Avengers : Endgame - orgasme ultime ou grosse déception pour Marvel ?

La Rédaction | 25 avril 2019 - MAJ : 13/06/2019 19:36
La Rédaction | 25 avril 2019 - MAJ : 13/06/2019 19:36

On revient sur le meilleur, le pire et le moyen d'Avengers : Endgame.

Après la critique sans spoilers, place maintenant aux choses sérieuses. Très attendu après un Avengers : Infinity War qui a explosé les records (retrouvez le dossier box-office par ici), Avengers : Endgame est un tournant dans le MCU, déterminant pour la suite qui débutera avec Spider-Man: Far from Home, le 3 juillet en salles.

Du meilleur au pire, en passant par le moyen, on revient en détail sur le film des frères frères Russo, avec Robert Downey Jr.Chris EvansChris HemsworthScarlett JohanssonMark RuffaloPaul RuddBrie Larson et quelques autres.

 

ATTENTION SPOILERS !

  

 

LE MEILLEUR

 

ASSUMER LA NÉCESSITÉ DU DRAME

Après avoir tant de fois joué avec la mort prétendue de personnages et donc les nerfs des spectateurs, au point de lentement détruire toute possibilité de tension liée à une menace, le MCU devait marquer un grand coup. Avengers : Infinity War avait annoncé la couleur, avec la mort de Loki dès l'intro, puis celle de Gamora plus loin.

Avengers : Endgame va bien plus loin : Black Widow se sacrifie pour mener à bien la mission, Iron Man se sacrifie pour "effacer" Thanos et ses armées, et Steve Rogers tue symboliquement Captain America en optant pour une vie alternative où il n'est plus un surhomme mais un homme comme les autres. A priori, il n'y a aucun pas en arrière possible. Une page est tournée pour la moitié des Avengers originaux.

C'est sans nul doute la meilleure des options pour l'univers étendu, qui avait besoin de tracer une ligne dramatique dans cette suite d'aventures à la formule très répétitive. Rayer trois des six Avengers originaux est un parti pris bienvenu. Avec un Hawkeye a priori parti pour de bon à la retraite (avec sa série sur Disney+ néanmoins), un Thor qui se cherche une nouvelle identité, et un Hulk en paix avec lui-même, la bande de héros des origines passe un gros cap. Marvel Studios savait qu'il fallait frapper fort, et y a été à fond.

 

photo, Chris Evans, Scarlett Johansson, Jeremy Renner, Chris Hemsworth, Mark Ruffalo, Robert Downey Jr.Cherchez les trois survivants après Endgame

 

LA MORT D'IRON MAN

Depuis Iron Man 2, le destin de Tony Stark paraît limpide, voire franchement inéluctable après Avengers : L'Ère d'Ultron. Génie sans limite poussé par d’insurmontables remords et motivé par une logique purement sacrificielle, le pilier du MCU est un mort ambulant depuis des années. À bien des égards, on pourrait soutenir qu’il n’est jamais vraiment revenu du geste héroïque qui concluait le premier Avengers, au cours duquel il manquait de perdre la vie, et dont Shane Black fit un puissant moteur d’angoisses dans son troisième chapitre.

Ajoutez à cela 10 ans de bons et loyaux services pour le MCU, une fin de contrat en approche avec un salaire incroyable au fil des années, un rôle qui paraît de moins en moins exciter Robert Downey Jr., et le décès d’Iron Man s’impose clairement au cahier des charges d’Endgame. Ô miracle, cette figure imposée du sacrifice est une des rares réussites du film.

 

photo, Robert Downey Jr."J'ai beau être matinal..."

 

Sans grand discours pour l’annoncer, arrivant presque par surprise tant il est amené avec une évidente simplicité, le geste héroïque de Tony n’est pas présenté comme celui d’un individu supérieur, mû par un sens du collectif, mais tout simplement comme une décision de pur bon sens. C’est la seule alternative possible pour défaire Thanos, et sans trémolos dans la voix, le personnage s’en empare.

S’ensuit cette scène aux antipodes du traitement Marvel standard, où Iron Man agonise, sous les yeux de Pepper Potts (Gwyneth Paltrow) qui ne tombe pas dans les larmes faciles. Le visage ravagé par le pouvoir des pierres, incapable de parler et de nous délivrer un ultime discours, Tony sombre, lentement, face à la caméra qui enregistre, simplement et irrémédiablement, sa mort. La puissance de cette scène est imparable.

