Black Widow : le pire de Marvel en un film ?

La Rédaction | 11 mars 2022
La Rédaction | 11 mars 2022

Black Widow est diffusé ce soir à 21h10 sur Canal+.

Scarlett Johansson reprend du service une dernière fois en Black Widow, et c'est peut-être un best of du pire de Marvel.

Après les séries WandaVision, Falcon et le Soldat de l'Hiver, et Loki, et avant Shang-Chi et la Légende des Dix Anneaux et Les Éternels, Black Widow a ouvert la Phase 4 du MCU au cinéma.

Pour Ecran Large, c'est une douche froide à l'unanimité (notre critique) qui mérite un dossier décryptant le film réalisé par Cate Shortland et porté par Scarlett Johansson, pour lister ses réussites, et surtout ses échecs.

 

 

LE MEILLEUR

L'intro-flashback

Souvent pointée du doigt par les commentateurs, y compris par Scarlett Johansson tout récemment, la première apparition de Black Widow au sein du MCU, dans Iron Man 2, est considérée comme une leçon de maladresse et de sexisme. C’est donc peu dire qu’avec l’ouverture de son film solo, l’enjeu était crucial. Et Cate Shortland ne démérite pas, tant les dix premières minutes du blockbuster permettent de revisiter l’héroïne, tout en tranchant radicalement avec la tradition Marvelienne. 

Nous découvrons donc Natasha Romanoff alors qu’elle déambule, dans la lumière rasante d’une fin d’après-midi, aux alentours de la maison familiale, avant de jouer avec sa petite sœur. Traînante et mélancolique, cette séquence nous immerge dans le quotidien en apparence banale d’une famille... qui ne tarde pas à se fissurer. Alors qu’interviennent les “parents” incarnés par Rachel Weisz et David Harbour, tout se délite et s’effondre, sous les yeux embués de la surprenante Ever Anderson, fille de Milla Jovovich et Paul W.S. Anderson

 

photo, Rachel Weisz, Florence PughQu'est-ce qu'il a Vin Diesel ?

 

Tandis que regards en coin et sous-entendus évoquent l’atmosphère de complot de la série The Americans, l’étrangeté progresse, jusqu’à ce que la famille s’envole loin des États-Unis à la faveur d’une poursuite mâtinée de fusillade. En quelques scènes élégamment imbriquées, le film parvient à installer les conflits des personnages, leurs traumas et les trahisons qui fondent leurs mouvements individuels, comme leurs aspirations collectives. 

Rarement l’ouverture d’un blockbuster du MCU aura été aussi resserrée sur ses protagonistes, à la recherche de leurs émotions. Un soin qui se ressent jusque dans la photographie et le découpage, tour à tour brusques et sensibles. Le résultat est une réussite étonnante qui installe le spectateur dans une atmosphère humaine et délétère, qui lui laisse longtemps croire que Black Widow pourra le surprendre. 

 

photo, Scarlett JohanssonIl est loin le temps d'Iron Man 2

 

Florence Pugh

Ce n'est une surprise pour personne, hormis les âmes perdues qui sont passées à côté de Midsommar, Les Filles du Docteur March, The Little Drummer Girl ou The Young Lady : Florence Pugh est une excellente actrice. L'un des seuls moments plein d'espoir de Black Widow est donc de la voir récupérer tout naturellement le rôle de future Black Widow, avec une première étape annoncée puisqu'elle ira ensuite chercher des noises à Barton dans la série Hawkeye. Comme dans les comics, Yelena Belova prendra ainsi la relève de Natasha, et aura une (petite) place dans la galaxie MCU.

Difficile de ne pas être curieux puisque Florence Pugh s'impose déjà comme une excellente Black Widow bis en 2h de film où elle n'a pourtant qu'un second rôle, derrière Scarlett Johansson. Elle amène une légèreté irrésistible dans plusieurs scènes amusantes, notamment grâce à quelques pointes de sarcasme qui en font un digne personnage du MCU actuel - c'est-à-dire un personnage qui vit dans ce monde où les Avengers sont des superstars, et a pleinement conscience du chaos cosmique qui guette.

Le contraste est fort avec Natasha, héroïne plus sérieuse, et Florence Pugh s'en sort parfaitement sur tous les tableaux. Elle est drôle même quand c'est lourd (le running gag de la posture ridicule de Natasha), elle est touchante même quand c'est grossier (papa qui chante ma chanson préférée), et elle est plus que convaincante dans l'action. Sachant que Yelena semble en plus avoir une sensibilité bien plus forte que sa soeur d'armes, avec des failles visibles dans Black Widow, il y a de quoi imaginer un personnage intéressant à suivre.

