Ladykillers : le plus majeur des films mineurs des frères Coen ?

Geoffrey Fouillet | 14 mai 2022
Geoffrey Fouillet | 14 mai 2022

Habitués aux louanges, Joel et Ethan Coen se heurtent avec Ladykillers au désamour du public et de la critique. Un bien triste sort pour cette comédie qui ne manque pourtant pas d'atouts.

Alors que les personnages de leurs films jouent régulièrement de malchance, les voici à leur tour victimes de la même déveine. Avec leur onzième long-métrage, Joel et Ethan Coen semblent confirmer, du moins sur le papier, leur désaffection pour des projets plus personnels.

Après l'accueil relativement tiède réservé à leur précédent film Intolérable cruauté, une production Universal, ils répondent à nouveau favorablement à une proposition de commande, cette fois sous la houlette de la firme aux grandes oreilles, la bien nommée Walt Disney Company. Mais ce n'est pas tout, les voilà également embarqués sur leur tout premier remake, une version modernisée de Tueurs de dames d'Alexander Mackendrick, un classique du cinéma britannique datant de 1955. Comment espérer alors imposer leur style aux mains des studios et surtout rivaliser avec l'un des fleurons de la comédie criminelle ? 

Présenté en sélection officielle au Festival de Cannes en 2004, Ladykillers convainc très moyennement la profession et sans être un four en salles, même si les recettes générées sur le sol américain dépassent in extremis la mise initiale (39 millions au box-office US pour 35 millions de budget), il peut raisonnablement être considéré comme un échec. Qu'importe, les frères Coen ne se sentent obligés de rien, ni de réitérer leurs succès passés, Fargo et The Big Lebowski en tête, ni de franchir un nouveau jalon à chaque film.

De cette liberté, oserait-on dire légèreté, découle donc Ladykillers qui, sous ses airs de pure récréation, recèle quelques trésors cachés qu'il serait regrettable d'ignorer.

 

Ladykillers : photo, Tom Hanks, J.K. Simmons, Ryan Hurst, Tzi MaLes hostilités peuvent commencer

 

ON DIRAIT LE SUD

Premier changement et non des moindres, le remake délocalise l'action de l'oeuvre originale au cœur de la Louisiane contemporaine en lieu et place du Londres des années 50. Une volonté clairement affichée par les frères Coen dès l'entame du projet dans la mesure où leur attachement pour le Sud des États-Unis a toujours été central dans leurs films, à quelques exceptions près. Est-ce que cela dénature pour autant l'essence même du récit ? Pas complètement.

Là encore, c'est l'histoire d'une vieille dame, veuve, qui loue l'une de ses chambres à un mystérieux inconnu, un professeur érudit aux manières sophistiquées. Ce dernier apprend à sa logeuse qu'il fait partie d'un ensemble musical et qu'il demeure à la recherche d'un local afin de répéter avec ses confrères musiciens. Un brin mélomane, la vieille dame accepte d'accueillir le reste de la troupe sous son toit. Prétextant des affinités avec « une musique composée à la gloire de Dieu », le professeur et ses acolytes poursuivent en réalité un dessein bien moins spirituel : exécuter un hold-up digne des plus grands casses de l'Histoire.

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commentaires
padakor
15/05/2022 à 09:06

@rientintinchti On aura compris que ce n'est pas votre tasse de thé, mais ce qu'il ne faut pas lire... "Vision rétro fantasmée de l'Amérique" ? Je ne sais pas où vous voyez du fantasmé, leur œuvre n'a pas de prétention à célébrer telle ou telle Amérique, elle ne fait que se désespérer de la petitesse humaine (ou s'en / nous en délecter, mais l'humour n'est-il pas la politesse du désespoir ?). Je crains surtout que vous y cherchiez du social, ou, en effet, un message profond ou une réflexion intellectuelle pédante, ce qui n'est en effet pas leur dada ; on est beaucoup + sur un univers absurde & grinçant, & une déclaration d'amour aux nombreux tropes du cinéma, bref, du divertissement pur (à condition, bien sûr, d'apprécier leur patte). Pour moi il faut regarder chacun de leurs films comme un cartoon, c'est là que ça devient jouissif. Mais je conçois qu'on puisse y être imperméable.

rientintinchti
14/05/2022 à 23:17

Les frèrres Cohen sont deux immenses impostures qui ont leurré tout le monde avec leurs films à deux balles juste parce qu'ils ont su jouer sur la coolitude fétichiste du Big Lebowski très petit et creux ainsi que toute une série de films qui proposent une vision rétro-fantasmée de l'amérique que beaucoup s'acharnent à intellectualiser artificiellement alors qu'il n'y a que du vent.
Poubelle et vite

bipbip
14/05/2022 à 13:34

C'est un bon film avec de supers acteurs, mais passer derrière un film aussi parfait que l'original.

D'ailleurs, ça illustre parfaitement le fait que certains films ne doivent pas être refaits, quand bien même un nouveau réalisateur sera sincère dans sa démarche et les acteurs bons

alulu
14/05/2022 à 12:53

Le hop hop, pas le meilleur Coen et comme Ray, je tique un peu sur la prestation de Tom Hanks. Nicolas Cage aurait été parfait dans le rôle.

Mx
14/05/2022 à 12:00

Je garde un excellent souvenir de ce coen, un coen mineur, peu-être, mais de bons fous rires, et une certaine fraicheur, un peu comme o'brothers, tiens!!!

Ray Peterson
14/05/2022 à 10:28

Pourtant grand fan des Coens Bros. Ladykillers ne m'a jamais beaucoup convaincu.
Tom Hanks n'arrive pas à me faire oublier la composition de Guiness. Je préfère l'original (et pis y'avait Sellers aussi). Pourtant y a Deakins, Burwell, toute la clique Coen mais je le trouve ni drôle ni palpitant. Déjà avec leur dernier, Intolérable Cruauté, je n'avais pas non plus spécialement accroché.
Heureusement ils se rattraperont avec leur prochain, No Country for Old Man qui est à mon sens un de leur chef d'oeuvre.

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