Films

Le Château de Cagliostro : critique dans les nuages

Par Jean-Noël Nicolau
22 février 2007
MAJ : 18 janvier 2019
0 commentaire

Premier long-métrage intégralement mis en scène par Hayao Miyazaki, Le Château de Cagliostro (aussi connu en France sous le nom de Edgar de la cambriole, en rapport avec la série animée diffusée à la télévision) pourrait facilement être qualifié de « coup d’essai, coup de maître ». Mais ce serait sans doute oublier que lorsqu’il rejoint ce projet, Miyazaki a déjà une quinzaine d’années d’expérience dans le domaine de l’animation et qu’il a déjà fortement contribué à l’accomplissement, voire à la personnalité de quelques oeuvres de haute qualité, telles que Horus, le méconnu Vaisseau fantôme volant ou les séries animées Heïdi, Conan le fils du futur, et déjà de nombreux épisodes de Rupan Senseï.

Affiche

C’est en particulier son travail sur Conan qui lui obtiendra la confiance de la Tokyo Movie Shinsha, ainsi que la pression amicale du directeur de l’animation Yasuo Ôtsuka. Miyazaki, déjà familier avec l’univers de Monkey Punch (le créateur du personnage d’Edgar/Lupin III), va profiter de cette occasion unique pour faire du Château de Cagliostro une démonstration de son style et de ses ambitions, quitte à s’approprier totalement l’oeuvre de départ. Nombreux sont les collaborateurs du maître prêts à qualifier ses méthodes de travail de « destructrices », car Miyazaki n’hésite jamais à bouleverser le matériau d’origine pour le plier au mieux à ses exigences visuelles et thématiques.

 

Comme le note Monkey Punch avec une certaine ironie, Le Château de Cagliostro n’a plus grand-chose à voir avec son manga, ni même avec la série télévisée. Le mangaka reproche en particulier à Miyazaki d’avoir infantilisé un personnage destiné avant tout à un public adulte. On pourra être surpris par cette remarque, car à nos yeux ce long-métrage possède déjà quelques séquences fort virulentes, inimaginables, par exemple, dans les productions Disney de la même époque (et encore de nos jours). Ce paradoxe est d’autant plus souligné lorsque Ôtsuka affirme que lui et Miyazaki espéraient créer une oeuvre plus mature que l’essentiel des animés japonais antérieurs. Mais ces légères divergences artistiques ne ternissent en rien la réussite du Château de Cagliostro qui, plus d’un quart de siècle après sa création, demeure une impressionnante comédie policière peu avare en scènes d’action mémorables.

 

 

Outre l’animation, si le design des personnages est fidèle à celui créé par Monkey Punch, c’est sur les décors que Miyazaki apporte sa touche qui nous est désormais si familière. On remarquera donc quelques plans s’attardant sur les nuages ou sur des paysages de campagne apaisée. L’ambiance musicale souffre par contre de l’absence de l’indispensable Joe Hisaishi (qui rejoindra le studio Ghibli dès Nausicaa) et l’on ne retient que la chanson thème de Lupin.

 

 

Les créateurs du film le reconnaissent sans mal, le scénario est très simple, linéaire, sans sous-texte particulier et donc très éloigné de ce que proposera Miyazaki à partir de la naissance du studio Ghibli et de la mise en chantier du monumental Nausicaa. L’histoire du Château de Cagliostro n’est que le support à l’énergie débordante du metteur en scène qui transforme Edgar/Lupin en un superhéros capable de toutes les prouesses et ne cessant quasiment jamais de courir d’un bout à l’autre des décors, jusqu’à accomplir des bonds surhumains qui feraient sans doute pâlir bien des Batmans.

Cela sans jamais se départir d’un humour acerbe, les répliques du cambrioleur étant dans leur majorité très savoureuses. Car Le Château de Cagliostro est aussi une comédie, souvent burlesque, rappelant parfois les grandes heures de notre Jean-Paul Belmondo national, en particulier ses Tribulations d’un chinois en Chine. Le film de Miyazaki respire donc encore une certaine attitude « cool » des années 1960 et le personnage d’Edgar n’est pas loin de la classe un peu machiste d’un James Bond, auquel on pensera inévitablement devant certains déploiements de gadgets et face au comte de Cagliostro, méchant charismatique reclus dans sa forteresse aux mille pièges.

 

 

Mais au-delà de ces références évidentes, Miyazaki ajoute déjà des thèmes plus personnels, en particulier sa fascination pour l’Europe du XIXe siècle et les mécanismes extraordinaires, toujours un peu brinquebalants et directement issus d’un Jules Verne. Le final du film, entre les rouages géants d’une horloge inconcevable, est presque une profession de foi, en particulier par le dynamisme étourdissant de la mise en scène et des rebondissements. Ce n’est bien sûr pas l’unique morceau de bravoure du Château de Cagliostro, qui s’ouvre sur une affolante course-poursuite en voiture, bourrée d’intensité et d’idées délirantes.

C’est cette intensité, soutenue au fil du métrage, qui permet à l’oeuvre de divertir tous les publics sans distinction. Même si l’humour désamorce souvent les situations les plus violentes, on trouvera de nombreux exemples de scènes bien peu destinées aux enfants (le charnier souterrain, les sbires simiesques et griffus, le rituel du mariage, la fin du comte…) et jusqu’à la découverte du mystère gardé par l’horloge du château, dont la poésie nostalgique annonce le monde postapocalyptique de Nausicaa. Le Château de Cagliostro va donc bien plus loin que son intérêt historique et ne cesse de s’imposer comme un modèle de spectacle fédérateur et enthousiasmant.

 

 

 

Rédacteurs :
Résumé
Tout savoir sur Le Château de Cagliostro
Abonnez-vous à notre youtube
Pictogramme étoile pour les abonnés aux contenus premium de EcranLarge Vous n'êtes pas d'accord avec nous ? Raison de plus pour vous abonner !
Soutenir la liberté critique
Vous aimerez aussi
Commentaires
guest
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires