Retour sur Les Diables : chef d'oeuvre qui a inspiré Midsommar

Simon Riaux | 3 août 2019
Simon Riaux | 3 août 2019

Depuis quelques jours, Midsommar illumine les salles obscures de son cauchemar païen. Alors que se multiplient les échos et retours critiques, l’occasion est trop belle de revenir sur une des œuvres qui a clairement inspiré Ari Aster : le démentiel Les Diables, de Ken Russell.

Film au succès (et au scandale) international, il fut exploité aux États-Unis dans une version expurgée et censurée. Depuis 2011, la création de Ken Russell est à nouveau disponible tel qu'il l'a réalisée. On profite donc de la lumière éclatante de l'été et de la sortie de Midsommar pour revenir sur cette hallucination foisonnante et fascinante.

En 1634, dans la ville de Loudun, l’Abbé Urbain Grandier exerce une très grande influence sur les gens de la ville. Collectionnant les conquêtes féminines, Grandier refuse d’abattre les remparts de la ville, qui a échappé aux guerres de religion. Mais au couvent des Ursulines, l’inquiétante Mère Jeanne des Anges se déclare possédée par Grandier. Pour l’envoyé de Richelieu, c’est l’occasion parfaite d’éliminer Grandier, la folie va pouvoir commencer...

 

photo

 

LE CORPS DU CHRIST

Expérimentateur intéressé notamment par le son, Ken Russell a offert aux cinéphiles une sacrée bouffée de subversion en 1971. Avec Les Diables, il adapte Les Diables de Loudun, étude d’histoire et psychologie d’Aldous Huxley. Y est narré l’affrontement entre Grandier, prélat libertin luttant pour l’indépendance de la cité de Loudun, laquelle résiste au pouvoir centralisateur de Richelieu. Ce dernier veut abattre la cité pour l’exemple, et va la soumettre à coups de bûchers et de tortures délirantes.

 

photo Vanessa Redgrave

 

Le sujet est bien sûr politique, mais le metteur en scène ne s’intéresse pas tant à la charge historique ou au combat entre une autorité morale corrompue et une philosophie plus libertaire, ce qu’il essaie de capturer à l’image, c’est une confrontation démentielle et ultra-violente entre plusieurs folies institutionnalisées. Ce que sa caméra traque, c’est la constitution de corps, d’atmosphère, et cet instant crucial où tout déraille, où les fantasmes prennent soudain vie, où les groupes constitués en autorités (morales ou spirituelles) sécrètent les radicaux libres qui vont les faire imploser.

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commentaires

darkpopsoundz
05/08/2019 à 17:53

@ Dae-Soo : Oh que non, Ken Russell est l'un des tous meilleurs réalisateurs britanniques, un vrai auteur, un vrai visionnaire, un franc-tireur, quelqu'un de très cultivé aussi (il n'y a qu'à voir les sujets de ses films) et une grande gueule comme je les aime!
Tommy est en effet son film le plus connu (totalement déjanté et très dans son époque aussi, faut aimer les Who période début 70's surtout!), mais au-delà des Diables dont on parle ici il a aussi à son actif comme en parlait Hugo les films sur Mahler (Mahler, 1974) et Liszt (Lisztomania, 1975), qui comptent parmi les meilleurs biopics de musiciens avant que ce terme ne soit à la mode (très baroques en effet mais qui collent parfaitement à leur sujet), mais aussi Altered States / Au-delà Du Réel (1980, avec William Hurt et Bob Balaban, racontant des expériences scientifiques avec des drogues mexicaines et des caissons d'isolation), Gothic (1986, avec Julian Sands et Gabriel Byrne, mettant en scène Lord Byron et Percy et Mary Shelley lors d'une nuit agitée qui donnera naissance au roman Frankenstein). Et un plaisir coupable pour ma part qui est Lair of the White Worm / Le Repaire Du Ver Blanc (1988), inspiré d'une histoire de Bram Stoker, objectivement un film très mineur, si ce n'est raté, mais que je trouve complètement fou et que j'adore! ^^

