Comédie musicale culte pour les uns, adaptation aberrante pour d’autres, Rent déchaîne les passions. Retour sur une horreur, par Chris Columbus, le réalisateur de Madame Doubtfire et des deux premiers Harry Potter.
Jeune prodige de la comédie musicale, Jonathan Larson est malheureusement entré dans la légende à cause de sa mort prématurée, qui nous a privés de découvrir les autres œuvres qu’il aurait pu composer. Le plus ironique là-dedans, c’est que sa rupture d’anévrisme l’a tué la veille de la première représentation de son méga-succès : Rent. C'est l'histoire du superbe film Netflix Tick, tick... Boom !, où Andrew Garfield incarne l'artiste.
Opéra rock librement adapté de La Bohème de Puccini, Rent n’a pas seulement été un coup de boost pour la représentation des communautés LGBTQ+. Il a aussi été une œuvre importante sur les ravages du sida dans les années 80, face à l’inaction du gouvernement américain pour endiguer la pandémie.
Pour autant, Rent n’est pas sans défauts, qu’il est parfois difficile de mettre en avant sans se prendre une volée de bois vert par les fans de Larson. Mais il faut bien admettre que ses personnages sont parfois détestables, au point même de contredire le propos initial de la comédie musicale sur l’horreur de la pauvreté et la nécessité de la contestation sociale. Cela étant dit, Rent a avec le temps été remis en question, en grande partie à cause de (ou grâce à) la médiocrité absolue de son adaptation cinématographique : le film Rent, sorti avec 2006, avec notamment Rosario Dawson, Taye Diggs et Anthony Rapp.
Elle est pas belle la vie de Bohème ? (spoiler : non)
Tick, Tick... Badaboom
Pour rappel simple du contexte, Rent suit un groupe de bohémiens new-yorkais qui squattent un immeuble tout en essayant de survivre dans un quotidien féroce où ils sont confrontés à l’échec, aux drogues, ou à la maladie. Comme pas mal des grosses pièces de Broadway, Rent doit une partie de son phénomène à sa dimension révolutionnaire grisante, qui met en scène des personnages anti-système cherchant à remodeler le monde à leur image (tout comme Les Misérables ou plus récemment Hamilton).
En choisissant le contexte des années 80 et de la crise du sida aux Etats-Unis, la comédie musicale évoque néanmoins des problématiques plus larges, ou du moins les inquiétudes d’une jeunesse en quête de futur. Problème : pour parler des angoisses d’une génération qui a le sentiment d’être abandonnée, ce n’est peut-être pas la meilleure idée de faire appel à un réalisateur aussi pantouflard que Chris Columbus (Maman, j’ai raté l’avion, Madame Doubtfire, les deux premiers Harry Potter), auteur de films aussi contestataires que des nobles en pleine descente de tisane à la camomille. (NDLR : il a aussi écrit le scénario d'un certain Gremlins, pour info).
Fight the power (mais pas trop)
Et là réside le problème principal de Rent en tant que projet cinématographique : tout y est extrêmement propre et lisse. La mise en scène se cache derrière l’excuse de la comédie musicale de troupe pour se contenter d’une cacophonie visuelle et sonore, où la caméra ne cherche qu’à platement capter le groupe sans jamais s’impliquer dans les enjeux scéniques et chorégraphiques – comme une captation théâtrale en somme.
Pire encore : Columbus affiche une forme de gêne avec son sujet, ou au moins une maladresse évidente avec l’intimité de ses personnages. Il suffit de penser à cette scène étrange, où Tom (Jesse L. Martin) et Angel (Wilson Jermaine Heredia) se mettent en couple en chantant dans la rue, alors que la caméra les filme de loin avec un téléobjectif, comme d’un point de vue distant et peu assumé dans la mièvrerie de leurs sentiments.
120 claques par minute
Plus généralement, ce qui fait de Rent une piètre adaptation, c’est justement cette notion du point de vue, souvent sacrifiée au profit d’un certain sens du spectaculaire. Plutôt que de coller à la complexité émotionnelle de ses protagonistes, Columbus s’en détache par un romantisme assez puant, surtout dans cette introduction ubuesque qui oppose Mimi (Rosario Dawson) à Roger (Adam Pascal).
Comme si le cinéaste était totalement déconnecté des enjeux de la séquence, il filme cette scène de rejet amoureux en s’attachant à la douleur de Mimi, plutôt qu’aux raisons (logiques) qui amènent Roger à la repousser (elle veut coucher avec lui et prendre de l’héroïne, alors qu’il est un ancien addict séropositif). De retour dans la rue, Mimi est littéralement vue de haut par Roger depuis son balcon, où leur joute verbale continue sur la fameuse chanson No Day But Today.
