Harry Potter : la recette Marvel... avant Marvel ?

Simon Riaux | 12 mai 2020 - MAJ : 12/05/2020 17:52
Simon Riaux | 12 mai 2020 - MAJ : 12/05/2020 17:52

Harry Potter et l'Ordre du Phénix est diffusé ce mardi 12 mai à 21h05 sur TF1.

Le succès planétaire de la recette Marvel a poussé Hollywood à s’inspirer de la recette de Disney. Mais Harry Potter avait déjà bien préparé le terrain. 

Au-delà de la place qu’elle occupe dans le cœur de millions de lecteurs et de fans de l’univers inventé par J. K. Rowling, la licence Harry Potter occupe une place à part dans l’histoire du cinéma et à bien y regarder, peut être appréhendée comme une série de films qui ont fait basculer Hollywood dans l’ère du blockbuster contemporain.  

Warner a en effet favorisé l’émergence d’une équation, d’un modèle industriel, qui est devenu la feuille de route du cinéma de super-héros actuel. On vous dit pourquoi et comment ? 

 

photo, Daniel RadcliffeIron Man avant l'heure ?

 

LA DISPARITION DU RÉALISATEUR 

Affirmer que les films Harry Potter ont favorisé l’effacement de la figure du metteur en scène dans les grosses productions hollywoodiennes peut sembler contre-intuitif, mais c’est bien ce qui s’est passé. En effet, la franchise a opéré une progressive mutation, se basant initialement sur l’identité et le savoir-faire d’artisans ou auteurs reconnus, pour petit à petit miser... sur leur invisibilité. 

Après avoir un temps envisagé de confier les rênes de la saga à Steven Spielberg, Warner les donnera à Chris Columbus. Si ce dernier n’est pas connu comme l’auteur le plus révéré à Hollywood, le réalisateur possède néanmoins une véritable patte, et ses deux opus sont aisément reconnaissables. Il en ira de même pour Alfonso Cuarón, qui, malgré des critiques très positives, devra faire face à la colère des fans, souvent agacés par les libertés qu’il prend avec l’oeuvre et par un style visuel très marqué. 

 

photoLa face du blockbuster en fut changée à jamais

 

L’identité visuelle de la saga va d’ailleurs changer de nature dès le 4e film, celui de Mike Newell. Il ne réalisera qu’un chapitre, avant que David Yates prenne sa place et amène une mutation fondamentale. Avec lui, les codes chromatiques et esthétiques en général vont se fixer. Costumes, valeurs de plans, teintes, composition de l’image, montage et sound design ne varieront plus. 

Yates n’est pas là pour proposer sa vision, mais bien solidifier un ensemble de concepts, qui pourront être déclinés à l’infini. Et en effet, depuis Harry Potter et l'Ordre du Phénix en 2007, jusqu’au deuxième opus des Animaux Fantastiques, on est bien en mal de noter une transformation quelconque de la grammaire Potter, ce qui fait alors de la licence un cas d’école. 

 

Photo Daniel Radcliffe, Rupert Grint, Emma WatsonD'innocents révolutionnaires

 

Et c’est précisément la logique qu’on retrouvera plus tard au sein du MCU. En dépit d’un grand nombre de metteurs en scène différents, d’univers variés et de personnages évoluant dans des espaces divers, les blockbusters Marvel sont presque reconnaissables instantanément. Leur gamme de couleur, leur gestion des effets spéciaux, la structure des dialogues, y compris le découpage, semblent unifiés, pour permettre au spectateur de retrouver ses petits. 

Même des cinéastes ne manquant pas de style, de James Gunn à Taika Waititi, en sont réduits à s’imposer quasi-uniquement par le biais d’une poignée de répliques, plus que par leur découpage ou leur direction artistique. Une primauté de la licence sur le réalisateur qu’a affiné et sacralisé Harry Potter avec une belle réussite publique. 

 

AfficheCuaron, le dernier auteur en charge de la saga ?

 

LA SUITE AU PROCHAIN ÉPISODE 

Hollywood n’a pas attendu ce bon vieil Harry pour avoir l’idée d’amasser des billets verts en produisant des suites, tout comme la saga qui nous intéresse ne peut revendiquer seule le concept de rendez-vous annuel, ou de découpage d’un récit sur plusieurs films. Néanmoins, elle est la première à avoir tenté (et réussi avec brio) l’expérience en l‘étalant sur aussi longtemps. 