Le résultat est grave. Emouvant. Et suffirait presque à effacer la grosse vanne sur le « cœur » de Tony qui suit quelques secondes plus tard.

 

photo, Robert Downey Jr.Adieu, monde cruel qui payait si bien

 

LA FIN D'UN CAPTAIN AMERICA

C'était l'autre moment attendu pour beaucoup de fans, notamment parce que Chris Evans a plusieurs fois évoqué son envie de tourner la page MCU : la fin de Captain America. Une fin d'autant plus jolie qu'elle n'intervient pas dans le climax, aux côtés d'Iron Man, dans une lutte spectaculaire où la victoire aurait été au prix des deux piliers de l'équipe. Au contraire, le départ de Steve Rogers se fait dans le calme et le silence, dans un moment anti-spectaculaire, lors de l'épilogue.

Au-delà d'une sacrée incohérence sur le sens des voyages dans le temps (on en reparle plus bas), ces adieux sont à l'image de ce personnage lumineux, qui aura porté la flamme d'une candeur et d'un sens de l'héroïsme old school dans le MCU. Voir le surhomme réécrire son histoire pour redevenir un simple homme, et vieillir humblement dans une deuxième chance loin de ses exploits incroyables, a quelque chose de beau, juste et mérité.

Si Avengers : Endgame se termine sur une simple image de Steve Rogers en train de danser avec Peggy, c'est bien que l'un des enjeux du film était de lui offrir une porte de sortie digne de ce nom. En lui offrant de grands moments iconiques (le marteau et le "Avengers Assemble" dont on parle plus bas, par exemple), puis en flirtant avec sa mort sur le champ de bataille, le film se montre plutôt à la hauteur. Et Chris Evans, encore une fois impeccable, assure le service.

 

photo, Chris EvansLarme finale pour le beau Chris

 

LES TRIPS TEMPORELS

Les frères frères Russo sont devenus les bouchers-charcutiers du MCU, toujours partants pour abattre des kilomètres de barbac au nom du fan service. Pas franchement inspirés quand il s’agit de filmer les dialogues, jamais révolutionnaires dans leur appréhension de l’action, on pouvait se demander (au-delà de leur réussite au box-office à partir de Captain America : Le soldat de l'hiver) ce qui avait motivé leur embauche par Marvel en premier lieu.

On le sait peut-être enfin grâce à Avengers : Endgame. Les Russo viennent initialement de la sitcom, et pas n’importe laquelle, puisqu’il s’agit de la cultissime Community, dirigée par le brillant Dan Harmon. Et dans le blockbuster qui nous intéresse, durant le deuxième acte, il semble évident que les frangins ont repiqué les clins d’œil méta qui firent la gloire de la série où ils ont officié.

Ainsi, nos Avengers vont se balader dans le passé, se promener à travers les scènes marquantes des films précédents, les rejouer, les déjouer, les réinterpréter. Certes, cela se fait avec une bien trop grande facilité, et jamais le scénario ne tente de les mettre en danger. Mais pour une fois, on trouve dans un blockbuster Marvel un vrai sens de la vivacité, de la malice. Un état d’esprit qui fait merveille lorsque Captain America doit faire face à lui-même, le temps d’un bref affrontement.

 

photo, Mark RuffaloLa machine à se jouer du temps

 

"AVENGERS ASSEMBLE"

C’est bien sûr un détail. Du moins, cela ressemble à un détail. Mais voir enfin Captain America prononcer cette réplique légendaire, le cri de guerre de l’écurie Marvel, le fameux « Avengers Assemble », fait plaisir à voir. Il témoigne à la fois d’un fan service relativement candide (contrairement à beaucoup d’autres éléments du film), d’une forme de fidélité au matériau de base, mais aussi de la capacité du film à retranscrire à l’écran de purs éléments de comics, sans les enrober de gags crades.

Et il est particulièrement délicieux que ce soit à Captain America, un des rares héros Marvel à bénéficier d’un véritable arc scénaristique, que revienne l’honneur de fédérer les 12 trillions de personnages invités à l’écran.

 

photo, Chris EvansCaptain Avengers

 

PAS DE SCÈNE POST-GÉNÉRIQUE

C'est là encore un détail, mais significatif : pour la toute première fois dans le MCU, un film n'a droit à absolument aucune scène post-générique. Ni une blagounette, ni un teasing de porc. Rien, pas même un "Les Avengers seront de retour". Tout juste un petit son hommage.