 

photo, Florence PughPughdiepie

 

Scarlett Johansson

À moins de ne la connaître que chez les Avengers (et donc avoir zappé Match Point, Lost in Translation, La jeune fille à la perle, Under the Skin, ou encore Marriage Story, honte à vous !), zéro surprise : Scarlett Johansson est elle aussi une actrice de talent. Même dans le MCU, avec trois miettes et quelques scènes particulièrement gênantes, elle a souvent brillé et réussi à installer Natasha comme un personnage à part entière. Ce qui n'était pas si évident vu que dans les comics, cette Veuve noire a aussi tourné en rond.

Pendant que les problèmes de Captain America, Iron Man et compagnie occupaient le devant de la scène, elle s'imposait discrètement, avec parfois quelques très belles scènes (la discussion avec Steve devant un sandwich, dans Endgame). Et si la question de la famille a toujours été présente pour Natasha, de sa stérilité évoquée dans L'Ère d'Ultron à son attachement à la bande des Avengers, elle est au premier plan dans Black Widow.

 

photo, Florence Pugh, Scarlett JohanssonDeux soeurs pour un rôle

 

De quoi donner à l'actrice un vrai os à ronger, en lui offrant une nouvelle dimension à l'écran. Jusque là, Natasha était surtout une espionne, une collègue, et une amante. Dans son film solo, elle est une fille et surtout une grande soeur, qui doit affronter son passé, panser quelques plaies, et se reconnecter à une partie d'elle-même. Soit l'une des premières fois que Scarlett Johansson a véritablement quelque chose à jouer sur plus de quelques minutes au sein du MCU.

Ce qui amène à un étrange paradoxe. Alors même que l'héroïne n'a jamais été si héroïque (avec une volonté claire et nette de filmer son corps comme un morceau de béton indestructible), Natasha brille surtout dans de petits moments simples, quand elle est seule avec elle-même ou observe sa soeur d'arme avec tendresse. Des instants ordinaires, dont Scarlett Johansson se saisit avec naturel.

 

photo, Scarlett JohanssonScarlett Johansson découvre qu'elle a plus de 3 pages de dialogues

 

LE MOYEN

Le sous-texte féminisTE

Héroïne populaire, mais méprisée jusqu'au département marketing de Disney, Black Widow ne pouvait décemment pas nous offrir sa première (et logiquement, dernière) grande aventure en solo, sans poser la question du féminisme. Et à plusieurs reprises, le long-métrage réfléchit de manière conséquente à la question. C'est notamment le cas lors du générique, soigné et impactant, tant il aborde frontalement les représentations du trafic d'êtres humains.

En présentant des personnages de jeunes filles puis de femmes non seulement manipulées, mais ultimement utilisées à la manière de bétail servile, le scénario voudrait questionner les notions de patriarcat et de domination. Mais force est de constater qu’il agite ces concepts de manière assez grossière, et sans jamais en tirer le plein potentiel. C’est pleinement le cas lors du climax qui préfère nous agiter des saynètes qui évoquent piteusement la maladroite scène féminine d’Avengers Endgame

 

photo, Scarlett JohanssonGirl power ?

 

Il faudra donc en passer par des images pompeuses de sororité hollywoodiennes, de grosses larmes qui coulent, et de mains qu’on se tient, entre valkyries combattant les vilains bonhommes. C’est bien simple, dès que mise en scène ou dialogues veulent mettre en avant la thématique féministe, son traitement s’avère si lourdement pompier que le soufflé retombe. 

En revanche, Black Widow surprend lorsque le blockbuster aborde ces questions au débotté, marquant ça et là des points. Ils sont souvent à mettre en crédit de Florence Pugh, qui offre à son personnage une intensité flamboyante. C’est le cas lors de ses confrontations avec son père de substitution, volontiers maladroit et inconséquent quand il doit interagir avec la gent féminine. Dans ces moments, les répliques fusent, entre bons mots chirurgicaux et joutes verbales ludiques. 

 

photo, Florence PughFlorence Pugh contre le monde ?

 

La famille

En matière de familles dysfonctionnelles réunies par des circonstances difficiles, Hollywood nous a servi la soupe plus d’une fois, mais ce que propose le film de Cate Shortland est légèrement différent, au moins sur le papier. En effet, le clan qui s’efforce ici de se retrouver n’en est pas un, puisqu’il s’agit d’une fiction imaginée par les services secrets russes. Si ses membres se sont perdus de vue au fil des années, quand l’adversité les confronte, ils ressentent le besoin de se souder de nouveau. 

