Films

Robert Pattinson : de bellâtre dépressif à psycho-Droopy, itinéraire d’un Batman gâté

Par Simon Riaux
11 novembre 2020
MAJ : 21 mai 2024
4 commentaires

Superstar adolescente puis icône ombrageuse, Robert Pattinson a surpris Hollywood et les cinéphiles au cours d’une décennie riche de rôles inattendus.

Photo Robert Pattinson

Quand Twilight sort en 2009, le jeune acteur Robert Pattinson est instantanément transformé en star planétaire et en sex-symbol adolescent. Une trajectoire qui aurait pu être celle d’un météore, voué à disparaître sitôt la saga achevée. Mais le comédien a su avec une agilité confondante se reconvertir dans un cinéma d’auteur exigeant, jusqu’à gagner ses galons d’artiste complet. Une consécration qui devrait être totale avec The Batman, pour lequel il retrouve les grands studios hollywoodiens, à la faveur d’un des rôles les plus convoités de l’industrie. 

Mais comment a-t-il pu devenir une super-star internationale d’une telle ampleur ? Passer de bellâtre diaphane de bluette adolescente à dark knight de blockbuster, tout en jouant les âmes torturées du cinéma indépendant ? Revenons sur l’itinéraire d’un Droopy incandescent, belle gueule énigmatique et acteur parfois kamikaze. 

 

photo, Robert PattinsonUn dossier qui va vous mettre de bonne humeur

 

VAMPIRE MALGRÉ LUI  

Novembre 2011, quelques jours avant la sortie officielle de Twilight – chapitre 4 : Révélation (1ère partie) a lieu une avant-première, dans un cinéma parisien, à quelques encablures de l’Opéra Garnier. Le phénomène Twilight est alors à son apogée. Depuis le début de la journée, les fans se sont massés en grappes denses, compactes. Les barrières qui les séparent du tapis rouge ont disparu derrière des chapelets de phalanges rendues blafardes par le froid et la pression des centaines de corps luttant pour se rapprocher, s’agglutiner, apercevoir l’équipe du film. 

Rendez-vous a été donné à la presse un peu plus de trois heures avant l’arrivée programmée de l’équipe. Et pour ceux qui n’auraient pas encore pris la pleine mesure du phénomène qui entoure la franchise, lequel portera quelques années encore l’éphémère mode dite du Young Adult, le constat est sans appel. Le brouhaha métallique de Paris a disparu, absorbé par la clameur d’adolescents dont les cordes vocales déchirent l’automne dès que se profile une berline, ou sitôt un dévot convaincu d’avoir entendu quelqu’un murmurer que les stars étaient en chemin.  

 

Droits OK, c'est vieille vidéo ELUne certaine idée de la passion

 

Quand Billy Burke et Ashley Greene foulent le tapis rouge, les hurlements montent encore d’un cran. Mais quand Robert Pattinson débarque, l’acclamation se métamorphose en rugissement. À tel point qu’on se demande s’il est possible de réaliser le micro-entretien sur tapis rouge pour lequel on a été invité. Une interrogation qui s’envole en découvrant la silhouette de Pattinson, qui détonne radicalement avec le barnum hystérique qui se précipite jusqu’à lui.

Quelques secondes plus tôt, ses collègues ont fait montre d’un professionnalisme à toute épreuve, serrant de la paluche, dédicaçant, prenant la pose pour les selfies, armés de sourires imperméables et, espère-t-on de bouchons d’oreilles en cuir de baleineaux. Cadrés, chaleureux, mécaniques, comme tout artiste prié de défiler selon un tempo ultra-cadensé, à la faveur d’un rituel médiatique furibard, aussi bruyant que superficiel. 

Pattinson, s’il fait preuve de bonne volonté, semble autrement plus troublé par ce dispositif surréaliste et l’attention qui se focalise sur lui. Le jeune homme est souriant, n’esquive ni les mains tendues, ni les pupilles dilatées d’adolescents à deux doigts de la descente d’organes, mais on sent, ici et là, un vacillement, une valse-hésitation, comme si son sentier de gloire menaçait par instant de virer au chemin de croix. 

 

Droits OK, c'est vieille vidéo ELL’effet Cronenberg

 

Et quand arrive l’ultime station, devant l’auteur de ces lignes, le comédien paraît perdu, comme écrasé par les torrents d’affection aveugle qui viennent de se déverser sur lui. On lui hurle piteusement quelques questions en anglais, aussi banales que ses réponses, débitées avec la politesse mécanique d’un automate à court de batterie. Et quand on lui mentionne sa participation au très attendu Cosmopolis de David Cronenberg (qui sera sélectionné quelques mois plus tard en compétition au Festival de Cannes), tout en lui change soudain.  

