Wonder Woman 1984 est-il vraiment si nul (surtout comparé au premier) ?

La Rédaction | 3 avril 2021 - MAJ : 03/04/2021 13:57
La Rédaction | 3 avril 2021 - MAJ : 03/04/2021 13:57

Après une sortie mutilée par la crise sanitaire, Wonder Woman 1984 débarque en France. Mérite-t-il la haine qui l'a précédé sur les réseaux sociaux ?

Voilà un blockbuster qui sera allé de Charybe en Scylla. Suite de la première aventure solo de Wonder Woman, sortie sur grand écran en 2017 et couronnée d'un beau succès public et critique, cette deuxième histoire, mise en scène une nouvelle fois par Patty Jenkins, a connu un destin heurté.

Repoussé maintes et maintes fois face à la pandémie, Warner cherchant à protéger son blockbuster puis à lui trouver un espace de sortie convenable, WW1984 arrive sur nos écrans plusieurs mois après avoir débarqué en décembre 2020 dans d'autres territoires, comme les États-Unis (où il est sorti simultanément en salles et sur HBO Max). Une sortie française loin d'être idéale, puisque Diana Prince se voit privée de grand écran : c'est donc directement en VOD (le 31 mars) puis DVD et Blu-ray (le 7 avril) que l'Amazone débarque chez nous.

Une sortie d'autant plus difficile que le film est précédé d'une peu flatteuse réputation, nombre de spectateurs de par le monde (et de pirates impénitents dans l'Hexagone) l'ayant accueilli le couteau entre les dents. Alors que la poussière de la polémique est retombée, il nous semblait nécessaire d'aborder le blockbuster avec plus de recul et de nous demander s'il avait vraiment mérité la levée de boucliers qui l'a accompagnée.

Alors, Wonder Woman 1984 mérite-t-il vraiment toute cette haine ? Après notre critique honteusement pas négative, place aux détails qui fâchent (ou pas).

 

photo, Gal GadotHeureusement, l'amour triomphe toujours

 

OUI, parce que c’est niais

Le premier Wonder Woman avait aveuglé par son éclat de douces niaiseries, avec le pouvoir de l'amour qui permet à Gal 'L'Oreal' Gadot de vaincre Arès avec ses cheveux bien coiffés. On ne change pas une recette qui fait mal puisqu'encore une fois, c'est le pouvoir de la gentillesse et des chatons qui sauve le monde.

Mais cette morale dégoulinante de la fin n'est qu'un symptôme de la niaiserie ambiante. Certes, Wonder Woman est un symbole et une super-héroïne lumineuse, et Patty Jenkins et Warner Bros. embrassent totalement cette dimension positive. Mais le film a bien du mal à ne pas tomber dans les grosses facilités de téléfilm de Noël, que ce soit dans l'écriture ou l'interprétation. Diana qui apprend à voler en se remémorant les paroles de son doux Steve, Maxwell qui stoppe ses plans pour sauver son fiston en danger, Barbara qui se relève face à l'aube d'un nouveau jour, ou encore l'épilogue des enfants qui jouent dans la neige : le curseur dépasse régulièrement la candeur pour se vautrer dans une niaiserie grotesque, laquelle renforcer le côté poupée en plastique de tout ça.

Il n'y a qu'à voir la manière dont le prologue insiste lourdement sur la thématique de la vérité vs le mensonge, mise en fluo dans des dialogues ultra-explicités, pour se dire que les scénaristes Patty Jenkins, Geoff Johns et Dave Callaham n'aiment pas la subtilité. D'où un sacré mélange gros sabots et petits neurones qui prête souvent à rire.

 

photo, Gal GadotLa vérité vraie : t'es niaise

 

OUI, parce que l’action est foirée

Wonder Woman était déjà handicapé par l'incapacité de Patty Jenkins à mettre en valeur les pouvoirs de sa super-héroïne. Influencés par le style de Zack Snyder et sa pluie de ralentis, la cinéaste et ses équipes ne sont pourtant jamais parvenues à toucher du doigt les compositions soignées de l'auteur de Man of Steel et de Batman v Superman. Mais après sa première expérience dans le giron du blockbuster, on attendait de la réalisatrice une certaine amélioration de ses scènes d'action. Ce n'est pas le cas.

