Clive Owen, gentleman acteur

Thomas Messias | 24 mars 2009
Thomas Messias | 24 mars 2009

En parcourant les différentes biographies de Clive Owen, on réalise rapidement qu'on connaît très peu de choses de sa vie passée et présente. Né en 1964 à Coventry, il est rapidement abandonné par son père chanteur de country. À 20 ans, il entre à l'Académie Royale d'Art Dramatique, où il joue notamment Henry IV et Roméo & Juliette. Juliette est interprétée par Sarah Jane Fenton, dont il tombe réellement amoureux avant de l'épouser en 1995. Le couple tient toujours (dans le monde des acteurs, ça ressemble à un exploit) et a donné naissance à deux petites filles.

 

 

 

 

Voilà sans doute pourquoi Owen, malgré un fort capital sympathie, n'a pas encore trouvé le chemin du triomphe au box-office (aucun de ses films n'a dépassé les 90 millions, son plus gros succès US restant Inside man) : il fait peu parler de lui, n'apparaît pour ainsi dire jamais dans les tabloids, et mène une vie bien rangée entre famille, amis, football (il est fan du Liverpool FC, le plus grand club de l'univers) et plateaux ciné. Pourtant, d'année en année, il semble être devenu l'un des incontournables chouchous d'un public toujours plus conséquent.

 

 


 

 

Côté ciné, tout commence en 1991, date à laquelle il est engagé pour le premier rôle de Close my eyes, dans lequel il donne la réplique à Alan Rickman. Il y interprète un homme qui, peu après le mariage de sa soeur, réalise qu'il est amoureux de celle-ci. Sujet risqué pour un film qu'on imagine raté, puisque sa distribution est restée ultra confidentielle (pas de sortie française). Il retrouve ensuite le même réalisateur, Stephen Poliakoff, pour Century, drame sur la science et l'éthique avec Miranda Richardson. Nouveau sujet ambitieux, et même funeste destin pour le film. Qu'à celà ne tienne : en 1997, le voici à nouveau dans un premier rôle audacieux, celui d'un homosexuel subissant l'oppression nazie pendant la deuxième guerre mondiale. Si Bent n'est pas sorti non plus en France malgré un casting bien fourni (Ian McKellen, Mick Jagger en travesti, Jude Law, Rachel Weisz, Paul Bettany...), il est salué par une partie de la critique et applaudi à Cannes (où il reçoit le Prix de la Jeunesse).

 

 


 

 

Il faudra attendre 1999 pour que commence à se dessiner l'ébauche d'un succès, même confidentiel. Sa première rencontre avec Mike Hodges est à l'origine de Croupier, un drame noir dans lequel un écrivain devenu croupier est happé par ce métier avant d'être tenté d'aller plus loin dans la manipulation de masses monétaires. Il en impose par sa carrure, son regard intense, son délicat accent british. De quoi faire fondre la gent féminine et devenir le nouveau héros de ces messieurs. Owen et Hodges rempileront en 2005 avec Seule la mort peut m'arrêter (I'll sleep when I'm dead), autre polar sorti lui aussi dans la confidentialité du mois de juillet. Hodges ne tarit pas d'éloges sur son acteur, dont il affirme qu'il est le plus pro et le plus intense qu'il ait connu depuis Michael Caine. Ce qui n'est pas un mince compliment.

 

 


 

 

2002 sonne le début de la popularité pour l'acteur,qui a tourné une quinzaine de films depuis. Cela commence par un second rôle dans l'épatant Gosford park de Robert Altman (même si, noyé dans une masse d'acteurs renommés, il peine encore à se faire un nom). Puis il est le vilain super tenace de La mémoire dans la peau, qu'il donne du film à retordre à Matt "Bourne" Damon. On commence à entrevoir les qualités physiques de ce type qu'on pourrait croire monolithique à première vue. C'est pourtant un monument de distinction de classe à l'anglaise, un play-boy fréquentable, un homme à la fois fort et sensible. Ce qu'il prouvera tant bien que mal dans Sans frontière, le gros bide un peu foireux de Martin Campbell, où il incarne un spécialiste de l'action humanitaire qui embarque Angelina Jolie en Ethiopie pour la sensibiliser (et non pas pour lui permettre d'adopte). Bien que le film soit aussi mauvais que mal distribué, le voici qui s'affirme comme une possible tête d'affiche pour films d'envergure.