@ Hugo : j'ai toujours adoré Oliver Reed, il avait une des ces présences! Mais corrige-moi si je me trompe il n'a fait qu'un film pour la Hammer, La Malédiction du Loup-Garou, non? Par contre je ne connais pas cette Poursuite Implacable, m'en vais me renseigner dessus. ;-)

Hugo_Le_Blaireau
03/08/2019 à 23:47

Director Cut's, pas vraiment. La dernière version en date est celle du BFI (British Film Institute) et elle n'est pas encore complète. Il y a bien eu différentes versions qui ont circulé pendant des années, avec une pognées de scènes en plus, mais elles se révélaient au final incomplète, la Warner interdisant toujours la diffusion du montage original.

dams50
03/08/2019 à 21:12

Y at-il une verison director's cut dispo en DVD ?
Je me souviens avoir vu une version 'étendue' sur ARTE il y a 25 ans. Ce que je suppose être les scènes coupées étaient réintégrées ... en allemand.

Dae-Soo
03/08/2019 à 17:17

Ken Russell n'a donc pas que Tommy à son actif en terme de films cultes.

Number6
03/08/2019 à 15:02

J'aimerais bien une ressortie des diables. Je crois pas qu'il soit sorti en DVD par chez nous. J'ai lu aussi le livre les possédés de Frédéric Gros, assez sympa.

Hugo_Le_Blaireau
03/08/2019 à 14:32

Après le film porte bien la marque de son réalisateur, de ce qu'on m'a dis, il faut absolument voir ses films consacrés à des compositeurs comme Listz ou Malher qui sont apparemment bien baroque aussi.
Mais c'est sur que des films aussi fou, c'est plus dur à en faire aujourd'hui.

Et sur Oliver Reed, un incroyable acteur un peu oublié à mon goût. Sa carrière à la Hammer est très intéressante et sa performance la plus mémorable est dans La Poursuite Implacable de Sergio Sollima.

darkpopsoundz
03/08/2019 à 14:17

Un grand film important, pour son époque comme pour la nôtre (inutile de préciser qu'un film comme celui-ci aujourd'hui est totalement impensable, et le mic-mac des versions disponibles, que rappelle Hugo Le Blaireau plus bas, est révélateur du fait que même presque 50 plus tard il reste dérangeant), comme pour sa mise-en-scène, sublime. Et Oliver Reed, juste parfait. Un chef d’œuvre en effet, qui reste encore ravageur et hallucinant aujourd'hui.

Au risque de passer pour un vieux c*n (mais je m'en fous) franchement on a régressé depuis les années 70, moralement comme créativement (qui est un mot qui n'existe pas mais m'en fous aussi), c'est triste de constater qu'on a préféré se replier sur des valeurs rigides et conservatrices plutôt que de continuer à évoluer et expérimenter...

Merci beaucoup pour cet excellent article en tout cas! J'espère que ça donnera envie à certains de voir ou revoir ce film, malgré les difficultés pour le trouver.

Hugo_Le_Blaireau
03/08/2019 à 12:35

Malheureusement un film qu'on ne verra jamais au complet. La Warner garde jalousement un négatif du montage original mais refuse toujours de le diffuser pour une question de censure. On parle notamment d'une scène avec une statue du Christ dans la séquence dans L'Eglise ou encore celle plus intime entre un os et Vanessa Redgrave.

Geoffrey Crété - Rédaction
03/08/2019 à 12:17

@Eddie9Felson

Depuis un moment, et on l'a expliqué en article et en vidéo, afin que le lecteur comprenne pourquoi c'est vital et logique dans le paysage web actuel.
Cela ne concerne que des articles supplémentaires, tout le site habituel reste dispo comme avant.

https://www.ecranlarge.com/films/news/1086257-ecran-large-lance-un-abonnement-et-texplique-pourquoi

Eddie9Felson
03/08/2019 à 11:51

Depuis quand tous les articles ne nous sont plus accessibles gratuitement??? Le début de la fin...

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