Films

Tout James Bond : Le Monde ne suffit pas, Bond la mort dans l’âme pour Pierce Brosnan

Par Maeva Antoni
17 septembre 2021
MAJ : 21 mai 2024
27 commentaires

Pierce Brosnan enfile pour la troisième fois le smoking de James Bond pour Le Monde ne suffit pas et ses accès de désespoir.

photo

Le Monde ne suffit pas, ce soir à 21h05 sur France 3.

Quelques mois nous séparent encore de Mourir peut attendre, et alors que la dernière aventure de James Bond dans laquelle officiera Daniel Craig attend sagement de pouvoir être exploitée en salles à l’international, Ecran Large ré-explore l’intégralité de la saga consacrée à l’agent 007.

Pierce Brosnan a repris le flambeau à Timothy Dalton avec un certain brio grâce à GoldenEye. Si la suite, Demain ne meurt jamais, a été une pétarade pyrotechnique, le 19ème film de la franchise prend une toute autre direction sous l’influence d’un Brosnan qui souhaite donner une dimension plus sombre et plus psychologique à son personnage. 

Le cul un peu entre deux chaises, Le Monde ne suffit pas de Michael Apted tente de le contenter tout en restant un divertissement qui dépote. Un cocktail plus détonant que la vodka-Martini de James et qui nous offre un film hybride, étrange et fascinant. Loin de la violence de Dalton ou de la bouffonnerie de Roger Moore, Brosnan tente ici de trouver sa voie dans le noir. 

 

Affiche officielle

 

De quoi ça parle 

En Espagne, Bond fait le garçon de course pour le MI6 afin de récupérer l’argent d’un magnat du pétrole, Sir Robert King. Une petite blague de mauvais goût plus tard, il se met également en quête d’informations sur le meurtre d’un de ses collègues espions, mais le tout finit en pugilat explosif. Et avant que le banquier ne crache le morceau, il est tué par son assistante.

De retour à Londres, l’agent rapporte les billets à M et à son ami Robert King. Cependant, une bombe était cachée dans une liasse. King meurt en emportant un bout des murs du MI6. James poursuit alors la tueuse (toujours l’assistante), dans une course de bateaux sur la Tamise. L’agent mouille la chemise et se blesse à l’épaule mais la vilaine préfère se suicider que parler. Intermède musical.

 

photo, Pierce BrosnanMouillé, mais jamais négligé

 

On se retrouve à l’enterrement de King et on fait la connaissance de sa fille Elektra (Sophie Marceau). Intrigué, James mène sa petite enquête sur elle et apprend qu’elle fut jadis victime de kidnapping. Il découvre que le meurtre de Sir King a été commis par celui qui a enlevé la jeune femme : le terroriste Renard (Robert Carlyle). Bond devient alors le garde du corps d’Elektra et la rejoint en Azerbaïdjan sur son pipeline. Pendant une balade en ski, il se font poursuivre par des motoneiges volantes.  

Bond retrouve son vieil ami Valentin Zukovsky (Robbie Coltrane) au casino pour acquérir des renseignements sur Renard. Pendant ce temps, le méchant et l’assistant d’Elektra fomentent un coup alors que cette dernière a enfin mis Bond dans son lit. La nuit, l’assistant est tué par James, qui prend sa place dans un vol vers le Kazakstan, où des sites nucléaires sont désaffectés. L’agent rencontre la physicienne nucléaire Christmas Jones (Denise Richards) avant un premier face à face avec Renard, qui veut voler une bombe.

 

photo, Pierce Brosnan, Sophie MarceauVodka-Martini au shaker, pas à la cuillère

 

Le terroriste s’enfuit avec la bombe nucléaire, faisant comprendre à James que sa copine Elektra est de mèche. La bombe finit dans le pipeline des King, alors Bond et Jones s’en vont la désamorcer en voiturette de golf pour tuyaux et se font passer pour morts. En Turquie, Bond rejoint Vladimir, mais ils se font attaquer par des hélicoptères ouvre-boîtes. L’espion réalise que Renard veut transformer un sous-marin nucléaire en bombe afin de pulvériser le pétrole occidental.

Bond, comme toujours, se fait prendre. Elektra en profite pour le torturer à la mode moyenâgeuse. Vladimir vient à la rescousse et James finit par exécuter Elektra avant de sauter dans le sous-marin. Après une grosse baston avec Renard, l’espion finit par gagner et sauve le monde. Pour fêter ça, il s’envoie Christmas sous les yeux du MI6.

