Un Doigt dans le Culte : Chucky, poupée démoniaque et saga incontournable

Mise à jour : 22/11/2017 01:16 - Créé : 29 octobre 2017 - Christophe Foltzer
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Avec Un Doigt dans le Culte, la rédaction profite de son temps libre, de son salaire mirobolant et de sa mégalomanie galopante pour partager avec vous des œuvres importantes, cultes, adorées, en dehors de toute actualité. Aujourd'hui, parce que c'est bientôt Halloween et pour fêter la sortie vidéo du Cult of Chucky, on va vous parler de cette poupée qui nous fait la misère depuis presque 30 ans.

Les poupées et le cinéma d'horreur, c'est un peu l'union sacrée. En effet, qu'y a-t-il de plus terrifiant qu'un objet nous ressemblant, qui prendrait vie en nous fixant avec ses yeux vides ? Mis à part les clowns, on ne voit pas vraiment. Et le cinéma ne s'en est pas privé d'ailleurs, d'essayer de nous terrifier avec elles, depuis les années 30 et Les Poupées du diable de Todd Browning, jusqu'au récent Annabelle : La Création du Mal

Il y a une fascination malsaine envers elle, une projection de nos angoisses, un malaise que l'on pourrait rapprocher de l'"uncanny valley" (plus ça ressemble à un humain et plus ça nous dérange). Mais parmi toutes celles qui ont essayer de nous faire flipper, aucune n'est plus populaire que Chucky. 

 

Photo Chucky 1

 

D'APRÈS UNE HISTOIRE VRAIE.... ?

Comme beaucoup de films d'horreur à petit budget qui essayent de se démarquer de la concurrence et avoir un peu de cachet aux yeux des fans, le personnage de Chucky est censé s'inspirer d'une histoire vraie : Robert la poupée. En 1896, le docteur Thomas Otto emménagea avec sa famille à Key West en Floride. Plutôt aisé, il trainait une sale réputation parce que, disait-on, il se montrait très sévère avec ses domestiques. En 1906, sa femme surprend une de ses servantes, haïtienne, en plein rituel de magie noire. Avant de partir, la servante remit une poupée d'un mètre de haut à Robert, leur fils.

S'étant attaché au jouet, le jeune Robert l'emmenait partout avec lui, dormait avec, le traitait comme un être humain et le nourrissait même en cachette. Il alla jusqu'à donner son propre prénom à la poupée, exigeant qu'on l'appelle, lui, par son second prénom, Eugène. L'histoire, assez cocasse pour le moment, prit progressivement une tournure bien plus sombre lorsque la mère surprit son fils discuter avec la poupée.... qui lui répondait de la voix grave d'un adulte.

Des meubles bougeaient dans sa chambre, Eugène était en proie à de terrifiants cauchemars et, à chaque fois, il désignait Robert comme étant le responsable. Il se dit même que l'on pouvait parfois voir la poupée courir dans la maison en poussant un petit rire strident. Les serviteurs étaient terrifiés, la rumeur se répandait dans le quartier, il fallait donc agir. Les parents confisquèrent la poupée et la scellèrent dans le grenier.

 

Photo Robert the doll

Robert la poupée

 

Des années plus tard, Eugène, à présent adulte et marié à Anne, retourna vivre dans la maison à la mort de son père. Il retrouva Robert au grenier et l'histoire recommença. Il traitait de nouveau Robert comme un humain, ce qui déplaisait fortement à Anne. Il l'installa dans une des chambres, sur un fauteuil, face à la fenêtre et il ne fallut pas bien longtemps pour que les enfants qui passaient dans la rue disent que la poupée leur faisait régulièrement des grimaces.

En 1970, Eugène tomba gravement malade et s'enferma la plupart de ses journées dans la pièce avec Robert. Il mourut en 1972, la poupée à côté de lui. Robert retrouva sa place au grenier.

En 1974, la famille Reuter emménage dans la maison et leur fille de 10 ans, Myrtle, trouve rapidement la poupée, qu'elle adopte. Les mêmes phénomènes se reproduisirent et lorsque, six ans plus tard, la famille déménagea, la fillette emporta la poupée avec elle. Ce n'est qu'en 1994 qu'elle en fit don au Musée Fort East Martello, en affirmant que la poupée était hantée.

