Valerian et la Cité des mille planètes : critique Space Cake

Mise à jour : 13/08/2018 11:46 - Créé : 8 août 2017 - Simon Riaux

Plus gros budget de l’histoire du cinéma français, pensé pour se mesurer au cinéma hollywoodien sur son terrain de prédilection, à savoir la grosse machine estivale, Valerian et la Cité des mille planètes déboule sur nos écrans après des mois de promotion. Après une séquence marketing assourdissante mais par essence schizophrène (de la difficulté de se positionner comme un trublion artisanal et un panzer-blockbuster), la nouvelle création de Luc Besson se dévoile.

 

Photo Dane DeHaan, Cara Delevingne
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SPACE BIG MAC

Après Malavita et Lucy, on craignait que Luc Besson ait totalement renoncé aux ambitions visuelles et technologiques qui furent les siennes depuis le début de sa carrière. Et de ce côté-là, Valerian est indiscutablement une réussite. Le réalisateur, producteur et scénariste le plus en vue de France n’a pas lésiné sur les moyens et cela se sent à chaque instant.

Le boulot accompli par les équipes d’ILM et WETA est de très bonne facture et n’a quasiment jamais à rougir devant le tout-venant du blockbuster américain. Loin de l’indigence technique de ses dernières réalisations, Besson retrouve ici son statut de fer-de-lance d’un cinéma hexagonal ambitieux, décidé à jouer pied à pied avec Hollywood. Et malgré quelques ratés (notamment les incrustations), le gigantesque bestiaire du film tient la dragée haute à une bonne partie de la production nord-américaine.

 

Photo Cara Delevingne"Hey tu l'as vue ma grosse référence à Star trek ? Hein dis ? Tu l'as vue ?"

 

Sans doute conscient que les super productions contemporaines se transforment en boursoufflures ultra-dialoguées, le metteur en scène entend imposer sa patte en la matière. C’est probablement la raison pour laquelle il mène son récit à un rythme infernal et prend le risque de ne jamais laisser souffler le spectateur, embarqué dans une aventure aux innombrables rebondissements. Ce tempo furieux est sans doute le plus grand atout du film, celui qui lui permet de se prémunir contre toute forme d’ennui, tout en soulignant l’extrême générosité du projet, qui s’évertue constamment de renouveler les situations pour divertir son public.

Valerian a bien des défauts, mais jamais celui de jouer les prolongations, ou de laisser le spectateur dans une salle d’attente dialoguée entre deux scènes spectaculaires. Le métrage s’efforce à chaque instant de se réinventer, avec un souci du spectateur bien réel, qu’on aurait tort de balayer d’un revers de la main.

 

PhotoUn bestiaire extrêmement varié

 

TWERKER N’EST PAS JOUER

Hélas, cette recherche d’efficacité, pour effective qu’elle soit, ne peut pas masquer très longtemps les faiblesses de l’ensemble, à commencer par un scénario et une caractérisation des personnages complètement à la ramasse. Entre un jeune dernier dont l’unique motivation demeure une gratification sexuelle hypothétique, un second rôle féminin pensé comme un trophée en combi moulante et une tripotée de stars transformées en vignettes Panini, difficile de s’attacher à qui que ce soit.

Odieux ou transparents, les protagonistes ne sont pas aidés par leurs interprètes. Dane DeHann fait ce qu’il peut, mais semble toujours sur le point de (mal) terminer la digestion d’un burrito, quand Cara Delevingne échoue à transmettre quelque émotion que ce soit, malgré un jeu de sourcils à l’intensité dramatique inédite. La pauvre Rihanna nous rappelle que twerker n’est pas jouer, de la plus embarrassante des manières, et s’avère incapable de faire oublier le cynisme avec lequel son personnage est traité.