 

photo, Pierce Brosnan, Denise RichardsSi, si, ils désamorcent une bombe nucléaire là

 

Pourquoi c’est désespérément bien

Pierce Brosnan est arrivé dans le petit monde de James Bond avec panache en succédant à un Timothy Dalton sombre et violent, qui n’est pas toujours au goût des amateurs de l’espion gogo-gadgeto-rigolo. Après une entrée en matière en fanfare avec le très bon GoldenEye, Brosnan continue les succès avec Demain ne meurt jamais.

Beau carton, le second film de l’acteur irlandais encourage le studio à remettre cela rapidement et à ainsi battre le fer tant qu’il est encore chaud. C’est comme ça qu’arrive Le Monde ne suffit pas en 1999, le dernier Bond du millénaire. Mais autant la MGM et les Broccoli étaient tentés de réutiliser l’explosivité de Demain ne meurt jamais, qui avait prouvé son efficacité, autant Pierce (pour qui c’était normalement le dernier film dans la peau de l’espion) voulait quelque chose de plus sombre et plus personnel.

 

photo, Pierce BrosnanIl voit la vie en blues

 

L’acteur souhaitait un remake de Au service secret de Sa Majesté, à son goût le meilleur film de la franchise. Mais le non catégorique de l’autre côté de la table a poussé tout le monde au compromis. Lui a été alors proposé un scénario original : Le Monde ne suffit pas. Un titre en référence directe au seul film porté par George Lazenby et au passé du célèbre agent (ces mots étant sa devise familiale). Brosnan était partant et offrait alors un nouvel éclairage au personnage.

Car avec Le Monde ne suffit pas, le ton change du tout au tout, avec une histoire plus désespérée, moins foutraque et plus faible en explosifs. Si le film est sombre et s’annonce comme l’héritier de la machinerie lancée par l’ère Dalton, il perd la rage pour tomber dans la mélancolie. Un spleen qui surprend mais qui apporte une belle complexité à cet espion souvent superficiel. L’histoire tourne autour de la perte, du vide émotionnel, de la torture, de la manipulation. Fait rare, ici, on prend le temps de creuser les personnages en laissant un peu de côté les explosions.

 

photo, Pierce Brosnan, Sophie MarceauUne femme à la poigne d’acier

 

Un monde froid où les sentiments sont toujours les instigateurs d’une chute. Ici, les relations amoureuses sont plus complexes et maladives, loin du passe-temps qu’elles représentent dans les autres films. Le personnage d’Elektra King est une femme meurtrie, souffrant d’un syndrôme de Stockholm virulent et amoureuse d’un terroriste incapable de ressentir quoi que ce soit physiquement, mais tout de même éperdument épris de son ancienne captive. La facture du psy doit être salée.

Et James Bond n’est pas en reste. On le voit se faire manipuler, se faire casser par Elektra, que le choc post-traumatique, à la suite de son kidnapping, a rendu glaciale. Bond est ici loin du surhomme, il est faible et blessé, il n’est plus celui qui tire les ficelles grâce à son bagou. Le héros est plus vulnérable mais également plus sombre, capable de tuer quiconque de sang-froid et à bout portant. 

 

photo, Robert Carlyle, Pierce BrosnanExécution sommaire

 

Bond devient presque alors le méchant, en menaçant, en pointant son calibre sur un Renard sans défense, en abattant Elektra sans sourciller ou en terrassant le terroriste en lui brisant le cœur. Un personnage dominé par des émotions confuses, qui lui font parfois franchir une ligne. Plus humain, il n’est plus un héros sans reproche. 

Un récit loin du panache souriant auquel Bond nous a habitués et qui rejoint directement les inspirations de Brosnan. Mais si l’histoire est noire et cynique, elle ne manque pas pour autant de retournements de situation, en particulier grâce à Elektra, dont l’aliénation mentale offre un twist de qualité. Le Monde ne suffit pas est un James Bond à part dans la tradition bondienne, avec une intrigue aussi claire que dépressive et des personnages tous sous Prozac.