L'aveu d'échec est d'ailleurs perceptible dès la séquence d'introduction du long-métrage sur l'île de Themyscira, censée profiter de l'ampleur du format IMAX. Depuis la démocratisation des impressionnantes caméras du constructeur, de nombreux cinéastes en profitent pour aérer leur mise en scène et leur montage (Christopher Nolan en est l'exemple le plus évident). Malheureusement, la pauvreté du découpage de Patty Jenkins, qui se repose beaucoup sur des plans et des raccords rapides, n'en devient que plus quelconque en 1:90, et semble même amoindrir l'échelle spectaculaire du long-métrage.

La séquence suivante dans le centre commercial n'aide guère à changer la donne, entre ses cascades câblées léthargiques et ses doublures cramées à des kilomètres. Cependant, c'est surtout la course-poursuite sur la route égyptienne qui pousse à s'arracher les cheveux. Non seulement ses plans ridicules sont plombés par un montage horriblement mou, mais l'ensemble ne réfléchit à aucun moment à la progression logique de la caméra, alors même que la scène est tout entière construite sur une ligne droite. Comme quoi, n'est pas Mad Max : Fury Road qui veut...

 

photoDécouvrez le film en IMINUS

 

OUI, parce que c’est deux fois trop long

La dimension volontairement naïve d'une grande partie du récit et le souhait de se placer - quitte à y aller un peu fort dans l'hommage - aux côtés du très grand Superman de Richard Donner, appelaient un récit capable d'accompagner cette note d'intention empreinte de légèreté. Sans compter que le noeud de l'intrigue, un dispositif magique permettant d'accomplir les voeux des humains, contre une rétribution symbolique terrible, demander d'être traitée avec précaution. Même immergé dans les années 80 et leur raz-de-marée stylistique, un tel point de départ pose toujours la question de la suspension d'incrédulité, le point jusqu'auquel le spectateur accepte de suivre le scénario et les situations qui lui sont proposés.

Mais avec une durée de 151 minutes, Wonder Woman 1984 abime ces beaux atouts, autant qu'il met en péril ses propres ambitions. Une durée qui le situe au même niveau que la version cinéma de Batman v Superman : L’Aube de la justice, et donc parmi les productions les plus longues de l'univers DC, loin devant Suicide Squad ou Aquaman. Et c'est un des très gros problèmes du film, dont les 2h31 jouent contre lui et soulignent toutes les approximations, quand une durée plus resserrée aurait sans doute permis une immersion plus simple, et un tempo plus rapide. Un constat d'autant plus évident que n'étant pas particulièrement riche en action, le divertissement prend le risque de perdre définitivement les spectateurs moins sensibles au parcours de Diana et à ses enjeux émotionnels.

 

photo, Connie NielsenQuand Interville dure trop longtemps

 

OUI, parce que ça Cheetah dans la colle

Dès les premières annonces, on a forcément un peu craint l'idée que Wonder Woman 1984 s'attaque à Cheetah, méchante ô combien casse-gueule à transposer sur grand écran. Problème, la Warner a bien perçu l'enjeu, au point de faire de l'antagoniste féline une simple péripétie bazardée dans le dernier acte, le tout en camouflant son design perfectible par le biais d'une séquence nocturne.

Non seulement la démarche paraît assez lâche, mais elle ne prive pas le film de faire sombrer le pauvre personnage de Barbara Ann Minerva dans le ridicule. Kristen Wiig se retrouve ainsi en totale roue libre, à caricaturer une petite nerd à lunettes maladroite et peu sûre d'elle, aussi insupportable qu'Electro dans The Amazing Spider-Man 2. Il est d'ailleurs aberrant de voir le long-métrage reproduire l'erreur du film (bien pourri) de Marc Webb. En suivant le même schéma évolutif d'un personnage en quête d'affirmation et de vengeance sur un monde qui l'a rabaissé, Wonder Woman 1984 se perd dans une origin-story aussi laborieuse que décousue. Patty Jenkins fait ce qu'elle peut pour justifier la mutation de son personnage, mais n'y croit à aucun moment. Du coup, en plus de longuement attendre un dénouement, le spectateur se retrouve face au parcours balisé d'une méchante qui fait littéralement plouf sur la fin.