C'est un signal sobre et clair que le public peut reprendre son souffle, vivre les événements en temps réel, et ne pas immédiatement regarder vers l'avenir. A l'échelle d'une production industrielle aussi énorme, perçue comme une usine à fric, c'est suffisamment spécial pour être noté. La fin de ce gros chapitre est célébrée dans la sobriété (malgré un générique bien laid avec les autographes des acteurs du premier Avengers).

 

photoPour ceux qui s'attendaient à revoir un truc de ce genre : non

 

LE MOYEN

THANOS

On avait été rassurés par la réalisation de Thanos, Marvel ayant souvent beaucoup de problèmes avec ses personnages virtuels (coucou Hulk) dans Avengers : Infinity War. On retrouve ici une maestria technologique comparable. De même, Josh Brolin assure toujours l’interprétation du grand méchant violet, et s’en acquitte avec le brio qu’on connaît. Malheureusement, alors que le personnage était le principal intérêt du précédent film, il est quasiment absent d’Avengers : Endgame. Et c’est là un choix très problématique, le blockbuster ayant décidé de se débarrasser purement et simplement de son grand adversaire, pour en faire un quasi-figurant.

 

photoVengeance

 

Exécuté par Thor après 5 minutes de film, Thanos ne réapparaîtra qu’à la faveur d’un voyage temporel où le croisent nos héros, dans la dernière partie du film. Une orientation inattendue, surprenante, mais passé l'impact initial de la décapitation du personnage... le scénario se retrouve curieusement démuni.

Ce retournement le vide de toute sa substance, de son panache et de la dimension politique de son action. Dans Endgame, Thanos n’est plus qu’un opportuniste qui passe par là et tente de taquiner le goujon super-héroïque avec une armée de monstres numériques (dont on se demande bien ce qu’elle fiche dans les parages). Thanos devient alors un méchant bien simplet, qui veut désormais tout casser et tuer. Ou comment gâcher un des meilleurs personnages du MCU.

 

photoThanos aux abonnés absents

 

LE SACRIFICE DE BLACK WIDOW

La mort de Natasha est une demi-réussite. Côté positif, c'est un moment digne pour un personnage qui semblait être un vestige poussiéreux dans un MCU dominé par des personnages surpuissants. L'espionne qui manie les armes et les pirouettes acrobatiques est bien ridicule et "datée" face à un Thor qui a pris possession de ses talents, un Doctor Strange qui tord la réalité, et une Carol Danvers qui transperce des vaisseaux spatiaux. Ce n'est pas anodin si elle et Steve sont parmi les seuls à ne jamais avoir mis un pied dans l'espace, comme évoqué dans un dialogue amusant.

Black Widow était la facette la plus terrienne et humaine dès le premier Avengers, où son rôle était vite limité, et l'évolution du MCU n'a fait qu'enfoncer le clou. Omniprésente dans la franchise (Iron Man 2, Avengers, Captain America : Le soldat de l'hiver, Avengers : L'Ère d'Ultron, Captain America : Civil War, Avengers : Infinity War, Avengers : Endgame), Scarlett Johansson semblait destinée à devenir un second couteau de bureaucratie à la Nick Fury, et éternelle ancre émotionnelle des hommes (Steve l'aime bien, Bruce l'aime vraiment bien, et Clint l'a beaucoup aimé aussi).

La voir mourir avec une force profondément humaine (la volonté de sacrifice) est une forme de justice, qui donne un peu de dimension à son arc narratif sinon faiblard au sein du MCU.

 

photo, Scarlett Johansson, Chris EvansLe passé du MCU

 

Néanmoins, la scène n'est pas à la hauteur. C'est un écho à la mort de Gamora, avec quasiment la même mise en scène et musique, mais qui n'en a pas l'impact ni l'effet de surprise. C'est aussi un moment qui joue la carte du spectacle, où deux héros se battent pour gagner et mourir. L'intention est claire, mais il est possible de trouver ça un brin poussif. Heureusement, Scarlett Johansson vole les derniers instants avec des adieux très forts, où Natasha prouve sa détermination et disparaît avec ce demi-sourire qui fait son charme espiègle.