L’expérience était d’autant plus complexe que Warner a lancé ce projet industriel avant que la saga littéraire n’ait achevé sa publication. Or, la récente bérézina de Game of Thrones témoigne cruellement du risque que représente la mise en branle d’une adaptation possiblement populaire, narrativement très complexe, dont les tenants et aboutissants ne sont pas clairement établis. 

D’ailleurs, c’est peut-être dans cette incertitude qu’il faut voir le désir progressif du studio d’arrêter la forme de la franchise et non plus de la confier à des réalisateurs, mais à de super directeur des travaux finis, qui assureront un rendu conforme à la commande qui leur a été passée. Toujours est-il que Harry tiendra la promesse faite au public, et va proposer une suite de blockbusters sérialisés, livrés sur les écrans à un tempo métronymique, à peine perturbé par le délai supplémentaire nécessaire au tournage des deux parties des Reliques de la Mort. 

 

photoLe grand méchant loup ?

 

La densité des sorties n’est pas encore celle qu’adoptera Disney pour ses Marvel, mais l’idée de rendez-vous est néanmoins établie, si efficacement, que transformer un livre en deux épisodes pensés pour être vus successivement va s’imposer comme une évidence. On le disait dans le dossier consacré aux pistes abandonnées et bouleversement de l’épopée Harry Potter, mais c’est peut-être là, que se trouve une des grandes révolutions de la franchise. 

Après être devenue un rendez-vous épisodique, la licence s’est en effet permis de pulvériser une norme presque universellement partagée, à savoir l’idée qu’un long-métrage représente une unité autonome, avec un début, un développement et une conclusion. Si dès L'école des sorciers il a toujours été question de poursuivre l’aventure au-delà de l’épilogue de chaque film, chaque chapitre ouvrait des intrigues et sous-intrigues qu’il concluait. Les Reliques de la mort bouleverse ouvertement cet équilibre en assumant totalement sa nature feuilletonnesque, mais il le fait avec l’assentiment du public, qui se rue en masse devant les deux films. 

Une logique qui va être maximisée quelques années plus tard avec les célèbres Phases de Marvel, qui assument de construire via leur univers étendu un récit plus vaste que les parties qui le composent. 

 

photoHollywood ensorcelé

 

LA MARQUE C’EST PLUS FORT QUE TOI 

Il est courant de voir dans le succès de Marvel le triomphe de la propriété intellectuelle sur les projets originaux (les fameuses “IP” traquées par les studios), la victoire de la marque sur les talents qui la bâtissent. Un phénomène illustré par la difficulté de plusieurs stars à exister en dehors des Avengers, malgré les hordes de fans qui les adulent. À nouveau, s’il ne fait aucun doute que Disney a amené cette équation à un niveau de puissance inégalé, c’est encore une fois Harry Potter qui semble lui donner vie. 

Pour ce qui est des interprètes, le constat est là aussi sans appel : Emma Watson, Rupert Grint et Daniel Radcliffe sont toujours immensément populaires, mais aucun d’entre eux ne peut se targuer d’avoir conservé les faveurs du public. Le talent de l’interprète de Harry et son goût pour les projets gentiment tarés (coucou Swiss Army Man) lui assurent une certaine visibilité, mais on aura bien du mal à dénicher un succès dans sa filmographie récente.

 

photo, Daniel RadcliffeQuand la magie s'en va 

 

La marque Potter demeure bien plus forte que tous les éléments qui la composent, et les développements récents des Animaux Fantastiques le confirment. Tout d’abord, parce que le bon accueil réservé au projet puis au premier épisode confirme que le public de Potter est parfaitement mûr pour voir le vaste monde Potterien devenir un véritable univers étendu, ce qui ne serait sans doute pas possible si la première saga ne contenait pas en elle un ADN compatible. 

Autre signe que le monde imaginé par J. K. Rowling en partage bien des particularités, c’est le rapport entretenu par le public avec certains de ses personnages. Ainsi, pendant l’épopée Potter, suite au décès de Richard Harris, c’est l’acteur Michael Gambon qui a enfilé le costume du valeureux Dumbledore. S’il s’agissait d’une décision contrainte, le fait est qu’elle a été accueillie avec un grand naturel par les spectateurs, tout comme l’embauche d’un troisième visage des années plus tard, celui de Jude Law, n’a pas déclenché la moindre vague. C’est bien le personnage, en l’occurrence Dumbledore, qui illumine un comédien, et non l’inverse. 

