Après le Snyder Cut, The Suicide Squad : et si c'était ça, le vrai mea culpa de Warner ?

Geoffrey Crété | 1 août 2021
Geoffrey Crété | 1 août 2021

The Suicide Squad a des airs de remake-reboot de Suicide Squad. Comme si le studio Warner Bros. essayait de définitivement réparer ses erreurs ?

2021 a été l'année où Zack Snyder's Justice League alias le Snyder Cut est enfin sorti, après des années de rumeurs, teasing et mystères. Une opération inédite et inouïe, chiffrée à plus de 70 millions pour rafistoler cette catastrophe industrielle, et avec un message clair et net : le studio Warner Bros. revenait sur ses erreurs pour les assumer, et les réparer.

Mais 2021 est aussi l'année de The Suicide Squad de James Gunn. Cinq ans après Suicide Squad réalisé par David Ayer, cette suite à peine assumée vu son titre, piétine sans vergogne le précédent film qui avait été un ratage spectaculaire, malgré un beau score au box-office.

Et à bien des égards, c'est une continuation du Snyder Cut dans la volonté du studio de passer l'éponge sur une période trouble. Et si c'était ça, le vrai mea culpa de Warner ?

ATTENTION SPOILERS

 

 

DE LA SUITE DANS LES IDÉes

Suicide Squad n'a pas été un échec. Avec plus de 746 millions encaissés au box-office pour un budget officiel de 175 millions, et plus de 150 millions de profit net sur la sortie salles selon Deadline, le film de 2016 a été une belle opération de business. Restait néanmoins un arrière-goût rance pour Warner, vu l'accueil glacial (c'est toujours l'un des pires scores du DCEU, côté critique et public).

Ainsi, le plan initial d'un Suicide Squad 2 a vite changé, surtout pour Will Smith et David Ayer, les visages du film devant et derrière la caméra. Fin 2016, quelques mois après la sortie, le réalisateur partait sur un autre projet DC : Gotham City Sirens, un film de super-héroïnes mené par Harley Quinn (qui sera vite enterré, et transformé en Birds of Prey sans lui). Ayer affirmera ne pas avoir été éjecté de Suicide Squad 2, mais avoir choisi de ne pas rempiler.

En 2020, c'est Will Smith qui était officiellement out. Officiellement pour des raisons d'agenda et d'un commun accord, comme d'habitude. Le projet de film solo sur Deadshot, évoqué à la sortie de Suicide Squad, semblait alors bien loin - et parfaitement enterré depuis.

 

Photo David Ayer, Margot Robbie"Tu vois, moi je veux faire un film Dragon Ball en vrai"

 

Entre temps, c'était la valse des scénaristes et réalisateurs. Le studio voulait Mel Gibson, ce qui n'a évidemment jamais été plus qu'un fantasme. Jaume Collet-Serra a été engagé, avant de partir chez Disney pour Jungle CruiseGavin O'Connor a été embauché, avant de s'en aller, frustré de voir le projet stagner. Un sacré bordel avec de multiples tentatives, au cours desquelles le Joker de Jared Leto, Joe Manganiello en Deathstroke et même Dwayne Johnson en Black Adam ont été évoqués.

En 2018, alléluia. Warner met la main sur James Gunn, propulsé dans l'espace super-héroïque par Les Gardiens de la Galaxie et Les Gardiens de la Galaxie Vol. 2. Un joli coup et un petit jeu tordu avec Disney, qui venait de le virer après une bête histoire sponsorisée par Twitter - et qui le réengagera dans la foulée.

Deux longues et tumultueuses années de développement qui ont permis au studio de rectifier le tirer, passer un coup de balai et appliquer quelques leçons, clairement tirées du premier film.

 

Photo"On doit virer la moitié, qui veut revenir ?"

 

SUITE-REMAKE-REBOOT

La suite de Suicide Squad s'appelle The Suicide Squad. Derrière la blague (James Gunn était le premier à en rire), l'évidence : ce nouveau film est un moyen d'écraser le premier, et le mettre sous le tapis. Il n'y a qu'à voir le flou autour du casting d'Idris Elba pour constater que c'était très vite dans l'air. Quand l'acteur est engagé en 2019, c'était vraisemblablement pour remplacer Will Smith en Deadshot. Après des semaines de discussions et hésitations, l'équipe aurait changé d'avis. Il allait incarner un autre personnage : Bloodsport.