Que le film ne lui offre pas des adieux dignes de ce nom, alors qu'elle s'est sacrifiée tout comme Tony Stark, reste là encore bien curieux.

 

photo, Scarlett JohanssonImage promo mensongère #5

 

L’ACTION

Oui, le climax est un gros morceau de spectacle où des tonnes et des tonnes de monstres et héros s'affrontent sur un champ de bataille en cendres et en flammes. Le moment où des dizaines de portails s'ouvrent, pour que déferlent les super-héros et guerriers afin de prêter main forte à Captain America et ses camarades, est un instant de pur plaisir.

Valkyrie chevauche son cheval ailé, Spider-Man se balance dans les airs, le Wakanda est en furie, Scarlet Witch montre sa force immense, la Guêpe rejoint Ant-Man, Pepper Potts enfile son armure, le Faucon empale un gnome avec ses ailes mécaniques, Strange bloque un raz-de-marée, et Captain Marvel finit par faire acte de présence en explosant un vaisseau spatial.

 

photoBim bam boum la finesse

 

Néanmoins, avant ce climax, il aura fallu encaisser plus de deux heures de films gentiment calmes, avec à peu près zéro scène d'action (hormis un petit duel entre Captains America par exemple). D'où un film très déséquilibré, qui manque d'harmonie. Conséquence directe : la grande et quasi-unique scène de baston ouvre toutes les vannes pour satisfaire le public, quitte à ne pas avoir le temps de véritablement créer une dramaturgie au milieu de ce champ de guerre. A un crescendo diabolique, étape par étape, Avengers : Endgame préfère une vague finale qui avale tout.

 

photo, Chris HemsworthImage mensongère de promo #15

 

LE RYTHME

De ce déséquilibre entre l'action et le reste du film, naît logiquement un gros problème de rythme. Le démarrage est pourtant excitant, avec tous les héros épaulés par Captain America pour aller retrouver Thanos. Mais après cette courte et audacieuse confrontation où Thor décapite le Titan fou, Avengers : Endgame s'éternise.

Laisser le temps aux héros de reprendre une vie et un masque humain, et exprimer leur profonde tristesse, est logique et nécessaire. Il y a même de jolis moments, comme lorsque Natasha fond en larmes dans son coin, avant de reprendre un sourire de façade avec Steve. Mais tout ça reste survolé, facile. Le film manipule les scènes de dialogues et d'aventure, le drame et la comédie, puis le shoot d'action final, sans véritablement trouver l'équilibre et l'harmonie. Contrairement à Avengers : Infinity War qui les alternait avec efficacité, Endgame semble patiner et cherche sa voie, sans y parvenir.

 

photoLe grand final tant attendu

 

TOUS LES HÉROS FIGURANTS

C'est bien beau de mettre en scène l'arrivée triomphante et si spectaculaire de tous les héros dans le climax, enfin réunis face à Thanos et ses armées, là où l'affrontement était découpé en plusieurs moments et décors dans Avengers : Infinity War. Mais pour en faire quoi ?

Wanda a droit à un court mais intense moment face à Thanos, qu'elle menace très sérieusement avec ses pouvoirs. Spider-Man protège le gant face à bien des monstres, avant que Black Panther ne le récupère. Ant-Man redevient géant pour écraser quelques ennemis. Mais difficile de ne pas rester sur sa faim face à tant de pouvoirs et forces sous-exploités. C'est particulièrement évident sur des personnages comme la Guêpe, Okoye, Drax ou Mantis, dont la présence se réduit à quelques postures pseudo-héroïques.

Même la réunion de plusieurs super-héroïnes aux côtés de Captain Marvel, enthousiasmante et appuyée à l'image, se révèle bien inutile, puis oubliée la minute d'après. Avengers : Endgame reste le film des Avengers originaux, et presque tous les autres sont réduits à de la figuration de luxe.

 

photo, Karen GillanNebula est l'un des rares personnages secondaires à réellement exister dans Endgame

 

LE MARTEAU DE CAPTAIN AMERICA

Incarnation absolue de l’engagement et de la sincérité, Steve Rogers est sans doute le héros de l’écurie Marvel à posséder le cœur le plus pur : jamais motivé par son propre intérêt, toujours prêt à se sacrifier (c’est même ce qui le définit à l’issue de sa première aventure solo). Déjà, dans L'Ère d'Ultron, Marvel avait tenu à le dire : avec un peu de volonté, le Captain serait en mesure de faire bouger le Marteau de Thor, arme surpuissante qu’il est supposé être le seul à pouvoir manier, et unique être de la création digne d’user du pouvoir de Brico-Dépôt Mjolnir.