 

photo, Johnny DeppJohnny Depp, vaincu par la Pottermania ?

 

De même, les polémiques qui ont accompagné le casting de Johnny Depp ont été très éclairantes. Les accusations de violence conjugales qui visaient alors l’artiste rendaient nécessaire son renvoi aux yeux d’une partie du public et le choix d’un autre acteur pour interpréter Grindelwald indispensable. C’est bien là la preuve que c’est la figure de Grindelwald qui demeure centrale, beaucoup plus que le comédien qui lui prête ses traits, quels que soient sa renommée ou son talent. 

Tous ces éléments, toutes ces transgressions, Disney va les redigérer et les utiliser à pleine puissance sitôt le rachat de Marvel effectué. Et à bien des égards, on peut affirmer que le studio sera le premier à ordonner les mécaniques évoquées plus haut consciemment et stratégiquement. Pour autant l’histoire d’Harry Potter le souligne bien, le studio n’aura fait qu’observer et perfectionner la pensée mise en place par le magicien le plus populaire du monde. 

Pour le pire et pour le meilleur, il semble bien que ce soit ce bon Harry qui ait inventé la recette Marvel. 

 

Affiche françaiseOn en connaît qui ont révisé à Poudlard...

commentaires

prometheus
14/05/2020 à 13:11

C'est pas pour tout ramener à Star Wars mais est ce que les films de la 1ere trilogie n'ont pas fonctionné de la même manière : 3 films, 3 réalisateurs différents, une cohérence visuelle, pas vraiment de différence au niveau mise en scène, environ 6 ans d'écart entre les 3 films.

Sinon en effet, le business modèle de Marvel ressemble à celui de hp. Mais pour le reste, leur adn est très différent. Avec HP, on suit tjrs le même groupe de personnages (protagonistes et antagonistes), l'histoire se construit dans le temps, la progression et l'âge des héros évoluent logiquement. L'ensemble est bien unifié globalement.
Avec Marvel, c'est plus éclaté, la continuité est plus ténue, pour ne pas dire superficielle (les scènes post génériques y sont pour beaucoup).
Il y a du bon et du moins bon dans les 2 cas. Mais au final le cas d'école de hp doit faire rêver tous les producteurs d'Hollywood !

Dante012
14/05/2020 à 09:21

Ouh là. Beaucoup trop de suppositions et d'informations tout bonnement fausses, surtout sur le plan cinéma (un comble pour un site axé ciné à la base, mais bon).

Les films HP ne changent pas après le 5? Non mais n'importe quoi... Entre les scènes filmées caméra à l'épaule dans le 7.1, l'image beaucoup plus sombre et pâle dans le 6, et l'avènement du numérique dans Fantastic Beasts, les films de Yates sont bel et bien différents les uns des autres sur le plan technique.
Faudrait voir à pas rater la nuance entre "avoir de points communs" et "être pareils". Ces films ont bel et bien des points communs, mais c'est parce qu'ils sont réalisés par le même gars. De même, HP1 et HP2 sont très similaires dans la forme, car réalisés tous deux pas Colombus. En fait, ils sont plus similaires que les films de Yates.
Donc bon, déjà, votre 1er point (selon lequel le studio fait désormais abstraction du réalisateur) est évidemment faux. D'ailleurs, même chez Disney ce n'est pas le cas. Les films des frères Russo sont très reconnaissables (shaky, shaky cam...).

Ensuite, avant de parler de "recette Marvel", il faudrait peut-être voir à la définir. Parce que si pour vous, la recette c'est "un truc filmé avec des scènes d'action et un peu d'humour", alors des tas de films ont inventé la recette Marvel avant eux...
Je pense qu'on est tous d'accord pour dire que la base de la "recette Marvel", c'est le fait que les films (pour la plupart) sont interchangeables. Or, les films HP ne sont PAS interchangeables, ils s'inscrivent dans une continuité (même Fantastic Beasts). Pas besoin d'aller plus loin dans la réflexion...


