Tenet de Nolan : James Bond halluciné ou ego trip bourrin ?

La Rédaction | 27 août 2020 - MAJ : 04/09/2020 13:08
La Rédaction | 27 août 2020 - MAJ : 04/09/2020 13:08

On analyse Tenet et on va dans le détail, alors si vous n'avez pas encore vu le film, ATTENTION SPOILERS.

Attendu depuis des mois, le nouveau Christopher Nolan est enfin en salles. Véritable condensé de son cinéma, Tenet est parti pour passionner et diviser plus que n’importe quel autre film de son auteur. Avec tous les SPOILERS qui s’imposent et alors que les passionnés décortiquent déjà l’œuvre, on revient sur ses aspects les plus vertigineux, réussis et… ratés.

 

 

CE QUI DÉCHIRE

 

LES SCÈNES D'ACTION

On en a longuement parlé dans un dossier consacré au style du réalisateur puis dans une de nos vidéos : l'action est le gros problème de Christopher Nolan. Si le réalisateur a toujours de magnifiques idées visuelles en tête (cet avion en ouverture de The Dark Knight Risesle couloir de Inception), sa gestion des chorégraphies et du découpage de la plupart de ses scènes d'action est bancale, révélant nombre des failles dans sa mise en scène. On pouvait donc craindre assez légitimement les annonces de Nolan décrivant son long-métrage comme "le plus gros film d'action de sa carrière".

Force est de constater après visionnage que le réalisateur n'avait pas menti sur l'importance de l'action dans son film. Tenet s'ouvre en effet sur une grosse scène d'action (on en reparle plus bas) et se clôture sur une séquence à la Call of Dutysans oublier l'avion qui s'écrase sans CGI, les combats à mains nues et la course-poursuite en inversion au coeur du film. Et très concrètement, ce sont sans aucun doute les scènes d'actions les plus maîtrisés du réalisateur.

On pointait très largement du doigt son manque d'aisance avec le découpage, la chorégraphie et même la gestion de l'espace lors des scènes d'action dans ses précédents films et ici, Christopher Nolan réussit à contourner ces problèmes en s'y attardant longuement, son concept l'y obligeant.

 

photoUn avion qui explose à travers un découpage simple, doux et efficace

 

En effet, avec le principe d'inversion temporelle, Nolan et son équipe ont dû travailler au millimètre la chorégraphie de leurs personnages. C'est le cas notamment avec le combat mano a mano de John David Washington dans "le bon sens" et avec sa version inversée. Afin que l'idée soit assimilée ou compréhensible, la chorégraphie a été mûrement réfléchie et pour la magnifier, la caméra a été plus posée, préférant la longueur des plans à un montage brut et trop sec. Pour la course-poursuite, c'est au contraire le découpage qui a été plus travaillé, pour permettre de rendre intelligible et fluide une course-poursuite totalement inédite au cinéma et en ressortir un joli ballet magique de voiture avançant et reculant.

Une précision technique et artistique, notamment pour ces deux scènes, que le réalisateur se devait de mettre en place puisqu'elles vont revenir dans le récit à deux reprises. Avec l'évidence de rendre son scénario crédible et ses séquences logiques, Nolan a donc bossé à fond sur leur construction, et le résultat final s'en ressent tant elles sont au-dessus de n'importe quels de ses films précédents.

Il était assez évident que Nolan ne s'intéressait pas vraiment à l'action en elle-même dans la majorité de ses oeuvres précédentes, s'en servant souvent de prétexte pour un propos ou les délaissant pour mettre en valeur son concept. Dans Tenet, l'action ne peut pas être une diversion, l'idée d'inversion étant mise en valeur grâce à elle. De facto, l'action est un élément crucial du récit et prend une tout autre ampleur pour le cinéaste qui se ressent dans la mise en scène et la qualité de ses scènes.

Alors oui, tout n'est pas parfait et certaines scènes restent encore très confuses, il n'y a qu'à voir la séquence finale de la porte dont le montage et la clarté sont loin d'être optimaux, pour s'en assurer. Mais globalement l'action tabasse dans Tenet et voir ça dans un Nolan, ça déchire.

 

In Tenet (2020) the movie's premise revolves around the ...

 

EXPÉRIMENTALE BASTON 

Plus d’un commentateur s’est agacé de la dimension parfois très terre à terre du cinéma de Nolan. Un grief qui revient fréquemment quand on évoque le film avec lequel Tenet entretient peut-être les liens les plus évidents, à savoir Inception. Certains se désolèrent en effet qu’en explorant les potentialités des rêves et leurs architectures infinies, le cinéaste se contente de nous faire visiter une paire d’entrepôts, un hôtel pour représentants en chaussures de luxe et une version décatie de la défense. Mais tout semble avoir changé.

On pouvait le sentir dès Dunkerque, Nolan avait de grandes envies d’abstraction. Privilégiant les atmosphères à la description rigoureuse des manœuvres militaires, privilégiant sans cesse les sensations, il parvenait à s’extraire du carcan de la représentation académique du film de guerre pour se l’approprier totalement. Et s’il adopte aujourd’hui le système du cinéma d’espionnage, voire de la franchise James Bond, c’est en réalité pour mieux laisser libre cours à un voyage sensoriel avant tout, qui fait la part belle à l’expérimentation.

Dès que le procédé d’inversion temporelle entre en jeu, la jubilation du réalisateur se fait évidente, et matérielle. En effet, jouer avec la vitesse ou le sens du défilement est une des plus anciennes techniques du 7e Art pour créer des effets déconcertants, qu’utilisait déjà Méliès. Pratiquement tombée en désuétude, elle permet à l’artiste simultanément d’explorer tout un pan de l’histoire du cinéma, tout en troublant le spectateur. L’exploration des possibilités, visuelles et physiques de cette technique, portée ici à un niveau inédit, confère à de longs pans de Tenet un impact visuel pour ainsi dire jamais vu.