Il ne peut rien en dire et se montrera aussi peu disert que redouté, mais l’étincelle qui habite désormais ses prunelles et le plaisir manifeste qui est le sien d’évoquer Cronenberg laisse peu de doute. Robert Pattinson est déjà ailleurs, loin des paillettes de l’avant-première de Twilight et de son personnage de vampire aux reflets diamants. Et on se surprend à penser soudain que ce visage énigmatique, cette présence que la franchise vampirique n’aura fait qu’effleurer nous réserve probablement de grandes surprises. 

 

photo, Kristen Stewart, Robert Pattinson« Du cinéma d’auteur, vite »

 

EDWARD ACCULÉ

Robert Pattinson, sur les conseils de son père, importateur de voitures de collection, s’essaie au théâtre, en intégrant la Barnes Theatre company, troupe locale de son quartier de Londres. Expérience fructueuse, qui lui vaudra de se faire remarquer par un agent en 2004. 

Un petit rôle dans L’Anneau Sacré, et un autre coupé au montage de Vanity Fair, la foire aux vanités, lui permettront d’en obtenir un troisième, plus conséquent, dans Harry Potter et la Coupe de feu. C’est ce dernier qui sera son tremplin vers Twilight. Pensé comme un long-métrage à destination d’un public jeune, adaptation de romans à succès, l’objet n’en reste pas moins hybride : confié à Catherine Hardwicke, remarquée grâce à Thirteen et Les Seigneurs de Dogtown, il jouit ainsi d’un sceau de respectabilité, capable d’aiguiser la curiosité des cinéphages. 

Le succès sera instantané et international. Edward Cullen, suceur de sang romantique se consumant d’amour pour Bella empourpre les joues et malmène les palpitants, alors que se met en branle la production d’une franchise dont le succès va croissant. Un succès, une attention et une médiatisation qui laissent un goût amer à l’acteur qui se répandra en révélation à la franchise étonnante, dès 2011.

Chez Howard Stern, il raconte par le menu comment ses agents ont dû se précipiter sur le plateau, tant les producteurs du premier Twilight voyaient d’un mauvais oeil sa prestation sérieuse et compassée, dans laquelle il fut contraint d’injecter quelques sourires, sous peine de renvoi. Toujours chez Stern, il expliquera ne pas avoir particulièrement apprécié de collaborer avec la romancière Stephenie Meyer, « complètement folle et amoureuse de sa propre création »

 

Photo Robert Pattinson« Arrête ou ma main va tirer »

 

Ici et là, il donne le change et évoque l’atmosphère chaleureuse qui régnait sur le plateau. Mais difficile d’oublier que sa romance avec Kristen Stewart sera à l’origine d’une pression médiatique délirante, intrusive et continue. Une véritable traque qui virera à la chasse aux sorcières lorsque l’actrice se verra qualifiée de tous les noms après que soit révélée son aventure avec le réalisateur de Blanche-Neige et le chasseur.

Robert peut bien jouer le jeu de la promotion, on imagine mal le jeune homme vivre cette tornade comme une vague de chaleureuse humanité. Et pour ce qui est des films eux-mêmes, il se montrera plus impitoyable encore lors d’interviews écrites, dans les colonnes de Vanity Fair, en 2011.

« C’est étrange de prendre part à cela, d’en venir à représenter quelque chose que vous n’aimez pas particulièrement. » La même année, il ira plus loin avec les équipes de Moviefone : « Je crois que je suis une personne assez cynique et catégorique, qui haïrait ces films par réflexe, sans même prendre la peine de les regarder. Je suis une mauvaise personne. »

On n’ira pas jusque là, mais une chose est sûre, Pattinson ne veut rien de plus qu’abattre cette image de beau gosse à l’âme plus lisse qu’un postérieur de nourrisson. Et comme il l’espère, David Cronenberg va lui en donner l’occasion.

 

Photo Robert PattinsonEt il y aura Maps to the Stars après Cosmopolis

 

À Cannes, en mai 2012, on attend Cosmopolis avec curiosité. Depuis Crash et surtout A History of Violence, le metteur en scène canadien a finalement conquis les derniers critiques à regarder encore d’un mauvais oeil le pape de la body horror. Le voir adapter le roman culte de Don DeLillo aiguise les appétits cinéphiles.