Enfin, sur votre dernier point, il y a une totale contradiction. D'abord vous dites que l'identité du personnage éclipse l'identité de l'acteur, et après vous citez le cas Johnny Depp. Dois-je rappeler que les fans ont ragé à cause de ce choix? Ce n'est pas les fans qui ont décidé que Depp resterait, c'est Rowling et Yates. Ils ont donné une très bonne raison, d'ailleurs: ils ne se sont pas laissés influencés par les SJWs, et ont préféré "faire confiance aux talents du comédien plutôt qu'à des rumeurs potentiellement fausses." Ce sont leurs propres mots, plus ou moins.

Bref, en ce qui concerne le sujet: non, HP n'a pas inventé la recette Marvel. C'est Disney qui a décidé de faire des films interchangeables sans ambition artistique et mal écrits. Et Warner a suivi avec son DCU.

Bob nims
13/05/2020 à 18:52

Les Harry potter sont excellents jusqu'a lordre du Phoenix après la saga est trop dénaturé et a part le chap final le reste est a jeté c dommage davoir pris ce tournant de formater les episodes au lieu de les laisser respirer. Heureusement quon a daniel radcliff qui continu a tourner dans pas mal de films très différents mais toujours intéressant

Marc
13/05/2020 à 12:50

Désolé, je suis l'auteur du message ci dessous, sauf qu'au lieu de citer Rami Valak, on m a mis cette identité en pseudo. My Bad Rami!
Amitié

Rami Valak
13/05/2020 à 12:49

Sauf erreur Thanos bute Gamora, Loki, Vision et Heimdall….
Je pense que je n'irais pas trop sur ce terrain là.
Les Marvel ont manqué de prises de risques à une ou deux exceptions près (mort de Groot, des parents et du peuple de Thor etc...), mais ils se sont "lâchés" sur leurs derniers films. D'ailleurs, heureusement, pour ne pas perdre de l'enjeu et maintenir ce sentiment de danger.
A vrai dire, ils ont fini aussi pâr sacrifier Iron Man et mettre définitivement hors service Captain America. Tout ceci de manière définitive. Objectivement, contrats ou âge d'acteur ou non, ça reste marquant (un seul comparatif: mort de Wolverine, sinon je n'ai pas vu DC tuer définitivement Batman ou superman).

Pour le fond du débat, je trouve le comparatif d'écran large pertinent, même si une nouvelle fois, qu'il s'agisse des films Harry Potter ou les films Marvel les journalistes du site sont très sévères quant à l'absence de patter d'auteurs. Honnêtement, bien qu'il y ait un "tronc commun", je vois quant même de grosses différences au niveau forme/ mise en scène ou fond, entre les films de James Gunn, Waititi, des frères Russo ou de Whedon. Pour le meilleur ou pour le pire, on sent largement une patte, même si elle est évidemment moindre que s'ils avaient eu totalement les mains libres.

Pog
13/05/2020 à 12:27

@RamiValak

Pas (du tout) pour défendre Marvel, mais Quicksilver est bel et bien mort dans Avengers 2, par ex.

Je suis le docteur et vous êtes les daleks
13/05/2020 à 12:19

J'aime beaucoup l'univers d'harry potter mais les films en eux même le 3 est absolument génial mais les autres sont bon au plus et claqué au sol au pire

RamiValak
13/05/2020 à 12:15

C'est vrai qu'on retrouve beaucoup de prémices qui apportera ensuite le MCU, mais il y avait encore une certaine audace qu'on ne retrouve dans aucun des films Marvel. La mort de Cédric dans l'épisode 4, elle est froide, définitive, et montrera que la menace est réelle. Malgré tout, c'est quelque chose qu'ils n'ont jamais réussi avec Thanos, par couardise et peur de chambouler son public. Même si Thanos n'est pas censé représenter le mal absolu, on aurait tout de même pu le voir ne serait-ce que tuer quelqu'un de sa main, et pas en claquant des doigts.

Jonthebe
13/05/2020 à 01:55

Dans la recette Marvel il y a surtout cet insupportable humour permanent qui désamorce toute la tension dramatique. Je ne suis pas un grand fan de H.Potter ( j'étais trop vieux) mais les quelques films que j'ai vu me paraissent éviter cet écueil. Il y a certes des interludes humoristiques mais ca ne phagocyte pas l'action comme dans la recette marvel.

brucetheshark
12/05/2020 à 18:32

Quand, je travaillais à la WDC, des bruits de couloirs disaient que Bob Iger avait essayé d'acheter la licence Harry Potter (peu avant la mise en chantier du premier fantastic beast) mais que ça avait échoué... Comme de quoi...

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