Pourquoi Le Château de Cagliostro est déjà un chef d'oeuvre avec toute la magie de Miyazaki

Créé : 27 janvier 2019 - Camille Vignes
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Le Château de Cagliostro a percé nos écrans français pour la première fois depuis sa sortie au Japon en 1979.

En 1995, nous découvrions le cinéma d'Hayao Miyazaki avec Porco Rosso, rapidement suivi de Mon voisin TotoroPrincesse Mononoké et d’autres. Le cinéaste, co-fondateur du studio Ghibli, est devenu depuis un maître du cinéma d'animation, souvent comparé à une sorte de Walt Disney japonais des temps modernes. Mais derrière son œuvre en apparence paisible, la guerre, la mort, la pollution et la destruction de la nature se dessinent.

Si Le Château de Cagliostro est resté inédit en France pendant autant de temps c’est simplement à cause des ayant droits. Et oui, « Edgar de la Cambriole » n’est autre qu'un Arsène Lupin non autorisé jusqu’à maintenant. Mais le héros de Maurice Leblanc est tombé dans le domaine public et enfin, le film peut sortir en salles.

D'ailleurs, la sortie du premier long métrage du cinéaste Hayao Miyazaki, est l’occasion de parler de l'œuvre poétique et magique de son dessinateur. On voit souvent Nausicaä de la vallée du vent comme l'oeuvre fondatrice du cinéaste, celle qui appelle toutes les autres. Mais de la nature qui reprend ses droits à l’aviation en passant par la figure féminine, Le Château de Cagliostro annonce déjà bon nombre des thèmes récurrents de son réalisateur.

 

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QUI A DIT QU'UN MANGA NE POUVAIT PAS AVOIR D'HÉROÏNE ?

Le rôle des femmes chez Hayao Miyazaki est primordial, qu’elles soient enfants, adultes ou aïeules, elles sont très souvent les héroïnes du récit. De Sheeta dans Le Château dans le ciel, de San dans Princesse Mononoké, Sophie dans Le Château ambulant, Nausicaä, Kiki, Chihiro ou encore Ponyo, toutes doivent réaliser une sorte de voyage initiatique, défendre un idéal et mener à bien une mission.

Là où les oeuvres originales de l'artiste sont, presque à coup sûr, centrées sur une fille, une femme, une grand-mère (en rupture avec l'héritage manga), déjà Hayao Miyazaki donne une grande place aux femmes dans Le Château de Cagliostro.

Clarisse une jeune fille forcée d’épouser un comte sanglant sous le seul prétexte que leur famille respective sont faites pour s’unir. Et malgré son apparente fragilité, sa toute première apparition est déjà un signe de courage qui fait inévitablement penser au futures héroïnes. D’ailleurs, dans une interview de 2015 pour Guardian, le cinéaste revenait sur ses personnage féminins :

 

photoClarisse

 

« Beaucoup de mes films comportent des personnages féminins forts. Des filles courageuses et indépendantes. Elles auront peut être besoin d’un ami, ou d’un soutien, mais en aucun cas d’un sauveur. Les femmes sont capables d’être de vrais héros, tout autant que les hommes. »

Et la ressemblance avec d’autres héroïnes d'Hayao Miyazaki ne s’arrêtent pas là puisque tout le portrait que dresse Lupin de Clarisse lors de leur première rencontre, 10 ans plus tôt, fait déjà penser à une petite Chihiro ou à des Mei et Satsuki de Mon voisin Totoro. La Clarisse de 9 ans était déjà courageuse et réfléchie.

Fujiko, l’autre rôle féminin présent dans Le Château de Cagliostro est, elle aussi, importante pour le futur puisqu’elle annonce certains des rôles secondaires forts. Moins charismatique que Dame Eboshi (Princesse Mononoké), son personnage est tout de même ambigu. Ni totalement bon, mais pas mauvais non plus,il annonce avec légèreté la complexité des personnages de Hayao Miyazaki.

 

photoBon, il y a aussi ça

 

ARRÊTONS D'ACHETER NOS ANCIENNES FORÊTS

La nature pourrait être considérée comme le personnage central de la plupart des films du maître japonais. Hostile dans Nausicaä de la vallée du vent, amie dans Mon voisin Totoro ou source de conflit dans Princesse Mononoké, la nature est déjà très présente et merveilleusement dessinée par Hayao Miyazaki.

Le cinéaste n’a pas attendu la Cop 21 et les scénarios catastrophes qui sont mis en avant par tous les médias au quotidien pour livrer son combat et prouver que la protection de l’environnement est un sujet plus qu’actuel. Loin de là.

 

photoCathédrale de verdure

 

Preuve en est, la quasi-totalité de ses réalisations met en avant une nature belle et maternelle. Et non, vous ne verrez jamais une espèce de pelouse jaunâtre dans les dessins de Hayao Miyazaki, mais au contraire une herbe d’un vert si vif que l’on a envie de se rouler dedans.

S’il n’y a pas de forêts denses et vibrantes de spiritualité dans Le Château de Cagliostro, toute la scène où Lupin découvre (ou redécouvre) les ruines du château de la princesse Clarisse est baignée dans une nostalgie contemplative quasi divine. Surlignée par une musique presque mystique, cette scène ressemble à celle où Sheeta et Pazu découvre Laputa pour la première fois dans Le Château dans le ciel, ou celle où Sophie s’émerveille devant les fleurs qu'Haouru fait éclore pour elle dans Le Château ambulant.

Si dans le Le Château de Cagliostro la nature est réduite à son essentiel, le souci du détail rend ces décors aussi réalistes que paradisiaques. Dans ce moment romantique par excellence, Hayao Miyazaki cristallise toute l'harmonie perdue qu’il recherche entre l'homme et la nature. Le vert de l’herbe et l’ondoiement de l’eau sont doux et réconfortants. La mousse qui mange les murs du château rappelle que si elle cède du terrain l’homme, c’est juste parce qu’il la dompte et ne la respecte pas.

