Critique : Rent

Ilan Ferry | 11 avril 2006
Ilan Ferry | 11 avril 2006

Véritable institution à elle seule, la comédie musicale fonctionne selon des règles bien précises destinées avant tout à faire vibrer notre corde sensible au rythme de sa bande originale. Quand le genre revêt un aspect sociopolitique, l'œuvre en question prend une toute autre dimension et n'en a que plus d'impact, les exemples les plus emblématiques restant Hair et Fame. Nouveau millénaire oblige, Rent qui a fait les beaux jours de Broadway pendant neuf ans, entend apporter sa pierre à l'édifice. Pourtant avec une affiche aux allures de pub pour Benetton, et le réalisateur de Maman, j'ai raté l'avion aux commandes, le pari était loin d'être gagné, et pourtant…

Transposer à l'écran un matériau de base si riche où s'entremêlent histoires d'amour multiraciales, homosexualité et remises en question existentielles dans une Amérique qui découvre les ravages du sida, méritait un réalisateur à la hauteur de ces ambitions. Chris Columbus, surtout connu pour avoir servi la soupe aux ados et enfants de tout poil, s'acquitte plus qu'honorablement de sa tâche, et confère à l'ensemble une ampleur inattendue via des mouvements de caméra tour à tour vertigineux (superbe premier numéro musical dans les rues de New York) ou tout simplement judicieusement choisis. Ainsi, il réussit à créer un équilibre adéquat entre numéros musicaux de pure grâce et moments plus intimistes. À l'exception d'une Rosario Dawson tout simplement incendiaire, et de Tracie Thoms, le film reprend le casting original de la pièce, une belle initiative qui permet aux différents protagonistes de s'affranchir de leurs conditions de figures imposées d'un New York cosmopolite (le vidéaste, la rock star déchue, la junkie, le travesti).

Utiliser un thème aussi grave que la mort dans le cadre profondément optimiste de la comédie musicale relevait du pari casse-gueule, pourtant force est de reconnaître que le sujet est ici traité avec pudeur, et placé dans un cadre certes édulcoré mais traversé d'autant de larmes que de rires. L'homosexualité y est abordée avec un naturel saisissant d'où ressort avant tout la notion d'amour. Et si l'ensemble peut paraître naïf dans sa peinture d'une époque plus que jamais révolue où règne la vie de bohème, c'est pourtant ce côté désuet et totalement assumé qui en fait tout son charme.

Pourtant, à défaut d'approcher le sublime qu'il mérite, Rent pèche sur quelques points qui l'empêchent de se hisser au niveau des comédies musicales précitées. À commencer par une histoire qui fait du surplace, au profit de numéros musicaux pour la plupart aussi réussis que touchants, mais ayant tendance à se répéter dans la dernière partie, quand ils ne sont pas tout simplement superflus (le spectacle musical de Maureen), et pas assez espacés pour faire gagner aux personnages plus de consistance. De fait, le film souffre des défauts inhérents aux récentes comédies musicales (Le Fantôme de l'Opéra en tête) à savoir une difficulté à adapter le texte à l'écriture cinématographique.

Malgré ses défauts, Rent ne se réduit pourtant pas à une gentille bluette musicale dans un décor de carte postale, et fait écho à des angoisses bien réelles que les personnages ne peuvent exorciser que par la musique, témoignant ainsi d'une rage de vivre face à un douloureux déterminisme : le sida… ou comment parler tout simplement de la vie alors que plane constamment l'ombre de la mort. Un doux paradoxe qui est pour beaucoup dans l'intérêt que suscite le film.

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