L'Échine du diable : le plus beau monstre de Guillermo Del Toro ?

Simon Riaux | 14 août 2021
Simon Riaux | 14 août 2021

Alors qu'il vient d'être restauré, on revient sur un des plus grands films de Guillermo Del Toro, L'Echine du diable, joyau noir rarement égalé.

Rares sont les metteurs en scène issus du cinéma fantastique, qui y exercent toujours leur talent, et sont parvenus à obtenir les faveurs aussi bien du public, que de la presse et des institutions. C'est le cas de Guillermo del Toro, dont L'Échine du diable constitue le premier coup d'éclat sur la scène internationale. Cette éclatante réussite sera suivie de quelques bas et de beaucoup de hauts, autant d'essais et de transformations le plus souvent passionnants.

Mais pour bien comprendre ce qui fait la richesse artistique du réalisateur de MimicBlade IIHellboyLe labyrinthe de Pan ou encore l'oscarisé La Forme de l'eau, il est nécessaire de revenir à cette création qui valut au metteur en scène mexicain d'être propulsé instantanément au rang des grands créateurs de cinéma de genre, tant il réunissait pour la première fois tous les motifs et thèmes particuliers de son corpus singulier. Et à l'heure où Hollywood envisage trop souvent le fantastique comme une recette industrielle à base de frissons industriels, voici une dose indispensable de bouleversante terreur.

 

Affiche officielle

 

TOUT POUR LES MONSTRES

Quelque part en Espagne, alors que s'intensifie la guerre civile, le jeune Carlos est laissé aux bons soins d'un orphelinat isolé. Les jeunes garçons recueillis sont pour l'essentiel des enfants de combattants républicains tués au combat. Comme lui. Il lui faut peu de temps pour comprendre que malgré la bonne volonté de ses camarades et de plusieurs des adultes qui les encadrent, l'établissement est sous le joug d'un spectre terrifiant, et de Jacinto, l'homme à tout faire des lieux, impitoyable avec les plus jeunes.

Del Toro n'est pas seulement un réalisateur de films de genre, c'est, depuis son premier film, un amoureux des monstres. Pas un esthète qui s'amuserait à jongler avec eux, à représenter des entités bizarroïdes pour cocher diverses cases, se placer dans telle mouvance, ou plus prosaïquement reproduire des souvenirs émus de latex pour jeunes cinéphiles. Non, Guillermo est un amoureux des monstres conséquent qui s'intéresse à eux pour leur substrat mythologique (on le verra plus tard), mais embrasse de manière primordiale leur nature tourmentée.

S'il prend souvent fait et cause pour eux, ce n'est pas tant pour revendiquer une marginalité ou une sympathie pour l'altérité radicale du genre à séduire vite fait bien fait la presse, que pour célébrer aussi la dureté de leur condition. Leurs appétits terribles. Assumer leur héritage pétri de peur. Qu'il s'agisse de la figure du vampire dans Cronos, qui ne sera plus traitée avec autant d'empathie jusqu'à Morse, des cafards mutants (et humanoïdes), le réalisateur étreint ces entités avec toute la sincérité dont il est capable, leur laissant largement déborder le cadre habituel des productions horrifiques.

 

PhotoLe Cercle des poètes putréfiés

 

C'est d'ailleurs probablement parce qu'il est plus en empathie avec ses prédateurs venus des égouts que dans Mimic, il massacre sans trop s'en inquiéter des personnages d'enfants, avec une nonchalance qui tranche radicalement avec le tout-venant hollywoodien. Cette logique est de nouveau présente dans  L'Echine du diable, où elle peut prendre une ampleur encore bien supérieure.

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commentaires
KULEM
15/08/2021 à 07:57

Ce film est un veritable chef d oeuvre , c'est bien filmé , l ambiance est angoissante ,pesante , les acteurs sont tres bons , il y a de la peur de l emotion ...
Le cinema espagnol , avec comme autres exemples le labyrinthe de pan et le premier REC , est bourré de films géniaux , très sous cotés malheureusement.
Enfin encore une fois quand je vois ce que les espagnols arrivent à faire et ce que le cinema francais arrive à faire , avec des budgets souvent largement supérieurs , si c'etait pas aussi dégueulasse et injuste , cela ferait presque rire...

Bob
14/08/2021 à 20:49

Une petite merveille d’écriture et de cadrage (suffit de voir les images), une progression dramatique implacable et une cruauté tout en délicatesse.
Je regrette un peu le del Toro de cette époque, avant que le désir de reconnaissance ne le pousse à trop de compromis.

Nyl
14/08/2021 à 12:19

Je l'avais vu au collège, durant le cours d´espagnol.
Je l'ai trouvé assez angoissant, pour ma part

Ray Peterson
14/08/2021 à 11:06

L'un des plus beaux films de Del Toro avec Le Labyrinthe de Pan pour ma part.
J'aime beaucoup l'ambiance huit clos, la lumière de Guillermo Navarro et les références au cinéma de Luis Bunuel notamment à Tristana et la jambe amputée de Catherine Deneuve. Certains plans d'apparition sous l'eau du fantôme du garçon me font penser à des cases de comics. Enfin Eduardo Noriega est un parfait saligaud dans ce film.

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