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Opération Espadon : Hugh Jackman dans un beau sommet de ringardise des années 2000

Par arnold-petit
14 septembre 2021
MAJ : 20 novembre 2024

Hugh Jackman en gentil hacker, Halle Berry en poupée de la DEA, John Travolta en méchant, c’est Opération Espadon et c’était déjà bien ringard à l’époque.

Opération Espadon : photo

Certains s'en rappellent pour sa scène d'introduction et sa spectaculaire explosion au ralenti, d'autres pour Halle Berry et Hugh Jackman ou la pilosité faciale discutable de John Travolta, et quelques-uns peut-être pour ses séquences d'action. En revanche, personne n'ira vanter Opération Espadon pour le traitement de ses personnages féminins, le réalisme de son scénario ou même la mise en scène, qui suinte les années 2000 à chaque plan.

Entre approximations narratives, vulgarité crasse et jargon informatique faussement complexe, mais vraiment bête, le long-métrage réalisé par Dominic Sena était déjà ringard quand il est sorti en 2001 et chaque visionnage l'enfonce un peu plus dans les méandres du ridicule et du mauvais goût.

 

photoOh non, ils vont reparler de nous

 

IL EST PAS FRAIS, MON POISSON ?

Après avoir réalisé Kalifornia et 60 secondes chrono, le précurseur raté de Fast & Furious déjà bien gratiné, Dominic Sena a quitté Jerry Bruckheimer pour l'autre versant du blockbuster d'action hollywoodien, Joel Silver, producteur de films cultes du genre comme l'incroyable Commando, L'Arme Fatale, Predator, Piège de Cristal, Demolition Man ou encore Matrix, mais aussi de plusieurs ratés comme Hors limites, Roméo doit mourir ou Donjons & Dragons.

Malgré les pertes de 60 secondes chrono, le film avec Nicolas Cage et Angelina Jolie a quand même permis au réalisateur de se faire remarquer par les studios et de recevoir plusieurs scripts, dont un certain Opération Espadon, le seul qui suscitait son intérêt, encore plus sachant que John Travolta avait été déjà été approché. L'acteur, qui avait refusé le rôle de Gabriel Shear à six reprises, s’est finalement laissé convaincre par Dominic Sena et la scène d'introduction, qu'il adorait. Quoi de plus logique.

Après l'énorme échec critique et financier de Battlefield Earth - Terre, champ de bataille (qu'il avait produit également) et Le Bon Numéro, l'acteur sur la pente descendante depuis quelques années avait probablement à cœur de lâcher un monologue face caméra sur un certain cinéma hollywoodien qui ne produit plus que "de la merde".

 

 

Entre le truand cinéphile qu'il incarne dans Get Shorty, une parodie de son Castor Troy et un cousin européen de Vincent Vega à la coupe de cheveux aussi douteuse que son bouc ou ses costumes, John Travolta ergote sur le réalisme dans les films, prenant Un après-midi de chien comme exemple.

Le champ s'élargit et la caméra révèle qu'il retient des otages dans une banque située en face du café où il était tranquillement installé face à Don Cheadle et Hugh Jackman. Après son retour dans la banque, la situation dégénère, une otage essaie de s'échapper, ce qui déclenche le gilet explosif qu'elle portait et cause une énorme explosion, détruisant tout ce qui se trouve dans un rayon de 50 mètres.

La séquence, sans doute la meilleure du film, a durablement marqué le cinéma d'action et l'esprit de tous ceux qui l'ont vue. Une scène qui continue de faire son petit effet aujourd'hui et qui a été réalisée pour 5 millions de dollars en utilisant le même procédé que pour le bullet time dans Matrix, mais dans des conditions réelles, avec un rail de plus de 130 appareils, 3 jours de tournage et plusieurs mois de postproduction.

 

 

 

Malheureusement, si l'introduction laisse espérer que le film va sortir de l'ordinaire, l'ingéniosité et le spectacle de cette scène que tout le monde avait qualifiée de "tarantinesque" à l'époque vont rapidement disparaître pendant tout le flash-back qui compose l'intrigue et ne revenir que dans les vingt dernières minutes. Entre-temps, Dominic Sena va patiemment montrer comment Hugh Jackman s'est retrouvé dans cette situation, avec une histoire de hacking, de braquage et de poitrines (pas forcément dans cet ordre), versant obligatoirement dans la surenchère pour s'éloigner de toutes les oeuvres dans lesquelles il pioche.

