La soluce Total Recall : explications sur la fin du film culte, entre rêve ou réalité

Christophe Foltzer | 22 avril 2019
Christophe Foltzer | 22 avril 2019

Pour tous ces moments où on se retrouve à la fin du film avec plus de questions que de réponses, avec l'envie d'en discuter pour savoir ce qui s'est passé à l'écran, Ecran Large a la Soluce.

Le but : revenir sur ces films, dans l'actualité ou du côté des classiques, afin d'expliquer, décortiquer et tenter de comprendre et analyser ces conclusions qui alimentent théories et débats.

ATTENTION SPOILERS !

 

photo Total RecallPrise de tête dans 3,2,1...

 

KESKISEPASSE ?

Dans le futur, la planète Mars est colonisée pour y exploiter le turbinium. Vilos Cohaagen gère la population mutante comme des esclaves et détient d’une poigne de fer toutes les ressources de la planète. Pas cool.

Sur Terre, Doug Quaid s’ennuie dans sa vie pépère d’ouvrier. Il rêve tout le temps de la planète Mars et d’une mystérieuse femme aux cheveux bruns. Sa femme n’est pas super contente et elle refuse de l’accompagner sur la planète rouge. Alors, Quaid décide d’aller se faire implanter de faux souvenirs chez Rekall, qui lui donnera l’impression d’avoir réalisé son rêve. Mais l’opération se passe mal puisque, avant même l’implantation, les scientifiques découvrent qu’il avait déjà une mémoire effacée. Doug Quaid se retrouve alors entrainé dans une course-poursuite meurtrière où tout le monde se retourne contre lui.

 

photo Total RecallMars, sa montagne, son rouge

 

Il comprend du même coup qu’il n’est pas Quaid, mais Hauser, un super agent secret qui s’est fait capturer, lavé le cerveau et envoyé sur Terre alors qu’il aidait les rebelles martiens à conquérir leur liberté. Poursuivi par le très vicieux Richter, à la solde de Cohaagen, trahi par sa femme et son meilleur ami, qui sont eux aussi des agents, il gagne enfin Mars et rencontre Melina, la fille de ses rêves.

Mais il n’est pas au bout de ses surprises puisqu’en retrouvant la trace de Kuato, le leader des rebelles, il comprend aussi qu’il se ment à lui-même. Hauser n’était pas un agent félon mais un agent double et sa vraie mission était de retrouver Kuato pour Cohaagen. Tandis que le magnat coupe les arrivées d’oxygène des quartiers pauvres, Quaid et Melina se rendent au site des fouilles de Cohaagen pour découvrir son secret : une technologie extra-terrestre qui rendrait l’atmosphère de Mars respirable.

Après avoir buté Richter et Cohaagen, Quaid enclenche le système. La montagne explose, l’atmosphère se crée, Mars est sauvé et Doug est content. Sauf que ça ressemble quand même vachement au programme qu’il avait acheté chez Rekall, vous ne trouvez pas ?

 

Photo Rachel TicotinMelina, femme fatale ou création fantasmée ?

 

C'EST QUOI CE BORDEL ?!

Bon alors, déjà, si on veut tenter de comprendre de quoi parle vraiment Total Recall, il faut remonter à son origine, l'écrivain de science-fiction Philip K. Dick. Souvenirs à vendre est une nouvelle publiée en 1966, dont le film de Paul Verhoeven ne reprend que partiellement des éléments, pour transformer le tout en bon gros film d'action paranoïaque.

Dans la nouvelle, on ne se rend jamais sur Mars, Doug (Quail, dans la nouvelle, et Quaid dans le film) n'est pas marié à une espionne et le service de l'Interplan, absent du film sous ce nom mais que l'on peut reconnaitre sous les traits de la société de Cohaagen, adopte une position neutre par rapport aux événements. Il n'y a pas non plus toute cette histoire d'agent secret et de libération de la planète Mars, du moins, pas dans ces termes.

 

Photo Arnold SchwarzeneggerDu Philip K. DIck version testostérone tout de même

 

Cela dit, si le récit n'est pas si fidèle que ça à l'original, le scénario du film s'ancre complètement dans la psychologie de Philip K. Dick. Grand écrivain de la paranoïa, Philip K. Dick n'a cessé de manipuler le concept de réalité. Qu'est-ce qui fait que ce que l'on voit est réel ? Qu'est-ce qui nous dit que nous vivons vraiment notre propre vie ? Des obsessions thématiques qui se retrouvent dans chacune de ses oeuvres, notamment les plus connues (Ubik en est un excellent exemple et on ne parle même pas de Minority Report ou encore Blade Runner).