 

Photo John David WashingtonUne scène purement expérimentale

 

Mais il n’y a pas que les bastons qui se transforment en espaces mentaux sur-stimulant, certains dialogues deviennent également des tornades expérimentales, comme en témoigne la scène de torture et interrogatoire d’Elizabeth Debicki où explosent à l’image et aux sons deux lignes temporelles, engendrant un chaos, véritable magma d’informations, qu’il appartient au spectateur de structurer, soit pour en maximiser l’abstraction, soit pour en tirer un mix sensoriel hypnotique.

Enfin, le climax du film témoigne brillamment du degré d’expérimentation osé par le réalisateur. Lui qui n’est jamais parvenu à filmer correctement une fusillade (coucou Inception), il décide de s’affranchir de cette contrainte lors de son ultime morceau de bravoure flingue en main, alors que les troupes de Tenet vont tataner celles de Sator. Le metteur en scène ose ne jamais ou presque montrer les adversaires de ses personnages, et se concentre sur un conflit dont l’adversaire devient la perception du temps. Qui tire, qui agresse, qui meurt ? On n’en sait rien, et l’opéra de béton et de cordite qui nous étreint est si puissant et visuellement assourdissant qu’on s’en moque bien.

Et si on sent la caméra de Nolan étonnamment peu à l’aise durant les quarante premières minutes du film, montées à grands coups de serpe, comme si le capitaine du navire avait du mal à sortir du port, pour se révéler d’une éclatante inventivité dès qu’il fait face à de vrais défis.

 

photo, John David WashingtonÀ l'envers... à l'endroit...

 

DU CINÉMA À L'ANCIENNE

Le réalisateur britannique a indéniablement un statut à part à Hollywood, surtout en ce qui concerne la technique. Outre sa phobie de tout ce qui se rapproche de près ou de loin à des fonds verts, il aime revenir à des effets simples qui ont toujours servi le cinéma, et les mettre à la solde de récits gigantesques ; comme pour prouver que la course aux nouvelles technologies n'est pas toujours la solution quand il s'agit de s'adonner au spectacle total. Doté des moyens de ses ambitions, il tâche de faire de chaque film un argument dans cette démonstration, démonstration qui aurait pu culminer dans Interstellar si Tenet n'était pas venu avec ses gros sabots.

Car Tenet, dans son principe même, n'est qu'une gigantesque excuse pour revenir au socle du cinéma de divertissement. De tous ses essais, c'est par exemple celui dont l'esthétique et la photographie épousent le mieux son format pellicule. Et surtout, le concept d'inversion, pourtant jamais vu sous cet angle, est un des principes premiers des effets spéciaux dans le 7e art, que le metteur en scène ne va jamais essayer de corrompre ou d'améliorer.

 

Tenet, John David WashingtonMagnifiques séquences sur la mer

 

Il s'était récemment vanté de la faible teneur en plans truqués numériquement de son film, et à raison. L'effet recherché ici provient d'un mouvement simple et hérité directement des premières expérimentations avec des caméras dont Méliès est devenu le représentant. Sans même attendre un making-of qui s'annonce passionnant, on peut déjà deviner que la plupart des séquences spectaculaires ont été tournées normalement puis montées à l'envers, à l'ancienne, au point qu'on décèle parfois la course inversée de John David Washington lorsqu'il prend ses marques dans un monde complètement détraqué.

Un retour à la pureté du geste cinématographique bienvenu et qui offre - en dépit de la densité de l'exercice - une véritable bouffée d'air frais dans une industrie de plus en plus étouffante. Si Christopher Nolan ne sauvera pas tout à fait le cinéma, il aura le mérite de convoquer son beau et doux souvenir aux cinéphiles trop apeurés par la Covid-19 pour se déplacer avant ça. Et rappeler au passage, dans un véritable tour de force, que son intérêt réside dans la simplicité de l'image directement transformable. Une simplicité qui n'empêche pas une grande complexité thématique, et c'est bien ce qu'espère prouver ce petit malin, qui glisse dans le marasme des blockbusters une déclaration d'amour à la toute-puissance pudique de l'image animée. Et ça, même ses détracteurs ne peuvent le lui enlever.

 

photo, John David WashingtonUne grande bouffée de cinoche

 

NOLAN BOND DURE

Déjà à l’époque d’Inception, Christopher Nolan assumait les connexions thématiques et esthétiques entre son métrage et la saga 007. Il y a quelques jours, dans un entretien accordé à Première, il expliquait qu’une partie de sa motivation à réaliser Tenet provenait du désir de « recréer l’excitation » ressentie, enfant « face à ces divertissements à grande échelle ». Et après avoir découvert le film, la parenté est limpide.

Tout d’abord, notre héros, le « Protagoniste » est dès l’ouverture du film un agent travaillant pour la CIA, puis deviendra rapidement collaborateur de « Tenet » entité ultra-secrète qui pratique un strict cloisonnement de l’information, à tel point que la plupart de ses membres ignorent la finalité de leurs actions. Au cours de l’aventure, les rôles de chacun évolueront, à la manière de Priya, d’abord informatrice puis agent de liaison rappelant M du côté de ce cher Bond. Il en va de même pour Clémence Poésy, sorte de Q ultra-zen fournissant à notre Protagoniste les premiers éléments de prise en main d’une intrigue à tiroirs.

 

Tenet, John David Washington, Robert PattinsonAu service secret de sa Majesté de Miami-Vice

 

Les connexions sont également d’ordre esthétique. On constate que le réalisateur, plus encore qu’à son habitude, a recours à un décorum fastueux. D’ordinaire fasciné par les grands ensembles urbains, il les remplace ici par des artefacts que ne renieraient pas 007. Gadgets, bateaux luxueux, intérieurs ouvragés… On fait d’ailleurs remarquer au Protagoniste dès le début de son aventure qu’il ne pourra pas progresser plus avant sans améliorer sa garde-robe.

