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Vampire, vous avez dit vampire ? : quand Tom Holland mariait horreur et teen movie

Par Mathieu Jaborska
28 septembre 2021
MAJ : 21 mai 2024
Vampire... vous avez dit vampire ? : Affiche officielle

Bien plus ambigu que ses airs de teen movie innocent le laissent suggérer et encore foutrement divertissant, Vampire, vous avez dit Vampire ?, réalisé par Tom Holland, mérite sa réputation.

Après être passée par l'Arizona désertique d'Aux Frontières de l'aube, la chambre d'hôtel d'Entretien avec un vampire et la Suède glaciale de Morse, la rédaction d'Ecran Large poursuit son cycle vampirique dans la banlieue américaine. Mais pas question de s'y installer trop confortablement. On s'attaque à un film aussi divertissant que son titre français est absurde : Vampire, vous avez dit vampire ?. Un film resté très célèbre (il est d'ailleurs disponible sur Netflix), peut-être parce qu'il amorce une approche postmoderne du genre qui fera ses grandes heures les années suivantes.

  

AfficheEt une affiche légendaire

 

near dark

Le petit culte actuel autour de Fright Night, si avéré qu'il a même eu le droit à son propre remake insipide en 2011, s'explique en grande partie par son charme gentiment désuet, typique des productions horrifiques à budget moyen (9 millions selon le Los Angeles Magazine) de l'époque. Des lycéens 10 ans plus jeunes que leurs interprètes y affrontent des vampires recouverts de latex quand ils s'énervent. L'intrigue est délicieusement improbable (quels vampires iraient s'installer en banlieue ?), les réactions des personnages parfois insensées, la discrétion des antagonistes inexistante et la BO ne lésine pas sur les synthés. Et on ne parle pas de la scène de boite de nuit, plus 80s tu meurs.

Évidemment, à la fin, tout s'emballe, et le climax se répand en transformations spectaculaires, maquillages bourrins et jets de sang. Bref, le cocktail parfait pour une bonne soirée série B. Une générosité qu'on attribue souvent à son auteur, le sympathique Tom Holland. Mais avant le succès de son Jeu d'enfant, première aventure de la poupée Chucky, et avant même 1984, il n'était pas aussi apprécié des amateurs de giclées d'hémoglobine. Il n'avait à son actif que quelques apparitions en tant qu'acteur et plusieurs scénarios, dont ceux des sympathiques Class 1984 et Psychose 2.

 

photo, Amanda Bearse, Chris SarandonLast night a vampire saved my life

 

Il fallait cependant qu'il passe à la réalisation pour défendre pleinement sa conception du cinéma populaire. Un cinéma volontiers kitsch et fier de l'être, bourré d'autodérision. Comme la poupée de Chucky, les vampires de Fright Night hypertrophient leur méchanceté, au point presque de se moquer d'eux-mêmes.

Preuve de sa popularité, le film a inspiré un documentaire de presque 2h30 intitulé You're So Cool, Brewster! The Story of Fright Night, parfois épuisant, mais assez révélateur des libertés de ton prises par le metteur en scène. Il y précise : "De l'humour, pas de la comédie". Soit la recette idéale de la petite friandise des années 1980, qui fait baigner ses arguments horrifiques dans un second degré léger, sans jamais sombrer dans la parodie pure et dure, comme l'époque en raffolait.

Fright Night évolue sur le fil, et c'est une des raisons de son succès, inattendu pour le studio. Pourtant, il a été vendu comme une pure production d'épouvante par ses exécutifs, à travers une bande-annonce complètement à côté de la plaque, au grand dam de Holland et son équipe, qui ont tenté - en vain - de soumettre leur propre matériel promotionnel. Un contretemps qui ne l'a pas empêché de récolter presque 25 millions de dollars au box-office local (sans compter sa carrière en vidéo-club, probablement prospère) et de s'attirer la sympathie d'une critique séduite par la légèreté du scénariste.

 

photoLe cauchemar des dentistes

 

L'empire des nerds

Non pas que Fright Night soit le premier film d'horreur léger et généreux, conscient de sa nature de "pop-corn movie", expression chère au public américain, ou même qu'il révolutionne quoi que ce soit, au contraire. Mais il choisit un rapport au fantastique audacieux, aujourd'hui communément admis. Ce n'était pas non plus la première fois que les nerds, passionnés du type de récit dans lequel ils se retrouvent, occupaient le haut de l'affiche. La même année, le délicieusement foutraque Une Créature de rêve portait cet archétype (et bien d'autres) à son paroxysme.