Elle était belle cette idée de faire du mensonge de deux adultes et de la perversion d’un cocon originelle une cellule familiale véritable. Elle questionnait sur la nature des liens qui nous unissent, sur ce que signifie “faire famille”. Elle était d’autant plus pertinente que le casting du long-métrage pouvait générer une belle alchimie. Malheureusement, Marvel mutile le plus souvent ce potentiel à coup de vannes trop lourdes (quitte à embarrasser le spectateur devant la prestation de David Harbour), et de twists trop artificiels. 

Orchestrer trahisons, défections et retournements de vestes n’était pas illogique dans un film d’espionnage, mais en faisant dépendre ces articulations d’effets de montages épais plutôt que de l’écriture des protagonistes (pauvre Rachel Weisz), le film donne le sentiment de ne jamais vouloir creuser la psychologie de ses héros. Pire, quand il feint de proposer une vision pas si courante de famille recomposée, c’est pour finalement la faire coller aux canons hollywoodiens, et donc annuler sa singularité. 

 

photo"Notre belle famille"

 

Les liens avec le MCU

Black Widow arrivant dix ans trop tard (on en parle un peu plus bas) et surtout après la mort de son héroïne au sein du MCU, Marvel et Kevin Feige ont été obligés de relier l'ensemble comme ils le pouvaient. Et force est de constater qu'ils l'ont fait en partie avec des bouts de ficelle. On savait avant la sortie du film que les événements de Black Widow se dérouleraient avant Avengers : Infinity War et juste après Captain America : Civil Waret c'est probablement ici que le long-métrage coince le plus dans ses liens avec le reste de la franchise.

Afin de donner l'impression que les retrouvailles familiales avaient toujours été prévues par le MCU, ce Black Widow commence donc (après sa scène d'ouverture flashback) sur un revenant : le général Thaddeus Ross. Car oui, dans Civil War, l'espionne finissait par aider son ami Captain America et empêchait alors le gouvernement de stopper ses agissements. Iron Man apprenant à l'héroïne que Thaddeus n'était pas content de sa trahison, elle fuyait donc pour éviter de finir emprisonnée par les autorités américaines.

Ainsi, le long-métrage commence sur la traque de Black Widow par Thaddeus Ross (William Hurt n'a pas pris une ride en cinq ans, une chance pour une suite si tardive) et le Secrétaire d'État sera là, dans l'ombre, cherchant à capturer la Veuve noire tout au long du film. Un lien plutôt logique pour relier l'histoire au contexte de l'affrontement des Avengers et encore radoter sur les Accords de Sokovie, mais qui n'a quasiment aucune utilité dramatique (Thaddeus ne servant à rien).

 

Photo William HurtThaddeus est de retour, pour jouer un mauvais tour

 

De fait, les liens du film avec le MCU reposent sur très peu de choses (en dehors de noms évoqués ici ou là). Marvel essaie tant bien que mal de faire vivre l'histoire non loin des Avengers avec l'ancien agent du SHIELD, Rick Mason joué par O.T. Fagbenle (et jamais vu auparavant dans l'univers du MCU), chargé de trouver des planques et autres jets à Natasha. Mais évidemment avec un personnage purement créé pour le fan service, c'est faible et ses interventions sont souvent les déclencheurs de belles facilités scénaristiques plus que d'intérêts narratifs majeurs.

Alors finalement, Black Widow vit surtout par et pour lui-même avec l'histoire familiale autour de sa super-héroïne. Et forcément, les liens avec le MCU se font donc... dans les derniers instants, après que l'arc est conclu. C'est ainsi que les deux plus gros liens avec le MCU récent se déroulent dans la scène post-générique (la vraie, celle qui arrive après le générique interminable). Florence Pugh aka Yelena Belova est sur la tombe de sa soeur de coeur et rencontre la nouvelle venue : la Comtesse Valentina Allegra de Fontaine (incarnée par Julia Louis-Dreyfus) apparue dans Falcon et le Soldat de l'Hiver.

On savait qu'elle allait avoir un rôle à jouer et apparemment, elle sera là pour tout lier en restant quarante secondes à l'écran chaque fois. C'est le cas ici où elle fait le pont avec la suite de l'univers et l'intrigue de la série Hawkeye : elle charge Yelena de tuer l'archer, en lui faisant croire que c'est à cause de lui que Natasha est morte.

Bref, si Black Widow était un hommage à la Veuve noire, il était surtout un moyen de définitivement placer Yelena en successeure de Natasha. C'est donc chose faite, dommage toutefois que Marvel l'ait fait sans panache et surtout avec une multitude de clins d'oeil peu palpitants.

