American Assassin : Critique à balles réelles

Créé : 20 septembre 2017 - Simon Riaux

Les amateurs d’action à l’ancienne souffrent en notre époque de super-héros proprets. Du coup, on surveillait avec bienveillance l’arrivée d’une possible nouvelle franchise d’espionnage, annoncée comme intense et très portée sur le premier degré. Le résultat est loin d’être à la hauteur (de quoi que ce soit) mais pas déplaisant pour autant. 

 

Affiche
81 réactions

 

SHOOT FIRST, THINK NEVER

Il n’y a pas si longtemps, le cinéma d’espionnage américain s’enferrait dans un cafard bourdonneux nimbé dans un cumulus de doutes existentiels. Jason Bourne reprochait à l’administration d’avoir fait de lui un salaud, Paul Greengrass annonçait à coups de Green Zone l’avènement de l’Etat Islamique, et même James Bond déprimait grave. C’était bien sûr la faute à tous ces progressistes enivrés à l’Obamania, qui ne faisaient rien que culpabiliser le bourrin assoiffé de sang qui sommeille en chacun de nous. Heureusement, Donald Trump est là, et maintenant tout le monde va pouvoir se lâcher.

Premier candidat au poste du retour du refoulé, American Assassin nous propose un réjouissant festival de n’importe quoi, tel qu’on n’en avait plus vu depuis les années 90, une race de films d’action débiles et irresponsables qu’on pensait disparue avec le Dommage collatéral où officiait Arnold Schwarzenegger à coups de hache.

 

Photo Dylan O'Brien

Dylan O'Brien

 

Heureusement, le sympathique Dylan O'Brien ( Le Labyrinthe ), nanti de l’expressivité d’un deltoïde en cours de greffe, voit sa fiancée transformée en sac à viande pendant leurs vacances en Espagne, à cause de vilains terroristes islamistes. Il décide donc de se venger et finit par rejoindre une cellule secrète d’agents travaillant pour le gouvernement américain. Grâce à des recruteurs sans doute un peu déficients d’un point de vue cognitif, ce jeune homme aux allures de pur sociopathe, obsédé à l’idée de tuer le plus de gens barbus possible, incapable de respecter le premier ordre venu et aussi doué pour l’infiltration que Dwayne Johnson pour l’acupuncture, il est envoyé sur le terrain pour renvoyer ad patres une bonne partie de l’Iran, peuplé comme chacun le sait par des myriades de fanatiques en mal de meurtres de masse.

 

Photo Dylan O'Brien, Shiva Negar

Deux agents infiltrés, parfaitement indétectables 

 

BABOULINET S’EN VA EN GUERRE

Par quel miracle cet American Assassin n’est-il pas un pur gloubi-boulga irregardable ? Très paradoxalement, grâce à ses proéminents défauts. Son patriotisme (qui revendique régulièrement une forme de fascisme préventif qui va jusqu’à présenter l’assassinat d’adversaires politiques comme un geste éminemment cool et courageux) est si exacerbé que le métrage verse instantanément dans un ridicule souvent proche de la parodie.

 

Photo Michael Keaton

Michael Keaton

 

Se dégage ainsi de l’ensemble une distanciation forcée pour qui n’est fasciné à l’idée de tuer quiconque ne lui ressemble pas. Un peu comme si le cinéma américain nous offrait un gros shot de distanciation en proposant un remake inattendu de Delta Force. Soit une production qu’on pourra très légitimement juger odieuse, ou si excessive qu’elle engendre immédiatement un recul teinté d’humour chez son public, selon la sensibilité aux sujets abordés.

La dimension kitsch de l’ensemble (le retour de la bombe atomique, les taupes un peu salopes, les mentors virilistes…) passe d’autant mieux que le réalisateur Michael Cuesta, à défaut d’être inventif n’est pas du tout un manche, et emballe même quelques jolies séquences d’action. Qu’il tende vers le – faux plan-séquence – ou découpe très élégamment des bastons physiques et graphiques, American Assassin offre un divertissement brutal plutôt bien troussé techniquement. Ajoutez à cela une bonn etranche de Michael Keaton en mode sortie de route totale, et vous tiendrez la recette (pas super digeste) d'un divertissement plutôt délectable pour qui n'a plus beaucoup de sang dans son alcool.