Stanley Jobson (Hugh Jackman), un hacker de génie interdit de s'approcher d'un ordinateur pour ses crimes, est recruté par Ginger (Halle Berry) au nom de Gabriel Shear (John Travolta), un ancien agent fédéral obscur, afin de mettre au point un virus permettant de récupérer 9 milliards de dollars qui dorment depuis des années sur un compte utilisé par le gouvernement américain pour une opération antidrogue dans les années 80. En échange de ses bons et loyaux services, Stanley est payé 10 millions de dollars, ce qui lui permettra d'obtenir la garde de sa fille, Holly, qu'il aime fort fort fort.

Avec un tel scénario, un réalisateur comme Dominic Sena et un John Travolta au début de sa fin, il y a de quoi avoir peur et être enthousiaste à la fois. Et dans son infinie bonté, le film surpasse nos attentes, nos craintes, nos espérances et tout le reste. Abandonne tout espoir, toi qui entres ici. Bienvenue dans l'enfer des années 2000.

 

photoRefais une vanne sur mes cheveux, vas-y

 

LES INTERNETS, C'EST VACHEMENT CHOUETTE

Prenez une dose généreuse de clichés, du méchant playboy charismatique aux femmes inconnues qui se déshabillent sous le regard satisfait du personnage principal. Découpez grossièrement un peu de Michael Bay, de Steven Soderbergh et de Simon West. Mélangez en ajoutant des personnages génériques, puis parfumez avec des séquences tape-à-l'oeil, une musique électronique et des seins, vous obtiendrez alors quelque chose qui s'approche du scénario d'Opération Espadon.

Un pinacle d'émotion et de finesse que l'on doit à Skip Woods, scénariste et réalisateur de C'est pas mon jour ! avant ça, qui écrira plus tard Hitman, X-Men Origins: Wolverine, L'agence tous risques, Die Hard : Belle journée pour mourir, Sabotage et Hitman: Agent 47. La crème de la crème, quoi.

Après l'introduction et un passage à l'aéroport inutile et oubliable, qui ne sert qu'à introduire (et faire disparaître) un hacker finlandais nommé Axel Torvalds (en référence au créateur de Linux, Linus Torvalds), le film présente donc le personnage de Stanley quand Ginger vient le recruter et déjà, tous les défauts du film poignent rien que dans cette scène

 

 

 

Comme Bruce Willis sur sa plateforme pétrolière dans Armageddon, Hugh Jackman fait du golf sur un site de forage, à la différence près qu'il est torse nu et en petite serviette, et comme tout bon hacker masculin récemment sorti de prison, il vit dans une caravane dégueulasse au fin fond du Texas.

Dominic Sena a d'ailleurs choisi Hugh Jackman pour interpréter Stanley Jobson parce qu'il voulait un hacker cool et rebelle, comme dans les romans de William Gibson, et pas un "nerd". Parce que c'est bien connu, les pirates informatiques ressemblent généralement à Wolverine dans X-Men et travaillent leur swing à moitié à poil quand ils s'emmerdent.

Gros plan sur le cul d'Halle Berry dans sa robe rouge moulante, qui le convainc avec sa tension sexuelle et 100 000 dollars en précisant (heureusement) qu'elle n'est "pas venue lui sucer la bite" (une autre s'en chargera plus tard). Puis présentation en deux minutes de l'ex de Stanley (qui n’apparaît que dans cette scène) avec une conversation au téléphone à propos de la garde de leur fille : une femme alcoolique, droguée et actrice dans les films de son nouveau mari, décrit comme "le roi du porno en Californie". Le quart d'heure vient seulement d'être franchi, et le film en est encore à l'échauffement.

 

photoTu veux une taf ? On va se marrer.

 

Même si les ordinateurs avaient déjà trouvé leur place au sein des foyers au début du nouveau millénaire, encore de nombreuses personnes ne savaient pas ce qu'il était possible de réaliser grâce à un clavier et un écran. Toutefois, d'autres films avaient déjà abordé le piratage, la cybersécurité et les dangers liés à l'informatique par le passé.

