Mission : Impossible et Tom Cruise, histoire d'une saga super-héroïque

Jacques-Henry Poucave | 12 août 2015
Jacques-Henry Poucave | 12 août 2015

Depuis une vingtaine d’années, la carrière de Tom Cruise et Mission : Impossible sont étroitement liés. Revenons sur les différentes étapes d’une saga qui dialogue avec son héros.

Quelle que soit l’idée que l’on se fait de Tom Cruise, et quels que soient ses déboires (allant du grotesque au sinistre) Tom Cruise a su s’imposer comme un entertainer de masses surdoué, et surtout un artiste dont l’exigence est aujourd’hui un modèle et une exception à Hollywood. Ce n’est pas pour rien que son actuel protégé l’a surnommé « Movie Making Machine ».

Alors que sort sur les écrans Mission : Impossible 5, voyons un peu comment la méga-star et la franchise se répondent, se nourrissent et s’interrogent, l’un éclairant le parcours de l’autre.

 

Mise en orbite

Déjà une super-star, Tom Cruise n’en est pas moins visionnaire et comprend qu’il a besoin, pour étendre encore son règne, d’être à la tête de sa propre « marque ». Ce sera donc Mission : Impossible. Première production, première expérience de cette ampleur, la star est instantanément propulsée au sommet.

Le programme décidé avec le réalisateur Brian De Palma est simple. On liquide la série pour fabriquer une machine à cash dédiée à Cruise. Dès l’intro du film, toute l’équipe originelle est massacrée, tandis que la suite du scénario consiste en une mise à mort symbolique du show mythique. L’équipe de l’IMF est morte et enterrée, elle ne correspond plus à l’époque, il lui faut une méga star. On passe ainsi d’une œuvre parano et culte à un blockbuster en avance sur son temps, dédié à la franchisation, par et pour sa super-star.

 

 

Mission Mégalo

Rien ne semble pouvoir arrêter Tom. A tel point qu’il invite John Woo à mettre en scène un monument dédié à sa seule gloire : Mission : Impossible 2. Scénario absurde, personnages falots, tout ici concourt à faire de Cruise un alpha-mâle surpuissant et invincible.

Il escalade une falaise à mains nues. Il se bat comme un dieu. Il est un amant formidable. Un pilote hors pair. Personne ne peut rien contre sa réussite absolue et permanente. De son côté John Woo fait ce qu’il peut, balance du ralenti à tout va, quelques colombes, et tente de ne pas s’évaporer au contact de la centrifugeuse scientologue.

Et du coup, c’est l’hilarité qui l’emporte, d’un coït de grosses voitures, en passant par des plans brushing innombrables, et un méchant particulièrement risible, le film est une invraisemblance kitsch, parfois délicieuse, toujours ridicule.

 

Au secours pardon

Rien ne va plus. De Roi de la Colline, Tom Cruise est devenu le vilain petit canard, le petit cousin dérangé qui met toute la famille mal à l’aise aux repas de famille. Mission : Impossible 3 a pris un retard considérable, Joe Carnahan a claqué le porte après quinze mois de travail, tout le casting s’est fait la malle. On se demande si le Cruiser n’est pas sur le point de couler à pic.

Et en 2005, patatras. Tom pète complètement les plombs pendant le talk show d’Oprah Winfrey. Bondissant sur le décor. Il est la risée du monde entier, et son histoire d’amour avec Katie Holmes, officiellement à l’origine de ce coup de sang, commence à sembler bien louche aux mauvaises langues. S'en suivent diverses polémiques qui égratignent encore son image. La star qualifie la psychiatrie de « crime contre l’humanité », obtient la censure d’un épisode de South Park moquant sa prétendue homosexualité et son adhésion à une secte alors très en vue, l’Eglise de Scientologie.

Cruise ne peut décemment pas proposer avec Mission : Impossible 3 un nouveau véhicule pour sa mégalomanie. Il doit tout reprendre à zéro. Il jettera son dévolu sur J.J. Abrams, petit génie de la télé qui ne demande qu’à exploser sur grand écran. Le résultat est la plus faible percée de la saga au box-office, mais demeure très solide. Ethan Hunt y est un bon mari, un homme simple, mû par ses émotions, vulnérable. On repart à zéro, mais sur de bonnes bases. La statue du commandeur est mal en point, mais Cruise n'est pas fini, il l'a prouvé.

 

 

Le retour en grâce

Tom Cruise en a bavé. Mea Culpa et traversée du désert filmique. Walkyrie devait lui offrir une nouvelle respectabilité, échec. Lions et Agneaux devait en faire un bel artiste de gôche, échec. Knight and Day devait séduire par son auto-dérision, échec.

