Ip Man 4 : Le Dernier Combat - l'aboutissement d'une saga qui frappe fort

Simon Riaux | 22 juillet 2020
Simon Riaux | 22 juillet 2020

Appréciée des amateurs de films de kung-fu, la saga Ip Man est de retour, à l’occasion d’un épisode exceptionnel à plus d’un titre, en salles le 22 juillet.

Pour lamateur d’arts martiaux ou de wu xia pian, exception faite des excellents films de Tsui Hark, à la distribution difficile et assez inégale dans l’hexagone, l’époque n’est pas des plus favorables. C’est pourquoi après trois épisodes canoniques et un spin-off, découvrir le dernier volet de la franchise sur grand écran a tout d’une célébration, à fortiori quand les cinémas subissent une hémorragie de grand spectacle. 

Pourquoi Ip Man 4 : Le Dernier Combat marque-t-il l’apothéose d’une épopée parmi les plus populaires et spectaculaires du cinéma chinois contemporain ? 

 

photo, Donnie YenBig trouble in little China

 

GRANDEUR DE LA PETITE HISTOIRE 

La franchise Ip Man 4 : Le Dernier Combat se penche sur la destinée hors du commun de Yip Kai-man, grand maître chinois du du wing-chun, à la carrière foisonnante, qui forma notamment le légendaire Bruce Lee. Figure tutélaire du kung-fuil est logique que le 7e Art se soit penché sur lui, et la saga qui nous intéresse l’a fait en s’inquiétant toujours de mêler la petite et la grande histoire. 

Chaque chapitre de cette épopée aura été l’occasion de narrer à la fois l’intimité de ce grand praticien des arts martiaux, d’évoquer son rapport à la famille et à l’honneur, pour mieux les inscrire dans les soubresauts du XXe siècle. Interprété par Donnie Yen, il aura successivement combattu les Japonais, puis le colonisateur britannique, les troupes d’un promoteur américain, pour finalement débarquer chez l’Oncle Sam à la faveur de ce 4e volet. 

MaisIp Man 4 : Le Dernier Combat se veut bien plus qu’un “simple” déracinement, ou une conjugaison des aventures de notre héros dans un nouveau décor. Projeté dans les années 60 au cœur de San Francisco, le maître n’est plus seulement là pour incarner symboliquement la résistance de la Chine à ses ennemis. Jusqu’à présent pensé comme la muraille dressée contre les velléités de conquête, il s’est frotté à des adversaires militaires, culturels et économiques, jusqu’à ce 4e épisode qui bouleverse discrètement les habitudes de la série. 

 

photo, Donnie YenMake america broken again

 

Agissant désormais sur le territoire américain, il incarne la résistance d’une minorité, la difficulté d’évoluer sur un territoire assumant une franche hostilité à son endroit. Geste d'insoumission culturelle finalement assez rare au 7e Art, le film se pare dès lors d'atours intéressants et portés avec éclat. Ce discours sur la xénophobie américaine est-il une forme de propagande adressée par le cinéma chinois en réponse à son alter ego hollywoodien ? Assurément, mais il est pour le coup passionnant de découvrir un film désireux de retourner cette vapeur et de lui adresser une réponse en termes de cinéma. 

D’autant plus intéressant que la présence de Bruce Lee en tant que personnage offre au long-métrage une seconde lecture passionnante, où l’histoire du cinéma s’ajoute à l’histoire des peuples et leurs oppositions. 

 

photo, Donnie YenDonnie yeah !

 

DE LA PERFORMANCE À L’APOTHÉOSE 

Douze ans séparent le premier volet de Ip Man 4 : Le Dernier Combat, et à 57 ans, l’immense Donnie Yen n’est fatalement plus aussi affûté que quand nos yeux ébahis se posèrent sur la première partie de la saga. Pour autant, on aurait tort de sous-estimer l’artiste, qui démontre dans quantité de plans l’intensité de son engagement physique, la précision des cascades qu’il opère, et le très haut niveau de performance qui est encore le sien. 

Et quand Donnie Yen ne peut compter sur le soutien d’une caméra maîtrisée ou les divers artifices de montage à disposition du cinéma,il est encore capable d’en remontrer à la plupart de ses concurrents, comme en moigne sa première confrontation avec Scott Adkins, autre combattant également talentueux et capable physiquement. La séquence, portée par une mise en scène sèche et des effets de style ramenés à l’os, est un vibrant hommage aux glorieuses années 70 qui firent la gloire du genre. 