Le spectateur exigeant y trouvera moult raisons de se crever les yeux, mais quiconque veut l’aborder pour ce qu’il est (un surréaliste n’importe quoi à la gloire de bourreaux convaincus de leur bon droit), pourra se repaître d’une sorte d’OVNI idéologique sorti d’un autre âge.

 

Affiche

 

Résumé

On n'avait pas vu film d'espionnage aussi réactionnaire (pour le dire poliment), bourrin et irresponsable depuis belle lurette. Le résultat crévera les yeux des spectateurs nantis d'une conscience politique, mais devrait divertir gentiment les adeptes du second degré testostéroné.

commentaires

schtroumpfette 29/09/2017 à 21:45

Hélas! Film ennuyeux cent fois vu qui a en plus le mauvais goût de se prendre trop au sérieux. En plus je suis parfaitement insensible au charme de Dylan et la vision de ce film entourée de teenagers gagas de lui n'a probablement pas contribué à améliorer mon opinion ( je précise que je suis une fille et pas un mec jaloux de l'effet que produit cet acteur sur la gent féminine). Je préfère voir un vrai bon vieux nanar. Au moins on rigole.

Atef 21/09/2017 à 22:03

@rarararar: Super Référence !!

rarararar 21/09/2017 à 01:16

Les films de propagandes à la gloire de l'oncle Sam sont toujours un délices à regarder pour qui a un minimum de conscience politique et du recule ... Malheureusement ce n'est pas le cas de 70% des américains qui non jamais vu le monde en dehors de la petite lucarne ou du grand écran et qui gobe tout comme Péta jensen un soir de boulot !!!

atef 20/09/2017 à 23:02

London has fallen était plutôt nauséabond dans le message aussi.

trololllo 17/09/2017 à 11:37

Il y a beaucoup d’action, bien filmée par Michael Cuesta. Elle donne un bon rythme, on ne s'ennuie pas. Les scènes de combat sont nombreuses et dynamiques. L’introduction rappelle des événements réels horribles, le sujet de fond, la vengeance, est donc immédiatement mis en avant par des images chocs. L’histoire fait écho aux inquiétudes actuelles qu'on retrouve aux informations, le film s'ancre donc dans le présent. La mise en scène de la dernière partie est assez spectaculaire.

Les lieux changent souvent et le réalisateur nous fait voyager avec de beaux plans de chaque endroit. Les ambiances diffèrent en fonction des moments, tout en conservant la ligne directrice du stress des agents gouvernementaux qui risquent leur vie à chaque instant.

Les acteurs font un bon travail pour rendre leurs personnages crédibles. On peut cependant regretter que les personnages féminins ne soient pas un peu plus intéressants.
Dylan O'Brien est très convaincant physiquement dans le rôle de Mitch Rapp. Il sait rapidement passer de l’émotion à une colère destructrice, instinctive et sans fin qu’on sent ancrée en lui et qui fait des dégâts bienvenus dans sa profession.

AMERICAN ASSASSIN divertit bien et maintient l'attention. Il ne faut juste pas en attendre un vrai renouveau en terme de scénario par rapport au genre et ne pas s'attarder sur les incohérences. L’action et les acteurs sont les deux points forts de ce film, donc si ces deux éléments constituent la motivation pour le voir, alors il est assez efficace.

stroumpf 16/09/2017 à 00:26

Franchement, c'est tellement déjà vu qu'on s'ennuie. Je préfère encore revoir de vieux Chuck Norris pour rigoler. Je ne trouve même pas que le second degré fonctionne pour ce film.

GOD 15/09/2017 à 16:37

Dylan O'Brien reste trés charismatique je trouve. Moins dans Maze Runner (faute au réa qui ne sait pas diriger c'est acteur, et un peux du scénar), mais excellent dans Teen Wolf (aussi a l'aise dans la comédie que le drame). J'ai vu quelque bout d'extrait, et il a l'air vraiment de porter le film (avec Keaton qui a l'air sacrément en forme).

Ensuite oui....sa a l'air trés con. Mais bon, sa reste assumer, et perso ce genre de films me manque mine de rien (doit étre a cause des blockbuster saturer de CGI au scénar aussi grand qu'un timbre poste).

Bref j'en suis.

Euh! 14/09/2017 à 20:00

Aussi doué pour l’infiltration que Dwayne Johnson pour l’acupuncture!
La petite figure de style qui me fait rire en fin de journée! merci pouce

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