 

Photo Rihanna, Dane DeHaan"Merci pour ce moment"

 

Une condition qui illustre un autre problème fondamental de Valerian, à savoir son message. Le blockbuster se voudrait volontiers ouvert, tolérant, voire politique, en cela qu’il adresse clairement la situation des migrants et l’irresponsabilité coupable de l’Occident. Sauf qu’à force de ne représenter les extra-terrestres que sous forme de barbares torturables et sacrifiables à loisir, de prostituées ou de bons sauvages (in fine sauvés par l’homme blanc, qui daigne échanger leur salut contre la promesse d’un bon coït des familles), le métrage en vient à dire précisément le contraire de ce qu’il prétend défendre.

 

LE CHIRURGIEN D’OZ

S’il y a bien un domaine où l’on attendait Valerian, c’était celui de la direction artistique, largement mise en avant durant la promotion du film. Fidèle à son habitude, le cinéaste va piocher dans quantité d’œuvres la plupart des concepts, looks et design de chacune de ses séquences. Une démarche parfaitement respectable, mais qui manque cruellement de cohérence.

 

Photo Cara Delevingne, Dane DeHaan"Mais, tu es sûr pour les lunettes ?"

 

Repiquer ici une scène de La Menace fantôme, après nous avoir précipité (de manière parfaitement gratuite et incompréhensible) dans un marché multidimensionnel à la Mos Esley, avant d’enchaîner sur des œillades à Moebius ou Loisel, pour finir par un climax mollasson qui s’évertue à mettre son Avatar au fond de l’Abyss a quelque chose de joyeusement azimuté, mais aussi de terriblement discordant.

Non seulement ce monde kaléidoscope – dont on ne ressent jamais l’étendue – n’est pas organique, mais il étouffe le matériau d’origine. Valerian et Laureline (éjectée du titre, parce que les femmes fortes c'est bien, mais en arrière-plan) est ainsi condensé dans une poignée d’hommages, le plus souvent tournés en ridicule. Entre le transmuteur chieur de perle, les irritants Doghan-Daguis ou une malheureuse méduse télépathique, surnage la désagréable impression que Besson agite ces quelques références pour les détourner plus que les incarner. En témoigne le ton ultra-léger de l’ensemble, en contradiction totale avec la profonde mélancolie de l’œuvre originale.

 

Photo Cara DelevingneC'est ce qu'on appelle flinguer une adaptation

 

On pourrait décortiquer longuement les aberrations stylistiques de l’ensemble, mais ce serait remuer inutilement le couteau dans la plaie numérique. Ce qui fait de ce produit au demeurant rythmé et jamais ennuyeux, une épine dans le pied de l’amateur de SF, c’est qu’il renvoie le genre à l’époque pré-Star Wars, quand la science-fiction était perçue par une tripotée de producteurs opportunistes comme une sous-culture pour demeurés, qu’il convenait de gaver comme des oies trépanées.

 

photo

 

 

Résumé

S'il a pour lui une générosité et un tempo appréciables, Valerian et la Cité des milles planètes semble écrit par un stagiaire enchaîné à un radiateur et pensé par un adolescent qui aurait trop sniffé de Biactol.

commentaires

lemon 09/08/2018 à 11:43

Ah, vous aviez quand même mis 2 étoiles, généreux... J'ai grandi avec Valerian sur les étagères de BD à la maison et j'ai détesté le film, vous avez tout dit sinon sur les personnages.

Thierry 09/08/2018 à 10:52

C'est dommage. Luc Besson avait matière là à faire au moins trois films. Beaucoup (trop) de choses magnifiques en accumulations qui nous mènent au bord de la nausée. Il aurait fallu écrire un scénario, raconter une histoire plus simple et plus claire, et conjuguer tout cela en Valerian 2, 3, 4. Ceci dit, tout le monde n'est pas à la hauteur d'un James Cameron. :))

rataratra 08/08/2018 à 20:28

Franchement c'est une pure daube une histoire inintéressante , un casting foiré avec des acteurs sans charisme seul les effets spéciaux sauve un peu le film ... Mais il y a quand même deux ou trois bonne idées un effort a était fait sur les espèces extraterrestre et sur le rythme c'est déjà ça . Par contre le choix de ces espèces de vaisseaux tout naze digne d'une série Z là c'est trop pour moi ... on lui donne 10/20 pour l'effort et le coeur que luc besson y a mis

Gemini 08/08/2018 à 20:28

Une bonne production française. Un bon film.