Dès 1983, WarGames avait été suffisamment convaincant pour pousser le Congrès américain à voter le Computer Fraud and Abuse Act, puis en 1986, Ferris Bueller s'introduisait dans le système de son école pour changer ses notes avant d'aller vivre sa folle journée. Le film Les Experts a suivi en 1992, et bien d'autres ensuite, comme Hackers et Traque sur Internet en 1995, Mission Impossible et sa fameuse scène où Tom Cruise est suspendu face à un ordinateur, Ennemis d'État en 1998 et, bien évidemment, Matrix en 1999.

Hormis le film réalisé par les Wachowski, premier long-métrage hollywoodien à véritablement s'intéresser au monde du piratage, la plupart d'entre eux étaient stéréotypés et avaient une vision fantasmée du hacking, mais restaient un tant soit peu attachés au réalisme de leur époque, que ce soit dans la représentation des hackers ou du piratage.

À l'inverse, avec ses scènes où Hugh Jackman tapote comme un dératé sur son clavier comme sur un piano avec des yeux révulsés, Opération Espadon fait figure d'exemple en termes d'absurdité. Et le film va justement combiner sexisme et imbécilité dans un moment tristement célèbre.

 

 

Gabriel fait passer un test à Stanley avec un flingue sur la tempe pendant qu'une femme simplement présentée comme Helga lui fait une fellation non consentie (chaque fois plus embarrassante à regarder). L'ancien hacker doit s'introduire dans la base de données du Département de la Défense en moins de 60 secondes en passant un cryptage DES de 128 bits, comme l'explique Travolta en donnant l'impression qu'il sait de quoi il parle.

Petite formation accélérée: le DES (ou Data Encryption Standard) est un algorithme de cryptographie apparu en 1977, qui a effectivement été utilisé par des départements fédéraux et des agences gouvernementales pour protéger des données sensibles.

En 1997, un groupe d'informaticiens a publiquement craqué un message crypté par DES lors d'un concours organisé par une entreprise de sécurité informatique et le National Institute of Standards and Technology (qui a développé le DES) a déclaré la même année être en train de travailler sur un autre algorithme pour le remplacer. La dernière version du DES avant son obsolescence est sortie en octobre 1999, soit un peu moins de deux ans avant Opération Espadon...

 

photoHelga, personnage d'une profondeur... insoupçonnée

 

Pendant le piratage, des adresses I.P. apparaissent sur l'écran de Stanley - ce qui n'a déjà aucun sens pour ce qu'il veut accomplir -, mais les adresses I.P. en question contiennent des nombres supérieurs à 255, ce qui est techniquement impossible.

Pour l'anecdote, deux versions de la scène avaient été tournées, une avec la fellation et une sans. Sur décision unanime, y compris de l'actrice qui incarnait Helga, il a été décidé que celle où Stanley se fait sucer pendant son piratage était la meilleure. Forcément. Après ce piratage record en à peine 45 secondes, montre en main, bite en bouche, Halle Berry enfonce gratuitement sa langue au fond de la gorge de Hugh Jackman dans les toilettes de la boîte de nuit, puis les inepties continuent de s'enchaîner.

 

photoÇa va aller, pense aux suites de X-Men

 

Il est ensuite fait mention d'une hydre qui déploie un ver dans "un réseau crypté", d'un "cryptage Vernam" avec "implémentation", d'une "clé de 512 bits" et d'un système multi-écran bardé de néons avec "une connexion DS-3 qui permet d'accéder à pas moins de sept réseaux différents". Des mots sans doute destinés à impressionner le daron moyen et exciter ceux que Dominic Sena imagine comme les "nerds", au cas où la main d'Halle Berry remontant la cuisse de Hugh Jackman ne suffirait pas.

Les deux techniciens gênants du FBI qui débattent juste après sur la qualité des films pornos de l'ex-femme de Stanley et s'émoustillent à la seule vue d'un zoom sur une capture d'écran d'Halle Berry sont probablement l'image qu'ont Dominic Sena et les producteurs de ces fameux "nerds" que personne ne daigne respecter.

 

photoEntre matériel de hacker et config Twitch

 

Les termes techniques balancés dans les dialogues étaient inconnus du spectateur lambda en 2001 et pouvaient peut-être faire illusion auprès d'une grande partie du public, mais n'importe quelle personne ayant quelques connaissances dans le codage ou l'informatique pouvait déjà se rendre compte à l'époque que ces scènes étaient aussi bêtes qu'invraisemblables.

Mentionné dans le film parmi les nombreuses références au monde de l'informatique, le magazine Wired avait d'ailleurs défoncé l'aspect technique ("Tout geek qui possède son exemplaire de The Elements of Programming Style passera une grande partie du film à s'agiter sur son siège, à grimacer en entendant toutes les erreurs techniques et à maudire Woods") et la représentation des hackers dans sa critique de l'époque.

Des consultants ont bien été engagés sur le tournage, pour donner des conseils à Dominic Sena sur la façon de représenter le hacking, mais le réalisateur a choisi de sciemment ignorer leurs recommandations (comme il l'admet dans le commentaire du film). À la place, il a demandé au responsable de l'animation sur les écrans d'ordinateur de créer des séquences excitantes avec des objets qui bougent (sous peine d'être renvoyé), arguant que quelque chose de réaliste n'aurait été qu'un "tas de données ennuyeuses qui défilent" et que même si les "nerds" avaient protesté, leur avis n'avait pas de valeur. Le mépris dans sa forme la plus pure.

 

photoÀ 200 km/h en décapotable sur l'autoroute de la connerie, mais toujours serein

 

REGARDE-MOI DANS LES YEUX

Instantanément devenue culte pour toute une génération (et pas que), la première scène topless de la carrière d'Halle Berry reste également un des passages les plus cités quand Opération Espadon est évoqué. Un bref instant où Stanley demande ses clés de voiture à Ginger, qui les lui donne en dévoilant généreusement sa poitrine au passage, que Stanley regarde d'un air gêné, comme n'importe quel hacker face à une femme à moitié nue.

Payée 2 millions de dollars pour le film, l'actrice aurait d'abord refusé, puis réclamé 500 000 dollars de plus pour apparaître seins nus, d'après les dires de Dominic Sena, qui s'est permis d'ajouter, dans sa classe la plus absolue, qu'elle avait reçu "250 000 dollars par nichon". Affirmation qu'Halle Berry a ensuite démentie dans plusieurs interviews.

Joel Silver a reconnu plusieurs fois qu'il avait choisi Halle Berry pour son physique. Dans une interview accordée à Entertainment Weekly quelques mois avant la sortie à propos de la fameuse scène, il déclarait alors "connaître Halle depuis des années" et qu'il a senti "que le moment était venu pour elle" [de faire une scène topless, ndlr], qu'il pensait que "c'est cool pour le personnage et bon pour le box-office".

 

photo2 secondes avant l'impact

 

Et Dominic Sena ne se serait pas privé pour rentabiliser le soi-disant bonus de l'actrice, puisque d'après une vidéo de la chaîne GoodBadFlicks, cette ridicule scène d'à peine une minute aurait nécessité trois jours de tournage et plusieurs prises... à cause de la pluie. À la fin, Halle Berry n'était même plus gênée d'être à moitié nue et l'actrice a affirmé plus tard dans la presse que cette scène topless lui a permis de surmonter sa peur de la nudité. Peut-être le seul aspect positif de cette expérience.

La scène, comme celle où elle apparaît en lingerie fine plus tard, n'en reste pas moins gratuite et avait suscité une espèce de controverse à l'époque. Pourtant, l'affaire continue de faire parler et d'être remise sur le tapis à la moindre occasion, comme le prouve cet article plus que lourd en sous-entendus de Téléstar publié en 2018 pour la rediffusion du film sur RTL9 ou ce papier américain de Yahoo! Entertainment pour les 20 ans du film en juin 2021.

Halle Berry et ses seins sont tellement rattachés à Opération Espadon qu'une photo de l'actrice sur un tapis rouge en 1997 (la seule présente sur la page Wikipédia du long-métrage) est un des premiers résultat d'image lorsqu'on tape "Opération Espadon" dans Google, avant les affiches et les images tirés du film.

 

photoVous pouvez foutre la paix à mes boobs, s'il vous plaît ?

 

Si la caractérisation de Ginger et des autres personnages féminins est encore plus effarante avec le regard d'aujourd'hui, bon nombre de critiques de l'époque, françaises et américaines, avaient déjà dénoncé la vulgarité, la nudité totalement gratuite, l'inutilité de Ginger et le traitement dégradant de tous les personnages féminins, hypersexualisés ou présentés comme hystériques. 