Le métrage aura des airs de doigt d’honneur stellaire, tant Cronenberg se complaît à livrer un pensum pervers et excessivement littéraire, passionnant mais aride, tandis que son comédien jubile manifestement d’écorner son image de jeune premier. Il est ici un banquier prédateur, qui progresse mollement dans une cité en pleine déliquescence, depuis une limousine où il reçoit conseils et touchers rectaux. Cosmopolis ne déclenche pas un enthousiasme inouï, tant s’en faut, et les fans de l’acteur ont un chouia l’impression qu’on vient de leur fouetter le visage avec des boyaux de hyène morte, mais tout le monde ne peut que constater l’investissement de l’artiste.

 

photo, Robert PattinsonUn rôle de chien battu dans The Rover

 

L’ART D’EN FAIRE TROP

Et après cette première incursion du côté des rôles azimutés et du cinéma d’auteur, Robert va se lancer à corps perdu dans cet univers aux antipodes de Twilight. Débile léger perdu au coeur d’une Australie post-apocalyptique dans The Rover, de retour chez un Cronenberg toujours glacial et pervers dans Maps to the Stars, il tente de se donner toujours plus, d’expérimenter à chaque fois un peu plus loin. Qu’il se transforme en gardien de phare alcoolique et masturbateur dans The Lighthouse, explore l’Amazonie profonde avec James Gray ou se fasse traire dans les confins de l’espace pour High Life, il passe de défi en challenge avec une agilité confondante.

Pour un peu, on a le sentiment qu’il fascine les metteurs en scène avec lesquels il travaille, exactement de la même manière qu’il sut capter l’attention et la passion de millions d’adolescentes, transformant les cinéastes en midinettes énamourées. Et si la réalisatrice Claire Denis n’est pas avare de déclarations à l’emporte-pièce, remuantes, lorsqu’elle évoque Robert Pattinson dans les colonnes d’Interview Magazine, difficile de ne pas voir, déguisé en malice, le trouble qu’instille le comédien sur le plateau.

Elle y explique qu’elle devait régulièrement maintenir un contact physique avec son acteur sur le plateau, rappelant la proximité entre le lien amoureux et bleui démiurgique, qui unit metteur en scène et comédiens. Et quand le journaliste lui fait remarquer que de l’extérieur, Robert paraît éminemment troublé par Claire Denis, sa réponse amuse. 

 

photo, Robert PattinsonSa vie en l’air

 

« Je veux dire, oui, je l’ai intrigué. Mais est-ce qu’il était amoureux de moi ? Je n’y aurais pas survécu. »

Et s’il y a bien une qualité hypnotique dans les compositions de Pattinson, d’où vient-elle ? Peut-être de ce double mouvement qui paraît toujours habiter ses performances, comme s’il parvenait simultanément à sous-jouer et surjouer. Passant avec une énergie ludique d’un cabotinage furieux à une sorte d’ascèse monolithique, jouant à la fois le chaud et le froid.

C’est ce qu’il accomplit avec espièglerie dans Le Diable, tout le temps, où d’une séquence à l’autre, il se vautre dans un accent du sud à la limite du cartoon, pour construire quelques secondes plus tard de longues tirades statufiées, obligeant le spectateur à jongler avec lui, chercher quelle mécanique secrète anime le charismatique comédien.

 

photo, Robert PattinsonLe Pattinson, tout le temps

 

DOCTOR WAYNE ET Mr. BAT

Une dualité qui s’exprime aussi physiquement. Peu d’acteurs peuvent se targuer d’être à ce point versatile, de se transformer aussi radicalement, non pas grâce à des kilos de latex, mais une simple inflexion photographique, un jeu du cadre, ou un changement d’angle, parfois simplement d’objectif. Le jeune homme de Twilight n’est pas foncièrement différent du Dauphin de Le Roi et pourtant, leur interprète y est méconnaissable. Et si Pattinson a retrouvé avec Tenet un cinéma plus grand public, via un rôle beaucoup plus positif, l’énergie qu’il dégage dans la peau de Neil, sorte de faux sidekick enduit de cool, est une nouvelle fois inédite au sein de sa filmographie.

On se désolait un peu, courant octobre, de voir un Tom Hardy muscler une seule corde à son arc, mais l’appétit avec lequel Robert Pattinson varie de registre et de degré d’intensité donne, en comparaison, le vertige. Et c’est à nouveau dans cette énergie duelle qu’il faut chercher ce qui fait de lui un Bruce Wayne/Batman idéal.