 

Photo Julia Louis-DreyfusUne Julia Louis Dreyfus pour les amener tous et dans l'univers les lier


LE PIRE

Taskmaster

En important enfin sur grand écran le redoutable Taskmaster, Marvel a fait rêver bien des fans de comics... et de cinéma. Le personnage étant littéralement capable de répliquer le style de combat de ses adversaires, en faisant une sorte de méga-Avengers, son potentiel esthétique et thématique était illimité. Rien que sur le plan narratif, opposer une héroïne dépourvue de pouvoirs originaux à un méchant reflétant les aptitudes des surhumains avec lesquels elle se bat en dit beaucoup sur son rapport à son image, effleurée dans le produit fini. Encore plus lorsque les surhumains en question traversent une crise qui interroge leur légitimité.

Rien de tout ça dans Black Widow qui en fait, non seulement, un antagoniste générique, mais qui saccage également son principal intérêt. Quelques scènes de la première partie ont beau nous affirmer que Taskmaster a fait ses devoirs, son imitation des Avengers se limite à une utilisation du bouclier de Captain America et à une pose Black Pantheresque. Il se contente en général de placer quelques coups rappelant vaguement ces deux héros, avant de céder à un style martial bien plus classique.

 

photoAh oui, à un moment, il utilise un arc aussi

 

Sa présence exigeait également un vrai travail sur les chorégraphies et la mise en scène, puisqu'il est littéralement capable d'analyser en temps réel celle avec qui il se frite. Nous reviendrons plus bas sur la qualité globale de l'action, mais force est de constater que le parallélisme des affrontements n'est assumé que le temps de quelques plans, histoire d'introduire le personnage en bonne et due forme. Une fois ses facultés explicitées, le film n'en joue plus jamais, laissant en bouche un goût de gâchis frustrant.

Finalement, Marvel Studios semble avoir fait de son Taskmaster un méchant mineur pour une héroïne mineure, alors justement qu'il avait les moyens de se hisser au panthéon des bad guys du MCU, et de donner l'occasion à Natasha Romanoff de briller face à un ennemi protéiforme. Une carte bien mal jouée, donc. On aurait presque l'impression qu'après le carton d'Endgame, Feige et son équipe s'intéressent peu aux antagonistes incapables de détruire une planète. C'est bien dommage.

 

photoUn des seuls plans tirant profit de la singularité du personnage

 

La carrière d'Olga Kurylenko

C'est un kamoulox en cascade, avec plusieurs questions à la clé. La première : pourquoi avoir casté Olga Kurylenko dans un rôle secret si c'est pour l'afficher parmi les premiers noms du générique ? À partir de là, impossible de ne pas s'interroger sur son rôle. Et à mesure que le temps passe et que les options se réduisent, difficile de ne pas regarder Taskmaster et ce flashback sur la mort de la fille de Dreykov d'un air suspicieux.

Passé maître dans l'art de gérer les surprises et maintenir certains secrets, Marvel semble avoir traité cette réécriture de Taskmaster (un homme dans les comics) avec une désinvolture étonnante. Olga Kurylenko est une actrice très identifiée, et un tel twist sur Taskmaster aurait certainement été servi par une mention plus tardive dans le générique, voire aucune mention - comme Julia Louis-Dreyfus.

 

photoCeci n'est pas Olga Kurylenko

 

Côté Olga Kurylenko, actrice par ailleurs talentueuse dans de bonnes conditions, c'est encore plus triste. Quel intérêt de signer pour un tel rôle, avec une seule réplique et deux minutes à l'écran ? Pour celle qui avait bien failli incarner Wonder Woman avant que le studio ne préfère Gal Gadot (rires nerveux), c'est griller la cartouche Marvel avec un rôle insipide, qui n'appelle a priori aucun retour. D'autant qu'avec son allure de Robocop grillé, Taskmaster est une zone de non-jeu quasi absolu. Et qu'il n'y a même pas le plaisir de tabasser tous les acteurs certainement mieux payés, puisque dès que le casque est remis, il n'y a sûrement plus d'Olga dans les parages, mais un cascadeur.

Comment une actrice découverte chez James Bond, qui a tourné avec Terrence Malick et Roland Joffé, se retrouve-t-elle dans cette impasse honteuse après notamment un premier rôle féminin dans le blockbuster Oblivion face à Tom Cruise ? Peut-être que depuis, elle aligne les séries B calibrées comme de mauvais DTV, entre Les Traducteurs, Sentinelle, The Room, Gun Shy ou encore Code Momentum. Et que ses films plus respectueux (À Perfect Day, Dans la brume, La Mort de Staline) passent trop inaperçus. Preuve que sa carrière ne va pas vers le mieux : elle sera dans un des prochains films d'action de seconde zone où Bruce Willis va cachetonner.