Idris Elba affirmera qu'il n'avait jamais été question de reprendre le rôle de Will Smith, et c'est peut-être le cas. Sauf qu'à l'écran, difficile de ne pas rire vu l'effet de miroir entre Deadshot et Bloodsport. Deux héros afro-américains, deux tireurs d'élite, deux loups solitaires, et deux pères légèrement en difficulté avec leur fille : le parallèle est tellement énorme que c'en est comique.

 

photo, Will Smith"Tu peux signer pour Bright 2 oui, t'auras du temps"

 

Ce flou entre suite, remake et reboot a flotté pendant des mois. Gunn le disait encore à Empire à la sortie : "C'est un film qui existe à part. Ça ne contredit pas le premier film. Je ne pense pas. Peut-être par moments... Je ne sais pas...". Même son de cloche du côté du producteur Peter Safran : "Ça s'appelle The Suicide Squad. Pas Suicide Squad 2. Ce n'est pas une suite".

D'un côté, Margot Robbie, Joel Kinnaman, Jai Courtney et Viola Davis reprennent leurs rôles. De l'autre, aucun signe de vie ou mention de Deadshot ou Katana (Karen Fukuhara). La cerise sur le gâteau étant l'absence de Killer Croc, gros reptile aquatique et cannibale... mais la présence de King Shark, un gros requin débile qui aime la chair humaine.

 

photo, Idris ElbaSuicide Squad Redux

 

ENTERRER SES ERREURS

Le facteur Jai Courtney : insérez l'acteur australien dans un blockbuster augmente les chances de désastre de 75%. Die Hard : Belle journée pour mourir (où il était le fiston de John MacClane), Terminator : Genisys (où il était le nouveau Kyle Reese) et Divergente (où il était quelqu'un) ont établi cette équation en l'espace de quelques années, avec même Alita : Battle Angel (où il apparaissait en Jashugan, censé être central dans une suite) en bonus.

Suicide Squad trône au milieu de cette liste. Dans le rôle de Captain Boomerang, Jai Courtney était certainement l'un des éléments les plus lourds, avec sa licorne rose en peluche pour bien afficher que c'était un sacré vilain clown désaxé ce monsieur. Le voir revenir était donc une petite énigme, résolue au bout de 10 minutes : James Gunn le réduit en charpie sur la plage, après lui avoir amoché sa belle gueule.

Juste avant d'être broyé par un hélico, Boomerang affiche un grand sourire. Soit un bel aveu de la part de James Gunn, qui insiste sur cette mort, mais désamorce tout effet dramatique (tout le monde se fiche de ce personnage), et marque le coup de ce grand nettoyage de printemps.

 

photo, Suicide SquadAllez, prochaine saga : un Marvel

 

I WANT TO BREAK FREE

James Gunn l'a répété pendant des mois : Warner lui aurait donné une totale liberté. "Aucun personnage n'était protégé par DC. Ils m'ont donné carte blanche pour faire ce que je voulais. C'est l'une des choses sur lesquelles on s'est mis d'accord avant que je ne signe", affirmait-il sur Twitter en octobre 2020.

À Collider, il déclarait : "Quand Warner m'a dit qu'ils voulaient que je fasse ce film, j'ai regardé le premier, je les ai appelés, et je leur ai demandé ce je devais garder. Ils m'ont dit, rien. Ils m'ont dit qu'ils adoreraient que Margot puisse être dans le film, mais ce n'était pas obligatoire. Je pouvais avoir de nouveaux personnages, ou tous les reprendre."

Cette petite mélodie promotionnelle est bien connue, et plus personne n'est dupe. Sauf qu'à l'écran, elle s'est confirmée vu la somme de morts, jusqu'à la fin du film où même le vaillant Rick Flag trépasse.

 

photoIl ne peut en rester aucun

 

Là encore, c'est un signal fort envoyé par Warner, au public, mais surtout aux cinéastes. Et après des années de bavures, c'était nécessaire. Entre les massacres très médiatisés de Justice League et Suicide Squad, le studio avait bien besoin de passer l'éponge pour ne devenir le cauchemar des créatifs. Certes, la concurrence n'est pas plus reluisante au fond (la Fox avec Les 4 Fantastiques, Disney avec Thor : Le Monde des ténèbres et Ant-Man), mais la communication est restée sacrément bruyante du côté de Warner.