Même remarque pour le méchant un oligarque à l’accent russe, puissant, impavide et dont l’épouse constitue l’unique talon d’Achille. C’est là la recette exacte de l’antagoniste Bondien, qu’incarne avec une certaine délectation Kenneth Branagh. Le vilain qu’il portraitise est à ce point un stéréotype qu’il a déjà joué l’exact même personnage dans le reboot de Jack Ryan réalisé par ses soins.

Évidemment, le high concept qui occupe le cœur du long-métrage évite à Tenet de ressembler à une pâle copie de ses aînés, mais non seulement la proximité ne fait aucun doute, mais elle confère en plus une vélocité et une légèreté inattendue à l’ensemble. Voir le Protagoniste, initialement perdu dans un système qu’il ne connaît pas, ingérer progressivement les codes, le sentir manipuler et jouer avec ses adversaires, offre de vrais moments d’électricité au cinéma de Nolan.

 

photo, Kenneth BranaghMondanité avec un méchant, ou la figure imposée Bondienne par excellence

 

UNE INTRO STUPÉFIANTE

S'il y a bien quelque chose qu'adore Christopher Nolan, ce sont les séquences d'ouverture et d'exposition. On peut d'ailleurs constater que ses longs-métrages réunissent rarement les deux, et que l'artiste opère le plus souvent un choix, entre un début en fanfare, ou une suite de scènes établissant son high concept, selon ses désirs, mais aussi les besoins du film. Le Prestige est peut-être sa seule création à rassembler ces deux figures, puisque le film s'ouvre sur une formidable intro symboliste avant que le scénario ne dévoile les enjeux de l'affrontement entre ses personnages. Après quoi, le réalisateur jonglera toujours entre ses deux figures fétiches.

On note par exemple que ses Batman sont des films d'ouvertures, dont le principe culminera avec The Dark Knight Rises et son attaque d'avion filmée en vrai, tandis que son art de l'exposition culminera avec Interstellar, dont les 20 premières minutes demeurent une leçon d'intelligence émotionnelle incroyable, y compris pour les contempteurs du film.

 

photoUne intro qui pète

 

Peut-être parce qu'il sait qu'aucune forme de pirouette scientiste ne pourra rendre intelligible un concept absurde (la "réversion d'entropie" ne faisant littéralement référence à... rien du tout), Christopher Nolan sait qu'il doit miser énormément sur sa scène d'ouverture, et se donne les moyens de marquer les esprits.

Nous suivons donc en parallèle une prise d'otage et le commando chargé d'y mettre fin, sauf que tout le monde joue double-jeu. Les terroristes sont en réalité des assassins chargés de maquiller la récupération d'un précieux artefact en attaque globale, tandis qu'au sein des forces de l'ordre se niche un commando chargé de faire capoter cette opération. La situation est complexe, d'autant plus que tout ce petit monde se flingue à tout va, et que l'on connaît les difficultés du réalisateur pour gérer l'espace sitôt ses personnages au milieu d'une fusillade.

Mais Nolan résiste à la plupart de ses mauvaises habitudes, qu'il a commencé à amender dès Interstellar, pour nous livrer une scène d'action, de tension et de manipulation à l'impact ravageur. Point de montage haché feignant la nervosité, contrechamps foireux pour combler une spatialisation défectueuse. La caméra IMAX capture le ballet des combattants et la tension inhérente aux diverses confrontations, avec une énergie féline. Que les belligérants se mitraillent dans d'étroites coursives ou que l'on suive John David Washington jusqu'au bout d'une spectaculaire glissade dans les vestiaires de l'opéra, chaque image marque la rétine.

 

photoPilule grise ou pilule grise ?

 

Et Nolan ne se contente pas d'emballer une séquence d'action solide, il conclut ce premier mouvement du film avec un passage angoissant et énigmatique, au cours duquel son héros est torturé, dans un lieu anonyme, au beau milieu de plusieurs rails de chemin de fer. Et si on sent durant ce passage que le montage se fait à nouveau un peu incertain, il est fascinant de constater à quel point l'auteur projette tous les thèmes de l'oeuvre à l'image, en un temps record.

La perception temporelle et ses pièges, quand un bourreau s'amuse avec une montre, l'inconstance de la vie et de la mort, quand le Protagoniste tente de mettre fin à la sienne, mais aussi les défilements contre-intuitifs de la temporalité, ici symbolisés par des trains évoluant dans des directions différentes, qui achèvent de faire de ce passage une turbine métaphorique visuellement somptueuse.

 

photo, John David WashingtonUn héros à la croisée des chemins

 

LE TWIST FINAL

Difficile de ne pas revenir sur ce point majeur du récit qui vient clôturer l'arc de Robert Pattinson et surtout répondre à nombre de questionnements sur son personnage. Cette révélation finale est magnifique tant elle provoque ce que le film n'avait pas réussi jusque là : de l'émotion. Les adieux déchirants du personnage de Neil et de celui du Protagoniste sont d'une puissance inédite au sein du métrage et sont d'autant plus importants qu'ils viennent clôturer une amitié d'un côté et en débuter une future de l'autre.

Car oui, même si au fur et à mesure de l'avancée du récit on pouvait supposer que Neil connaissait Le Protagoniste depuis longtemps (il suffit de voir à quel point il le connaît bien et surtout à quel point il comprend instantanément le système d'inversion a contrario du Protagoniste), cette révélation vient le confirmer et ouvre également d'autres portes sur l'univers du film (bientôt un Tenet 2 sous forme de prequel et suite à la fois ?) et la véritable identité du duo.

D'un côté, Washington voit partir l'homme qui vient de lui sauver la vie (et l'avait déjà fait à l'opéra) en découvrant la petite cordelette rouge attachée à son sac. De l'autre, Pattinson dit adieu à celui qui lui a, a priori, tout appris (voire sauvé la vie si l'on en croit certaines théories) dans le futur.