En bref, Roger est perçu dans la séquence comme le fautif, celui qui n’embrasse pas assez l’hédonisme de ses amis pour coller à leur idéologie bohémienne, alors qu’il ne demande à Mimi qu’un amour sain, détaché entre autres de la drogue. Mais comme souvent, Rent oublie en cours de route les nuances qu’il essaie de mettre en place, quitte à complètement se fourvoyer.
Au grand dam des aficionados de la comédie musicale, c’est là que le bât blesse le plus. Puisque la réalisation fade de Chris Columbus est incapable de rester focalisée sur les problématiques réelles de ses scènes, les va-et-vient de certains numéros musicaux ne deviennent que de plates illustrations de l’égoïsme profond de ses personnages.
Dans le domaine, impossible de ne pas s’attarder sur Mark Cohen (Anthony Rapp), qui synthétise à lui seul tout ce qu’il y a de pire dans le film. Alors que la situation aisée de sa famille crée chez lui une sorte de complexe d’infériorité (il n’est pas un vrai bohémien, si on veut), il transforme cette crise existentielle en réappropriation de la douleur des autres.
Sous prétexte de tourner un film amateur qu’il pense être un grand documentaire libre et engagé (la bonne blague), il filme sans aucune autorisation des groupes de soutien aux malades du sida, ou même des SDF. Le long-métrage a beau essayer de temporiser en montrant le mécontentement d’une sans-abri, l’hypocrisie qu’elle met en avant n’est jamais rappelée au personnage, ou ne le fait changer d’opinion.
Tant de spontanéité dans cette image
Sidinaction
On pourrait longuement s’attarder sur la médiocrité auto-satisfaite d’une telle démarche (d’autant que le film de Mark ressemble à une mauvaise parodie), mais elle est surtout révélatrice du problème central de Rent, qui pour le coup concerne autant le film que le matériau d’origine : ce n’est pas une œuvre contestataire.
En réalité, Rent dépeint plutôt une rébellion enfantine, mettant en scène des personnages irresponsables et fiers de l’être, qui font passer leurs désirs et leur rejet de la société pour une lutte contre le système.
Sauf que l’abandon réel des citoyens atteints du VIH – et qui a mené à une longue et laborieuse lutte sociale – aurait dû être la raison d’être du projet, sous toutes ses formes. Malheureusement, il aurait fallu pour cela que les personnages de Rent soient un peu impliqués dans ce combat. Dans le contexte de la pièce et de ses unités de lieu resserrées, passe encore, mais le film aurait très bien pu étendre ses scènes, ses décors et même ses arrière-plans pour prendre ce contexte en considération, qui demeure pourtant dans un hors-champ terriblement dérangeant et inconscient de la réalité de l’époque.
A vrai dire, la composition abyssalement nulle des plans aide peu à cette extension de la vie new-yorkaise, mais elle sous-tend un problème plus global, à l’origine même de l’existence de Rent. En reprenant La Bohème de Puccini, la comédie musicale ne peut que tomber à pieds joints dans une dimension lyrique et fantasmée d’une situation qui était pourtant loin de l’être.
Il suffit de voir ces travellings circulaires sirupeux qui effacent dans un fondu les membres décédés du groupe de soutien aux séropositifs pour comprendre à quel point le film est à côté de la plaque. Mourir du sida a soudainement quelque chose de presque romantique, sublimé par un hors-champ écœurant. Plutôt que de se confronter réellement au problème qu’il prétend traiter, Rent le fuit, au même titre que ses personnages, qui rejettent le système plutôt que de le combattre de l’intérieur. C’est toujours plus facile de mettre des œillères, ou de mettre sa caméra au mauvais endroit.
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C’est surtout que le « dossier » est pas très épais en terme de contenu, c’est une simple critique de film. Et oui j’ai été autant choqué que comme apprendre d’un ami qu’il vote Fn. Je m’excuse pour la tournure, c’était pas une bonne journée, et quand en + on se prend la critique qui n’apporte aucune élavation au débat sur la lutte contre le sida bha ça rend un abonné véner.