 

photoCacher la misère par la nuit ?

 

OUI, parce que certains effets piquent les yeux

Les blockbusters super-héroïques ont désormais totalement intégré que le grand public n'était ni passionné par la finition des effets spéciaux, ni très regardants dans ce domaine, comme l'a prouvé le tonitruant succès de Black Panther, ou tout récemment, l'accueil bienveillant du Snyder Cut de Justice League. Mais pour peu qu'on aime le grand spectacle (et les aventures de Diana sont assurément une promesse de spectacle), difficile de passer à côté des nombreux ratages ou imperfections qui jalonnent Wonder Woman 1984. On évoquait plus haut le traitement de Cheetah, mais Kristen Wiig est loin d'être la seule à souffrir ici.

 

photo, Kristen Wiig"Vous ne m'avez pas encore vue maquillée !"

 

Quand ce ne sont pas les doublures numériques qui sont à la peine, ce sont ses bons vieux mannequins qui trahissent le manque d'ambition technique de l'ensemble. On pense ainsi à la conclusion de la scène d'action auto-routière, alors que l'héroïne s'élance pour sauver des enfants d'un destin incompatible avec une espérance de vie raisonnable. À plusieurs reprises, les mannequins en mousse qui figurent les deux enfants sont bien visibles, et écrasent toute l'ambition visuelle de la scène. Mais ce ne sont pas seulement les passages les plus complexes ou demandant des mélanges de techniques coûteux qui sont touchés.

Le dernier dialogue entre Gal Gadot et Chris Pine a beau être très bien écrit et mis en scène avec un mélange d'inventivité et de sobriété qui lui confèrent beaucoup d'impact, les malheureux spectateurs qui s'attarderont un peu trop longtemps sur la chevelure de Wonder Woman risquent fort d'oublier les qualités de cette séquence. On y distingue très clairement la perruque que porte la comédienne, au risque de transporter instantanément ce passage sur les rivages problématiques de la parodie. Autant de petits manquements et de gros échecs qui tirent régulièrement l'entreprise vers le bas.

 

photoIls ont compté sans dépenser

 

UN PEU, parce que le climax ventilo brasse de l'air

Patty Jenkins avait affirmé que le studio lui avait forcé la main pour le grand final du premier Wonder Woman, d'où cet affrontement laid et bête contre Arès, où l'héroïne semble marcher en direction d'une pub pour un parfum ou d'une parodie de Sailor Moon. Vu l'allure du climax de WW1984, on a tous hâte de l'entendre en parler dans les prochaines années. Car encore une fois, c'est un beau ratage.

Dans la première partie, c'est une Wonder Woman collection manteau-métal-doré 2020 qui affronte Cheetah, entre trois pylônes électriques et une flaque d'eau. Et en voilà une armure fort (pas) utile : présentée comme une super-protection mythique (comme dans les comics), elle finit griffée par un gros chat enragé. Difficile de comprendre à quel point Wonder Woman avait besoin de cet attirail face à Cheetah, puisqu'à ce stade, elle semble avoir pleinement retrouvé ses pouvoirs - un processus enclenché dès la "disparition" de Steve, et aucunement traité par la suite.

Et si l'équipe a eu la brillante idée (ou l'instinct de survie professionnel) de cacher dans la nuit ce vilain félin des enfers de Cats, le résultat est visuellement fade, et manque clairement d'ampleur. D'autant que la puissance de Cheetah n'est jamais claire et assumée : elle est capable de rayer la carrosserie de l'Amazone et de l'ouvrir de force, de se mesurer à la vitesse et l'agilité de l'héroïne, de survivre à une méchante électrocution... mais elle ne peut visiblement pas la battre, et est expédiée en deux minutes. Pour quelqu'un qui a encaissé deux souhaits de puissance, il y a de quoi faire appel au service après-voeux.