 

Photo Olga KurylenkoMayday mayday

 

David Harbour

David, stop. Dans Hellboy déjà, sa version du démon était certainement pour beaucoup dans le ratage du film réalisé par Neil Marshall - parmi beaucoup, beaucoup d'autres raisons, à commencer par une production infernale semble-t-il. Dans Black Widow, il écope d'un rôle tout aussi mal dégrossi, à savoir le joker comique du film.

Passé l'intro, ce Red Guardian n'est donc plus qu'un bouffon, qui va passer son temps à parader comme un vieux chanteur des années 80 accroché à ses vieux tubes, sous le regard exaspéré des héroïnes. Il aura également droit à plusieurs blagues sur son gros bide, ses compétences plus que limitées, son intelligence légèrement déficiente ou encore sa libido débordante, avec un numéro de karaoké en clou du spectacle. Avec en plus l'accent russe préféré des acteurs anglophones, il y a le cocktail parfait pour donner envie de baffer ce Gardien, humilié jusqu'au climax au fil des gags.

C'est d'autant plus triste que ce Alexei Shostakov alias Red Guardian est un personnage intéressant sur le papier. Réponse soviétique à la naissance de Captain America, ce porte-étendard sans super-pouvoirs est bien plus sérieux dans les comics - où il est même marié à Natasha. À l'écran, il n'y en a plus grand-chose, hormis le running gag de sa rivalité fantasmée avec Steve Rogers. David Harbour n'est pas le principal responsable de cette horreur (pensée pour les scénaristes), mais il n'arrange rien avec ses gros sabots.

 

photo, David HarbourCaptain la gêne

 

La direction artistique

Marvel a eu la fâcheuse tendance de nous plonger dans des décors assez fades entre rue new-yorkaise légèrement saccagée, couloirs en béton grisâtres, immeubles tombant en ruine... Et sans grande surprise, Black Widow ne fait pas beaucoup d'efforts en près de 2h15 pour nous sortir des lieux habituels de la franchise.

En plus, en suivant le parcours de Natasha Romanoff, le récit ne pouvait pas vraiment se permettre des envolées cosmiques et des petites traversées spatiales. Alors forcément, en étant très ancré sur Terre, le long-métrage s'enfonce régulièrement dans des poncifs du film d'espionnage bondien peu inspiré. C'est bien simple, le film réalisé par Cate Shortland ne vient jamais vraiment renouveler l'identité visuelle de la franchise, enchainant les lieux dénués d'identités : une maison au bord du lac ou au milieu de la campagne, un pont enflammé, des toits ou des rues à Budapest jusqu'à l'immense repère du méchant (la RED ROOM), esthétiquement trop proche de l'héliporteur de Nick Fury pour surprendre.

Seule la séquence de la prison a un petit cachet novateur. Pas pour son intérieur (toujours aussi gris et terne), mais plutôt pour son avalanche. Une idée visuelle pas idiote qui aurait pu créer une grosse séquence d'action assez spectaculaire. Dommage qu'avec cet hélicoptère et la Veuve noire jouant à Tarzan, la scène soit très renfermée sur elle-même, ne profite pas de l'espace dont elle dispose et sente surtout le vieux fond vert (loin de la beauté réelle de la séquence enneigée de Inception).

 

photoUne scène qui aurait pu avoir de la gueule 

 

Les scènes d'action sans saveur

Cela rejoint globalement les reproches faits juste au-dessus concernant la direction artistique fade et lisse. Avec des terrains de jeux et d'action aussi peu inventifs, Black Widow ressemble, au niveau de ses scènes de bastons ou de confrontations, à n'importe quel film d'espionnage ou d'action. Prime aux séquences se déroulant à Budapest où le film pastiche à la fois Jason Bourne (avec sa course-poursuite sur les toits mollassonne) et les Mission : Impossible (avec sa course à moto), sans jamais réussir à les égaler, a minima, notamment à cause d'un découpage bien trop haché.

C'est ce que subit d'ailleurs en grande partie le long-métrage : son montage. Encore une fois, la saga décide de conserver ses habitudes en mettant en scène des affrontements au découpage illisible et aux chorégraphies hasardeuses délivrant une action techniquement faillible et peu impressionnante. Pourtant, avec le méchant Taskmaster, Marvel avait de l'or entre les mains à la fois pour le spectacle et l'intimisme de son histoire.