Par conséquent, assister à la maturité héroïque de Captain America, qui sauve le fils d’Odin en se révélant capable de brandir à son tour son arme fétiche, est un pur plaisir de fan. C’est un moment iconique, d’autant plus efficace que l’image du personnage s’avère éminemment classieuse quand il combine marteau et bouclier.

Il s’avère donc un peu regrettable que cette fort belle idée en reste au clin d’œil à l’attention des fans, à peine exploité dans une poignée de plans, tout juste bons pour dynamiser un peu le climax. On aurait aimé que ce twist soit travaillé un peu plus en profondeur, voire bénéficie d’une scène dédiée, afin d'être un peu plus fouillé.

 

photoImage iconique des comics

 

CAPTAIN MARVEL (AU DÉBUT)

Introduite à l’occasion de son propre film solo, qui s’achevait sur sa rencontre avec les Avengers, Captain Marvel fait dès les premières minutes d’Endgame partie de l’aventure. Dotée d’une nouvelle coupe de cheveu (elle en aura une encore plus cool et proche des comics après), interprétée avec toujours autant d’énergie par une Brie Larson maniant charisme et malice à égale intensité, elle apporte un peu de vie à une équipe fatiguée et traumatisée.

Elle vient sauver Iron Man et Nebula, motive les troupes avec son assurance affolante, et montre son leadership lors de la mission pour retrouver Thanos, où elle part sonder le terrain avant de maîtriser le Titan fou. C'est de bonne augure, et annonce une équipe à la dynamique toute fraîche. Sauf que...

 

photo, Chris EvansLE truc utile que fait Captain Marvel

 

LE PIRE

CAPTAIN MARVEL (APRÈS LE DÉBUT)

On se souvient que le climax de Captain Marvel dévoilait toute sa phénoménale force et en faisait le perso le plus puissant du MCU, capable de pulvériser une planète en éternuant trop fort. Dès lors, comment user du personnage, sans que le scénario d’Avengers : Endgame soit terminé en 17 minutes ? C’est impossible, Carol Danvers étant bien trop puissante pour que quiconque, Thanos y compris, lui résiste.

Les Russo sont condamnés à user de deux ressorts aussi voyants et embarrassants que stupides. Ainsi, après avoir été fort utile dans l'intro, Captain Marvel est une nouvelle fois éjectée du récit à la faveur de son simple "Il y a d'autres planètes et problèmes dans l'univers". Cinq ans après la mort de Thanos, Carol s'ennuie ferme sur Terre, et a d'autres chats cosmiques à fouetter. Pourquoi pas.

Sauf que son absence après est d'une paresse affolante, et ressemble presque à une blague. Pourquoi personne ne l’appelle à l’aide quand le plan se met en place, pourquoi ne participe-t-elle à rien, et pourquoi revient-elle donc dans le climax, puisque personne ne s’intéresse à elle ?

 

 

Aucune trace du bipper magique de Nick Fury, qui pourrait être une explication dans l'intrigue. Mais en réalité, le problème est ailleurs : le MCU a présenté le personnage avant Endgame, pour le placer et le vendre comme un atout vital face à Thanos. Il semble donc parfaitement ridicule de l'avoir en simple bonus ici.

C'est même proprement grotesque dans le climax : non seulement Carol Danvers tombe du ciel sans raison, comme lâchée par les scénaristes en panne d'idées (elle explose un vaisseau comme à la fin de Captain Marvel et c'est censé être assez), mais son duel contre Thanos est médiocre. Alors qu'elle semble capable d'arracher le gant au Titan, celui-ci trouve le moyen de lui foutre une baffe pour l'envoyer dans le décor. Fin. Elle aura un autre instant de gloire purement symbolique, lorsque la majorité des super-héroïnes du MCU prennent position à ses côtés, mais rien qui ne justifie sa présence, sa puissance et sa place.

A la toute fin, lors de l'enterrement de Tony Stark, elle est seule, au fond, derrière les autres. Le symbole d'un personnage loin d'avoir eu la chance de trouver une petite place dans l'équipe, alors qu'elle est censée en prendre la tête. Nul doute que ce sera l'un des enjeux de la phase 4, mais nul doute que dans Endgame, c'est une sacrée déception.