Andarioch 26/07/2018 à 18:46

Pas le meilleur Besson, c'est indéniable, mais c'est globalement assez agréable.
Gaché malheureusement par les pearls au début, caricaturaux et ridiculement mis en scène (on se croirait dans la pire scène d'Arthur, quand la princesse se réveille toute guillerette. Beurk) et une morale à deux balles sur l'amour ânonnée par Adeline sur la fin (ça tue).
Mais bon, entre les deux scènes ça envoie quand même pas mal.

Greg 05/04/2018 à 14:47

N'ayant jamais lu la BD et n'étant pas fan des films récents de Besson, j'ai beaucoup aimé ce Valerian. Un bon film, très beau souvent, pour les enfants et les adultes qui savent qu'on ne peut pas retranscrire la finesse d'une saga de BD dans un film de 2h.

Satan LaTeube 21/11/2017 à 21:12

On est régulièrement dans le trop plein de décors et la laideur ... affreuse. Presque aussi moche que le Seigneur des Anneaux.

Marc-André Miserez 18/08/2017 à 18:59

Allez, on va dire «mission à moitié accomplie». Besson - et cela ne surprendra personne - rend ma-gnifiquement hommage à l’univers visuel de Mézières. Et sa Laureline est très proche de l’originale, même si on l’aurait évidemment préférée rousse. Par contre, la finesse scénaristique (et les dia-logues) de Christin manquent cruellement. Cela dit, on passe quand même un sacré bon moment et on se prend à attendre le prochain. Seulement voilà: Valérian et Laureline est une vraie saga, avec un début, des rebondissements et une fin. Et comme dans «X-Files», il y a des épisodes qui font avan-cer l’intrigue principale et d’autres qui sont des «standalones», sortes d’intrigues secondaires. En choisissant l’un de ceux-là («L’Ambassadeur des Ombres») pour son premier film, Besson n’effleure à aucun moment l’intrigue principale. Rien. Pas même un flashback pour nous dire d’où viennent ses personnages. Parce que non, Laureline n’a pas fait «les grandes écoles». Elle vient d’une forêt du Moyen-Age, ce qui explique en grande partie son caractère rebelle et non-conformiste, dans un futur où par ailleurs les gens sont très formatés. Et Valérian le premier. Bref, si personne n’était probable-ment aussi légitime que Besson pour adapter la saga des deux agents spatio-temporels au cinéma, la version originale est bien plus subtile et plus complexe que ce qu’il est en train d’en faire. Si vous ne connaissez pas la BD, lisez ceci pour vous en convaincre. https://www.swissinfo.ch/fre/par-les-chemins-de-l-espace-et-du-temps/31862660

Prometheus56 18/08/2017 à 08:40

Vu hier en 2D. Visuellement c'est hyper riche et ce dès l'introduction très sympa qui montre le développement de la cité des mille planètes. Certes l'intrigue est prévisible mais c'est surtout le jeu monolithique des acteurs qui m'a gêné tout au long du film. Idem pour les touches d'humour un peu ratées. Ma note : 13/20
Bref je vais me revoir le 5eme élément ;-)

Chris 16/08/2017 à 21:51

Moi ce qui me choque c'est que personne dans les commentaires ne mentionne la performance nanardesque de Rihanna. Perso c'est l'aspect qui m'a le plus marqué dans le film, sa mort est l'une des plus involontairement comiques que j'aie pu voir dans un film.

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