Avec sa mise en scène sobre, son décor quasiment lunaire et étonnamment calme après le vacarme guerrier et l'éjection discrète du cadre de Yves (Aaron Taylor-Johnson), la séquence laisse place entière à cet échange final émouvant voire bouleversant. Le bagou et charme du personnage de Pattinson vient contrebalancer les larmes sincères du Protagoniste, obligé de laisser partir son ami à la mort. En quelques secondes, le duo, peu développé jusqu'ici, prend une véritable envergure et l'univers du récit gagne une richesse démesurée. Fort.

 

Photo John David WashingtonUn moment puissant et émouvant (enfin)

 

CE QUI MARCHE 

 

BOFTAGONISTE

Si Nolan a toujours veillé à réunir d'excellents comédiens dans ses films, et ce dès Memento, c'est peut-être parce qu'il est bien conscient que ses personnages sont le plus souvent réduits à de simples fonctions du récit, manquent cruellement de chair, et nécessitent tout le talent, tout le charisme de leurs interprètes pour exister à l'écran. De même, si le metteur en scène est si peu enclin au contre-emploi (à l'exception de Matt Damon dans Interstellar), c'est peut-être justement parce qu'il pense ses protagonistes comme des machines, lesquelles ne doivent pas "avoir de jeu" ou de failles trop complexes, afin de pouvoir aisément naviguer au sein d'univers dont les articulations sont le point d'attention du spectateur, beaucoup plus que les passions ou les affects.

Et on retrouve inchangée cette équation qui a parfois limité le cinéma de Nolan. Si tout le monde est superbement interprété, rares sont les personnages à bénéficier d'une véritable personnalité. Les seconds couteaux pensés pour transmettre des informations ne sont tout simplement jamais caractérisés au-delà d'un ou deux tics d'attitude, comme ce pauvre Aaron Taylor-Johnson maquillé en soldat, mais condamné à délivrer ponctuellement des points étapes de la situation au Protagoniste. On en dira presque autant de Priya et de tous ses collègues.

Plus embêtant, ce constat vaut aussi pour certains personnages essentiels... à commencer par celui que nous suivons à chaque instant. Certes John David Washington est un excellent comédien, à la fois physique et cérébral, capable de donner du caractère à un type dont on ne sait rien, pas même le prénom. Investi, il passe de la malice à la peur, du charme à la menace, tout en distribuant les taloches avec force. L'élégance avec laquelle il évolue jusque dans ses moments de doute ou d'errance fait beaucoup pour l'immersion du spectateur dans le film. Mais impossible de ne pas remarquer combien il semble radicalement dénué de personnalité.

 

Photo John David Washington, Dimple KapadiaDeux personnages en quête d'auteur

 

On pourra arguer que cela nourrit la réflexion centrale de Tenet, à savoir qu'est-ce qu'un personnage, et s'il est déterminé par ses actions, qu'est-ce qu'une action, mais il ne suffit pas de le baptiser "Protagoniste" pour nous faire avaler la pilule. Impossible de discerner son caractère, ses souhaits ses attentes, ni même ce qui fonde véritablement tout protagoniste : le ou les conflits qu'il doit régler pour triompher de son aventure. 

C'est d'autant plus frappant quand il doit faire face à son adversaire, Sator, qui a pour lui un mélange de désespoir absolu et de désir de vengeance indépassable qui le motivent à chaque instant. Motivations classiques, mais motivations néanmoins, qui permettent de faire du méchant un méchant menaçant, pas tant imprévisible qu'inarrêtable, toujours sur le point de se transformer en boulet de démolition.

Le constat est plus décevant du côté de Neil. Robert Pattinson a beau être là pour lui offrir une ironie et un charme mordants, faisant de lui un sidekick idéal, on se demande souvent ce qu'il fiche là et pourquoi il devient soudain si important aux yeux du Protagoniste. Certes, le climax transformera le sens de son implication, mais il arrive trop tard pour totalement éclipser le sentiment d'avoir été accompagné par un type aussi classe, que sympa et dénué de personnalité.

En définitive, le plaisir passé en compagnie de cette galerie de voleur de temps a beau être réel, il ne provient que du talent des comédiens et comédiennes, qui s'efforcent de saisir la moindre bribe d'humanité pour transformer des surfaces lisses en humains de chair et de sang.

 

Photo Robert PattinsonPersonnage cool N° 72

 

ABSTRACTIONS ET ALLÉGORIES

Évacuons le gros morceau tout de suite : oui, le titre, la structure et les noms utilisés dans tout le film font écho au carré Sator, sorte de Sudoku du palindrome latin, trouvé pour la première fois à Pompéi, exactement là où le fils de Katherine compte passer les vacances. Difficile de décrire la chose sans la montrer, et pour ça, Google est votre ami, du moins bien plus que Christopher Nolan. Le cinéaste, fidèle à ses principes, nous clame et surtout nous confirme ainsi que sa narration repose sur une déclinaison langagière d'un algorithme mathématique parfait, algorithme qui figure directement dans le scénario. À notre intellect de faire le reste.

C'est à cause d'un algorithme que le monde peut s'évaporer, et c'est donc bien un algorithme qui régit notre rapport au temps et par conséquent à la réalité. Comme dans Interstellar, la vraie autorité (l'ennemi ici) est l'humanité qui a pris conscience de ce code. De quoi insinuer que l'Homme pourra un jour disposer de sa propre réalité, comme le metteur en scène dispose de son récit. La métaphore, en parfait accord avec la structure tout en symétrie du long-métrage, apparait pour les amateurs comme une marque de cohérence extrême et pour les détracteurs comme un signe de pédanterie non-dissimulé. Impossible en revanche de ne pas lui reconnaître une sacrée ambition.

 

photo, Robert Pattinson, John David Washington, Himesh PatelNolan et son équipe devant le scénario

 

Quitte à déballer la structure de son film comme les gens du futur déballent les préceptes de la conception du temps, il exhibe carrément les codes structurels de tout scénario. Concrètement, il appelle son personnage principal Le Protagoniste, et lui fait prendre conscience de sa nature au moment où il parvient à maitriser la logique de sa nouvelle réalité. C'est officiel, il en a désormais conscience : le monde et le temps ne sont qu'une suite de chiffres malléables, et de fait, toutes les histoires suivent la même logique. La sienne aussi.

