Films

Tout James Bond : L’Espion qui m’aimait, ou la première vraie James Bond girl ?

Par Lino Cassinat
19 juin 2021
MAJ : 21 mai 2024
12 commentaires
photo, Roger Moore, Barbara Bach

Roger Moore alias James Bond trouve son égal avec Barbara Bach dans L’Espion qui m’aimait, dixième épisode réalisé par Lewis Gilbert.

Alors que le monde attend encore Mourir peut attendre, qui sortira selon la légende le 6 octobre 2021, Ecran Large a plus de temps que de raison pour revoir tous les films de la saga James Bond, de Sean Connery à Daniel Craig.

Roger Moore est à l’honneur avec son troisième épisode dans le costume de 007, sorti en 1977. Et si le titre L’Espion qui m’aimait laisse planer le doute sur qui se cache derrière ses mots (James ou Anya ?), c’est peut-être parce que c’est l’un des meilleurs rôles féminins dans la saga culte, adaptée de Ian Fleming.

 

Affiche

 

DE QUOI ÇA PARLE ?

Deux sous-marins nucléaires, un britannique et un russe, disparaissent mystérieusement des écrans radars. Les Russes envoient immédiatement leur meilleur agent sur le terrain, le major Anya Amasova nom de code XXX, obligée d’interrompre une partie de jambes en l’air avec son amant également agent secret déployé en Autriche.

Les Anglais font de même et James Bond, lui aussi en train de copuler dans un chalet en Autriche, est aussitôt rappelé de sa mission d’explorations des crevasses montagnardes et rentre au QG en ski, non sans avoir d’abord échappé à une mystérieuse embuscade au cours de laquelle il tue un de ses poursuivants. Le MI6 remonte la piste jusqu’au Caire, prochaine destination de James Bond.

 

photo, Roger MooreNon ce n’est pas Gstaad

 

Pendant ce temps, dans une base sous-marine décorée comme l’appartement d’Hannibal, un vilain vieux monsieur à l’accent allemand et aux yeux bleus perçants nommé Blofeld Stromberg remercie deux scientifiques d’avoir développé pour lui un système de pistage de sous-marins nucléaires. Puis il dégomme une taupe dans son organisation ayant fait fuiter cette technologie sur un microfilm perdu dans la nature. Résultat : sa secrétaire se fait dévorer par un requin sous les yeux terrifiés de deux scientifiques.

Remerciés pour leurs bons et loyaux services, ils s’en vont, mais pour faire bonne mesure, Stromberg fait sauter leur hélicoptère quand même en appuyant sur un bouton avec ses mains palmées et envoie deux hommes de main – Sandor, mais aussi et surtout, le fameux Requin, colosse muet à la mâchoire en titane – récupérer le microfilm compromettant.

Dans le désert aride, James Bond consulte un ami qui lui confirme que le microfilm a atterri dans les mains d’un dénommé Max Kalba, qu’il pourra rencontrer via un certain Fekkesh. James Bond passe une nuit avec une fille offerte par son ami, puis s’en va chez Fekkesh. Fekkesh est indisponible et lui envoie sa secrétaire pour « patienter », mais à peine ont-ils commencé à « patienter » et se léchant mutuellement la glotte que Sandor tente d’assassiner James Bond. James Bond le tue, mais pas de bol, la secrétaire est morte, et si James Bond a la dalle, il n’est pas nécrophile.

 

photo, Richard KielRequin, un beau bébé de 2m20 atteint d’acromégalie

 

Avant de mourir et pour tenter d’épargner sa vie, Sandor a appris à James Bond que Fekkesh se rendrait aux pyramides de Gizeh le soir même. James Bond y va et trouve Fekkesh en pleines négociations avec XXX, son homologue du KGB. Mais Fekkesh aperçoit Requin. Pris de panique, il tente de s’enfuir, mais se fait arracher la carotide à coup de dents de Requin dans une des pyramides. XXX et 007, Russie et Angleterre, sont obligés de faire équipe pour remonter la piste jusqu’à Max Kalba qu’ils retrouvent à une soirée mondaine dans son club… au cours de laquelle il est assassiné par Requin. Ce dernier prend le microfilm et s’enfuit avec un van dans lequel Anya Amasova et James Bond parviennent à monter discrètement, du moins le croient-ils.