 

photo, Donnie YenL'âge ne fait rien à l'affaire

 

Il faut dire que le film peut se permettre de les embrasser, grâce à la figure de Bruce Lee. Non seulement le personnage est l’opportunité pour la caméra d’embrasser un style de combat légèrement différent de celui du rôle-titre, mais elle autorise également une déferlante stylistique aussi impressionnante que bienvenue aux yeux des amateurs du genre. En effet, la mise en scène peut, notamment lors d’une plaisante castagne de ruelle, convoquer les images de La Fureur du dragon passées dans l’inconscient collectif, avec une belle réussite. 

Car Donnie Yen n’est pas seul à avoir pris de la bouteille, le réalisateur Wilson Yip, déjà derrière la caméra lors du premier volet, a énormément gagné en maturité et en fluidité. Ce que le film perd en violence brute, il le gagne en opératisation de ses combats, n’hésitant pas à enchaîner des mouvements d’appareil fluides, qui décuplent l’impact des enchaînements, comme de la technicité des joutes. Des progrès qui bénéficient enfin d’un budget de 52 millions de dollars, soit quasiment cinq fois celui du premier opus, autorisant la direction artistique à donner le meilleur d’elle-même. 

 

photo, Donnie YenLe film le plus luxueux de la saga ?

 

LE RETOUR DU SPECTACLE  

Alors que les giga-blockbusters pétris de destruction numérique de masse sont interdits de sortie pour cause de pandémie, nombreux sont les spectateurs à se demander où se trouve le spectacle sur grand écran. Non seulement Ip 4 fait partie des rares candidats en mesure de répondre à cette soif inextinguible, mais il a le panache de le faire de fort jolie manière. 

En effet, non seulement le métrage comblera la fibre nostalgique des cinéphages biberonnés aux productions Shaw Brothers, ou encore ivres des Drunken Master qui firent exploser Jackie Chan. Mais au-delà de la nostalgie, le film sait plus simplement retrouver une certaine candeur dans son scénario, dans son découpage et son montage. 

Ni shoot surdosé de mélancolie, et certainement pas trip méta pour post-adolescents en mal de trip post-moderne, l’ambition de Ip Man 4 : Le Dernier Combat est avant tout de perpétuer une forme d’orfèvrerie du cinéma, de retrouver un sens premier du spectacle. Et force est de constater que malgré les années, en dépit d’un cadre connu et d’adversaires “prévisibles” dans les griefs qu’ils adressent à nos héros, le métrage parvient dans chaque scène à retrouver un artisanat du 7e Art qui paraît souvent avoir déserté les salles obscures. 

 

photo, Scott AdkinsAprès Chuck Norris, c'est au tour de Scott Adkins de faire le frais du kung-fu

 

Aidé par son sujet, Wilson Yip peut se permettre de narrer essentiellement par l’image, avec un plaisir communicatif de laisser les corps s’exprimer, les gestes traduire les tourments, et les coups reproduire les élans de l’âme. Une grâce qui n’altère pas pour autant l’énergie pulp de certains morceaux de bravoure, à l’image du combat final contre Scott Adkins, qu’on croirait issu d’un fantasme de serial rompant violemment avec ses traditions originelles. 

Parce qu’il apporte une conclusion épique et techniquement aboutie à une des plus spectaculaires et attachantes sagas martiales de ces dernières décennies, Ip Man 4 : Le Dernier Combat est appelé à rester comme l’un des grands spectacles de 2020, à ne rater sous aucun prétexte. 

 

Affiche française

Ceci est un article publié dans le cadre d'un partenariat. Mais c'est quoi un partenariat Ecran Large ?

 

commentaires

Garamante
24/07/2020 à 14:39

C'est bien ce que je disais ;) Une religion.

Free Spirit
24/07/2020 à 10:04

Corléone ; entièrement d accord avec toi...au moins tu connais les Arts Martiaux; beaucoup critique mais sont INCULTES... Sinon très Bon Film; et Donnie Yen est un vrai pratiquant D arts Martiaux.... Regardez le Film FLASH POINT...

Kolby
24/07/2020 à 02:20

@garamante

Tu parles de Bruce Lee. Mais voyons, étant une star il maîtrise sincèrement son art et ce ne sont pas les défi qui ont manqué... Renseigne toi un peu et tu saura.

corleone
24/07/2020 à 01:02

@Garamante Bruce Lee pouvait soulever 200kg malgré qu'il pesait 60kg et projetait un sac de 50kg d'un coup de pied pauvre inculte. Etant moi même pratiquant de divers arts martiaux, j 'ai certaines de ses vidéos rares qui prouvent mes dires. T'as sûrement crû au deconnage de Tarantino, c'est désolant car c'était le but recherché. Dénigrer la Chine à travers sa légende la plus emblématique, le petit Dragon. Brad Pitt dans cette scène représente les États-Unis(cool, sûr de lui) et ce Bruce Lee fictif représente la Chine (superstar prétentieuse mais sans rien dans le pantalon, donc géant au pied d'argiles). Evidemment la Chine l'a vite compris et n'a pas diffusé le film pour ma plus grande joie.