Bref, toute l'oeuvre du romancier s'articule autour de l'apparence et du déni de réalité. Et ça tombe bien, puisque c'est aussi ce qui intéresse Paul Verhoeven. En plus de son attaque en règle des institutions, surtout dans sa période américaine (RoboCop et Starship Troopers pour ne citer que les plus évidents), le réalisateur nous questionne aussi toujours sur notre propre statut de spectateur et, a fortiori, d'être humain.

Il nous pose toujours la même question : existons-nous ainsi parce que nous l'avons choisi, parce que c'est la réalité ou parce qu'il s'agit d'un arrangement un peu frauduleux avec le Réel ? Un jeu de miroirs déformants, d'apparences et de mensonge à soi-même qui imprègne particulièrement Total Recall de bout en bout.

 

Photo Rachel Ticotin, Arnold SchwarzeneggerY a de tout sur Mars, et pour tout le monde. Suffit d'y mettre le prix

 

OK, MAIS ALORS ? RÊVE OU RÉALITÉ ?

La grande difficulté de l'exercice de l'analyse, principalement au sujet de Total Recall, c'est que le film joue constamment, et avec brio, sur les deux plans. Il se sert de son côté spectaculaire et de notre identification au personnage principal pour nous embarquer dans l'aventure et la considérer comme vraie.

Si l'on suit le déroulé du film au premier degré, pas de doute : Doug Quaid est bien un agent amnésique qui se révèle à lui-même, toutes les preuves sont là.

 

Photo Arnold SchwarzeneggerSchwarzy qui tente de faire marcher ses muscles

 

Dans le découpage principalement, surtout au début du film avec les longs regards que lui jettent sa femme Lori (Sharon Stone) quand il parle de Mars, où Verhoeven s'attarde bien plus longtemps qu'il ne le faudrait sur ses yeux pour bien nous faire comprendre qu'il y a quelque chose de louche. Dans son attitude aussi, où, dès qu'il tourne en boucle, Lori détourne son attention par sa sensualité, le sexe, la rencontre des corps, manière de tuer momentanément l'esprit et de gérer la frustration grandissante de son époux.

Son meilleur ami ne fait pas autre chose dans le fond. Lorsque Doug lui parle de Rekall, Harry invoque immédiatement l'histoire d'un ami qui aurait fait la même expérience pour finir lobotomisé. Dans le registre du réel, citons aussi le passage sur Mars avec le Docteur Edegemar qui se dit implanté dans le délire de Quaid pour le sauver. Alors qu'il va flancher, il remarque qu'Edgemar sue, preuve qu'il est réel, il l'abat. Bref, tout semble faire sens.

 

Image 608000Et si le rêve avait déjà commencé, en fait ?

 

Sauf que non, en fait. Si l'on regarde bien quelques détails, principalement dans le premier acte, tout cela est contredit. En effet, chez Rekall, Doug Quaid est soumis à un questionnaire visant à déterminer ses goûts féminins. Le résultat ? La création d'un avatar de femme qui sera implanté dans ses souvenirs et qui, comme par hasard, est le portrait craché de Mélina, qu'il rencontrera par la suite. Du coup, la théorie réaliste s'étiole un peu puisque l'image de la femme a été prédéterminée.

On pourrait croire à une énorme coïncidence ou à un souvenir refoulé, mais le montage ne nous permet pas de le certifier. En effet, on voit Quaid se faire anesthésier et on bascule directement dans le bureau du directeur de Rekall avec l'appel paniqué du médecin car Quaid est devenu fou. Rien ne nous permet de certifier que l'opération a eu ou n'a pas eu lieu puisque nous ne l'avons pas vue de nos propres yeux. Bien que le docteur dise qu'il n'y a pas encore eu d'implant, cela peut tout à fait être une partie du programme souscrit.

 

Photo Michael IronsideDu coup, on n'est même pas sûrs qu'ils existent vraiment ces deux-là

 

Ce qui nous amène au gros indice que tout ceci n'est qu'un rêve : le programme sélectionné par Quaid. Dans le bureau de Rekall, il choisit la formule agent secret avec, au menu : la découverte d'une identité d'agent dormant, un côté playboy, de l'action, des explosions, des trahisons à tour de bras et, à la clé, la libération du peuple martien. Soit l'annonce exacte de tout ce qui va se passer dans le scénario à partir de ce moment.

Le dernier petit indice, mais il est le plus subjectif, est le dernier plan du film. Face à Mars libérée, Quaid embrasse Mélina et lui demande si tout ceci n'est pas au bout du compte un rêve. Et là, hop, fondu au blanc, générique. Intéressant. Si la question reste posée et qu'elle n'aura aucune réponse, on peut s'interroger sur le choix de ce type de fondu.