La séquence du pont (voire celle des cellules vitrées dans la Red Room) aurait pu être le grand moment d'action intime du long-métrage. Black Widow étant esseulée et en fuite, elle se bat contre elle-même et quoi de mieux pour représenter un tel conflit intérieur qu'un antagoniste capable de reproduire ses gestes à l'identique, voire de les anticiper ? Avec des chorégraphies plus travaillées et une mise en scène plus lisible pour la faire vivre à l'écran, l'action aurait alors rejoint les réflexions existentielles de Natasha dans une séquence sûrement bien plus pertinente que beaucoup d'autres Marvel.

 

photo, Scarlett JohanssonUn combat qui aurait pu faire date

 

Le climax

Se déroulant quasi intégralement dans une base spatiale qui renvoie forcément au premier Avengers, faisant suite à une longue réunion de famille qui malmène quelque peu le rythme du récit, le dernier acte de Black Widow avait intérêt à tenir ses promesses. Et quelle déception ! Bien qu'assez long, il se lance dans un combo de dérapages narratifs aux limites du risible et sabote méticuleusement ses moments de bravoure.

L'enchainement de twists absurde qui le lance, reposant sur un face-swap facile à la Mission Impossible et une panoplie de flashbacks lourdingues, annonce déjà la couleur. Mais ce n'est rien à côté de ce qui nous attend. Dès que l'archétypal grand méchant-qui-manipulait-tout-depuis-sa-console pointe le bout de son nez, le climax enchaine les poncifs ridicules. L'histoire des phéromones, dont la stupidité abyssale saute aux yeux lorsqu'on y pense plus de 5 secondes (aucune de ces guerrières surentrainées ne sait manier un sniper ?), est un prétexte grossier pour un dévoilement de plan machiavélique digne d'un ersatz Z de James Bond, stock-shots moches compris.

 

photo, Scarlett JohanssonDistribution de poussière magique

 

Même lorsque l'action intervient, le scénario peine à accorder une quelconque crédibilité à ses retournements de situation. Dreykov enferme Melina dans un sas pourvu d'une bouche d'aération qui fait trois fois sa taille. Il lui suffit de saboter un réacteur pour faire sombrer l'engin. Les péripéties qui en découlent sont forcément moins palpitantes, d'autant qu'elles sont rarement à la hauteur des ambitions spectaculaires affichées.

La baston avec toutes les veuves, au sein de laquelle on ne distingue jamais qui est qui, et la rixe avec Taskmaster, manquant terriblement d'inventivité, souffrent des mêmes défauts qu'énoncés plus haut. Mais c'est surtout l'ultime affrontement aérien, largement dévoilé par les bandes-annonces, qui déçoit. Alors que tout le monde plonge vers le sol, le budget faramineux déployé par Disney apparaît enfin à l'écran, le temps de quelques money-shots authentiquement impressionnants... puis tout s'écroule. Littéralement. Longue d'à peine quelques minutes (secondes ?), la séquence effleure à peine son potentiel avant d'envoyer tout ce petit monde se friter dans la boue. Une conclusion à l'image du film, en fait.

 

photoProfitez de ce plan

 

La musique

Après avoir manqué de peu de monter à bord du vaisseau Rogue One : A Star Wars Story, Alexandre Desplat a loupé une autre grosse franchise Disney. Annoncé à la bande originale du film, il a finalement laissé sa place à Lorne Balfe. Les raisons de ce cafouillage sont encore floues, mais on peut supposer de l'impact de la pandémie sur la partition du compositeur français. En effet, celui-ci exige peut-être un orchestre trop fourni, alors que son remplaçant est rompu à l'exercice du score synthétique.

Et ça se voit. On imaginait Desplat profiter de l'occasion pour dévoiler quelques nouveaux thèmes exaltés pour le MCU. Balfe, a priori pressé par les délais, livre plutôt une bouillie ultra-bourrine, de laquelle rien n'émane, sinon les habituels crescendos tonitruants accompagnant chaque scène de poursuite. Omniprésente, comme dans tout blockbuster Marvel qui se respecte, la musique s'oublie pourtant très vite, tant elle ne se différencie pas du bordel sonore ambiant (la musique de la bande-annonce était pourtant alléchante).

