements de luxe, son iphone X en main, assis sur le capot de sa Ferrari, la clé dans l'autre main attendant que le temps passe, si il venait a se faire braquer?

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