 

photo, Sophie MarceauEscaliers pour l’échafaud

 

Pourquoi c’est quand même désespérant 

Si Le Monde ne suffit pas s’écarte de la tradition de la franchise de par son ton mélancolique, le studio et les producteurs ne semblaient pas décidés à laisser Brosnan faire un film dépressif. Pour pallier ce récit étonnant, le scénario se ponctue de scènes d’action au tempo bizarre, comme réglées par un métronome balançant une grenade dès qu’on s’enfonce dans le lugubre.

Le Monde ne suffit pas a peur de prendre à bras le corps son identité sous antidépresseurs et tente de relancer le tout avec des explosions mal agencées. Au lieu de continuer à creuser l’intime, comme ils le font si bien, les scénaristes Neal Purvis et Robert Wade se sentent obligés de respecter le cahier des charges de la franchise avec un peu de pyrotechnie. Mais, comme s’ils ne savaient pas quoi faire quand l’action est requise, le récit cède directement aux codes éculés de la saga : la course en ski, le sous-marin, la blonde sulfureuse…  

 

photo, Pierce BrosnanPrescription : une explosion toutes les douze minutes pendant deux heures

 

L’action n’a rapidement que le rôle de soupape pour respirer entre deux dépressions nerveuses. Car après une scène prégénérique folle, avec la course-poursuite haletante sur la Tamise, le reste n’est là que pour combler un trou quand il est estimé que le film manque de rythme. Un côté factice qui parait rêver de glisser l’action sous le tapis. Un petit boum par ci, un petit coup de pied par là et on doit se rassasier avec ça. Le Monde ne suffit pas est comme le montage de deux films bien différents ; l’émotionnel et l’action n’arrivent pas à être en harmonie.  

De plus, Michael Apted est bien moins à l’aise lorsque ça se met à remuer. Dès que Bond doit mouiller la chemise, la réalisation est plate, convenue et vieillotte. Des zooms un peu ringards et des plans sans rythme persistent à rendre l’action du film anecdotique. Le Monde ne suffit pas manque de folie de ce côté-là, de la folie nécessaire à faire de lui un métrage majeur et pas seulement un drôle d’OVNI coincé entre deux chaises électriques.  

 

photo, Denise RichardsDr. physique nucléaire

 

De plus, le film ne peut s’empêcher de retomber dans de vieux travers. Car si la vraie James Bond Girl, Elektra, est élégante et jamais sur-sexualisée, si elle est tragique et investie d’une vengeance terrible, son négatif Christmas Jones représente l’âme de la tradition bondienne à l’ancienne. L’apparition de Denise Richards, en mini-short et crop-top moulant tout en se présentant comme docteure en physique nucléaire, la renvoie directement à l’héritage très male gaze de la saga. Malgré ses diplômes, elle est plutôt nunuche et juste là pour être jolie. 

Et pour respecter la tradition, on la prénomme Christmas (Noël, en français) afin de suivre la lignée d’Octopussy, Xénia ou encore Pussy. Si Elektra n’est pas en reste avec son prénom d’escort girl de luxe, elle réussit à s’éloigner de cette image à chaque fois qu’elle passe à l’écran. Bien que le métrage réussisse parfois à ne pas trop mettre le doigt dans l’engrenage de la misogynie, il se rattrape sur la fin avec, en moins d’une minute, Bond qui qualifie le personnage de Richards de dinde avant de coucher avec lui sous les yeux de sa patronne. La grande classe.

Tout était là, mais il a fallu qu’une partie du film passe à la trappe. Il aurait presque nécessité deux réalisateurs différents, un pour les scènes intimes et un autre pour les bastons et les explosions. L’ambition était belle mais trop intimidante et c’est dommage vu le potentiel que Le Monde ne suffit pas avait sous le pied.  

 

photo, Sophie Marceau, Pierce BrosnanIls se regardent dans le blanc des yeux, et là on envoie des motoneiges volants

 

Le Business Bond

Comme toujours, la promo autour de ce nouveau James Bond a été gigantesque et cela a permis au film de faire mieux que le volet précédent, Demain ne meurt jamais. Avec ses 361 millions de dollars de recette pour un budget de 135 millions, Le Monde ne suffit pas passe devant le second James Bond porté par Brosnan et ses 339 millions. 

Sa grande source d’inspiration, Au service secret de sa majesté, est par contre logiquement dans les choux avec sa recette de 64 millions de dollars (hors inflation).