 

photo, Pedro PascalTant de vent dans un si petit caillou

 

Dans la deuxième partie, c'est Wonder Woman vs très gros ventilateur, qui semble plus efficace pour le brushing de Gal Gadot que pour créer un obstacle digne de ce nom. Non seulement c'est un effet digne d'un mauvais épisode de V Les Visiteurs, mais c'est en plus un ultime obstacle particulièrement faible pour l'héroïne.

L'idée d'éviter un ultime combat CGI pour basculer sur une bataille plus symbolique n'est pas mauvaise, mais le petit twist en-fait-j'avais-mon-lasso-sur-ta-cheville-pour-faire-la-morale-au-monde-entier est digne de Milla Jovovich qui cache une grenade dans la chemise du méchant dans Resident Evil : Chapitre Final. C'est-à-dire le degré zéro de dramaturgie.

 

photo, Gal GadotTrès, très, très utile cette armure

 

UN PEU, parce que c’est aussi féministe que les faux-ongles

Depuis des décennies, la plus glorieuse ambassadrice des Amazones est liée à la question de la représentation des femmes. Qu'il s'agisse de sa caractérisation, des choix de mise en scène effectués pour nous la dévoiler ou des thématiques de ses aventures, narrer l'épopée d'une femme puissante, c'est toujours, a fortiori à une époque où la question du féminisme électrise l'espace public, le sujet omniprésent.

La cinéaste Patty Jenkins n'ayant pas fait mystère de son désir de faire de Diana Prince une héroïne féministe, on attendait d'autant plus le film au tournant sur cette question que le premier volet abordait le sujet de front, avec toutefois d'évidentes fausses notes.

 

photo, Kristen WiigÊtre une femme libérée, ce n’est pas si facile

 

On note d'ailleurs que ce nouvel opus aborde son sujet avec malice, voire avec pertinence. C'est le cas quand il questionne la place des femmes dans la société occidentale des années 80 triomphante, mais aussi quand il pose sa caméra devant Barbara, écartelée entre les injonctions de son temps, la femme qu'elle voudrait être et sa propre sensibilité. La mise en scène sait aussi embrasser son sujet lors des scènes d'action, où Steve Trevor est utilisé exactement pour ce qu'il est : un sidekick volontaire, mais bien impuissant face à une quasi-déesse équipée d'un fouet qui brille dans le noir.

Malheureusement, toutes ces intentions se cassent les dents sur certains loupés, qui les amoindrissent. Pour intéressante que soit l'écriture de la future Cheetah dans la première partie du scénario, le film ne sait progressivement plus quoi faire d'elle, jusqu'à un final qui ne sait plus quoi faire d'elle ni des problématiques qu'elle incarne. Après une maigre joute numérique, l'ensemble feint de la châtier pour sa volonté de puissance (finalement pas si éloignée de celle qui meut Diana), avant de se refuser à trancher, et de laisser Barbara dans le flou le plus total. Et que dire de l'usage de Steve, traité avec un beau sens de l'équilibre, jusqu'à ce qu'il serve une seconde fois à faire progresser sa compagne à un nouveau stade de conscience, comme si après son affrontement contre Arès, il fallait une fois de plus qu'un homme lui donne le mode d'emploi du film.

 

photo"Bon, je tape les méchants, mais à la fin, tu m'aides hein"

 

UN PEU, mais pas plus que les autres super-héros

Comme dit précédemment, il est évident que la sortie maintes fois repoussée de Wonder Woman 1984 a joué en sa défaveur. Son marketing étalé sur des mois a fini par faire retomber le soufflet, tout comme sa distribution quasi-avortée dans les salles obscures. C'est bête à dire, mais au cinéma, le spectateur doit faire l'effort du déplacement, le mettant déjà dans un état d'esprit particulier lors de la découverte d'une oeuvre.

Bien sûr, cet élément de réponse ne suffit pas à expliquer l'échec critique des dernières aventures de l'Amazone guerrière, mais celui-ci paraît assez étrange lorsqu'on considère sa similarité avec un premier opus auquel sa suite se réfère en permanence, ne serait-ce qu'au travers du retour de Chris Pine.