Commentaire un peu prétentieux sur notre perception du réel ou réflexion jubilatoire sur les tenants et aboutissants du cinéma ? On pencherait plutôt pour la deuxième proposition, tant le cinéaste n'est d'habitude pas avare en sous-textes méta bourrins (Inception et Le Prestige expliquent littéralement comment écrire un film). 

On pourrait cependant aussi lui reprocher de noyer le poisson dans une débauche d'abstraction, surtout dans les premières minutes, où l'écran déborde de termes abscons, s'empressant de pousser sous le tapis les 751 895 paradoxes qui découlent du principe d'inversion. Le "ta gueule c'est magique" devient dès lors un "ta gueule, c'est mathématique", surtout quand il élude au détour d'une scène avec Clémence Poésy la question du libre arbitre, pourtant de plus en plus problématique au fur et à mesure que les enjeux se déroulent. La densité thématique des références et des principes convoqués aurait-elle dépassé le réalisateur ? Rien n'est moins sûr.

Alors qu'une série comme Devs parvenait justement à dépasser cette vision algorithmique pour étudier de près ce qui la met à mal (le libre-arbitre, donc), Tenet choisit de s'esquiver, quitte à perdre un peu tout le monde, et manquer de clarté. Les plus nihilistes y trouveront leur compte, les autres n'y trouveront pas une grande satisfaction.

 

photo, John David Washington"Est-ce que j'ai vraiment choisi de faire ça ?"

 

LE PROBLÈME DE L'ÉMOTION

Si ce twist final donne à redéfinir l'intégralité du film, il apporte également une touche de sensibilité, portée par un foreshadowing agressif et le jeu tout en finesse de Robert Pattinson, qui prend comme par surprise, après un climax tonitruant. Les implications sont à la fois narratives et sentimentales, et donnent une profondeur inattendue à l'ensemble. Malheureusement, c'est de fait également la seule percée de l'émotion dans les 2h30 de long-métrage, qui vont sembler de fait un peu longues aux coeurs d'artichaut.

Le cinéaste semblait pourtant s'être débarrassé de ses vieux démons dans la démonstration Interstellar. Mais curieusement, voilà qu'il revient à la charge avec l'un des récits les plus froids de sa carrière, motivé bien plus par la technicité narrative sans cesse ramenée au premier plan que par le destin de ses personnages et de leurs proches, alors même qu'ils évoluent dans un monde au bord de l'annihilation pure et simple.

Il faut dire qu'on dénombre peu d'attaches émotionnelles dans cette intrigue où les deux protagonistes n'ont qu'eux même. Voilà qui donne donc lieu à ce twist à la limite du déchirant, mais à rien avant, du moins au premier visionnage. Difficile de faire valoir l'atteinte faite à une amitié quand celle-ci est révélée dans les dernières minutes du film.

 

photo, John David Washington, Robert PattinsonUn buddy movie qui s'ignore

 

Reste bien sûr la relation qui unit Katherine, son salaud de mari et son fils, clairement et cyniquement pensée pour être l'os émotionnel à ronger. Très mécanique, cette histoire de libération n'est en fait pensée encore une fois que comme un support à l'action, au point que le gosse au coeur des jérémiades de Elizabeth Debicki fait partie du décor. C'est d'autant plus étonnant qu'un tel lien était déjà au centre d'Inception, et qu'il fonctionnait très bien à l'époque, alors qu'on ne voyait justement jamais le mioche en question.

Construit sur une architecture familiale dysfonctionnelle (le rapport entre la domination de Sator sur sa femme et sa vision du monde est très intéressant), quoique trop faiblement caractérisée, Tenet caricature presque la froideur nolanienne, du moins jusqu'au twist. C'est vraiment le dernier sursaut qui sauve la tension affective d'un film de fait bien plus sincère au revisionnage, et pas là où on pourrait le penser.

 

photo, Elizabeth DebickiLe crime n’était pas du tout parfait

 

LA MYTHOLOGIE DE DEMAIN

Christopher Nolan a eu l’audacieuse et excellente idée de quasiment renvoyer ses antagonistes au hors-champ. Bien sûr Sator est de la partie, mais il est plus une convention du cinéma d’espionnage et une révérence Bondienne qu’un antagoniste au sens propre. Ce que nos personnages combattent, c’est l’idée même du temps, de son flux invincible, essayant au passage de reprendre le contrôle de leur existence et de leurs actions, jusqu’à un climax purement sensoriel, presque tout à fait débarrassé d’ennemis incarnés physiquement. 

Et pour cause, littéralement, les protagonistes affrontent le futur, bien décidé à ramener ses grosses patounes dans le présent pour s’y substituer. Un concept métaphysique, difficile à incarner à l’écran, à tel point que le réalisateur ne s’y risque même pas, préférant donner corps à sa mythologie uniquement par le biais de dialogues. 

 

photo, Kenneth Branagh, Elizabeth DebickiMari et femmes s'affrontent, symbolisant un passé qui refuse de mourir et un avenir obsédé par la mort

 

Ce sont notamment les échanges avec Priya qui nous permettent d’en apprendre plus sur les enjeux et notamment la mystérieuse femme à l’origine du conflit qui se joue à l’écran. Scientifique de génie ayant trouvé comment inverser le cours du temps, cette “Oppenheimer du futur” a dissimulé dans le passé les fragments de sa dangereuse invention, et c’est finalement ce après quoi tout le monde court. Quant aux émissaires guerriers de ce futur conquérant, ils ont décidé de détruire leurs ancêtres pour retrouver un espace écologique viable, en se débarrassant de ceux-là mêmes qui ont détruit le leur. 