Pour Zack Snyder, il y a donc eu le Snyder Cut miraculeux, sorte de réalité alternative pour effacer cette catastrophe industrielle. David Ayer a eu moins de chance, lui qui avait vu son film massacré (reshoots imposés, nouveau montage, scènes coupées avec le Joker, fin modifiée avec la décision de tuer Diablo par exemple). Après des mois de teasing pour espérer un Ayer Cut comme le copain Snyder, le réalisateur a officiellement abandonné, dans une lettre ouverte sur Twitter où il annonce qu'il a fait le deuil - tout en rappelant que son film a bien été détruit.

Le malheur de David Ayer est le bonheur d'un autre, et Warner a retenu une leçon : donner la liberté d'emblée, c'est mieux que rafistoler à coups de millions des années après, pour sauver un navire déjà à quai.

 

photo, Margot RobbieÀ gauche, Warner / à droite, James Gunn

 

UNIVERS DÉTENDU

En 2016, Warner avait une obsession évidente : le DCEU (DC Extended Universe) riposte au MCU (Marvel Cinematic Universe) de Disney. La priorité n'était pas de lancer des films de super-héros, mais un univers entier de super-héros. C'est pour cette raison que Batman et Superman se sont vite rencontrés pour se castagner comme l'avait prédit Je suis une légende (encore Will Smith), et c'est aussi pour ça que Bruce Wayne étudie une clé USB de la Ligue des justiciers dans le film, annonçant ainsi Wonder Woman, Flash, Cyborg et Aquaman.

Suicide Squad y a eu droit aussi, avec les apparitions de Ben Affleck en Batman, Ezra Miller en Flash (flashback bien inutile avec Captain Boomerang), la mort de Superman évoquée en intro et le teasing de la Justice League avec un énième dossier secret passé sous la table. Sans parler du Joker, qui gravite autour de l'intrigue sans y avoir de place - en partie à cause des reshoots et scènes coupées, puisqu'il devait avoir un impact sur le climax à l'origine.

 

Photo Jared Leto, Jocker"J'avais signé pour 5 films, deux séries et une ligne de perruques"

 

Mais le studio a peu à peu ravalé son DCEU. Le score décevant de Batman v Superman (impossible de ne pas espérer au moins un milliard avec une telle rencontre) et l'accueil glacial de Suicide Squad ont calmé l'ardeur des producteurs. Dès 2016, Warner a alors créé la division DC Films pour mieux gérer les films suivants, sous la supervision de Jon Berg et Geoff Johns. Lesquels ont été remplacés en 2018 par Walter Hamada et Chantal Nong, suite au désastre Justice League. Entre temps, un paquet de projets était abandonné (Lobo, Deadshot, Booster Gold, Deathstroke, ou encore un film centré sur le Joker et Harley Quinn).

En 2019, le PDG de Warner, Kevin Tsujihara, confirmait que l'univers étendu n'était plus une priorité : "L'univers n'est pas aussi connecté que ce nous pensions qu'il serait il y a cinq ans […]. Ça ne veut pas dire que nous n'allons pas, à un moment, revenir à cette notion d'un univers plus connecté. Mais ça me semble être la bonne stratégie pour l’instant". D'où l'apparition de Superman à la fin de Shazam!... sans en montrer le visage, histoire de ne pas s'embarrasser de Henry Cavill si besoin.

 

photoWarner changeant de stratégie en douceur

 

SNYDER CUT SQUAD

Après Birds of Prey (qui a choisi de ne pas montrer Jared Leto en Joker) et Wonder Woman 1984 (qui n'a aucun lien, merci 1984), The Suicide Squad est le feu d'artifice qui confirme que cet univers étendu n'est plus. Aucune mention du reste de la planète DC, hormis une blague sur Bloodsport qui a envoyé Superman à l'hôpital avec une balle en kryptonite, et un vague sous-entendu sur la vie compliquée de Harley jusque là. Comparé au film de 2016, c'est donc des miettes.

Et surtout, The Suicide Squad n'est pas une parenthèse comme Zack Snyder's Justice League. Le Snyder Cut appartenait au passé dès sa naissance, avec l'horizon bloqué d'une trilogie que Warner ne compte visiblement pas (re)lancer. Warner avait certes reconnu son erreur spectaculaire en finançant ce director's cut de 4h, ce qui était perçu par beaucoup comme un aveu de culpabilité absolu. Mais la réalité est plus trouble.