 

photo, Gal GadotQuand tu veux rassembler les spectateurs

 

Et à vrai dire, le film de Patty Jenkins s'inscrit parfaitement dans la mouvance moyenne, mais jamais totalement déplaisante, des films de super-héros. Avec sa pincée d'humour à la Marvel, ses effets visuels criards et ses références aux comics en pagaille, WW84 a les mêmes caractéristiques que n'importe quel autre blockbuster taylorisé.

La différence, c'est que Patty Jenkins croit réellement en sa mythologie super-héroïque, aussi ridicule soit-elle (c'est selon chacun), contrairement à la lâcheté cynique de la majorité des productions Marvel et DC. Elle parvient même à tirer le meilleur de certains vétérans du genre, à l'instar d'Hans Zimmer. Le compositeur germanique, depuis quelque temps plombé par des bandes-originales oubliables, a ici l'occasion de se réapproprier le thème qu'il a créée pour Diana sur Batman v Superman (l'un des plus beaux cadeaux du film de Snyder), et de délivrer une partition aussi ludique qu'inspirée.

Alors certes, le scénario et la mise en scène de Wonder Woman 1984 sont bourrés de problèmes. Mais ces problèmes sont largement (et malheureusement) devenus ordinaires dans le paysage. Difficile donc de comprendre le rejet massif de WW1984, quand Avengers : Endgame, Captain Marvel ou même le premier Wonder Woman semblent avoir eu droit à une grande bienveillance.

 

photo, Gal GadotAvec un bon violoncelle électrique, ça marche tout de suite mieux !

 

UN PEU, parce que la narration est ÉTRANGE

Un film de super-héros de 2h30 n'a plus rien d'extraordinaire aujourd'hui. Le premier Wonder Woman durait dans les 2h20. Black Panther, Thor : Ragnarok et Spider-Man : Homecoming, plus de 2h10. Et si même Ant-Man et la Guêpe approche des 2h pour raconter ça, c'est que tout est possible. Mais le plus étonnant dans WW1984, c'est qu'il dure aussi longtemps, avec si peu d'action. Pour un tel blockbuster, c'est une opération légèrement kamikaze.

Passé un prologue sur Themyscira et un détour par le centre commercial du coin, le public venu chercher de l'action devra patienter, longuement, pour pas grand-chose. Wonder Woman sera contente d'une poursuite sur une route dans le désert, d'un tour par la Maison-Blanche, d'une bagarre avec Cheetah et d'un ventilateur énervé dans sa deuxième aventure, soit quelque chose comme 15-20 minutes. Sur 151, générique compris. Certainement de quoi mettre en péril l'équilibre du blockbuster.

Néanmoins, il y a un certain charme dans ce récit raconté à l'ancienne, avec un goût revendiqué pour le kitsch et les ficelles old school. C'est présent dans les décors et costumes bien sûr, mais pas que : cette foi aveugle dans les personnages et le mystère au coeur de l'intrigue n'est pas toujours payante, mais elle donne une couleur inattendue au film. Ce n'est pas un hasard si Dolos, le méchant dieu de la perfidie, n'apparaît pas et reste simplement évoqué dans quelques dialogues : le vrai ennemi est dans chacun des personnages, qui va devoir s'affronter et potentiellement perdre face à ses troubles intérieurs.

 

photo, Gal Gadot"Ne dîtes pas qu'il y a 19 minutes d'action en fait"

 

NON, parce que Mawxell sait faire un bon méchant

Quitte à assumer un certain ridicule, Wonder Woman 1984 a au moins le mérite de laisser la plupart de ses acteurs cabotiner dans la joie et l'allégresse. À ce titre, le génial Pedro Pascal tire son épingle du jeu avec son interprétation de Maxwell Lord, un businessman dont le sourire est aussi faux que son bronzage. Si Patty Jenkins a très vite expliqué s'être inspirée de Donald Trump pour créer son antagoniste, il est assez malin de voir ce personnage d'entrepreneur bling-bling mettre son grain de sel dans la représentation fantasmatique des années 80. À l'inverse de l'idolâtrie béate d'un Stranger Things, WW84 interroge les conséquences d'une Amérique empêtrée dans un capitalisme carnassier, et dans l'image d'une surpuissance insouciante. 