Cette mythologie n’est pas inintéressante, et a pour elle de soulever des points philosophiques excitants. Par exemple, nos descendants prêts à nous faire payer nos inconséquences sont-ils des vengeurs légitimes, ou des destructeurs aveugles, qui n’ont rien appris des leçons de leurs ancêtres ? Malheureusement, Tenet ne parvient jamais à traduire visuellement ou à travers l’action cette mythologie, et la réserve donc à ses indigents dialogues, donnant l’illusion d’un fatras futuriste très artificiel. 

Un constat d’autant plus triste que quelques pistes sont distillées ici et là, avec une belle efficacité. Ainsi quand le Protagoniste rencontre la scientifique qui va le former aux rudiments de l’inversion d’entropie, il est mis en contact avec des résidus de la guerre à venir. L’idée est passionnante, et la possibilité d’assister à une sorte d’archéologie du cataclysme qui s’annonce sera purement et simplement abandonnée. Un choix regrettable tant ce concept était poétique et évocateur. 

 

photo, John David WashingtonPas de grasse mat' quand on enquête sur la guerre du futur

 

LA MUSIQUE

Après des années de collaboration avec Hans Zimmer, Christopher Nolan a dû faire sans son compositeur fétiche occupé sur la partition de Dune et se payer les services de Ludwig Göransson.

Le compositeur suédois est l'étoile montante de la musique à Hollywood puisqu'après un début de carrière inaperçu (Les Miller, une famille en herbeTop Five) il a composé la musique de Creed et surtout reçu l'Oscar de la meilleure musique en 2018 pour Black Panther. Depuis, il a également été très remarqué pour la bande originale qu'il a composée pour la série Disney+, The Mandalorian, et est donc derrière l'ambiance musicale de Tenet. Une bande originale qui laisse mitiger tant l'on sent le jeune compositeur de 35 ans à la fois bloqué entre deux chemins.

D'un côté, il essaie de suivre la trace de Zimmer dans les derniers films de Nolan et n'arrive que rarement à s'octroyer son style. Si le morceau d'ouverture, puissant et percutant, vient totalement s'accoler à la scène d'introduction, son enjeu, sa dramaturgie tout en collant à l'identité Zimmer, celui qui accompagne l'inversion du héros en milieu de film avec ses énormes "boums" ressemble surtout à du sous-Zimmer peu inspiré, comme le seront la plupart des autres morceaux lorgnant vers le style de l'allemand.

 

photo, John David Washington, Robert PattinsonRapide, asphyxiante et salvatrice, la musique fonctionne parfaitement dans cette scène

 

De l'autre côté, Göransson tente de percer d'autres sonorités et agrémenter le film de Nolan avec sa patte personnelle. Ce sont dans ces moments-là que le film jouit d'une atmosphère musicale particulièrement attirante et hypnotisante. C'est le cas du morceau Foils dont la légèreté et la rapidité des notes s'allient parfaitement à la superbe séquence de catamaran (sans doute une des plus belles scènes de la carrière de Nolan d'ailleurs). Lorsque le compositeur décide également de jouer avec le concept du film, sa musique prend une dimension plus intéressante et intrigante (le climax final est composé du même morceau à la fois à l'endroit et à l'envers).

De cette irrégularité, en résulte sans surprise une partition dotée, à la fois, de morceaux balourds lorsque Göransson singe le travail de Zimmer et d'envolées musicales sublimes lorsqu'il décide de s'affranchir de son prédécesseur et de jouer avec des mélodies plus aériennes, douces et élancées. Reste aussi la chanson composée et écrite avec Travis Scott (tout "James Bond" a sa chanson après tout), The Plan, plutôt très réussie, mais utilisée uniquement lors du générique final (exception faite de quelques notes). Dommage.

 

 

CE QUI COINCE 

 

TROP BAVARD

Christopher Nolan n'a jamais été un grand dialoguiste et ses films se sont souvent retrouvés avec des séquences aux dialogues pompeux, aux interactions lourdingues et surtout aux phrases toutes faites, surexplicatives et permettant juste aux spectateurs de rattraper les quelques wagons qu'ils auraient ratés grâce à certains personnages (coucou Ellen Page dans Inception).

Ici, c'est sûrement la première grosse demi-heure qui subit une salve de dialogues interminables et particulièrement balourds. Le film a beau être extrêmement rythmé, Le Protagoniste voyageant de pays en pays durant tout le premier acte, chacune de ses rencontres avec des sortes de PNJ (pauvre Michael Caine) est souvent fade et portée par des échanges verbeux ou abscons. Cette première partie (hors scène d'introduction) est d'ailleurs sûrement le plus gros point noir du dernier film de Nolan.

 

photo, Robert PattinsonPattinson excelle, mais ses dialogues sont souvent trop alambiqués... pour pas grand-chose

 

En effet, cette mise en place est très longue (en durée), très rapide (en rythme) et surtout très bavarde. L'alliance des trois ne fonctionne pas réellement, les dialogues fusants à la vitesse de la lumière et le personnage de Washington voguant trop rapidement d'un point à un autre, il est difficile d'assimiler toutes les particularités techniques du récit. D'autant plus qu'ils usent sans limites de termes scientifiques inconnus des non-initiés.

Par la suite, l'action prendra largement le dessus sur la parlotte, donnant un peu d'air aux spectateurs et construisant enfin une image sur les mots. Pour autant, la tendance de Nolan à vouloir tout expliquer est particulièrement présente tout au long du film, et cela passe évidemment par les dialogues. Des dialogues déblatérés en forme, le plus souvent, de métaphores et allégories trop simplistes ou trop à l'ouest (c'est selon) et qui ne fonctionnent pas véritablement, voire embrouillent plus qu'elles ne clarifient et éclaircissent. L'objectif est donc raté. Dommage.

 

Photo John David Washington"Nous dans notre voiture après Tenet, en train de réfléchir"

 

IL FAUT LE REVOIR (GENRE VRAIMENT)

À proprement parler, devoir revoir un film pour l'assimiler pleinement et en dénicher les moindres recoins, les secrets scénaristiques ou les petites subtilités est plutôt stimulant et n'est pas foncièrement un défaut. On ne dira jamais assez à quel point Christopher Nolan est un des derniers cinéastes contemporains a tenté de créer du neuf à travers des histoires originales et des concepts inédits, se refusant à la facilité d'un récit balisé comme peuvent le faire les franchises à succès type MCU, DCEU et consorts.

C'était déjà le cas dans Inception avec son concept particulièrement novateur et notamment son plan final laissant bouche bée le spectateur et donc offrant de multiples possibilités que seul un (ou plusieurs) nouveau visionnage permettrait de percer. Le fait que Tenet soit exigeant et appelle de par son univers, son twist final ou tout simplement son concept à un ou plusieurs visionnages, en soi et au premier abord, peut être une grande qualité.

Malheureusement, ça coince par rapport à son niveau d'accessibilité et intelligibilité dès son premier visionnage. Le concept de Tenet est plutôt compréhensible et simple, mais le rythme surdynamité du film empêche aux dialogues censés faciliter la compréhension d'être intégrés, absorbés et donc saisis par le spectateur. Et d'un certain point de vue, c'est un problème, car si Inception a retourné pas mal de cerveaux, sa construction était plus limpide, ludique, et sa structure assez linéaire plongeant juste ses personnages dans des strates plus profondes les unes que les autres.

 

Photo Clémence PoésyClémence Poesy pour mettre les choses aux clairs

 

Ici, entre les enjeux, la construction en palindrome et évidemment le concept d'inversion du temps (dont l'idée même est un casse-tête pour le cerveau, perturbé et déconcerté face aux visions inhabituelles), il est très difficile de tout accepter et donc d'en comprendre l'intégralité (même si tout est là, devant nos yeux). Tout comprendre en une seule fois est strictement impossible, là n'est pas le souci.

En revanche, être acculé d'informations en est un et peut vite se révéler un poids sur le plaisir pris devant l'écran (pas tant à cause de leurs complexités, mais plutôt de leurs fréquences). Pour le mettre en image, il est simple d'envisager de rattraper une caisse de dix kilos jetée en l'air dans les mains, en revanche, il est plutôt compliqué (voire impossible) de rattraper dix caisses de 1 kilo jetées en l'air dans les mains.

Pour pallier ce problème, la phrase phare du personnage de Poesy n'est évidemment pas anodine : "N'essaie pas de le comprendre, ressens le !". Adressée au Protagoniste, cette phrase est surtout destinée au spectateur qui est invité à surtout se divertir et profiter de l'expérience plutôt que l'assimiler pleinement. Du moins au premier visionnage, car avec le background, la construction et les événements du film déjà en tête, Tenet se révèle plus clair et resplendissant dès un deuxième (et sans doute encore plus avec d'autres). Ne boudez donc pas votre plaisir, si vous le souhaitez.

 

Affiche française

commentaires

Kyle Reese
07/09/2020 à 19:13

Je suis quasi 100% d’accord avec votre critique mais j’aurai mis une meilleure note.
Mais quelle ambition folle et démesurée que voilà.
Je vais le revoir à coup sûr ce film au ciné. Nolan étant le plus ludique des cinéastes, je suis déjà prêt pour une nouvelle partie.
Déjà rien qu’avec la séquence d’ouverture magistrale on voit l'amélioration au niveau de l’action.
Et puis quel plaisir de se perdre quand on connaît parfaitement les codes du films d’espionnages moderne. Là ou les 007 de l’ère Craig sont des films d’espionnages 2.0, celui de Nola explose les limites du genre. C’est de l’espionnage « autre » tout comme Inception.
Le petit parallèle fait avec la série Devs est très juste, mais on ne peut pas tout faire en même temps.
Tente est un film d’espionnage action sf de 2h30, Devs est une série de 8 épisodes (mon coup de cœur de cette année). Pas le temps de traîner. D’ailleurs après une suite ou prequel, ou pas, pourquoi pas une série Tenet produite par Nola. Le cast est parfait rien à redire, Pattison confirme, vivement son Batman.
Ça m’a fait plaisir de voir Branagh vraiment très bon, bien meilleur comédien que réal ces derniers temps. La musique fait plutôt bien le job, même si effectivement Zimmer aurait sans doute expérimenté bien plus. (Sa BO d’interstellar est une merveille).
Alors oui ça reste froid niveau perso, mais dans ce cadre c’est pas bien grave, ca fait parti de son style. Vu l’amelioration des scènes d’actions, la prochaine étape sera de mettre plus de chaleur dans ses films niveau persos.

Alors oui, les dialogues explicatifs sont là mais mieux gérés que pour inception je trouve car diffusé la plupart du temps progressivement au court ou entre les scènes d’actions. On en apprend tout le temps. Certes ce chevauchement infos/actions plus inversion demande une réaction des neurones absolument démente, ne pas aller voir le film le soir si vs êtes creuvé.
Même frais en pleine journée ce film demande une attention incroyable.
Nolan en demande beaucoup au grand public, il le prévient dès le début mais il faut d’accrocher.
Qu’on aime ou pas, on ne peut que saluer les défis qu’il se crée et qu’il nous propose de partager.
Une partie du public risque d’y être hermétique certes, et alors. Ses défauts et qualités font parti de son style.
Perso je trouve qu’on a de la chance d'avoir un réalisateur qui nous propose un divertissement de ce genre. De Mémento a Tenet, la boucle de son exploration sur la manipulation du temps est-elle bouclé ? S’il la met de côté, il trouvera bien de nouveaux concepts basés sur des théories scientifiques pour nous faire exploser les rétines et le cerveau à nouveau. Vivement le prochain.