 

photoQui pour faire un collier de fleurs ?

  

LA TÊTE DANS LES NUAGES

Son goût pour les espaces ne s’arrête pas au vert éclatant de la nature. Et le bruissement du vent dans l’herbe, dans le vol d’un avion, dans la chute d’un personnage est aussi l’occasion pour Hayao Miyazaki de donner de la verticalité à ses œuvres.

Lever le nez de ses planches à dessin l'entraîne à coup sûr vers l’une de ses passions les plus dévorantes : l’aviation. Elle est présente dans bon nombre de ses œuvres. Nausicaä parvient à "voir" les déplacements d'air grâce auxquels elle maitrise parfaitement son mœve (planeur). Dans Le Château dans le ciel, Sheeta voyage à bord d'un dirigeable et flotte dans les airs lorsqu'elle en tombe. Kiki la petite sorcière vole sur son balai magique, Marco dans son hydravion (Porco Rosso) et Chihiro à dos de dragon.

L'aviation est un tel rêve pour Hayao Miyazaki que son dernier film, Le Vent se lève, y est entièrement consacré. Mais on retrouve déjà le vertige des perspectives, des courses poursuites sur les toits invraisemblables, l'importance de la verticalité et de l’aérien dans Le Château de Cagliostro.

 

photoPetit avion et gros fusil

 

Dans Le Château de Cagliostro, on peut voir l'amour que Hayao Miyazaki met dans ses dessins d'avions, de voitures et de scènes vertigineuses. Contrairement au Vent se lève, Le château de Cagliostro ne porte pas sur l'aviation, mais on sent déjà l'amour qu'a Miyazaki à animer les avions.

Et au-delà de ça, il les place toujours à des moments clefs de l’histoire. Si les monstrueuses flottes aériennes sont quasiment toujours annonciatrices de destruction et de chaos (on se souvient des scènes d’angoisse dans Le Château ambulant), les avions plus petits sont souvent synonymes de salut, à l'image de la scène où Pazu sauve Sheeta grâce à une machine volante, Lupin (Wolf) vient sauver Clarisse à bord d’un petit avion rouge.

 

photoAccroche-toi

 

LA NATURE C'EST BIEN, LES LASERS C'EST MIEUX

Mais le Hayao Miyazaki qui se place du côté de la nature et de l'aviation se laisse à peine deviner dans Le Château de Cagliostro. Au-delà du discours écologique, Hayao Miyazaki se plaît à montrer son admiration envers les créations humaines. Qu’elles soient architecturales ou mécaniques.

Les châteaux du film sont de savants mélanges entre Laputa (Le Château dans le ciel) et le Château d’Haouru (Le Château ambulant). L’un, en ruine, rappelle la cité volante abandonnée dans son architecture et dans le ton nostalgique qu’il met dans sa description. La cité immergée au pied du Château du comte, cachée aux yeux des hommes à cause de leurs actions, rappelle, elle aussi, une sorte de Laputa ou d'Atlantide.

 

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Au contraire, le Château du comte Cagliostro lui-même est un petit bijou de technique. Il se module au gré des besoins de son propriétaire. Des décors gothiques et des gadgets modernes de l’époque (ah les lasers meurtriers !) se côtoient dans la plus pure simplicité et feront forcément penser au Château ambulant.

Quand on voit comment Isao Takahata décrit la ville et la campagne, la nostalgie qu’il en a, et le rejet du progrès qu’il déverse dans la plupart de ses œuvres (celle où c'est le plus frappant étant Pompoko), on comprend bien que les choses ne sont pas aussi clivantes chez Hayao Miyazaki. Et avec la magie dont le château recèle (qui au passage rappelle étrangement Le Roi et l'oiseau), on voit déjà que rien chez le cinéaste, n’est jamais tout noir ou tout blanc.

Les rouages du château, au départ ennemis, s’avèrent très utiles pour contrer les sbires du comte. Et c’est grâce à la technique, qui se transforme presque en être poétique au même titre de la nature, que la ville engloutie a été cachée aux hommes et préservée de leur actions. Plus tard Hayao Miyazaki ira même jusqu'à mettre une âme dans ces machines.

 

photoCelui, burlesque, qui ne comprend pas

 

En fait l'oeuvre d'Hayao Miyazaki essaie de trouver un équilibre entre progrès et tradition. Il tente de réconcilier la nature et la culture.  Et les récits qu'il anime sont toujours synonyme de crise et de transition. On y trouve toujours à la fois une période de destruction, et une de reconstruction.

Il faut fonder un nouveau monde sur l'ancien détruit par les dérives. Il faut reconnaître les évolutions, avec leur part de beauté, et respecter la nature. La renaissance de la cité mythique engloutie sous les eaux crystallise ce moment de rencontre et de respect entre héritage et nouveauté, entre antiquité et volonté de reconstruction.

 

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commentaires

Pat 28/01/2019 à 08:51

C'est un beau film d'animation, une bonne aventure après un chef-d'oeuvre il ne faudrait tout de même pas exagéré non plus.

Karlito 27/01/2019 à 20:57

Miyazaki avait une grande admiration pour "le roi et l'oiseau". Le film lui a apporté le sens de la "grandeur". Dans un entretien, il expliquait que la vision du film lui a fait comprendre qu'il fallait voir grand, que l'image devait porter loin et surtout ne pas hésiter à aller dans la démesure pour qu'un film d'animation enveloppe le spectateur. Nausicaa rendait déjà hommage au film de Paul Grimault avec les géants de métal.

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