 

photo, Gwyneth Paltrow, Brie Larson, Pom Klementieff, Letitia WrightElle est là, oui

 

L’HUMOUR

C’est une observation, voire un reproche récurrent, quand on se penche sur le MCU : son utilisation problématique de l’humour. Pensé pour s’attirer la sympathie des enfants, éviter aux scénaristes de lutter avec un premier degré pas toujours évident à gérer mais aussi interdire aux récits d’être trop durs ou marquants, l’humour Marvel a souvent été pointé du doigt comme le symptôme d’une narration défaillante et paresseuse.

C’est bien simple, jamais le problème n’aura été aussi voyant, absurde, et handicapant. Hulk est transformé en Géo Trouvetout malaisant, Thor devient un clone du Professeur Foldingue, et TOUS les personnages émaillent leurs dialogues de blagues qui ne dépareilleraient pas dans un spin-off d’American Pie.

Impossible de croire dans leur trauma (à peine effleuré au demeurant), impossible de se projeter dans la gravité des évènements à venir. Impossible de craindre ne serait-ce qu’une seconde, pour tous ces personnages agités par l’intrigue comme autant de guignols numériques. Comment véritablement apprécier la scène où meurt Tony Stark, seule et unique séquence où il ne se répand pas en grosses vannes qui tâchent ? On s'est alors désintéressé du héros depuis longtemps, héros qui renouera avec la blague dès ses funérailles d'ailleurs...

 

photoTiens, encore une image mensongère

 

THOR & HULK

Premières victimes tragiques de "l'humour" donc : les personnages incarnés par Chris Hemsworth et Mark Ruffalo. Placé comme une certaine idée de la perfection musclée et chevelue, dont le charme est un argument et une source de plaisanteries depuis sa première apparition, Thor voit son image brisée dans Endgame : détruit par sa défaite contre Thanos, le dieu du tonnerre s'est retiré chez lui, avec ses potes, pour jouer à Fortnite, boire de la bière et manger de la pizza. La gravure de mode est devenue un Homer Simpson bedonant et débile.

 

photo, Chris HemsworthRasta sans Rocket mais avec Thor

 

Sur le papier, l'idée est déjà curieuse, préférant jouer la carte de la légèreté au lieu de celle de la tragédie. Voir l'arrogant Thor psychologiquement détruit par son échec (il a raté la tête de Thanos, et l'a décapité pour rattraper cette erreur, rappelant son réflexe de brutalité pas bien malin qui l'avait poussé à frapper Ultron, le libérant ainsi de ses chaînes) est une bonne idée ; l'écrire de manière adulte et mature, encore plus.

Au lieu d'être un super-héros brisé, qui aurait cherché à regagner son assurance et sa confiance au cours de l'intrigue, Thor est réduit à un énorme gag ambulant, posé au milieu des Avengers comme une anomalie. Comme un malin génie posé dans un coin, qui rappelle que Marvel doit continuer à faire rire, alors que l'histoire exige un ton solennel dans l'équipe. Le nombre de scènes construites sur ce décalage aussi facile que répétitif est désolant, d'autant que son évolution physique n'est jamais vraiment traitée dans le climax.

 

photo, Chris HemsworthMeilleur troll de promo : te cacher que Chris Hemsworth aura le tour de taille de ton père

 

Pour Hulk, c'est l'aveu définitif que Marvel ne sait pas quoi faire du personnage. Tiraillé entre ses deux visages dans Avengers : L'Ère d'Ultron, il décidait de s'exiler pour réapparaître en guerrier dans Thor : Ragnarok, pour finalement être symboliquement impuissant dans Avengers : Infinity War. Loin de retrouver un équilibre attendu, pour prendre sa revanche sur Thanos, Bruce Banner devient lui aussi un comique ambulant dès sa première apparition à base de selfies.

Gros professeur mignon avec ses lunettes, il est plus ridicule et burlesque qu'autre chose, la faute à des effets spéciaux pas bien convaincants notamment. Lors du voyage dans le temps à New York en 2012, le personnage mime des coups sur des voitures à New York, de manière médiocre et incompréhensible. Heureusement, sa mission pour la Pierre du temps avec L'Ancien (Tilda Swinton) et son claquement de doigts salvateur pour les 50% annihilés par Thanos dans Infinity War redorent un peu son blason. Trop peu cependant pour l'empêcher d'errer le plus souvent aux côtés des héros Captain America et Iron Man.