 

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UN BON GARS

Qui a vu le premier film de la saga, Jeu d'enfant (1988), reconnait en filigrane la trame du récit. Bien sûr, le créateur de la franchise, Don Mancini, a changé bon nombre d'éléments puisque cette fois la possession est affirmée. Il ne s'agit cependant pas d'un démon mais du tueur Charles Lee Ray (qui doit son patronyme à Charles Manson, Lee Harvey Oswald et James Earl Ray, trois tueurs très célèbres) : mortellement blessé et pourchassé par l'inspecteur Mike Norris, il se réfugie dans un magasin de jouet où grâce à une formule magique vaudoue, il incarne son âme dans une poupée Good Guy, le dernier jouet à la mode.

Evidemment, le jeune Andy Barclay veut une de ces poupées pour Noël, mais comme elles sont toutes épuisées, sa mère en achète une à la sauvette. Manque de bol, c'est dans celle-là que réside l'âme du tueur. Chucky commence donc un gentil carnage autour du bambin, avec pour objectif de transférer son âme dans le corps d'Andy pour renaître. Heureusement, l'inspecteur Mike Norris veille. 

 

Photo Chucky 1

Charles Lee Ray, en pleine incantation vaudoue

 

Dans la suite de 1990, Chucky, la poupée de sang, nous retrouvons Andy : sa mère étant devenue folle, il est placé dans une famille d'accueil, les Simpsons. Des employés du fabricant de poupées récupèrent la dépouille de Chucky et la retapent, ignorant ainsi qu'ils la ressuscitent au passage. Remis sur pied, Chucky reprend son carnage et retrouve Andy pour terminer son rituel. Mais Kyle, la soeur de lait d'Andy, l'en empêche et le cauchemar se termine dans l'usine de fabrication des poupées, par la destruction du monstre, façon Terminator.

 

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Malheureusement, Chucky à la peau dure. Dans Chucky 3, sorti en 1991, il revient à nouveau à la vie mais d'une manière un peu particulière. Le fabricant de jouets souhaite relancer la production des Good Guy et lors du processus, le sang de Chucky se mêle à une poupée. Le démon est de retour et il est en pleine forme, avec toujours la même idée en tête : retrouver Andy.

Sauf que le Andy, il a bien grandi puisqu'il est maintenant adolescent et élève dans une école militaire. Mais Chucky, puisqu'il est dans un nouveau corps, n'a plus besoin d'Andy. En effet, il peut posséder uniquement la première personne à qui il dit son secret et qui dit nouveau corps, dit nouveau secret. Il jette donc son dévolu sur le jeune Tyler, qu'Andy protègera au péril de sa vie, bien décidé à en terminer avec son trauma d'enfance. Chucky finira éparpillé aux quatre vents, après être passé dans un ventilateur à propulsion.

 

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POST-ENFANCE

Disons-le franchement : si la trilogie Chucky est culte aujourd'hui, il faut bien reconnaitre que les films ne sont pas très bons. Limités par leur budget et la technologie de l'époque, ils n'arrivent jamais à donner corps à tous les délires envisagés par Don Mancini et les réalisateurs successifs.

Cependant, le personnage fait forte impression, en grande partie grâce à la prestation incroyable de Brad Dourif, qui lui prête sa voix et son caractère, et à ce mélange d'innocence de surface et de perversité de fond qui ne peut que déstabiliser le spectateur. Pourtant, ces trois films sont encore bien sages et respectent d'une certaine manière les canons de l'époque, déplaçant sensiblement les règles du slasher alors en bout de course pour les utiliser franchement sur le terrain du fantastique. Une recette gagnante cependant puisque les films ont su se tailler une bonne réputation et la poupée est devenue une des figures légendaires du genre, à défaut d'être la plus célèbre.

 

Photo Chucky 1

Andy, pas super rassuré de pioncer avec Chucky

 

En fait, Chucky fonctionne surtout lorsque l'on est enfant. Parce que c'est justement le moment où nous projetons énormément de nous-mêmes et de notre imaginaire dans les objets et jouets qui nous entourent. Dans ce cas précis, Chucky est terrifiant.

Par contre, une fois adulte, l'effet ne fonctionne plus du tout et nous ne voyons plus que les défauts d'une technique et de structures narratives on ne peut plus bancales. Après Chucky 3, la poupée démoniaque s'offre un petit répit. Les modes et les mentalités changent, l'horreur quitte violemment le premier degré avec Scream et plonge dans le post-modernisme. Impossible donc pour Chucky de revenir sur les écrans sans un petit lifting. Et il va être sacrément corsé. Pour le meilleur et pour le pire d'ailleurs.

