Films

Beaune 2017 : un festival du polar gouleyant et tannique juste ce qu’il faut

Par Simon Riaux
3 avril 2017
MAJ : 21 mai 2024
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Photo Chadwick Boseman

Parce qu’il ne faut pas se laisser aller, parce qu’on aime les polars, et parce qu’il fait bon vivre en Bourgogne, on a fait un petit tour du côté du Festival de Beaune, qui se tenait du 29 mars au 2 avril 2017.

 

BACK TO THE BEAUNE

À bien des égards, la manifestation, qui soufflait cette année sa neuvième bougie, est une des célébrations du 7ème Art les plus attachantes et stimulantes que nous connaissions. Tout d’abord, parce que le spectre extrêmement large du thriller y est le plus souvent très bien représenté, via une sélection éclectique, que la cité bourguignonne demeure un écrin d’exception et parce que le vin y coule à flots raisonnés (ou pas).

Et cette année encore, nous aurons eu droit à une brochette d’œuvres toutes foncièrement différentes, mais à l’impact souvent saisissant. Revenons donc sur les perles de cette sélection cousue main.

 

Photo Caleb Landry Jones

 

Une fois n’est pas coutume, on ne s’attardera pas sur La Colère d’un Homme patient, multi-primé et mis en avant par plusieurs jurys, avec une unanimité qui nous aura surpris. Se voulant sec et radical, ce modeste revenge movie nous a contraire semblé particulièrement pauvre et si programmatique dans son exécution que réfréner nos bâillements releva de l’épreuve de force.

Mais peu importe, Beaune relevait cette année quelques grands crus d’autant plus intéressants qu’ils auront finalement peu été commentés. Revenons d’abord sur les deux excellentes surprises de la compétition.

 

Photo Tessa Thompson

 

Avec War on Everyone et Message from the King, le Festival a prouvé avec brio qu’il savait conjuguer deux identités remarquables tout à fait opposées du genre. D’un côté, une création post-moderne, quasiment méta, brodant autour de la figure du buddy movie un délire déviant émaillé de formidables percées émotionnelles, et de l’autre un actioner burné tout droit sorti des seventies rugissantes, donnant la priorité à la création d’un univers abrasif, incarné dans une maîtrise d’une image granuleuse et un langage cinématographie énervé et référentiel.

C’est là un des grands bonheurs de la manifestation, à savoir son constant mélange des genres, ou la possibilité de croiser soudain Park-Chan Wook, devisant tranquillement avec Fabrice Du Welz, au détour d’un premier cru. Soit des rencontres aussi disruptives, improbables, que fondatrices, permettant à la création, la tradition et l’institution de se mêler, au service d’une réflexion toujours vivante sur les arts ici convoqués.

 

Photo Teresa Palmer

 

HORS LA COMPET’

Et si la compétition pouvait se vanter des deux joyaux cités plus haut, on aura plus d’une fois était impressionnés par les sélections parallèles. Nous reviendrons très prochainement sur Tunnel, mélange de film catastrophe, de satire sociétale et de mise en abîme sur de nombreux questionnements existentiels, qui nous a rappelé avec force le dynamisme du cinéma coréen. On devait cette œuvre (qui n’était pas sans rappeler Un Jour de Chance de Alex de La Iglesia) à Seong-hun Kim, déjà papa du formidable Hard Day.

On se félicita également de retrouver en Bourgogne le viscéral et ténébreux Serpent aux Mille Coupures d’Eric Valette. Malheureusement absent de la compet, ce western rural nous aura une nouvelle fois régalé, grâce à sa mise en scène au cordeau et l’immense intelligence de son découpage, qui magnifie une troupe de comédiens portée par Stéphane Debac et Tomer Sisley.

 

Affiche

 

Grâce à des années d’entraînement, les déluges d’eau ferrugineuse ne nous auront pas empêchés d’apprécier la grosse claque de Beaune 2017, à savoir Get Out. Entre satire social, fantastique et délire parano, le film témoignait de la belle santé d’une manifestation, capable de proposer à son public une production américaine hyper hypée deux mois avant sa sortie sur les écrans. Un évènement idéal pour se payer une bonne tranche de frissons, de pop corn et de pur délire cinégénique. Nous vous renvoyons à notre critique enamourée de cette série B bourrée d’idées de mise en scène aussi angoissantes que plastiquement somptueuses.

 

Photo Daniel Kaluuya

 

VIE LOCALE

Mais Beaune, ce n’est pas seulement un condensé de cinéma de genre tour à tour exigeant et populaire. C’est aussi l’occasion de s’imprégner d’une vie locale riche en rituels antiques, parfois fascinants. Avis à ceux qui passeraient par la Bourgogne, ils seraient bien avisés d’arpenter les alcôves enchanteresses du O’Reginal établissement de nuit où l’on croisera moult personnalités chamarrées, d’une conseillère municipale adepte de body painting, en passant par de jeunes viticulteurs à l’endurance admirable.

 

trailer

 

Oui, parce que c’est bien beau de faire le malin en dégustant un Hautes-Côtes de Beaune de 1964, mais tout le monde sait que ce type de petits plaisirs temporels ne vaut pas une séance de guinche endiablée sur du Rihanna, un verre de roteux à la main.

On remercie pour leur accueil, leur organisation impeccable et leur gentillesse els équipes du Public System. Mais on aura également une pensée toute particulière pour la team 13ème Rue, qui fit office de chaperons à votre serviteur. Pour leur tolérance, leur sympathie, leur générosité et leur résistance face à un humour que les moins indulgents qualifieraient de proprement dégueulasse, nous leur adressons une immense gratitude et levons notre plume à leur santé.

 

Photo Chadwick Boseman

Rédacteurs :
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