 

 


 

 

Après un détour par la gentille comédie noire Jardinage à l'anglaise, il est à la tête du Roi Arthur, double prise de risque pour Antoine Fuqua puisque l'interprète de Guenièvre, Keira Knightley, est alors aussi méconnue que lui. Ce modeste succès (mais succès quand même) le propulse alors dans le star system, lui permettant d'enchaîner les rôles chez des réalisateurs renommés. Il séduit dans le Closer de Mike Nichols, tiraillé entre (déjà) Julia Roberts et Natalie Portman, laquelle lui offre un strip tease intégral et quelques suées nocturnes. Accessoirement, le film lui vaut un BAFTA et un Golden Globe. Seul l'Oscar lui résiste, promis à Morgan Freeman pour Million dollar baby.

 

 


 

 

Ensuite, direction Sin city, dans lequel il donne l'impression d'avoir toujours été un acteur d'action, un type qu'on connaît depuis 20 ans et 50 films alors que c'est encore un petit nouveau peu expérimenté. Une impression rare et frappante. On devrait le revoir dans l'arlésienne Sin city 2, qui finira par ne plus en être une, c'est certain, à moins que. Quelques dérapages plus loin (Dérapage, justement, et un petit rôle dans La panthère rose), le voici en cambrioleur à la coule dans le retors Inside man, qui réconcilie beaucoup de spectateurs avec Spike Lee et redonne un certain peps au robbery movie. Là aussi, il s'est engagé pour tourner la suite : la différence, c'est que ces nouveaux projets se montent désormais sur son nom, même si comme dit précédemment il n'est pas encore l'acteur le plus bankable qui soit.

 

 


 

 

Car Clive Owen, c'est aussi un acteur capable de porter le poids entier d'un film sur ses épaules. Il suffit de le rere(...)revoir dans l'incontournable Les fils de l'homme,  film d'anticipation ultra maîtrisé et incroyablement intense pour comprendre que ce type a à la fois deux biceps énormes, une cervelle loin d'être atrophiée, et une fibre artistique très développée et ne demandant qu'à l'être encore davantage. C'est beau. mais ça ne l'empêche pas, une fois de temps entemps, de s'abandonner à de grands spectacles purement bourrins comme cet improbable Shoot'em up,qui porte bien son titre et lui permet entre autres de lutiner Monica Bellucci tout en tirant sur les méchants. Comment ça fantasme ?

 

 


 

 

Ensuite, Clive fait le pur beau gosse dans le délicieusement too much Elizabeth : l'âge d'or, faisant fondre la reine revêche avant de lui faire un enfant dans le dos et donc de s'attirer ses foudres. Même s'il semble avoir abusé de l'autobronzant (mais c'est normal, il jour un aventurier), il démontre son aptitude à jouer aussi les jolis coeurs. On aura beau dire que ce type joue toujours pareil (ce qui, quand c'est réussi, s'appelle un style), il démontre à chaque film qu'il est capable de défendre des personnages fort différents les uns des autres. En témoigne son impeccable prestation dans L'enquête, où il est à la fois Robert Redford, Paul Newman et Steve McQueen. Lui reste à présent à se forger une carrière aussi brillante que ses glorieux ainés...

 

 


 

 

Pas sûr que Duplicity fasse partie de ces oeuvres mémorables qui lui permettront de passer à la postérité ; c'est en tout cas l'occasion pour lui de retrouver Julia Roberts et de montrer à nouveau à quel point il peut être à la fois totalement british et furieusement cool. Peut-être le prouvera-t-il à nouveau chez Frank Miller, pour lequel il doit jouer Philip Marlowe...

 

 


 

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