Pire, depuis La Guerre des Mondes, où ses pourcentages sur les recettes étaient tels que malgré l’énorme succès du film, le studio n’a pas vu une miette des bénéfices, il apparaît comme un dinosaure, le fossile encombrant d’un star system qui s’accorde mal avec les nouvelles exigences de rentabilité.

Le salut doit donc venir d’un Mission : Impossible 4. Un support encore très populaire, d’autant plus que James Bond semble tout à fait renoncer à ses origines pop-corn. Et que la saga est bien perçue à l’internationale, comme l’a prouvé le 3, elle n’a pas trop pâti des délires de Tom.

On invite donc un maître, Brad Bird, génie de l’animation, désireux de passer au cinéma live. Le résultat ne séduira pas tout le monde, trop arty pour les uns. Mais c’est un succès au box-office et personne ne peut discuter l’inventivité du film et ses ambitions. Autre bon point, le film joue enfin vraiment la carte de l’équipe, limitant (un peu) l’égo de son héros.

Tom Cruise n’est plus dans la survie ou la sauvegarde, avec Ghost Protocol, il peut entamer sa reconquête.

 

Le Retour du Roi

Tom Cruise a reconstruit sa statue. SF à l’ancienne avec Oblivion. Thriller old school avec Jack Reacher. Et action futuriste super maline avec Edge of Tomorrow, échec au box-office mais vrai coup de cœur de très nombreux spectateurs.

Il n’est plus l’invincible armada à lui tout seul, mais le soin apporté dans le choix de ses films est évident, et le public a fini de lui en vouloir. Alors qu’Hollywood semble désormais incapable (et pas désireux pour un sou) de créer de nouvelles icônes, Cruise revient sur le devant de la scène à la faveur d’un été aussi desséché qu’un utérus de bonne sœur.

Mission : Impossible 5 se paie donc le luxe de sortir avec 4 mois d’avance, d’obtenir des critiques dithyrambiques, et de se profiler comme le plus gros succès de Tom Cruise.

Au final, difficile de dire si Mission : Impossible aura sauvé la star, ou si la star aura sauvé la saga. Mais il s’agit sans doute d’une collaboration inédite entre un mythe fatigué, la figure de l’espion, et un autre en devenir, le sex symbol inoxydable. Un échange de bons procédés en somme, qui nous en dit autant sur l’évolution du cinéma d’action que sur une carrière aux bouleversements incroyables.

Tout savoir sur Tom Cruise

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commentaires
ConFucAmuS
19/08/2015 à 11:24

Excellente analyse. Au fina, Tom Cruise est à la fois le héros et l'ennemi de la saga. Héros car il reste ce personnage casse-cou qu'on adore voir accomplir les choses les plus dingues. Ennemi car sa propension à l'auto-glorification a pu annihiler l'esprit M:I et la cohérence de son personnage.
M:I-2 est un faux-pas (malgré d'excellentes séquences d'action) et M:I 3 est très problématique. J.J Abrams a peut être essayé de raviver l'esprit d'équipe (qui collaient à la série), mais Ethan Hunt prend encore beaucoup trop de place. Et devient presque totalement plat. On passe de l'agent froid (du premier) et homme d'action (M:I-2) à un futur époux ultra-émotif...Hunt serait-il schizophrène?
Heureusement que Ghost Protocol a remis de l'ordre là-dedans. Le semi échec de M:I 3 et le statut de Cruise mis à mal à dû aider. L'équipe était vraiment de retour, et ses membres étaient tous traités. Hunt demeurait le héros sans peur, mais plus en retrait et plus sobre.

zapan
17/08/2015 à 22:49

@Vinz

Bah dis en plus, on attends que ça...


Bref... -.-

VinZ
15/08/2015 à 02:11

Du grand n'importe quoi l'article...
Entre les raccourcis, les approximations et les exagérations des journalistes, tout ça pour aller dans le sens que veut donner l'auteur !

Plusieurs faits évoqués ne collent d'ailleurs tout simplement pas à la réalité comme tout ce qui concerne MI:3 et son contexte. La date de sortie a été repoussé à 2006 à la demande de J.J Abrams donc le script était écrit depuis bien un moment lors du tournage à l'été 2005.

Bref

Simon Riaux - Rédaction
13/08/2015 à 10:41

Comme dirait Deadpool : "I'm touching myself tonight !"
Merci les gars !

Atef
13/08/2015 à 09:25

Super article les amis, merci !

Dirty Harry
13/08/2015 à 02:23

Bon article, on sent qu'il y a un capitaine qui tient la barre du navire Mission Impossible et vous avez très bien explicité les flux et reflux de sa navigation.

Phillou
12/08/2015 à 20:57

Ouais merci les gars, c'est drolement agreable de vous lire !

Ducky
12/08/2015 à 17:31

Quel article!

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