C'est d'ailleurs pourquoi Pedro Pascal vole instantanément la vedette au reste du casting, tant le lien évident de son personnage à une certaine actualité politique s'accorde avec son écriture logique en pure figure pathétique, déchirée par ses échecs, autant sur le plan professionnel que parental. La relation de Maxwell avec son fils a beau ne pas être finement rendue, elle s'impose aisément comme le coeur émotionnel du film, tandis qu'on suit la descente aux enfers de ce triste méchant vers un terrible populisme, qui engendre par son égoïsme et son ignorance une crise géopolitique sans précédent.

 

photo, Pedro Pascal"Films are good, but they can be better !"

 

NON, parce qu’on sent que Patty Jenkins aime les comics 

À l'heure où il ne faut plus jurer que par l'adoubement des fans, Patty Jenkins pouvait espérer que ceux qui se revendiquent comme tel saluent son approche, et la ferveur avec laquelle elle a travaillé en gardant à l'esprit la substantifique moelle du matériau original, mais aussi de ses précédentes incarnations.

À ce titre, l'ouverture du film (comme dans le premier Wonder Woman) est une représentation particulièrement plaisante de l'univers des Amazones et de la mythologie qui l'accompagne. On sent la réalisatrice désireuse d'épouser à la fois l'ADN kitsch de son décor et la grandeur qu'il doit inspirer, le tout sans une once de cynisme.

 

photoPatty kicks

 

Et les références abondent dans le reste du métrage. Jusque dans ce qui constitue habituellement le parent pauvre des productions super-héroïques, les dialogues d'exposition au sein de décors secondaires, on sent que la caméra instille en permanence une vie, des compositions, qui veulent se rapprocher d'une planche de bande-dessinée. Les interactions entre Diana et Barbara, leur posture dans le cadre, mais aussi l'introduction de Maxwell Lord se montrent bien plus intéressantes, plus finement chorégraphiées que le tout venant du genre.

Même constat dans le dernier tiers du film, alors notre héroïne prend enfin la pleine mesure de ses pouvoirs. La cinéaste choisit de se placer consciencieusement dans les pas de Richard Donner, qui livrait en 1979 un Superman qui devait définir le genre, mais aussi marquer par son rapport profondément optimiste, solaire, aux défis auxquels l'Amérique faisait face.

Non seulement on y pense forcément lors de la séquence controversée où Diana prend littéralement son envol, mais ce morceau de bravoure sera bientôt redoublé par l'usage d'une armure dorée utilisée lors du climax. Introduite dans les comics en 1996 au sein de l'arc Elseworlds : Kingdom Come, (même si encore une fois, c'est au final très différent des comics) elle fait ici partie intégrante du récit, et a bien plus de poids que les artefacts souvent piochés par les blockbusters dans les oeuvres qui les inspirent.

 

photo, Gal GadotLe premier qui mentionne Les Chevaliers du Zodiac va passer un sale quart d'heure

 

NON, parce qu’on a enfin des enjeux

Peu importe la quantité d'immeubles détruits, le nombre de personnages secondaires massacrés, la quantité d'ennemis terrassés ou d'assistants de prods précipités dans des sanibroyeurs, un seul et unique ingrédient s'avère décisif dans l'investissement du spectateur : l'émotion. Et pour qu'un récit nous émeuve, ne serait-ce que superficiellement, il faut que ses protagonistes aient de véritables enjeux engagés dans la poursuite de l'intrigue.

Alors oui, sauver le monde d'une armada d'adversaires numériques représente un enjeu élevé, mais qui ne saurait être suffisant, car trop abstrait pour l'essentiel du public (étant avéré que peu d'êtres humains ont fréquemment le sort de la galaxie entre leurs mains). Il faut donc toujours veiller à ce que héros et antagonistes soient nourris de conflits auxquels nous pouvons nous identifier.