Le fondu au noir étant conclusif par essence, le recours à un fondu au blanc, dans ce cas précis bien évidemment, nous amène à une autre sensation. Celle d'un aveuglement. D'une disparition, d'un effacement mémoriel, totalement en phase avec le film. Que faut-il en penser ? Si chacun aura son opinion, il sembe évident que ce procédé de montage n'est pas là par hasard et qu'il n'est présent que pour semer encore plus le doute chez le spectateur.

 

Image 608003Un peuple à sauver, comme le programme acheté le mentionne. Tiens donc...

 

LE VERDICT

Total Recall n'est pas de ces films où il est facile de favoriser une opinion plutôt qu'une autre mais, si l'on veut aller au bout de l'exercice, il faut bien le faire. Ceci étant, cette conclusion ne représente qu'un avis personnel que nous vous invitons à commenter, enrichir et contredire dans les commentaires, cet article ne servant qu'à générer un débat autour du film.

 

Photo Arnold Schwarzenegger, Sharon StoneDu coup, on a un peu de peine pour Lori Quaid

 

Si l'on prend les choses avec un peu de recul, la solution est évidente : tout ceci n'est qu'un rêve, un souvenir implanté et Doug Quaid est toujours sur son fauteuil dans les locaux de Rekall. Ses aventures suivent la ligne établie par le programme qu'il a acheté, il remplit toutes les cases cochées, Mélina est le portrait craché de la femme fantasmée qu'il a lui-même créé de toutes pièces quelques minutes plus tôt et les événements s'enchainent un peu trop facilement pour être réels.

Total Recall parle avant tout d'un homme frustré par son existence insignifiante, soumis à des désirs de grandeur qui le dépassent et qui n'arrive pas à faire face à cette réalité dont il est pourtant responsable. Un insatisfait chronique qui choisit donc de s'enfermer dans ses souvenirs plutôt que d'oeuvrer à rendre sa vie meilleure, au détriment de sa femme et de son meilleur ami. C'est sûr, tout de suite, dit comme ça, ça fait vachement moins envie.

 

Image 607990

commentaires

Madiana
29/04/2019 à 22:11

Il y a une troisième option intéressante que j'avais lu sur le net il y a qqs années. La toute première scène est en fait réelle. C'est tout ce qui suit à partir du moment où Quaid se réveille en sursaut qui serait un rêve d'où le fameux fondu blanc à la fin. Ca change complétement la vision du film et permet d'expliquer les coïncidences étranges.

Geoffrey Crété - Rédaction
22/04/2019 à 23:15

@Dae-Soo

Il est republié dans le cadre des diffusions TV (voir le détail à ce sujet sur la page d'accueil, avec l'article).
Le hasard du calendrier a fait que la publication d'origine est rapprochée de sa rediffusion, occasion parfaite pour ressortir l'article ;)

Dae-Soo
22/04/2019 à 22:45

Mais mais mais... Il est pas sorti y'a 1 mois cet article ? Pourquoi il se retrouve en haut de la page ?

Super boulot en tout cas !

Lax69
02/04/2019 à 01:02

Le prochain basic instinct : coupable ou innocente
Curieusement encore un film de master veroheven

pepe
01/04/2019 à 19:04

@niko : d'accord avec toi.
Je suis naïf et envie de croire que c'est la réalité, tellement bien ficelee cette histoire :)

brice.lecorre
01/04/2019 à 06:59

Et que dire de Lorie, Cohagen, son pote du boulot. Le mec se réveille et ils reprennent tous vie dans son esprit, alors qu'il est persuadé à 100% du contraire (selon les promesses de Rekall) ? Je ne te raconte pas le retournement de cerveau !

brice.lecorre
01/04/2019 à 06:43

Truc marrant : si c'est un rêve, alors au réveil de Doug, Mars a toujours son atmosphère. Cela tue (beaucoup) l'intérêt de Rekall, qui doit en principe pouvoir offrir un souvenir auquel on croit vraiment, donc boucler avec la réalité, qui doit être dans le même état avant et après le voyage.... :-) Pour moi l'histoire est donc vraie (et c'est tellement plus cool pour le gamin de 10 ans que j'étais), même si actuellement je serais plus sensible à une fin rêvée

Matt
31/03/2019 à 23:18

@ Hasgarn
Désolé ! J'ai vraiment utilisé les ""SPOILERS"
Verhoeven m'a grillé avant si ça peut te rassurer...

@Niko
31/03/2019 à 23:11

La machine a pu interpréter ses rêves en analysant son cerveau et recréer numériquement son idéal féminin et ses fantasmes

Hasgarn
31/03/2019 à 22:26

Matt m’a grillé ????

Toute la subtilité d’une realisation.

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