Après Angelina Jolie dans Hackers, Sandra Bullock dans Traque sur Internet et Carrie-Anne Moss dans Matrix, les femmes dans les films ayant un lien avec l'informatique en étaient réduites à se foutre à poil, à défaut d'avoir un scénario et des dialogues dignes de ce nom pour leur donner un rôle décent.

Et par-delà son infamie et sa bêtise, le film n'est pas à une incohérence près. Entre le flic borderline qui brutalise un avocat et menace un suspect, mais s'oblige à courir après Hugh Jackman quand il s'enfuit ou les types qui entrent et sortent d'un aéroport comme dans un moulin pour y commettre un meurtre sous le nez du FBI, il n'y a que l'embarras du choix.

Un hacker qui crée un virus avec quatre bouteilles de rouge dans le nez ? Oui, bien sûr. Un mystérieux méchant qui mène une vie dont tout le monde rêve et échappe aux autorités depuis toujours, mais qui conduit une voiture rarissime et carbonise des agents du gouvernement en pleine rue à coups de mitrailleuse ? C'est par là. Une agente des stups qui porte un micro et se déshabille la porte entrouverte ? Servez-vous, je vous en prie.

 

photoTu m'approches encore avec ta caméra et t'es mort

 

Même la fille de Stanley, Holly, est l'incarnation d'une gamine des années 2000 à travers les yeux d'un scénariste ou d'un producteur qui n'a vu des gosses que dans des magazines et des publicités. La pauvre enfant semble issue d'un croisement entre Britney Spears, Jennifer Lopez, Avril Lavigne, Christina Aguilera et des icônes hippies, avec bandana, lunettes de soleil, doudoune en fausse fourrure et pantalons à paillettes, où elle peut ranger son téléphone cellulaire.

Mais derrière tous ces artifices, la petite est bien malheureuse et aimerait beaucoup aller vivre avec son papa. Quand il arrêtera de travailler pour des gens qui le menacent de mort et le violent sur la simple promesse de recevoir 10 millions de dollars de la part d'un dangereux sociopathe qui se rêve David Copperfield justicier.

 

photoAllô, les services sociaux ?

 

Avec ses allusions à Houdini et à la diversion, le film se veut plus intelligent qu'il n'y paraît, mais, là encore, il aurait fallu faire preuve d'un minimum de réflexion pour aboutir à un résultat qui tienne la route.

À l'origine, la fin montrait Stanley en train de récupérer les 9 milliards et les redistribuer à des oeuvres de charité avant de prendre la route avec sa fille. Joel Silver et Dominic Sena sont restés en désaccord un bon moment concernant cette fin, le producteur préférant montrer que Gabriel s'en est sorti, voguant sur son yacht avec Ginger dans la baie de Monaco.

La fin originale est devenue une fin alternative, disponible sur le DVD, et la séquence à Monte-Carlo (tournée à Nice, avec un drapeau français en gros plan) est finalement restée. Mais, alors qu'il espère marcher sur les traces d'Usual Suspects ou Memento, le film rate complètement son twist puisque Travolta le révèle dès l'introduction, avec sa moue quand Stanley lui annonce que le méchant ne peut jamais gagner à la fin. Et comme si ça ne suffisait pas, plusieurs indices sont lâchés tout au long du film, probablement la preuve d'un remontage au dernier moment de la part de cette bande de petits génies.

 

photoUne coupe plus acceptable

 

"LA VIE DÉPASSE PARFOIS LA FICTION"

Et comme si sa tentative de faire passer son film pour un techno-thriller n'était pas suffisante, Dominic Sena essaie (laborieusement) de développer un propos politique autour du terrorisme et de la sauvegarde des libertés américaines. Parce qu'en fait, Gabriel n'est pas un méchant ancien agent fédéral devenu preneur d'otages. Il veut utiliser les 9 milliards de dollars pour combattre les organisations terroristes et protéger les citoyens des États-Unis d'Amérique de l'Oncle Sam, quoiqu'il en coûte, même la vie d'innocents.

Un message cynique, nauséabond et consternant, que le film cautionne jusqu'à la toute dernière seconde. Ironie du sort ou réalité qui dépasse la fiction, comme le prophétisait étrangement Travolta dans son speech d'introduction : Opération Espadon est sorti le 8 juin aux États-Unis et le 12 septembre 2001 en France, au lendemain d'un événement qui a bouleversé le monde entier et l'histoire à tout jamais.