Requin les conduit en effet au milieu d’une ruine égyptienne en plein désert et tente de les assassiner avec sa force brute, mais il se fait subtiliser le microfilm par XXX tandis que 007 parvient à prendre les clés de son van. Les deux s’échappent de justesse, mais la brutalité surnaturelle de Requin, qui a arraché des pans entiers de la camionnette, les oblige à abandonner le véhicule et rentrer au Caire en bateau. Pendant la croisière, James Bond tente de mettre une main au panier de XXX, qui l’endort avec une cigarette piégée et se barre avec le microfilm.

 

photoRi-di-cule

 

Penaud et bêtement arnaqué, il rentre au QG secret du MI6 dans une haute pyramide… et constate que sa maison-mère a établi une coopération avec le KGB pour faire face à la menace terroriste tierce, localisée en Sardaigne. XXX et 007 font officiellement équipe. Pendant leur voyage en train jusqu’à l’île (nous on aurait pris un bateau, mais bon), James Bond retente de faire dérailler son wagon dans le tunnel de XXX grâce à une bouteille de champagne. Elle dit non, puis Requin tente de la tuer, James Bond la sauve, du coup elle dit oui.

Une fois en Sardaigne, l’histoire redevient beaucoup plus classique : Stromberg tente de les tuer, mais ça ne marche pas. XXX est de plus en plus entichée de James Bond, mais elle apprend qu’il a tué son amant au début du film, et jure de le tuer une fois Stromberg liquidé. La paire localise la base aquatique de Stromberg et s’y rend grâce à un sous-marin affrété par les Américains, qui ont rejoint la coopération. Malheureusement, Stromberg les a vus venir et capture tout le monde.

 

photoTu sais ça se serait mieux passé pour toi si tu étais resté concentré sur ta mission

 

 

Il en profite pour révéler que son plan est de pousser les nations à une guerre thermo-nucléaire globale en faisant tirer un missile nucléaire sur Moscou depuis le sous-marin britannique et un autre sur New York avec le sous-marin russe, qu’il a capturés au début du film grâce à son gigantesque bateau cargo avaleur de sous-marin, soit la copie carbone du plan de Blofeld dans On ne vit que deux fois, mais avec des sous-marins à la place des satellites. Pour la peine, après moult fusillades laborieuses, James Bond le tue en lui tirant dans le pénis avec le plus long pistolet du monde. Après avoir gagné ce duel phallique, Requin tente de tuer Bond, mais Bond envoie Requin aux requins. Il parvient cependant à s’échapper et reviendra dans Moonraker.

Pour finir, Bond se requinque en s’échappant avec XXX dans une capsule de survie. XXX en profite pour le tenir en joue, mais renonce finalement à le tuer pour aller à la pêche aux moules avec James Bond, qui lui ouvre le panier de crabes devant les officiels du KGB, du MI6 et de l’armée américaine. FIN.

 

photo, Roger Moore, Barbara BachTu veux que je te fasse sauter le bouchon ?

 

POURQUOI C’EST UN DES MEILLEURS ROGER MOORE

Tout est dans le titre : pour la première fois, James Bond trouve une partenaire avec qui il fait jeu égal, à tel point qu’on pourrait parler de la première vraie James Bond girl, à savoir un décalque du personnage, mais au féminin. Intelligente, dangereuse, séductrice, infaillible, mais aussi volontiers joueuse, Anya Amasova est un double de James Bond, frappée d’ailleurs elle aussi par le même évènement tragique : la mort de l’amour de sa vie.

De leur rencontre naît une alchimie assez nouvelle au sein de la saga James Bond : ni une pimbêche en détresse ni une veuve noire fatale, Anya Amasova échappe à l’emprise dominatrice de James Bond et au jeu du chat et de la souris. Elle fait jeu égal avec l’agent anglais, dont elle se joue à plusieurs reprises et qu’elle prend régulièrement à ses propres pièges et démons. Leur dialogue au club sur la femme décédée de 007 est d’ailleurs explicite : elle connaît son talon d’Achille ainsi que son numéro de séducteur et n’est pas dupe.

De leurs échanges à la frontière entre compétition et séduction naîtront les meilleurs moments du film, notamment lors de leurs péripéties en Égypte, de loin le meilleur segment du film. Leur alliance de circonstance face à Requin fait alors des étincelles et donne lieu à des échanges savoureux, mais surtout à une variation amusante et engageante du motif de la James Bond girl. Un motif qui avait touché le fond du machisme collant avec Solitaire et Mary Bonne-Nuit.