Le constat est assez triste, car le film visait à enfin affirmer l'identité d'un personnage trop souvent considéré comme secondaire. Lui accoler, après plusieurs années d'ignorance, un vrai thème digne de ce nom, reconnaissable entre tous, aurait donc témoigné de cette volonté. Lorsque le thème d'Avengers, toujours aussi efficace, composé par Alan Silvestri, résonne à la fin du long-métrage, on se prend à regretter la simplicité mélodique des premiers opus de la saga. Les morceaux qu'ils affiliaient aux personnages ont largement contribué à les faire exister dans cet univers. La nouvelle Black Widow incarnée par Florence Pugh n'aura pas cette chance. On va mettre ça sur le dos de la pandémie.

 

photo, Florence Pugh, Scarlett Johansson"C'est le bruit du moteur ou la musique ?"

 

La sortie du film 1000 ans trop tard

Black Widow était l'une des premières Avengers à apparaître dans le MCU, dans Iron Man 2 en 2010. C'était la toute première super-héroïne de cet univers, avant Sif, Wanda ou encore la Guêpe. Et pourtant, elle a dû attendre une décennie avant d'avoir son propre film, une fois morte et enterrée (en silence) dans Avengers : Endgame, où elle s'est sacrifiée pour le monde entier.

Comme Hulk et Hawkeye ? Oui et non. Le personnage de Hulk est dans une impasse à cause de problèmes de droits, qui empêchent tout film solo sans en référer au studio Universal. Et contrairement à Black Widow, un projet centré sur Hawkeye n'a jamais été réellement mis sur la table depuis des années - ce qui explique peut-être qu'il ait droit à une série où il passe le relais à Kate Bishop. L'attente avant Black Widow n'est donc pas anodine.

 

photo, Scarlett JohanssonGamora 1 - Black Widow 1

 

Surtout que Captain Marvel est passée par là. La super-héroïne a eu droit à un film solo pour sa première apparition, mais c'était aussi le tout premier film de super-héroïne du MCU, après 20 films et dix ans. Encore un doute sur le fait que Disney, pourtant régulièrement accusé d'être l'antichambre du fameux wokisme, a eu beaucoup de mal à se positionner sur le catalogue héroïque féminin des comics ? Kevin Feige a lui-même confirmé que l'ancien boss, Ike Perlmutter, était farouchement opposé à Captain Marvel et Black Panther.

L'affaire des mails piratés de Sony avait montré qu'il utilisait les bides d'Elektra, Catwoman et Supergirl pour affirmer que le public ne voulait pas de super-héroïnes. Le milliard encaissé par Captain Marvel après le carton sensationnel de Wonder Woman a dû lui filer quelques sueurs froides depuis.

Le temps que toutes ces étoiles de business s'alignent, Black Widow semble arriver après la bataille. Natasha est morte et enterrée, et le MCU a dû ouvrir une brèche sous forme de flashback pour elle, comme un dernier souffle désespéré. La pandémie, qui a repoussé de plus d'un an la sortie du film, n'a pas aidé. Le blockbuster devait ouvrir la Phase 4 comme un gros prologue, et teaser la série Falcon et le Soldat de l'Hiver. Finalement, Black Widow débarque après WandaVision, Falcon et le soldat de l'hiver, et pendant la diffusion de Loki. De quoi rendre ce spectacle encore plus daté et inutile dans l'avancée de l'univers

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commentaires
Le chat machine
12/03/2022 à 05:21

Runslyer, on s'y fait à la longue, mais y a bien pire comme film du mcu : Avenger Endgame, Captain Marvel, Ant Man and the Wasp..

Atom
12/03/2022 à 01:32

Le meilleur Marvel sortie l'année dernière, sans aucun doute. Ce film confirme ma préférence aux films de super slips plus terre à terre. L'humour fonctionnait enfin sur moi, et l'alchimie entre les deux était parfaite.

J'aurais qualifié No Way Good de pire Marvel en un film.

Matpalala
11/03/2022 à 19:45

J’ai vraiment apprécié ce Black widow car il aborde pleins de thèmes assez hardes et intéressants.

-Le fait historique de vraies espions russes qui ne se connaissaient pas forcément et ne s’aimaient pas forcément mais devaient se mettre en couple contre leurs grès et faire des enfants pour se fondre dans la masse américaine.

Ont voit dans le film le résultat de cette famille dysfonctionnelle :
-La petite sœur s’est toute sa vie raccrochée à ce qui a été pour elle ses meilleurs années dans ce qu’elle considère avoir été sa vraie famille
-La grande soeur qui savait la part de mascarade à au contraire tout fait pour oublier cette fausse famille
-Pour le père c’était la mission la plus ennuyante de sa vie car il n’était pas dans son pays dans lequel il devait être adulé au grès de ses faits d’armes.
-La mère s’est elle donné à fond dans sa mission.