Déjà parce que Zack Snyder a affirmé que le studio avait continué à lutter contre lui, déclarant à Uproxx : "Warner m'a encore torturé pendant tout le process, ils ne peuvent pas s'en empêcher". Ensuite, parce que ce Snyder Cut reste une bulle. Enchantée peut-être, mais une bulle sans conséquence, comme un flashback pour un autre temps. The Suicide Squad, lui, appartient au présent - et déterminera le futur, peut-être.

 

photo, Henry CavillFondu au noir, et fin

 

Bien sûr, l'idée d'un grand univers super-héroïque n'est pas abandonnée. Une série Peacemaker était même développée avant la sortie du film. Mais Warner a trouvé un moyen de contrôler la bête, en acceptant un univers à la carte, entre petit univers étendu et films indépendants - le carton phénoménal de Joker est là.

Shazam ! Fury of the Gods et Black Adam vont donc coexister, mais Aquaman and the Lost Kingdom pourrait avancer sans mentionner ses copains Wonder Woman et Batman, dans la lignée du premier. A priori, The Batman avec Robert Pattinson se déroule dans une réalité alternative. Et à moins que le film solo The Flash ne remette tout à plat avec le multivers (Ben Affleck et Michael Keaton réapparaîtront en Batmen), en plus de présenter Supergirl version cinéma, DC continuera à avancer dans tous les sens. Le film Batgirl, les séries Justice League Dark et Constantine, et le projet de Superman noir sur Val-Zod semblent le confirmer.

Warner et DC seraient-ils encore à la croisée des chemins ? Possible. En cas de succès, The Suicide Squad pourrait donner une impulsion, et inciter le studio à continuer dans cette voie : laisser les cinéastes et le public s'amuser, et accepter que le modèle Marvel n'est pas si simple à reproduire. Et tant mieux - le public et les cinéastes méritent mieux.

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commentaires
Lucha-man
02/08/2021 à 02:51

Pour un vrais mea-culpa j'attends surtout the Batman et la fin du DCU parce que c'est the suicide squad et la snyder-cut c'est plus une souffrance

j en prendrais pour 1 d
02/08/2021 à 01:54

je demande juste un man of steel 2

Rayan
01/08/2021 à 20:53

DC faut juste qu ils mettent fin à leur fantasme de mcu 2.0 et ca ira mieux pour eux

Marc
01/08/2021 à 20:08

@ Simon de la rédac

J'espère que tu va apprécier et nous faire une imitation de Rambo dans une prochaine vidéo ;)

Marc
01/08/2021 à 20:04

@Simon

Avec la voie de John RAMBO
Argggg mon Colonel je n'arrive pas enlèver ça de la tête ce n'est pas ma guerre j'ai vu une bellete géante un requins avec un short Argggg... et pour finir des milliers de rats s'attaquer à une étoile de Mer Géante bleu et rose . J'en peux plus de voir des films pareil mon Colonel des films de qualités avec des flingues des tripes à l'air putain de guerre . Il faut que m'enlève ça de la tête mon Colonel .

Mika
01/08/2021 à 19:25

DC n'a pas été vendu par Warner ? Je croyais avoir lu un truc là-dessus (et ça me ferait bien plaisir).

Marc
01/08/2021 à 17:46

Quel cauchemar ce film pourquoi j'ai payé la place pour cette purge . faut voir la créature de fin je vous dit quoi ? je vous préviens je SPOILE ! une étoile de Mer géante toute bleu super cool .
quel idée a prendre surememt au 10 émes degré de débillité !

Geoffrey Crété - Rédaction
01/08/2021 à 15:20

@Rgstee

D'où ATTENTION SPOILERS en gros, en intro. Impossible de parler ainsi du film sans... parler du film.

Rgsteel
01/08/2021 à 14:55

Ça spoile quand même pas mal cet article les gars. C'est pas cool !

Même quand ils disent avoir appris des leurs erreurs, et bien ils comprennent toujours rien.
Change des plan a chaque sorties de film.
The flash, Batman ou Black Adam, un de ces films va se casser les dents demain ils vont chambouler du tout au tout.
Quand on a un plan on s'y tient, on réévalue au moins à mi chemain, pas tout les 6 mois C'est débile.

LeRoiBoo
01/08/2021 à 13:12

"Et tant mieux - le public et les cinéastes méritent mieux."

Un peu vache quand même, réussir à faire autant de film sur 10 ans max.
Avec peu d'expérience et surtout imposer un modèle, c'est pas commun.

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