 

photoAttention à la tarte

 

Autre qualité remarquable : Requin, ou le Bane de James Bond (à qui il fait la même prise qu’à Batman d’ailleurs). C’est un des hommes de main les plus marquants de toute la saga et pour cause ! Avec son physique à la Frankenstein en costume, son impressionnante mâchoire en acier et son mutisme glaçant, Requin est littéralement une machine à tuer, un Terminator avant l’heure que rien n’arrête – pas même une camionnette, un requin, un train ou un ensevelissement sous une tonne de gravats – et qui ne vit que pour accomplir son programme, même après la mort de son boss et l’échec de son plan.

L’aura surnaturelle de Richard Kiel permet à plusieurs reprises au film de se nourrir d’un univers visuel atypique pour la saga qui se met à expérimenter et tenter de nouvelles choses avec plus de succès que Vivre et laisser mourir. Les nombreux hommages discrets aux films de la Hammer ainsi que l’emprunt de leurs codes épicent ce James Bond avec beaucoup de goût et de classe visuelle, sans pour autant verser dans le clin d’oeil trop appuyé – sauf ceux à destination de Lawrence d’Arabie. Encore une fois, ce sont particulièrement les séquences en Égypte qui révèlent une cinégénie bienvenue au sein de la période Roger Moore qui, malheureusement, continue globalement à ne rien prendre au sérieux.

 

photo, Roger Moore, Richard KielLe meilleur homme de main ?

 

POURQUOI C’EST QUAND MÊME DIFFICILE À REGARDER

Si L’Espion qui m’aimait est un des seuls films intéressants de la période Austin Powers Roger Moore, caractérisée par sa décomplexion et sa légèreté, il n’en demeure pas moins un film extrêmement daté et mettant en exergue de nombreux codes devenus aujourd’hui au mieux obsolètes, au pire franchement rances. Le principal problème, c’est donc James Bond lui-même et l’héroïsme à la papa qu’il incarne, dont la classe vestimentaire peine à cacher la profonde beauferie, comme si on avait mis un noeud papillon et des cheveux à Michel Blanc des Bronzés.

James Bond n’est donc pas vulgaire, mais il est aussi souvent grossier et imbuvable que sa parodie Archer, sauf que ce dernier est une parodie justement. Voir cette figure endosser le costume de héros et lever de la potiche avec une blague de cul pire qu’une bio Tinder a de quoi écoeurer, avec les lunettes de 2021 comme avec celle de 1977. D’autant plus, à une époque où le Nouvel Hollywood en pleine gloire impose de nouveaux héros masculins loin des comportements de chameau de James Bond et consorts. Même si XXX apporte de la nuance, on reste donc malgré tout dans les heures les plus sombres de la saga concernant sa misogynie, et même leur dynamique amusante est parasitée par de vieux réflexes sexistes.

 

photo, Roger MooreBon allez, l’Angleterre n’attend pas

 

Plus prosaïquement, L’Espion qui m’aimait souffre également de problèmes techniques qui l’empêchent définitivement d’accéder au statut d’immanquable. Une fois les chamailleries de 007 et XXX terminées et leur partenariat entériné, le film ne redémarre jamais vraiment, la faute à une intrigue particulièrement creuse et revue.

En résulte un film donc très déséquilibré avec une seconde moitié de plus en plus laborieuse avec ses fusillades fades et son antagoniste sans envergure, condamné à n’être qu’un sous Blofeld qui ne dit pas son nom – ici interdit d’usage à cause d’un problème de droits – en plus de copier ses plans. D’ailleurs, ce n’est pas dur : tout le monde se souvient de Requin, personne ne se souvient de Stromberg. Et ce quand bien même Curd Jürgens fait ce qu’il peut pour avoir l’air d’autre chose qu’un richissime vieux lubrique en peignoir. DSK en fait.

 

photo, Roger Moore, Barbara Bach, Curd JürgensDS quoi ?

 

LE BUSINESS BOND

13,5 millions de dollars engloutis dans les coûts de production, 7,5 millions dans les coûts de promotions pour un box-office global de 185 millions de dollars dont 46 aux US seuls. Après la baffe L’Homme au pistolet d’or, L’Espion qui m’aimait est un retour en grande forme et signe alors la meilleure performance historique du studio United Artist.

Bien que la critique soit divisée à sa sortie, tous s’accordent à dire qu’il s’agit du meilleur épisode de la période Roger Moore, et ce titre est aujourd’hui assez peu disputé (par Rien que pour vos yeux). Un carton et le début des gros scores pour l’ère Roger Moore. En France c’est la même tendance, puisque le film soulève 3,5 millions d’entrées, le pic de l’ère Roger Moore dans notre pays.