Kyle Reese
23/07/2020 à 21:03

@garamante

Bruce lee face à un bon boxeur poids plume en quel mode ?
Uniquement boxe oui le boxeur le battrait sûrement mais ce n’est pas sa discipline.
En mode no rules ou Bruce Lee peut utiliser son ar qui l’a fait connaître, mix de boxe et de différent art martiaux je n’aurai pas donné cher du bon boxeur poids plume.
Je ne suis pas du tout un spécialiste de Bruce Lee mais regarde le seul combat officiel filmé contre un de ses meilleurs élèves (facilement trouvable sur le net. Sa rapidité d’action et sa précision auraient tué le combat dès les premiers secondes. C juste mon avis.

Simon Riaux - Rédaction
23/07/2020 à 18:23

@Garamante

Et c'était d'ailleurs ce qu'on écrivait dans le dossier consacré au film hier : https://www.ecranlarge.com/films/dossier/1186187-ip-man-4-le-dernier-combat-laboutissement-dune-saga-qui-frappe-fort

Et ce qu'on rappelle dans cette critique.

Il y a néanmoins un point qui différencie fondamentalement le traitement de la propagande dans ce 4e épisode, c'est que pour la première fois, le personnage évolue en dehors de son environnement. Et ça n'a pas du tout la même portée, ou la même ambition de dire à "l'envahisseur" qu'il n'est pas le bienvenu, que de débarquer chez celui qu'on représente traditionnellement comme dominant, pour lui botter le cul.

Garamante
23/07/2020 à 18:17

"Ce discours sur la xénophobie américaine est-il une forme de propagande adressée par le cinéma chinois en réponse à son alter ego hollywoodien ?" Lol ;o) On sent la critique du fan transi. Nul besoin d'être grand clerc pour faire une petite mise au point:
Les petites détestation xénophobes des IpMan au cours des épisodes sont légions: Les Japonais, les Britanniques, les étrangers au sens large tous vu comme des abrutis condescendants. Les méchants chinois ne sont eux-même pas vraiment méchants, en fait ils ont un bon fond. On finit toujours pas les aimer.
Les IpMan, aussi sympathiques soient-ils à regarder restent éminemment propagandistes: leur cœur de cible c'est la Chine continental (tout aussi donneur de leçons que les US) .
Et pour Bruce Lee... aussi impressionnant soit-il à l'écran, je n'ai pas vraiment trouvé trace probante de ces qualités de combattant, il savait surtout se vendre et les fans on continué à entretenir cette belle croyance quasi religieuse. Je reste persuadé qu'en face d'un bon boxeur poids plume, il se serait certainement prit une raclée, mais il n'a jamais été confronté à ce type d'expérience. Il parlait beaucoup par contre.
Mais j'ai sans doute tort, ça m'arrive souvent :)

Luigi
23/07/2020 à 16:58

@ Corleone ,quand je dis sous estimé peut être je me suis mal exprimé ,ce que je voulais dire c'est que Donnie Yen n'a pas la même popularité qu'un Jackie Chan et il le mériterai ,mais a part les aficionados du cinéma Hong Kongais et les cinéphiles ,le spectateur.lambda ne sait pas qui il est,ni ne saurait mettre un visage sur Chow yun fat ...

Fox
23/07/2020 à 10:14

@ La Rédaction
Merci Simon !
Bon bah désolé pour la redite, je viens de voir qu'une question similaire avait été posée précédemment.
Je ne sais pas pourquoi je n'ai jamais réussi à prendre le temps de me mettre aux trois précédents parce que c'est vraiment un style que j'apprécie. Je pense que je devais attendre le coffret ultime - et pas trop cher ! - pour tous les avoir d'un coup.
En tout cas, je suis ravi qu'il sorte en salles. Je ne sais pas pour la Province, mais à Paris il n'est pas réservé qu'à un cinéma, ce qui est une très bonne nouvelle. On voit apparaître - timidement certes, mais un peu plus sûrement - ces films venus d'Asie (Corée, Chine, Japon, Inde) qu'on avait effectivement beaucoup de mal à visionner en salles il y a encore 10-15 ans.
Si en plus, compte tenu de la situation sanitaire et de la pauvreté de grosses sorties actuellement, ces films peuvent avoir une chance d'exister et de se découvrir un nouveau public, j'en serais plus que satisfait !

Simon Riaux - Rédaction
23/07/2020 à 10:04

@Fox

Au-delà du plus émotionnel évident et de la satisfaction de voir la saga aboutir, oui le film peut parfaitement s'apprécier indépendamment des précédents.

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