 

photoJe crois qu'on va avoir un problème

 

Aussi bien à cause son message infâme qu'à cause de ses scènes où des otages explosent en plein air à côté de gratte-ciels en verre, le film a rapidement quitté les salles et Opération Espadon a finalement rapporté 69 millions de dollars à domicile et 147 à l'international, pour un budget estimé à 102 millions de dollars (hors inflation). Un bel échec, qui aurait pourtant pu être épargné.

L'alchimie de X-Men entre Hugh Jackman et Halle Berry se ressent dans les scènes qu'ils partagent, mais ils n'ont rien d'intéressant à se dire à part des allusions à des parties de jambes en l'air. John Travolta est délicieux en méchant mégalo pseudo-européen, mais son personnage est aussi fade que les autres et les trous dans le scénario n'aident pas particulièrement à  la compréhension des enjeux ou des rebondissements.

Repoussant les limites du raisonnable et de l'audace, les équipes de production ont vraiment suspendu un bus à un hélicoptère par des câbles afin de le faire voler au-dessus des rues de Los Angeles pour le final et les multiples scènes d'action et de hacking garantissent un film qui est peut-être poussif et débile, mais divertissant et jamais ennuyeux, comme une bonne vieille production de Joel Silver.

 

photoJe n’hacke rien sans ma boucle d'oreille

 

Et aussi fou que ça puisse paraître, derrière la nudité et le sexisme, les termes informatiques débités comme des coordonnées GPS et son scénario de braquage high-tech à la Die Hard, le film avait malheureusement vu juste sur plusieurs points, malgré lui ou pas.

Lors de son speech d'introduction, Travolta parle de la médiatisation des actes terroristes, expliquant qu'une prise d'otages encore plus sanglante que celle d'Un Après-midi de chien deviendrait le plus gros scoop de Boston à Budapest, avec un massacre "filmé en haute définition avec image corrigée à l'ordinateur, on en a presque un goût de cervelle dans la bouche". Le 11 septembre a également marqué un tournant dans la façon de couvrir l'information, l'événement ayant été retransmis et "vécu" en direct par des millions de personnes à travers les télévisions du monde entier.

 

photo"Je ne me répéterai pas deux fois"

 

Au milieu du film, après une chute interminable le long d'une falaise pendant une course-poursuite entre Don Cheadle et Hugh Jackman, il est révélé que Stanley a été arrêté pour avoir piraté le logiciel Carnivore du FBI, logiciel qui a vraiment été utilisé de 1997 à 2001 par l'agence fédérale pour surveiller les mails et les échanges électroniques des citoyens américains. Un détail lâché pour définitivement installer le personnage de Stanley comme un brave type et apporter un peu plus de crédibilité aux dialogues concernant l'informatique, mais qui mettait aussi en garde sur les dérives sécuritaires à venir.

45 jours après le 11 septembre, environ deux mois après la sortie d'Opération Espadon, le Patriot Act entrait en vigueur et permettait aux agences fédérales, sur la simple base de suspicion, de récupérer des données informatiques sans avoir besoin d'en informer les personnes surveillées, mais aussi de perquisitionner des personnes (et donc de saisir leur matériel informatique), sans mandat et sans qu'elles soient physiquement présentes.

Plus tard, des informations et des lanceurs d'alerte ont révélé que d'autres programmes de surveillance à grande échelle avaient été mis en place par l'administration Bush après les attentats du 11 septembre, comme le Terrorist surveillance program ou l'ancêtre du programme PRISM de la NSA, mis en lumière par Edward Snowden en 2013.

 

photoUn hacker au grand coeur

 

Avant le braquage, le personnage de Gabriel justifie ses actions par un autre monologue : "On est en guerre avec qui ? Avec tous ceux qui violent les libertés de ce pays, les États terroristes, nous devons leur retourner leur propre guerre. Ils bombardent une église, on en bombarde dix, ils détournent un avion, on rase un aéroport, ils exécutent des touristes américains, on lâche une charge nucléaire sur une ville. Nous devons rendre le terrorisme si horrible qu'il devienne impensable de s'en prendre à des Américains."