Pour autant, au regard de l’année 1977, James Bond est dépassé par la plupart des nouveaux phénomènes culturels, preuve que les temps ont changé et que la saga commence à sentir le renfermé : La Fièvre du samedi soir, Rencontres du troisième type, Rocky et bien entendu Star Wars : Episode IV – Un nouvel espoir écrasent tous 007.

 

photoÀ la prochaine les jeunes

 

UNE SCÈNE CULTE

On aurait pu jouer la facilité et dire le savoureux combat à trois avec Requin, XXX et 007 en Égypte, mais pour le spectacle on garde la fin de la scène d’ouverture à ski, qui a tout pour elle : à la fois la meilleure cascade du film et une de ses meilleures blagues visuelles.

 

 

Poursuivi par ses assaillants russes vêtus de noir, James Bond saute à ski du sommet d’une montagne, s’élance dans le vide dans un silence suspendu et sa combinaison jaune canari… avant d’ouvrir un parachute imprimé avec le drapeau anglais et voilà que les notes du thème claquent dans les enceintes. Du pur James Bond.

Rédacteurs :
Tout savoir sur L'Espion qui m'aimait
Rejoignez la communauté pngwing.com
Pictogramme étoile pour les abonnés aux contenus premium de EcranLarge Vous n'êtes pas d'accord avec nous ? Raison de plus pour vous abonner !
Soutenir la liberté critique
Vous aimerez aussi
Commentaires
guest
12 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires
Starfox

Et la Lotus esprit qui se transforme en sous-marin, on en parle ? À mon avis, l’une des meilleures caisses de ce bon vieux 007.

jorgio6924

« il n’en demeure pas moins un film extrêmement daté et mettant en exergue de nombreux codes devenus aujourd’hui au mieux obsolètes, au pire franchement rances »

L’époque était différente d’aujourd’hui. Les films que vous adulez maintenant finiront extrêmement datés et mettront en exergue de nombreux codes devenus au mieux obsolètes, au pire franchement rances dans les années à venir.

Les années 70 appelaient à cette démesure outrancière que l’on appelle nanardesque aujourd’hui.
Après la place de la femme dans un JB est effroyable et confine au nanar.
Certains JB sont très grossiers, je pense à « On ne vit que 2 fois »: James Bond au pays de la femme soumise et pas besoin d’aphrodisiaques si pas de sexe après… Là, je vous rejoins.

Après, je ne critique pas les Bond de Craig, je les apprécie tous à différents degrés mais notre époque était triste bien avant le Coronavirus.
Aujourd’hui, l’époque est à la dramaturgie, il faut donner l’impression que le héros porte sa mission comme Jésus porte sa croix.
Cela colle bien.

Demain, ce sera autre chose.

Daddy Rich

Pourquoi traiter Et résumer cet opus à un film « daté » et « obsolète »?
C’est le destin de toute la saga James Bond non?
Du fait de leur ancrage dans la période à laquelle ils sont réalisé?
Que dire de BON BAISER DE RUSSIE? (période communiste rouge méchant)
de VIVRE ET LAISSER MOURRIR (la blaxploitation des 70’s) et ainsi de suite…
Les films de la période Craig deviendront eux aussi un jour « obsolètes »

C’est justement la difficulté de la majorité des films encrés dans une époque, que de ne pas VIEILLIR!
Et au final, perso, je trouve que L’ESPION QUI M’AMAIT est un des meilleurs James Bond hautement recommandable!

Miglou dans son igloo

C’est les nouvelles tendances culturelles qui commencent à sentir le renfermé et la censure

Ankytos

Je rejoins mes camarades ci-dessous pour penser qu’il n’est pas très intéressant d’évaluer le contenu d’un film à la lumière des préoccupations sociétales actuelles. Est-ce d’ailleurs jamais intéressant d’un point de vue cinématographique, même pour les films actuels ? Pas sûr.
D’ailleurs, évaluer une œuvre en fonction de la vertu ou moralité du personnage principal ne me semble pas très pertinent. James Bond est macho, un peu lourdingue voire beauf (même si ce dernier adjectif me semble discutable) ? Et ? Cela signifie simplement que James Bond n’a pas que des qualités. Ce qui le rend plus sympa qu’un personnage qui n’aurait aucun défaut et qui serait bien fade et ennuyeux, du coup (ce que les bons scénaristes évitent de faire).
Ce n’est que du cinéma d’exploitation qui ne vise qu’à divertir. S’il est une chose bien critiquable, c’est la réalisation plutôt plate et déjà un peu vieillotte à l’époque.