Ensuite le scénario aborde des thèmes assez glauque :
-le kidnapping et meurtre d'enfants (il est, il me semble, indiqué que 19 enfants sur 20 kidnappés sont tués).
-Ont enlève à ces enfants leur libre arbitre, leur statut de possible mère en leur enlevant leur moyen de reproduction, c'est pas la meilleur des vies...

bref pleins de choses abordés même si ce n'est parfois qu'effleuré c’est déjà peu commun dans un blockbuster.

Ensuite les relations entre les personnages sont intéressantes.
- entre les 2 sœurs que j’ai trouvé touchante
- entre les 2 parents
- -entre les parents et les enfants

Le père peut apparaître trop lourd mais ça se comprends : il ne peut s'exprimer que part humour car on lui a imposé ces enfants, cette famille alors qu'il n'était pas
Fait pour être père. Il essaie malgré tout de faire maladroitement au mieux et est fier de ses enfants même si sa fierté est dans les faits d’armée qu’on fait ses filles en tuant pour la cause et déversant des centaine de litre de sang.

Donc ces quelques années ont marquées tout les protagonistes, ça en fait malgré tout une vraie famille avec de l'amour et de la fierté.

Ont voit aussi les vrais dommages collatéraux des missions pour lesquelles des innocents sont sacrifiés pour mener à bien la mission. ( bon par contre on ne sait pas du tout comment la fille et le père ont malgré tout survécu suite à cette énorme explosion...)

Le méchant est classique mais mâtiné à la sauce post #meetoo weinstein avec toute ses femmes dont il veut le contrôle et qu'il peut utiliser comme il veut à ses fins.

Les scènes d’action ne sont pas les meilleures que nous ayons vus mais elles font le travail notamment la rencontre entre les 2 sœurs et la chute libre entre les débris.

Bref un très bon Marvel pour ma part, le fait que black widow soit morte lorsqu’on regarde se film ne m’a pas du tout dérangé, sinon ça indiquerait qu’on ne pourrait plus jamais faire de pré-quelles à des histoires ou certains spin of ou autre et bien sûr qu'on peut !!

Mad
11/03/2022 à 19:29

Je pourrais citer 10 films du MCU pires que Black Widow. Il est plutôt sympa celui-ci.

j en prendrais pour 1 d
11/03/2022 à 19:23

très bon divertissement, l'un des meilleurs Marvel après the Ethernals

Windows nat
13/07/2021 à 04:11

Je suis d'accord avec le personnage de Florence Pugh qui vit la dureté violente et la tristesse d'une famille perdue. Scarlett Johansson quant à elle joue son rôle avec aplomb car elle a enfin elle à un rôle principal au sein de la MCU qui a tardé à se deniaiser à lui offrir un film. Vous essayez trop de comparer ce film avec des episodes de "Iron man", "Captain America",etc. Moi j'ai adoré le film , je trouve que la complicité entre les soeurs Romanoff est bien exploité et l'action sort du cadre "invraisemblable" des Avengers ...enfin! La direction artistique est bien plus varié que les autres films de Marvel alors que vous dites le contraire...wtf??? Des scènes d'action sans saveur??? Natacha n'est pas une super-héroïne alors à quoi vous vous attendiez hein? Vous visiez trop haut! Et le climat dans une base spaciale? Elle n'est pas dans l'espace la putain de base et on la voit a peine en plus. Note 4/5

Scarlett
12/07/2021 à 22:30

Je rajouterais que le film aurait eu bien + d'impact s'il était sortie après Civil War, et non Endgame. Le film ne vit que pour la scène post-générique et ça c'est un problème.

SebSeb
12/07/2021 à 14:36

Lol : Ecran Large, je suis 100% d'accord avec votre critique. Et étant lecteur de comics depuis 30 ans, le gachis du potentiel de certains persos reste bien en travers de la gorge.

Flo
10/07/2021 à 13:41

Ben encore merci Kyle Reese... Ce que c'est d'analyser sans préjugés superficiels (et qui font vendre).

DjFab
10/07/2021 à 10:59

Pas d'accord pour mettre la musique dans le pire ! Elle colle parfaitement au film. L'utilisation de choeurs russes est un vrai plus, c'est magnifique. Et nous avons tout de même un bon thème qui revient de manière calme ou puissante : https://www.youtube.com/watch?v=wRfUhIFzVaI

Bref, je mets la BO dans "le meilleur" perso.

Ensuite mettre que le film sorte trop tard dans "le pire", franchement, vous les cherchez vraiment les points négatifs, ça n'en fait pas un mauvais film !

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