Quelques esprits chagrins (voire un peu obtus) ont estimé que son casting dans le rôle du Dark Knight était le symptôme d’une nouvelle veine dépressive, d’une tentative de renouer avec le réalisme anthracite et bien peu coloré de Christopher Nolan. Avec un réalisateur de la trempe de Matt Reeves aux commandes, rien n’est moins sûr.

 

photo, Robert PattinsonRobert Pattinson, plus profond qu’il n’y parait dans Tenet ?

 

Malgré une poignée de culturistes sidérés que le nouveau Batman ne soit pas un veau aux hormones capables de broyer les crânes de ses ennemis entre deux orteils, les premières images de The Batman, dévoilées lors du DC Fandome, ont provoqué une immense attente. Un peu comme si un choix critiqué de longue date par une partie des fans (ce qui a été le cas lors du casting d’absolument chaque Chevalier Noir) faisait enfin sens, en une poignée de photogrammes issus des toutes premières semaines de tournage. Un Batman renouant avec ses origines de polar, un investigateur se fondant dans la nuit, racé, un prédateur nocturne néanmoins capable de sursaut de violence brute.

Mais surtout, un Bruce Wayne tourmenté, qui semble dans les rares images où il apparaît, sur le point de basculer. Dans l’horreur, ou la rage pure. Des éruptions que ce premier trailer nous permet d’entrapercevoir quand le Justicier dérouille jusqu’à l’acharnement un homme de main. Et à bien y regarder, c’est peut-être, grâce à cette dualité enfin totalement incarnée, que ce nouveau Chevalier de Gotham a instantanément marqué les esprits.

 

Photo Robert PattinsonLe gotha de Gotham

 

L’excellent Michael Keaton semblait se dissoudre sitôt le costume enfilé, Val Kilmer et George Clooney ne furent jamais plus à l’aise que lors de shootings photos de promotion de leurs films respectifs, Christian Bale mutila son Chevalier Noir à coup de bronchite mutante, avant que Ben Affleck ne nous offre un Batou puissamment sauvage, et un Bruce… un peu trop porté sur le sandwich aux nouilles arrosé de Prozac.

Autant dire qu’en comparaison, Pattinson semble idéalement « équilibré » pour se glisser sous la cagoule de l’homme chauve-souris, et en mesure d’accueillir la froide dissimulation qui préside à son existence, aussi bien que les saillies de rage qui se doivent de l’animer. « Je suis la vengeance » susurre-t-il dans la bande-annonce de The Batman. Et peut-être bien une superstar d’un genre nouveau.

 

Rédacteurs :
Tout savoir sur Robert Pattinson
Suivez-nous sur google news
Pictogramme étoile pour les abonnés aux contenus premium de EcranLarge Vous n'êtes pas d'accord avec nous ? Raison de plus pour vous abonner !
Soutenir la liberté critique
Vous aimerez aussi
Commentaires
guest
4 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires
Numberz

@的时候水电费水电费水电费水电费是的 la personne du dessous.

En même temps, quoi de plus normal de parler franc maçonnerie pour un article qui montre comment cet acteur a construit sa carrière ?

Sinon, oui Mr Riaux, j’ai rien compris au commentaire de cette personne. Du coup, j’attends votre réponse, à coup de boyaux de hyènes si possible..

Adrienne

Ce que je préfère dans les commentaires ce sont vraiment les réactions de complotistes totalement à côté de la plaque. Quand les OSS 117 de l’investigation se penchent sur les coulisses d’Hollywood… à mourir de rire. De quoi ensoleiller cette matinée de confinement.
Bon, pour en revenir à Patinson, merci pour cet article qui résume bien son parcours et ravive comme une envie de redonner une chance à Cosmopolis qui m’avait un peu ennuyé mais n’a jamais quitté mon esprit. Signe que quelque chose palpite là-dedans.

Flash

Le : Robert, pour teens……. J’ai l’impression qu’il écrit souvent sur ce site avec d’autres pseudos, car je lis souvent les mêmes conneries sur divers sujets.
Pour en revenir à Pattinson, physiquement J ai vraiment du mal avec cet acteur, mais je dois reconnaître qu’il est plutôt bon acteur.

Cklda

Belle prose M. Riaux. Et je partage votre curiosité pour M. Pattinson, qui je pense gagne le droit qu’on lui reconnaisse au moins de mener son métier d’acteur avec une ambition d’artiste.