Un discours moralement inquiétant, qui a pourtant trouvé une certaine résonnance dans la politique de "guerre contre la terreur" menée par l'administration de George W. Bush et Dick Cheney avec la guerre en Afghanistan et l'invasion de l'Irak, qui continuaient à alimenter l'actualité.

 

photoGardez-moi une place à côté du président

 

En 1988, Opération Espadon aurait peut-être pu être un film en adéquation avec son temps, entre pensée réactionnaire autour d'une menace étrangère, émergence de l'informatique et personnages féminins de fonction. Sauf qu'il est sorti en 2001, pile au mauvais moment.

Si Dominic Sena avait porté autant d'attention à son film qu'à sa façon de filmer le corps d'Halle Berry, Opération Espadon aurait peut-être pu se distinguer du reste des productions du genre des années 2000 et être visionnaire dans la façon d'aborder les libertés numériques individuelles ou le terrorisme international. Au lieu de ça, tout le monde ne s'en souvient que pour trois choses : une explosion, un hacking invraisemblable parodié jusque dans America : Le Film sur Netflix et les seins d'Halle Berry.

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Gregdevil

Vu au ciné quand il est sorti, t’es peut de souvenir, hormis les melons de la mère Berry…

Geoffrey Crété

@kazarys

Pour calculer grossièrement le résultat du box-office, il faut se dire que :
– le budget officiel ne comprend pas le budget marketing (donc des dépenses en plus), et la presse à l’époque parlait d’un gros budget marketing qui a alourdi la note
– le studio-distributeur ne récupère pas du tout la totalité du box-office (c’est, au mieux, la moitié, et ça dépend des territoires), et récupère plus au box-office domestique (USA et Canada) que partout ailleurs

60 secondes chrono n’a pas été un désastre, mais vu qu’il n’a encaissé « que » 100M côté domestique, et que les analystes de l’époque parlaient de perte vu le budget global.
Après, un tel film a une vie post-cinéma (vidéo, DVD, ventes TV etc)

Pat Rick

De mémoire en effet un film d’action sans grand intérêt.

kazarys

Je ne comprends pas l’histoire des pertes de 60s chrono. budget de 90 millions et box office de 237 millions dont 100 en Amérique du nord.
Alors ok c’est pas un super blockbuster mais de là a parler de pertes…

Quand au film, oubliable certes, mais pour un soir chill ca passe

Tom’s

Je me rapel à l’époque, Warner à deboursé 500000$ en + du salaire( 2 m$) pr apparaître seins nus dans la scène en question sympa lol

Xbad

J’ai honte mais le seul souvenir que j’ai de ce film c’est la poitrine de halle Berry… Et un bus volant!!! Mais je me rappel avoir passé un bon moment à l’époque

Fab1

J’ai bien aimé ce film. Les goûts et les couleurs…

Mx

dominic sena restera l’homme derrière kalifornia, et j’aime bien le dernier des templiers, aussi, c’est pas la purge qui a été dite, un petit dtv sympa, pour un samedi soir, et c’est déjà pas si mal.

Sanchez

Rien que le titre …
Mais Halle Berry en topless

Kyle Reese

« une musique électronique et des seins »
Mais je suis sûr qu’il y a des films tout à fait recommandables avec ces 2 éléments. Non ? Lol.

Vu au ciné et oui c’était vraiment WTF.
Je me souviens d’un Travolta cabotin (mais ça c’était déjà pas nouveau) méchant mais finalement gentil
avec d’ailleurs une explosion d’hélico au sfx bien pourrie vers la fin. Je me souviens de la belle Halle Belly qui joue toujours bien quelque soit le rôle. (Même dans le truc étrange avec une chatte en latex noire sur des toits brûlants qui coure partout toutes griffes dehors). Après je ne me souviens pas de l’explosion soectaculaire du début mais de la pauvre victime qui a le gilet d’explosif. (Ça m’avait foutu un coup j’avais trouvé ça gratuit et pas nécessaire) mais surtout je me souviens de la scene de l’engagement sous pression buccale. Je suis très partagé sur cette scène (pas revue et j’étais encore jeune), fallait oser. Je n’aurai pas passé le fameux test Helga, J’aurai lamentablement échoué …

Bref en tout cas s’il fallait ne retenir qu’une chose de ce film, Halle Berry est très jolie et ses seins aussi . 🙂