Hulk et Thor étant les derniers Avengers originaux encore d'aplomb (Hawkeye a l'air vraiment décidé à vivre dans sa sitcom), la peur est réelle pour leur futur dans le MCU.

 

photo, Chris Evans, Mark RuffaloNON

 

LES INCOHÉRENCES DU VOYAGE DANS LE TEMPS

Le voyage temporel a été bien des fois abordé au cinéma, de Terminator à Looper, sans oublier un film dont Endgame choisit de se moquer gentiment : Retour vers le futur. Si les frères Russo choisissent de le pointer du doigt, c’est pour souligner une convention narrative pas forcément logique, à savoir l’idée selon laquelle retourner dans le passé modifierait le futur d’où proviennent les voyageurs temporels. Une idée absurde, nous soutient Endgame, car voyager dans le temps c’est ouvrir une nouvelle ligne narrative, pas transformer celle d’où on vient.

Sauf qu’au moment de conclure son récit, le scénario décide de se contredire totalement, en faisant apparaître un Captain America vieilli, qui a décidé de rester dans le passé pour retrouver son amour perdu. Pourquoi pas, mais dans ce cas, sa décision devrait ouvrir une nouvelle ligne temporelle, et ses camarades ne devraient pas le voir apparaître sur un banc à quelques mètres d’eux.

Énième symptôme d’une écriture à la fois paresseuse et je-m’en-foutiste la scène qui suit pourra émouvoir (si on veut bien oublier combien elle piétine la sublime fin de Captain America : First Avenger), mais elle témoigne tristement du mépris de Marvel pour son public.

 

photo, Karen GillanRéfléchir sur le scénario, et être triste

 

LES GROSSES FACILITÉS

Le public imaginait que la disparition de Scott Lang dans la dimension quantique à la fin d'Ant-Man et la Guêpe était un gros indice, qu'il serait la clé de l'intrigue d'Endgame, et que son retour teasé dans les bandes-annonces serait un détonateur ? Il faudra découvrir que tout cela repose sur les petites pattes d'un rat maladroit, paumé dans une vieille remise, et qui réallume la machine de Hank Pym. Magie : Ant-Man est de retour. Pas parce qu'il a exploré la dimension quantique, trouvé une sortie et ainsi un plan pour contrer Thanos. Mais par le plus simple et bête des hasards.

Un gimmick scénaristique paresseux qui ne serait pas bien grave, s'il n'était pas un symptôme. Voir Tony Stark bricoler la solution incroyable au voyage dans le temps, en buvant un thé dans son salon un soir, grâce à un hologramme bien pratique, confirme à quel point les scénaristes refusent de donner de vrais obsctacles aux héros, sacrifiant tout sur l'autel de l'efficacité.

Même chose lors des voyages temporels où les héros se divisent en groupe pour récupérer les pierres. Les défis restent souvent incroyablement petits, expédiés, comme s'il ne fallait surtout pas compliquer réellement la mission des héros. Difficile également de comprendre pourquoi personne (notamment Nebula) ne trouve utile de dire que la Pierre de l'Âme exige un sacrifice, comme la mort de Gamora l'a prouvé. Bref, le scénario enchaîne les invraisemblances et raccourcis.

 

photo, Paul RuddCoucou, je suis le heureux hasard

 

HAWKEYE

Le traitement de Hawkeye confine à l’incompréhensible. Parfaitement dispensable depuis son introduction dans Thor, réduit à esclave anonyme dans Avengers, risible dans Avengers : L'Ère d'Ultron, il n’aura manqué à personne dans Infinity War. Sur le papier, il faisait partie des sacrifiables, et on espérait franchement que Thanos allait se servir une bonne coupe de Crémant de Bourgogne dans sa boîte crânienne.

Mais au lieu de cela, Endgame décide de le mettre régulièrement au premier plan, et de fort pitoyable manière. L’ouverture lui est consacrée, dans une scène au découpage aussi incroyablement mou qu’inutile, tous les ingrédients présents ayant déjà été traités dans plusieurs des derniers films Marvel.