Un « dossier » aurait pu être fait sur tout les films important de cette lutte, des années 80 a nos jours, y en a pas tant que ça. Niveau cinéma/séries c’est bien entendu Angels in america, It s a sin, 120 battements, Pose… qui tiennent le haut du panier. Mais ne pas oublier que certain film comme Rent on donné l’envie a un tas de personnes de militer, en cela c’est un film important, et je ne trouve pas la critique très élaborée. Pour moi le défaut vient du terme « dossier ». Et ça aurait pu être une fenetre vers un peu de prévention. Sex education ou la nouvelle serie avec Neil Patrick Harris sont précurseurs sur la Prep. Bref un abonné toujours abonné, juste blasé par un article sur la tonne que j’ai pu apprécié. Peace and love
@oceanofslumbers,c’est drôle, j’ai l’impression qu’on a pas lu le même article. Ici, l’auteur ne juge que très peu la qualité et l’impact du Musical. Il ne dément jamais les qualités du spectacle et l’importance qu’il a eu pour toute une génération. Par contre, ce qui est dénoncé ici c’est la mise en scène de Columbus qui trahis le message du spectacle et les auteurs d’ecranlarge ne sont ni les premiers ni les derniers à le dire…
*tu n’aides (saleté de correcteur automatique)
@oceanofslumbers : on dirait que ta vie tout entière vient d’être anéantie après la lecture de cet article. Il faut un peu se calmer, prendre du recul, ne pas y mettre autant de choses personnelles, et pas besoin de contacter ton association pour vérifier l’agencement des mots d’une phrase. C’est quoi la suite, une Police de la langue française qui rectifierait tout ce qui ne plaît pas à certaines personnes ?
Franchement, c’est un site de critiques, de débats donc les auteurs ont le droit de ne pas aimer, d’autant plus s’ils argumentent (et c’est tjrs le cas) et tu as le droit d’être en total désaccord ; mais mélanger ton expérience (ton ex, la où tu en étais à l’époque, demander à ton asso de vérifier des propos etc), tu vas trop loin et sommes toutes, tu n’aies ni ton propos, ni l’échange, ni le site.
Si tu cherches des critiques qui ne seront que de ton avis, fais ton site de critiques, mais tu vas terminer seul. Ici c’est l’échange et tant mieux si y a des avis différents mais la tolérance c’est aussi accepter la différence (des avis).
Les première trithérapie ? l’indetectabilité ? la Prep… Vous connaisssez les époques, datent des avancées sur le sujet ? Avez vous des amis séropos vivants de nos jours parfaitement agréablement mais qui en regardant comme ça culpabilise de se dire que ce n’était qu’une question d’année. Comment vivrait vous vos derniers instants ? A pleurer sur du Barbara ?
« Mourir du sida a soudainement quelque chose de presque romantique, sublimé par un hors-champ écœurant »
Je vais poser la question à mon association, ça me parait très douteux comme phrase….
La première critique qui me donne envie de me désabonné, j’étais capable le bon comme le mauvais, là c’est juste une insulte à un film culte pour beaucoup, à une des comédies musicales les plus importantes de la scène à broadway. Revisionner Tick tick boom peut être qui est bien sur bien mieux calibrer, mais qui raconte aussi à quel point la vie de cette homme à bouleverser ce monde très psycho rigide (un peu comme vous j’ai l’impression).
En tant que mec cis gay séropo travaillant pour l’association Aides depuis 10 ans, ce film à eu un bien meilleur impact sur ma vie, les chansons sont cultes et les prestations incroyable, les personnages sont attachants, c’est parfois kitsh (avez vous deja mis les pieds dans une boite gay ? ). Mais mon ex qui me l’a montré à l’époque avec notre histoire qui raisonne à travers ces personnages soudé malgrès la fatalité est en fait une oeuvre à recommander dans ce monde pathétique ou la solidarité et l’entraide relève de l’hérésie.
Que votre avis de fan de films, sur la réalisation etc soit louable je n’en doute pas, par contre votre sensibilité musicale doit être aux abonnés absent.
Je suis révulsé par cette article qui chie à la gueule d’une génération, pas besoin de faire du pathos autour du sida pour ne pas en faire militant, au contraire. Dans rent on a de l’hétéro, des gays, des non binaires, des héroinomanes, tds …. c’est au contraire un des films qui a le mieux parler de la crise sida. Simon qu’en pense tu ? j’aimerais bien d’autres avis de la redac histoire de voir si je suis bien sur un site inclusif .
Un ex fan de votre équipe.
@Arnaud (le fake)
« Article rédigé par un homme blanc cis »
Attaque à la fois raciste et sur le genre. Pas mal ! Merci au numérique de garder à distance les personnes odieuses et intolérantes de ce style qui exprime leur petite haine derrière leur petit écran pour remplir leur petite vie.
Pathétique !
Article rédigé par un homme blanc cis…
Ceci explique sans doute cela…
Je l’avais DL et le bouzin m’a pris 2 CD 700 -R. J’en ai qu’un qui a marché, l’autre a planté. Du coup, j’ai vu que la moitié du film mais déjà la bande son 5 hundred ect m’exasperait.
Loué soit les DivX qui plantent 🙂