 

photoPetit passage éclair à la banque

 

Pourtant, même si les chiffres sont bons, ce n’est que la seconde fois (avec Permis de tuer) de toute la franchise que le film ne parvient pas à rembourser son budget avec les recettes sur le sol américain. Une mise de 135 millions et un résultat de 126 millions aux États-Unis, ce n’est pas une grande réussite pour Bond chez l’oncle Sam. Surtout que le budget était à la hausse après les 110 millions de Demain ne meurt jamais et les petits 58 millions de GoldenEye.

Cependant, il faut dire qu’en cette année 1999, la concurrence était féroce dans le monde hollywoodien. Avec entre autres Star Wars : Episode I – La Menace fantôme, qui a éclaté ses rivaux avec un total de 924 millions de dollars, Sixième Sens de M. Night Shyamalan (672 millions) ou encore Matrix (460 millions). Des films bourrés d’effets spéciaux novateurs, qui ont peut-être un peu fait passer notre cher espion pour un ringard.

 

photo, Judi DenchLe compte est Bond

 

Une scène culte

James Bond, le cœur brisé par Elektra, ne ressent plus rien et l’abat d’une balle avec un sang-froid et un aplomb qui donnent les foies. Après avoir poursuivi la jeune fille, certaine que son amour pour elle lui sauvera la vie, il la voit se donner, sûre d’elle, à sa gachette. La seule fois où elle perd son sourire est quand James hausse la voix, signe qu’elle ne réagit qu’à la violence. Alors qu’elle est en communication radio avec Renard et qu’une fois encore, elle sous-estime le bon vieux Bond, ce dernier tire une balle unique, mais meurtrière.

La version française perd le beau jeu de mots You would miss me (Je te manquerais, en français), I never miss (Je ne rate jamais mon coup, en français), mais la froideur de la scène est tout de même palpable. Si l’espace d’une seconde après le meurtre, il se penche sur le corps mort avec une attitude pleine de regrets sur ce qu’aurait pu être cette femme dans d’autres circonstances, il se remet très vite pour partir à la poursuite de Renard dans un plongeon digne des Jeux Olympiques. Une scène glaçante et tragique qui illustre le ton de tout le film.

 

Rédacteurs :
Tout savoir sur Le Monde ne suffit pas
Abonnez-vous à notre youtube
Pictogramme étoile pour les abonnés aux contenus premium de EcranLarge Vous n'êtes pas d'accord avec nous ? Raison de plus pour vous abonner !
Soutenir la liberté critique
Vous aimerez aussi
Commentaires
guest
27 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires
Brasch-Eazy-E

Je ne comprends pas cette insistance à vouloir dézinguer à tout prix le male gaze. Denise Richards est super jolie, oui, et elle est aussi un docteur en physique, ce qui veut dire qu’elle a un cerveau en plus du reste. Et je comprends pourquoi Bond bande plus pour elle que pour l’autre tourmentée, certes très belle, mais tourmentée. Qu’est-ce qu’il y a de mâle à aller vers quelqu’un qui respire le bien-être ?

Marceau fait boum

Un excellent Bond et une Sophie Marceau dans une de ses meilleures role ! Dommage que le personnage de Denise Richards soit si outrageusement caricatural

zetagundam

Après le meilleur Brosnan, avec tomorrow never dies, le pire de la même période avec une Denise Richards, au summum de sa beauté, mais jamais crédible du tout dans son rôle de physicienne, une Sophie Marceau totalement hors du coup et son méchant « Renard » beaucoup étrangement proche de Stamper, bras droit d’Eliott Carver dans tomorrow nerver dies, pour le côté insensible à la douleur

Pseudo1

Le plus mauvais Bond de Brosnan pour moi. A part l’intro effectivement très sympa et imaginative (après le tank de Goldeneye et la moto de Demain ne meurt jamais, Brosnan continue d’offrir une poursuite mémorable à chaque film), le reste est vraiment à l’ouest. Le potentiel est effectivement là, mais terriblement mal exploité.

Par contre, j’avais jamais percuté le jeu de mots passant effectivement à la trappe. A se demander pourquoi ils ont pas simplement remplacé « rate » par « manque » en VF, ce qui aurait préservé à la fois le sens et le jeu de mots… Les lois du doublage sont impénétrables.

Ray Peterson

Gros bof pour ce Bond. Même la musique de Garbage me laisse un peu sur ma faim.
Tellement déçu du traitement du bad guy Robert Carlyle qui aurait pu être un antagoniste superbe. Pour moi déjà la fin de l’ère Brosnan.