Nous retrouvons le personnage un peu plus tard, accoutré comme un remplaçant du RC Lens des années 80, devenu un assassin brutal. Parce que c’est bien connu, quand on est en deuil, on va égorger des yakuzas et découper des cartels mexicains. Ça détend. Non content d’être traité par-dessus la jambe, Hawkeye doit en plus se coltiner la scène la plus Z de tout le MCU, où il combat Black Widow pour décider qui se sacrifiera afin de récupérer la Pierre de l’Âme.

Au moins se dit-on, on en aura fini avec ce protagoniste embarrassant. Mais non, c’est sa comparse qui disparaît dans le vide. Vivement la série qui sera consacrée à ce flamboyant héros à l'oeil de Faucon.

 

photo, Jeremy RennerLa classe (non)

 

Comme évoqué dans notre critique sans spoilers, Avengers : Endgame est donc une déception pour Ecran Large, qui n'a pas retrouvé les meilleurs côtés du MCU si excitants et enthousiasmants dans ses meilleurs films.

Dans tous les cas, à chacun de se faire son avis en salles.

 

Affiche française

commentaires

Vermeer
13/10/2019 à 22:23

Et quid de Vision qui disparait dans les bras de Wanda Maximoff à la fin d'Infinity?

Vermeer
13/10/2019 à 21:08

Et encore certaines scènes bizarres ont-elles été oubliées dans cette critique..comme celle ou Hulk est obligé de prendre l'escalier..........Alors qu'il fait des bonds de plusieurs kilomètres..

Tom
02/10/2019 à 00:32

Très déçu de ce qu'ils ont fait de Thor et Hulk, la puissance des personnages est bidon. Thor censé être un Dieu du tonnerre réussis à envoyer quelques éclaire avec son marteau dans tout le film... Et Hulk le personnage le plus destructeur qui peut faire des bonds de je ne sais pas combien de kilomètres, avec une force énorme capable de détruire une planète .. n'est que poussière .. bref très déçus

chrisbor
08/09/2019 à 11:19

Je suis tellement d'accord avec cette critique que j'ai l'impression de l'avoir écrite :D

Sniper
03/09/2019 à 14:31

Un navet , une honte !!

Bien que ce soit du divertissement ce « film » c vraiment du n importe quoi une injure pour les fans de Marvel

Manontherun33
11/08/2019 à 20:42

Ce film est le navet absolu de Marvel. Il faut ajouter aux incohérences, l'absurde du scénario. On comprend rarement le choix narratif et on s'ennuie ferme assez rapidement puisqu'on devine facilement ou tout ceci va nous mener. Navrant, affligeant, désolant…

Seulanui
10/08/2019 à 17:53

On pense voir un film d'action, et on se retrouve à cogiter comme un dingue pour ne pas subir l'extrême déception de ce film. En gros, il a été fait pour les besoins des acteurs et des réalisateurs, PAS POUR LES FANS.
Un navet, une purge, un torchon gros budget
Vous avez 3h à perdre, et bien, NE REGARDEZ PAS CE FILM; perte de temps et colère assurée.

DegouT
02/08/2019 à 00:51

Franchement je suis hyper déçu de ce film.... J'ai revu spécialement Captain Marvel et Infinity Wars juste avant de le regarder et voilà la baffe que je me prend... Beaucoup trop d'incohérence comme dit dans cet excellent article. Mais ce que je retient c'est le gros manque d'actions et surtout le manque d'implication de Captain Marvel ! J'attendais qu'elle viennent démolir l'armée de Thanos & Thanos en héros ! En+ c'est une excellent actrice avec beaucoup de charisme, ça aurait pu se terminer en apothéose,... Vraiment que de déception...

Biniou
28/07/2019 à 22:37

Parfaitement d'accord franchement vous avez beaucoup plus raison que WatchMojo qui l'ont surélevée par rapport à la saison 8 de GOT même si vous avez oublié quelques petits trucs c'est une analyse très vraie j'irai même jusqu'à ajouter que Dark Phoenix était meilleur même qu'ils ont mieux fait le scénario de fin de saga DARK PHOENIX EST LE PLUS GÉNIAL FILM DE TOUT LES TEMPS WHOUHOU

Mara
20/06/2019 à 15:28

Je m'étais aussi posé la question pour Ned, mais l'explication est simple.Si Ned, MJ et Flash ont le même âge que Peter dans Far from home, c'est parce qu'ils ont été victimes du snap eux aussi.

Plus

votre commentaire