 

Photo Chucky et Tiffany

Chucky et Tiffany, à la fraiche

 

D'UNE ÉPOQUE À L'AUTRE 

Dans La Fiancée de Chucky (1998), nous découvrons donc que Charles Lee Ray avait une nana, Tiffany, et qu'elle était parfaitement au courant de ce qui lui est arrivé. D'ailleurs, cela fait 10 ans qu'elle cherche sa dépouille. Ayant récupéré la poupée dans un sale état, elle la répare grossièrement et la ressuscite grâce à la même incantation vaudoue en pensant que, peu avant sa mort, Chucky voulait l'épouser. Sauf qu'il n'en a rien à faire, lui, il veut se réincarner en humain.

 

Photo Jennifer Tilly

 

Alors il la tue et transfère son âme dans une poupée qu'elle lui avait offerte pour se moquer de lui. Les Bonnie et Clyde en plastique vont ensuite prendre en otage un jeune couple voisin pour qu'il les amène à la dépouille de Charles Lee Ray, enterré avec le Coeur de Damballa qui pourrait leur permettre de redevenir humains. Exit Andy, Kyle, le fabricant de jouet : Chucky est de retour et il a pété un plomb.

En effet, le film de Ronny Yu est un bon gros délire à la limite du punk, vulgos et bas du front, volontairement beauf et un peu gore, qui est avant tout une excuse pour se moquer de la bienpensance américaine de l'époque... et de Chucky lui-même. Si le film avance sur un équilibre fragile, il n'en est pas moins très rigolo et apporte une énorme bouffée d'air frais à une saga plus que moribonde.

Ouvrant la seconde période du personnage, bien plus punk que la première, le film est aussi le point de rupture d'une partie de la fanbase qui n'acceptera pas que l'on traite son personnage fétiche ainsi. Et ce n'est pourtant que le début.

 

Photo Glen

Glen. Ou Glenda. On ne sait plus trop à force.

 

AUX LIMITES DU Z

Figurez-vous que Chucky et Tiffany ont un enfant, la poupée Glen, qui pense qu'il est japonais parce qu'il est frappé de la mention Made in Japan. Ils ne connait pas ses parents, morts dans l'opus précédent, et appartient à un ventriloque. Le jour où il voit une émission de télévision relatant le parcours sanglant du couple, il comprend la vérité. Il part donc pour Hollywood et utilise le Coeur de Damballa devant les poupées inertes.

Chucky et Tiffany sont de retour et reprennent leur carnage. Le jeune Glen veut se faire accepter par ses parents mais il y a un problème : Chucky veut un fils et Tiffany, une fille. Il sera donc les deux, Glen et Glenda. Non violent à la base, Glen laissera exploser sa violence au point de faire de l'ombre à Chucky, qui d'ailleurs ne cherche plus à redevenir humain vu qu'il est désormais une poupée célèbre.

 

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Bon, alors, là, c'est chaud, mais c'est très rigolo. En ne gardant que les éléments cruciaux de sa mythologie, le film (enfin réalisé par Don Mancini) fait un gigantesque doigt à la première trilogie. En roue libre, Le Fils de Chucky (2004) est un film très conscient de lui-même et du genre auquel il appartient et, de ce fait, il multiplie les références et les mises en abime.

Outre la critique d'Hollywood, il paye également son tribut aux films fauchés d'Ed Wood (référence à son film Glen or Glenda), utilise Jennifer Tilly  (interprète de Tiffany) dans son propre-rôle, tue John Waters, puis Redman, et dézingue à peu près toutes les conventions. Le résultat est un gros bordel particulièrement jouissif, fauché et bancal, d'un mauvais goût total et donc extrêmement plaisant. Mais le divorce est consommé avec les fans de la première heure et le nouveau concept montre déjà ses limites. Si Chucky veut continuer sa carrière, il va encore devoir changer de visage et de ton.

 

Photo Jennifer Tilly

 

  

RETOUR A LA SOURCE ?

En 2013, La Malédiction de Chucky sort en vidéo, toujours réalisé par Don Mancini à présent maitre absolu de sa propre création. D'emblée, le ton est donné. Exit Glen, exit le second degré foutraque et les références Z : le film est un produit de son époque, qui abandonne progressivement le post-modernisme pour revenir au premier degré, et de ce fait il sera plus sérieux. Changement de personnages aussi puisque cette fois nous suivons Nica Pierce, une jeune femme handicapée (accessoirement interprétée par Fiona Dourif, la fille de Brad Dourif, Chucky donc), qui vit avec sa mère dans un manoir.