Reste que la description qu'il fait de ses protagonistes évite soigneusement tout mépris et cherche à prouver au spectateur qu'il partage les mêmes références que lui. Une volonté incarnée par le personnage de Peter Vincent, croisement assumé entre Peter Cushing et Vincent Price, Holland voulant ce dernier dans le rôle, avant d'essuyer un refus, à cause, selon le réalisateur, de problèmes de santé. C'est Roddy McDowall, légendaire comédien de la première saga de La Planète des singes déjà au casting de Class 1984 qui le remplace.

 

photo, Roddy McDowallLe seul et l'unique

 

Non seulement il représente à lui seul un certain type de cinéma, en l'occurrence les films fantastiques Universal Monsters puis Hammer, dont l'intérieur de la maison de vampire pastiche les codes gothiques, mais il ancre également cette nostalgie dans une certaine réalité. En effet, il fait ouvertement référence aux slashers, à leur apogée en ce milieu des années 1980. Ironiquement, les futures productions qui useront de ce type d'intertextualité le feront souvent pour se remémorer avec émotion... des slasher.

L'ouverture annonce déjà la couleur. Un long travelling débutant assez haut pour montrer la banlieue où se déroule l'action (terrain de jeu privilégié de grands succès horrifiques du moment, comme Les griffes de la nuit, aux antipodes des environnements menaçants des vieux films de vampires) dévoile une télévision, laquelle diffuse une émission d'épouvante. Détail très important, car il énonce directement l'aspect méta-filmique de la chose, le nom de l'émission est le même que celui du film. Et alors qu'elle se déroule presque religieusement, un jeune adolescent se détourne de l'acte avec un grand A pour épier les voisins, dont le comportement lui rappelle sa passion pour les suceurs de sang.

 

photo, Roddy McDowallAvec un pieu à l'envers

 

La scène est aussi intelligemment construite que révélatrice de la note d'intention de Holland. Pour ménager une distance vis-à-vis du genre dans lequel il s'inscrit, le cinéaste introduit des enjeux propres au teen movie, ce qui insiste sur le parallèle entre les époques (les héros de slasher sont souvent des adolescents), mais entreprend aussi son mythe à travers un regard éprouvé par sa disparition. Le traditionnel éveil sexuel des personnages de teen movie est à la fois contrecarré et provoqué par la révélation de l'existence des monstres et le manque de considération du héros motive la tension narrative de tout le premier acte. Si mon voisin est un vampire, comment le prouver ?

 

photo, Stephen GeoffreysStephen Geoffreys, le roi du cabotinage

 

Une messe pour Dracula

Le vampire n'en perd donc pas sa réputation romantique, érotique, au point d'ailleurs de laisser transparaitre un sous-texte inattendu. En effet, la notoriété du long-métrage aidant, nombreux sont ceux à présumer d'une relation homosexuelle entre les deux colocataires, ou entre Evil Ed et Jerry. Dans You're so cool Brewster, les deux comédiens assurent qu'ils n'ont jamais parlé de cette interprétation. Tom Holland, de son côté, assume tout dans Nerdist :

"Tout ça était intentionnel. J'ai travaillé avec tellement d'amis gay. Donc, j'ai compris comment était leur quotidien assez rapidement, et en 1985, c'était le début de la crise du SIDA. J'ai commencé à perdre des gens. J'ai commencé à perdre des amis dans les années 1980 et personne ne savait ce qui était en train de se passer. Et tout ça a été intégré à Fright Night, mais subtilement. Parce que j'étais une voix solitaire à l'époque. Je pensais être subtil avec Fright Night. Mais j'ai appuyé cette idée, surtout avec le personnage de Evil Ed."

 

photo, Chris SarandonUn plan qui a fait pas mal couler d'encre

 

En plus de ça, il devient une sorte de relique d'un temps révolu, qu'il faut craindre, mais respecter. Le symbole d'une gloire passée qui est devenue beaucoup trop dépassée pour être prise au sérieux. Lors de sa bataille contre Jerry, Peter Vincent est testé, alors qu'il agite un crucifix devant son nez : pour le vaincre, il faut y croire. Nulle référence à la religion ici : afin de retrouver sa gloire, sa réputation de grand tueur de vampires, l'acteur déchu doit ravaler son ton désabusé et recommencer à croire en cette grande figure fantastique.

Le vampire impose le respect moins parce qu'il est puissant que parce qu'il s'inscrit dans tout un héritage a priori indétrônable. D'où une énumération par le scénario des mythes que la littérature et le cinéma ont accolé à sa figure et un comportement ambigu des monstres, dont le plaisir est de narguer les illuminés qui croient encore en eux pour finalement les rallier à leur cause. Fright Night loue avec toute la puissance de ses moyens, de sa passion et des effets spéciaux soignés la grandeur des vampires tout en racontant leur fin : ce moment où les derniers gosses de banlieue et les derniers acteurs du genre sont passés à autre chose.

 

photo, Roddy McDowall, William RagsdaleLe dernier clou du cercueil ?

 

Dans le remake de Craig Gillespie, qui s'est depuis rattrapé avec Moi, Tonya, cette affirmation de la figure classique et en voie de disparition du vampire ne se fait pas grâce à la comparaison avec les slashers, mais en opposition aux romances peroxydées dont Twilight est devenu le porte-étendard, mépris qu'il affiche haut et fort. Néanmoins, le premier Vampire, vous avez dit Vampire ? ne critique pas l'horreur de son temps. D'ailleurs, Tom Holland aussi dézinguera de la midinette les années qui suivront. Il se contente de convoquer une dernière fois les premiers vampires du 7e art en pleine banlieue américaine, pour le fun, et pour leur accorder un ultime baroud d'honneur.

À moins que ce dernier plan, et ces yeux rouges d'une nouvelle génération ne laissent poindre un peu d'espoir. Car sous ses airs d'éloge funèbre, il s'inscrit dans un retour en force du bestiau sur les écrans. Et ses vampires aux looks caoutchouteux et méga vénère ont probablement inspiré bien d'autres cinéastes, dont peut-être un certain Robert Rodriguez.

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13 Commentaires
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Spike William 2

J’avais 5 où 6ans quand le film à sorti et je me souviens très bien je l’ai vue au ciné-parc sorti en 1985 la même année de ( to live and Die on l.à ) . Pour moi c’est le film de vampires qui rand hommage à Dracula et autres film de çe genre, chris sarandon joue le vampire sans a rajouter des tonnes, un acteur qui sait faire son charme naturel et j’aime beaucoup la performance de roddy mcdowall en tueur de vampires surtout William ragsdale en charley bruwster

Michael myers 1980

Un classique des classiques des film de vampires,avant vampires diary il avait buffy contre les vampires ça c’est coté telé. Et avant cela (générations perdu) et en gros( fright night ) de 1985 c’est le film d’horreur qui m’a initié au film de vampires et qui m’a marqué mon enfance j’en regarde un très bon souvenir de çe film,très années 1980s oui bien sûr il avait Dracula avant cela mais vampires vous avez dit vampires est inoubliable un mélange de peur et d’humour et d’aventure bref çe film est un charme parfait.

Tom007

Mon film favori que je connais depuis maintenant 30ans une pure merveille
Je le regarde toujours avec plaisir, j’ai dû le voir au moins 50 fois pour moi c’est un chef d’œuvre

Dehem

Une merveille !
Et cette affiche inoubliable qui a orné les murs de ma chambre pdt des années !

Demian

Un classique !!

julienbecker

Le premier film qui m’a fait faire des cauchemars. Vu chez mon cousin qui avait loué la VHS. Pendant plusieurs semaines je regardais McGyver avant d’aller me coucher pour essayer de penser à autre chose, mon père devait à nouveau me coucher. J’avais peur de fermer les yeux, j’imaginais Patrick Roy en vampire caché sous mon lit… Jamais revue depuis, il va falloir que je m’y colle.

The insider38

Vu en salle à l époque, et je le possède en blu ray. Une merveille.

Par contre le 2 est à oublier

Gregdevil

Une bonne surprise à l’époque ! Je l’avais pris en VHS avec Vampires de big John. 2 bons films de vampires.

Xbad

Petite anecdote perso sur ce film, mon chat de l’époque avait réussi à choper une chauve-souris en pleine nuit et était venu ma la déposer au pied pendant le visionnage, ambiance garantie ! Revu il y à deux mois à peu près, toujours aussi bon… Les effets spéciaux de l’époque avait vraiment cette magie qu’on ‘e retrouve plus beaucoup hélas

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