Kyle Reese
07/09/2020 à 17:41

Enfin vu et aimé, bcq aimé, adoré ? je ne sais pas.
Mais c’est un film avec une idée géniale qu’il ne faut pas seulement concevoir dans son esprit, il faut la voir pour la réaliser, l’intégrer, la digérer ? Ça c’est une autre histoire.
Parce que lire seulement ce concept dans une critique ou ailleurs ça n’a rien à voir avec la vivre à l'écran. Qu’on soit habitué à ce genre de sf avec idées conceptuelles est une chose (G plutôt l’habitude c ce genre de SF que j’adore) mais la voir se réaliser sur grand écran s’en est une autre.
L’idée est simple et géniale, mais quand on regarde le film le cerveau est vraiment retourné et je ne parle pas seulement de compréhension mais surtout au niveau sensoriel. Ce que l’on voit à l’écran perturbe notre appréhension sensorielle du monde tout comme les protagonistes.
Le voir s’est le croire et bordel c’est tellement fou qu’on a du mal.
Le concept t’a tellement dingue qu’il faut un temps d’adaptation qui finalement ne s’arrête qu’a la fin du film. J’ai rarement vécu un truc pareil. Et je n’ai quasiment pas encore essayé de rassembler le puzzle cette histoire à timeline multiple inversé démente. Car ce que l’on voit est dingue et je ne remercierai jamais assez Nolan pour nous pondre ce genre de film.
D’ailleurs je me demande si celui-ci ne serait pas son dernier du genre car il ce film est la quintessence de son exploration de la manipulation du temps.

Bref je n’ai même pas lu la critique ici ni ailleurs ni les coms.
Je crois que j’ai besoin que ça redescende un peu et peut être que je reviendrai.

TofVW
06/09/2020 à 19:31

La scène la plus absurde est étrangement une scène qui se déroule sur un seul plan temporel: l'attaque du camion.
Le convoi se retrouve sur l'autoroute encadré consécutivement par 3 poids lourds, et ce n'est que lorsque le 4ème arrive pour "l'enfermer" que les types chargés de le protéger réalisent qu'ils se font attaquer.
Je ne sais pas où ces mecs ont été formés, mais à leur place j'aurais détecté un truc louche à partir du 2ème véhicule.
Totalement absurde.

De toute façon le film n'est pas bon; son concept même entraîne tout un tas de paradoxes inévitables et de situations impensables (après le crash de l'avion, aucun pompier ne se demande pourquoi il y a des types qui courent en marche arrière au milieu d'eux???). L'idée est intéressante, mais elle est impossible à mettre en image, ou alors il aurait fallu faire quelque chose de beaucoup, beaucoup plus simple.

Moi
31/08/2020 à 10:08

Un gros sentiment de deception reste après ce film. Bien que les scènes d'action soient sympatiques, j'ai été fortement déçu par la sous-exploitation des chronologies inversées. Au final, très peu d'idées visuelles en ressortent reellement, c'est dommage.

Hank Hulé
31/08/2020 à 07:57

Nolan m'a perdu aux deux tiers hélas. Et cette zique de m... qui te fait saigner les tympans, ces décors d'entrepôts dégueux et de couloirs ad nauseum et ce final sorti d'un post apo rital des 89's..
Nan mais sérieux...

Alfred
30/08/2020 à 10:18

J'ai vraiment aimé ce Nolan là.
Une variation bondienne, ou le temps est l'ennemi c'est fort, et c'est clairement mis en image. Après oui les personnages sont des fonctions et manquent de chair, mais c'est assumé et bien utile pour ne pas être complètement perdu. Seul bémol pour moi l'attaque finale qui devient trop conceptuel. Sinon c'est un pur spectacle fascinant.

Abdk17. Les pompiers voient le brancard, d'ailleurs l'un d'eux les engueule avant d'ouvrir sa lance à incendie, mais pour eux ce sont des brancardiers qui quittent le lieu de l'incendie pas qui s'y jettent.

Inaritu. Neil remonte le temps d'un passé où il a été formé par le protagoniste, puis avant de le rencontrer reprend le cours normal du temps.

Hubair
30/08/2020 à 09:37

Analyse sympa !
Mais rien sur le titre ?
J'étais fier de l'avoir décrypté comme un assemblage de Ten (dix, en français ????), formant un palindrome (ça, tout le monde le sait), évoquant le combat final: compte à rebours de 10 min, effectué chacun dans un sens du temps par les 2 groupes de combat. Du coup, j'ai un doute ???? ????
Sinon, ce film déçoit et surprend à la fois, laisse sur sa fin et n'est pas avare en sensation en même temps, comme peut être notre existence, parfois, souvent, toujours...

Euh
28/08/2020 à 18:28

On peut être d'accord avec certains éléments décrits ici, néanmoins difficile de dire qu'on prend du plaisir devant 2h30 de dialogues lourds et incompréhensibles et des scènes d'action frisant le ridicule et anti spectaculaires (le crash de l'avion ? Autant revoir n'importe quelle scène des derniers mission impossible, celle de l'avion en intro par ex.) La course poursuite sur autoroute semble aller à 2 à l'heure (même en mode inversé sur l'autoroute, on ne ressent jamais le moindre danger, et la résolution : une pauvre fusillade), sans oublier que même dans ce film alambiqué au possible, on arrive à avoir un train d'avance sur les "twists" de Nolan. Et pourtant, je l'aime assez d'habitude, je le trouve ici surtout très courageux (fou ?) de proposer ça aux spectateurs, ça ressemble à un suicide artistique.

Inaritu
28/08/2020 à 17:25

Ce film est techniquement au top. Mais je n'ai ressenti aucun plaisir, la faute a des concepts trop compliqués qui nuisent à la compréhension du film et qu'on a pas le temps d'assimiler car tout va trop vite.

Question [SPOILER]Si Robert Patinson est envoyé du futur pour protéger/veiller sur le protagoniste, pourquoi n'a t'il pas de masque à oxygène ? [/SPOILER]

Abdk17
28/08/2020 à 14:25

[SPOILER] Je ne sais pas trop quoi penser de ce remake inavoué de "Déjà vu" de Tony Scott avec papa Washington mais j'ai juste une question: Comment se fait-il lors de la scène de l'aéroport, aucun pompiers ne voit Le Protagoniste et Neil aller à l'envers avec le brancard ??? Merci de m'éclairer sur ce point.

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