 

 

Photo Fiona Dourif

Fiona Dourif, la (vraie) fille de Chucky

 

Un jour, elle reçoit une poupée Good Guy, sans vraiment d'explication. Après que sa mère l'ait jeté à la poubelle, Chucky revient et zigouille la génitrice. Durant la veillée funèbre, Chucky se charge de décimer la famille de la jeune fille qui découvre avec horreur que Charles Lee Ray est l'assassin de son père parce qu'il était amoureux de sa mère enceinte et, pour se venger, lui a planté un couteau dans le ventre, condamnant le bébé à la paralysie. Il s'est ensuite enfui dans un magasin de jouets où il a succombé au milieu des poupées. Accusée des meurtres, Nica est arrêtée et finit en hopital psychiatrique, bien qu'elle clame que c'est la poupée la responsable. Tiffany, humaine (!), apparaît et vole la poupée qu'elle envoie à la jeune Alice pour que Chucky s'incarne à nouveau dans un être humain. 

 

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Oui, Chucky est de retour. Encore.

 

Le changement de ton est radical et après deux gros délires, Don Mancini veut raccorder les wagons et renouer avec la trilogie originale, dont le film est enfin la véritable suite. En effet, cet épisode est riche en révélations puisqu'il dévoile un peu plus les origines du personnage de Charles Lee Ray et surtout pourquoi il était en fuite. On y retrouve aussi Andy Barclay adulte, qui n'a pas oublié ce qu'il a subi étant enfant.

En résulte un film beaucoup plus noir et tendu que les précédents, indispensable pour que la série puisse continuer à exister mais qui, dans sa bonne volonté, reproduit le même schisme que La Fiancée de Chucky en son temps : se mettre à dos une partie de la fanbase, celle qui ne connaissait que le Chucky punk et déconneur. Ce qui est quand même un comble.

 

Brad Dourif

Chucky vous remercie d'avoir lu ce (long) dossier

 

Ce 24 octobre est sorti en DVD et Blu-ray Cult of Chucky alias Le Retour de Chucky, le dernier opus en date. Et il est très bon (notre critique ici) : Don Mancini semble enfin avoir trouvé l'équilibre entre les deux périodes du personnage.

Si Chucky est resté célèbre à travers les années, c'est peut-être parce qu'il a su toujours s'adapter à l'époque dans laquelle il vivait, en n'hésitant jamais à se remettre profondément en question pour continuer à exister. Et on aimerait beaucoup que d'autres boogeymen aient le même réflexe, le genre ne s'en porterait que mieux. Au final, Chucky semble sur la bonne voie et il nous tarde de découvrir ses nouvelles aventures. Et, pourquoi pas, un nouveau changement de ton radical parce que, au fond, tout ça, ce n'est qu'un jeu d'enfant.

 

Affiche française

Affiche

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Photo Cult of Chucky

commentaires

Draven 02/11/2017 à 19:13

La Malédiction De Chucky n'est pas la suite directe de la trilogie d'origine comme vous semblez le mentionner, mais il se situe bel et bien après Le Fils : Jennifer Tilly y joue son propre rôle, mais possédée par Tiffany (oui, c'est très TRES méta), et Chucky mentionne lui-même son histoire avec la famille Tilly lorsqu'il torture Nicca.
Chucky n'a jamais eu qu'une seule continuité, mais par contre à l'heure actuelle, plus de nouvelles de son fils...

Kolby 30/10/2017 à 20:39

Je suis parfaitement d'accord avec prince sur son analyse. La fiancée de Chucky m'a frustré vue les 3 premiers qui m'ont marqué mais la malédiction et le retour de Chucky m'ont vraiment fait comprendre la fiancée et le fils.
A Hollywood qu'est ce qui ne faut pas pour en demander une suite

ats 30/10/2017 à 14:04

pas du tout aimé le dernier film.
pourtant j'aime le coté horreur mal fait des premiers et fun con des autres.
mais celui la est juste pas fini et sans intérêt, il semble se faire hommage en mode série avec une fon trop ouverte.

Prince 30/10/2017 à 10:38

Et bien. C'est la critique originale qui résume le mieux la saga que j'ai lu jusqu'à présent. Il faut voir les films avec patience et attention pour comprendre Chucky. Ce n'est pas évident.
Félicitation.

Goodyear guy 29/10/2017 à 18:41

Pas très bons les trois premiers Chucky? Non mais ça va pas? OK pour le 3 mais le 1 et 2 sont vraiment réussi !

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