Et pour le coup, Geoff JohnsDave Callaham et Patty Jenkins ont plutôt bien fait les choses. On pense bien sûr au méchant, interprété par Pedro Pascal, caractérisé assez finement comme un père défaillant, un mari raté, mais surtout, un homme pathétique, poussé dans ses pires retranchements par une profonde détestation de lui-même. Maxwell souffre du regard des autres, par conséquent, il se montre prêt à tout pour le transformer en désir, en manipulation et reprendre l'ascendant. Chose rare, sa détresse, qui grandit au même rythme que sa puissance, est palpable, et nous touche.

 

photo, Kristen Wiig, Pedro PascalDeux adversaires plus pathétiques que diaboliques

 

Il en va de même pour Diana et Barbara, au moins jusqu'aux deux tiers du film. La première se rebelle enfin contre un système qui lui a fait ployer l'échine, à tel point qu'il est bien difficile de ne pas prendre fait et cause pour elle quand elle s'élève contre Wonder Woman. Cette dernière n'est pas non plus épargnée par un récit qui, en prenant le temps de chroniquer l'amour (re)naissant qui l'unit à Steve Trevor, pose un dilemme ô combien humain.

Pour triompher, accomplir sa mission, Diana devra sacrifier son amour, quand vivre ce dernier signifierait perdre tout ce qui fait sa puissance. C'est donc son identité qui est dans la balance, alors qu'elle fait face à un choix dont aucune issue ne pourra la satisfaire. Ainsi, nul besoin d'inventer des menaces cosmiques, en plaçant ses héros et vilains devant des enjeux qui les contraignent à prendre de terribles décisions, Wonder Woman 1984 raconte souvent mieux et plus que ses concurrents.

 

photo, Chris Pine, Gal GadotC'est quand le bonheur ?

 

NON, parce qu’on retrouve la pureté des contes

Après Arès le dieu de la guerre au double visage, qui a investi la Première Guerre mondiale pour nourrir le chaos des Hommes, place à... une lampe magique trouvée dans un marché aux puces. Maxwell Lord et Cheetah avaient été présentés comme les grands antagonistes de WW1984, dans la lignée des comics, mais la réalité est plus nuancée : les deux méchants survivent et seule Cheetah a l'honneur de se prendre quelques coups de l'Amazone.

La vraie menace est plus abstraite et symbolique, et relie les deux vilains à l'héroïne : Diana, Barbara et Maxwell sont tous les trois victimes de leurs envies, espoirs et rêves, et devront les affronter pour surmonter les épreuves. C'est digne de La Bande à Picsou, le film : Le Trésor de la lampe perdue, et ça explique en partie l'accueil glacial réservé au film. Car d'ordinaire, les super-héros et super-héroïnes affrontent des ennemis clairs, méchamment méchants, qui sont abattus dans le climax comme un vrai boss de fin. Ici, les scénaristes ont pris un malin plaisir à déjouer une partie de ces codes, quitte à frustrer.

 

photo, Gal Gadot, Chris PineCe rêveee bleuuuuuuuu

 

Néanmoins, cette potentielle faiblesse est aussi la grande force de Wonder Woman 1984. Le film embrasse totalement cette dimension de conte, qui sied parfaitement à la candeur du personnage, du discours gentillet et idéaliste sur l'humain, et de ces années 80 d'une Amérique conquérante en pleine crise de boulimie de plastique et de business.

L'intro où la jeune Diana apprend une grande leçon, le regard omniprésent des enfants sur l'héroïne, la vision d'une humanité entière réunie face à l'apocalypse, la conclusion de téléfilm de Noël... Patty Jenkins a placé son blockbuster sous le sceau de la fable. Jusqu'à la scène post-générique, qui dévoile Lynda Carter (interprète de Wonder Woman dans la série des années 70) en Asteria, la réalisatrice exploite cette idée de féérie.

C'est évidemment possible d'avoir une profonde nausée face à cette aventure qui déborde de sentiments et couleurs, et n'a pas peur d'aller plus loin que trop loin. Mais à l'heure où la figure du super-héros est tiraillée entre la noirceur démonstrative d'un Zack Snyder, et la légèreté grisâtre des films Marvel uniformisés, Wonder Woman 1984 se place ailleurs sur l'échiquier - un peu comme un Aquaman dans son délire CGI radical. Et cette simple et grande naïveté qui dénote dans le paysage, et semble loin des canons de l'époque, en fait un film plus intéressant qu'il n'y paraît.

Tout savoir sur Wonder Woman 1984

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commentaires
Regis
09/04/2021 à 23:00

c'est nul nul nul ... on touche le fond du ridicule
wow l'histoire tient sur un post it

Océane moupa
05/04/2021 à 20:44

Vraiment celui qui a écrit ça déjà c'est n'importe quoi j'ai vu le film il est juste trop bien tu es toujours un peu dramatique à la fin parce que il repart et d'ailleurs ce qu'ils ont regardé et je suis sûr qu'il y en a qui ont pleuré comme moi ils se sont sur passer sur le 2 pour ma part c'est pas un film que je regarderai encore parce qu'il m'a trop touché mais c'est tellement un film à regarder

Pat Rick
05/04/2021 à 17:09

Pas vu, mais le 1er est déjà peu mémorable.

pc
05/04/2021 à 11:01

Oui il est nul : histoire et effets spéciaux baclés, passionnant comme de regarder un lave linge tourner pendant deux heures, actrice (Gal Gadot) froide, antipathique et hautaine. J'ai adoré le premier j'ai détesté le deuxième.

l'autre
05/04/2021 à 09:59

On est plus proche d'une parodie que d'un film...Très grosse déception pour moi alors que j'avais envie de l'aimer ce film ! Le premier se regarde très bien, celui-là c'est douloureux...

Wonderfull zero movie
04/04/2021 à 19:43

ce wonderwoman 1984 devrait avoir sa place aux Razzie Award 2021; mais je ne le vois pas nominé... faut dire que la concurrence est feroce

Andarioch1
04/04/2021 à 19:18

Film dont le message féministe est accentué par le fait, désormais indéniable, que des femmes savent faire des daubasses infâmes comme les hommes

Mark
04/04/2021 à 15:44

En réalité, le traitement de Minerva a de quoi faire revoir à la hausse celui d'Electro/Max Dillon:

-Bien qu'ils divisent, le look civil et l'attitude de Dillon assument un délire comic/cartoon en proposant à Jamie Foxx un rôle à contre-emploi, là où Minerva reste le type de personnage gauche ayant fait la renommée ciné de Kirsten Wiig, un choix aussi logique que peu inspiré.

-L'histoire de Dillon est amenée de façon plus efficace, souvent dans l'action et évitant la redondance. Il est sauvé par Spider-Man dès le début, devient Electro avant la fin de la première heure... Ça ne traîne pas. Pour Minerva, le scénario se répète: elle explique au restau ce qui a déjà été compris avant, a le droit à plusieurs séquences distinctes de découverte des pouvoirs (la porte du frigo, la salle de gym, la vengeance dans la rue...). En temps d'écran et pertinence pour le récit, TASM2 gère mieux son personnage.

-Niveau spectacle, Electro et ses pouvoirs permettent d'apporter quelque-chose de plus épique et inventif que les combats génériques de WW84 (revoir les séquences de Times Square et la centrale de TASM2... Graphiquement autre chose que le hall de la Maison-Blanche ou l'escarmouche peu éclairée sur l'île).

Dommage alors que, malgré la proximité apparente de ces deux profils, WW84 reste dans la banalité, là où TASM2 proposait davantage de surprise, d'efficacité et de folie (qui peuvent déplaire, mais c'est une autre histoire).

prof west
04/04/2021 à 14:49

Ce film est une bouse monumental !!!!! dc commence a faire des bouses comme marvel au diable ce film heureusement la snyder cut ma calmé

Pseudo
04/04/2021 à 14:30

Pour répondre à la question, oui c'est vraiment si nul.

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