Valerian et la Cité des mille planètes : critique Space Cake

Simon Riaux | 21 décembre 2022
Simon Riaux | 21 décembre 2022

Valerian et la Cité des mille planètes est ce soir à 21h10 sur TF1.

Plus gros budget de l’histoire du cinéma français (197 millions d'euros, soit plus de 230 millions de dollars), pensé pour se mesurer au cinéma hollywoodien sur son terrain de prédilection, à savoir la grosse machine estivale, Valerian et la Cité des mille planètes de Luc Besson a finalement été un désastre entier, qui a mis à terre Besson et EuropaCorp. Après une séquence marketing assourdissante mais par essence schizophrène (de la difficulté de se positionner comme un trublion artisanal et un panzer-blockbuster), l'adaptation des BD de Pierre Christin et Jean-Claude Mézières menée par Dane DeHaan et Cara Delevingne n'a pas vraiment été à la hauteur.

SPACE BIG MAC

Après Malavita et Lucy, on craignait que Luc Besson ait totalement renoncé aux ambitions visuelles et technologiques qui furent les siennes depuis le début de sa carrière. Et de ce côté-là, Valerian est indiscutablement une réussite. Le réalisateur, producteur et scénariste le plus en vue de France n’a pas lésiné sur les moyens et cela se sent à chaque instant.

Le boulot accompli par les équipes d’ILM et WETA est de très bonne facture et n’a quasiment jamais à rougir devant le tout-venant du blockbuster américain. Loin de l’indigence technique de ses dernières réalisations, Besson retrouve ici son statut de fer-de-lance d’un cinéma hexagonal ambitieux, décidé à jouer pied à pied avec Hollywood. Et malgré quelques ratés (notamment les incrustations), le gigantesque bestiaire du film tient la dragée haute à une bonne partie de la production nord-américaine.

 

Photo Cara Delevingne"Hey tu l'as vue ma grosse référence à Star trek ? Hein dis ? Tu l'as vue ?"

 

Sans doute conscient que les super productions contemporaines se transforment en boursoufflures ultra-dialoguées, le metteur en scène entend imposer sa patte en la matière. C’est probablement la raison pour laquelle il mène son récit à un rythme infernal et prend le risque de ne jamais laisser souffler le spectateur, embarqué dans une aventure aux innombrables rebondissements. Ce tempo furieux est sans doute le plus grand atout du film, celui qui lui permet de se prémunir contre toute forme d’ennui, tout en soulignant l’extrême générosité du projet, qui s’évertue constamment de renouveler les situations pour divertir son public.

Valerian a bien des défauts, mais jamais celui de jouer les prolongations, ou de laisser le spectateur dans une salle d’attente dialoguée entre deux scènes spectaculaires. Le métrage s’efforce à chaque instant de se réinventer, avec un souci du spectateur bien réel, qu’on aurait tort de balayer d’un revers de la main.

 

PhotoUn bestiaire extrêmement varié

 

TWERKER N’EST PAS JOUER

Hélas, cette recherche d’efficacité, pour effective qu’elle soit, ne peut pas masquer très longtemps les faiblesses de l’ensemble, à commencer par un scénario et une caractérisation des personnages complètement à la ramasse. Entre un jeune dernier dont l’unique motivation demeure une gratification sexuelle hypothétique, un second rôle féminin pensé comme un trophée en combi moulante et une tripotée de stars transformées en vignettes Panini, difficile de s’attacher à qui que ce soit.

Odieux ou transparents, les protagonistes ne sont pas aidés par leurs interprètes. Dane DeHann fait ce qu’il peut, mais semble toujours sur le point de (mal) terminer la digestion d’un burrito, quand Cara Delevingne échoue à transmettre quelque émotion que ce soit, malgré un jeu de sourcils à l’intensité dramatique inédite. La pauvre Rihanna nous rappelle que twerker n’est pas jouer, de la plus embarrassante des manières, et s’avère incapable de faire oublier le cynisme avec lequel son personnage est traité.

 

Photo Rihanna, Dane DeHaan"Merci pour ce moment"

 

Une condition qui illustre un autre problème fondamental de Valerian, à savoir son message. Le blockbuster se voudrait volontiers ouvert, tolérant, voire politique, en cela qu’il adresse clairement la situation des migrants et l’irresponsabilité coupable de l’Occident. Sauf qu’à force de ne représenter les extra-terrestres que sous forme de barbares torturables et sacrifiables à loisir, de prostituées ou de bons sauvages (in fine sauvés par l’homme blanc, qui daigne échanger leur salut contre la promesse d’un bon coït des familles), le métrage en vient à dire précisément le contraire de ce qu’il prétend défendre.

 

PhotoCe rêve bleu

 

LE CHIRURGIEN D’OZ

S’il y a bien un domaine où l’on attendait Valerian, c’était celui de la direction artistique, largement mise en avant durant la promotion du film. Fidèle à son habitude, le cinéaste va piocher dans quantité d’œuvres la plupart des concepts, looks et designs de chacune de ses séquences. Une démarche parfaitement respectable, mais qui manque cruellement de cohérence.

 

Photo Cara Delevingne, Dane DeHaan"Mais, tu es sûr pour les lunettes ?"

 

Repiquer ici une scène de La Menace fantôme, après nous avoir précipités (de manière parfaitement gratuite et incompréhensible) dans un marché multidimensionnel à la Mos Eisley, avant d’enchaîner sur des œillades à Moebius ou Loisel, pour finir par un climax mollasson qui s’évertue à mettre son Avatar au fond de l’Abyss a quelque chose de joyeusement azimuté, mais aussi de terriblement discordant.

Non seulement ce monde kaléidoscope – dont on ne ressent jamais l’étendue – n’est pas organique, mais il étouffe le matériau d’origine. Valerian et Laureline (éjectée du titre, parce que les femmes fortes c'est bien, mais en arrière-plan) est ainsi condensé dans une poignée d’hommages, le plus souvent tournés en ridicule. Entre le transmuteur chieur de perle, les irritants Doghan-Daguis ou une malheureuse méduse télépathique, surnage la désagréable impression que Besson agite ces quelques références pour les détourner plus que les incarner. En témoigne le ton ultraléger de l’ensemble, en contradiction totale avec la profonde mélancolie de l’œuvre originale.

 

Photo Cara DelevingneC'est ce qu'on appelle flinguer une adaptation

 

On pourrait décortiquer longuement les aberrations stylistiques de l’ensemble, mais ce serait remuer inutilement le couteau dans la plaie numérique. Ce qui fait de ce produit au demeurant rythmé et jamais ennuyeux, une épine dans le pied de l’amateur de SF, c’est qu’il renvoie le genre à l’époque pré-Star Wars, quand la science-fiction était perçue par une tripotée de producteurs opportunistes comme une sous-culture pour demeurés, qu’il convenait de gaver comme des oies trépanées.

 

photo

Résumé

S'il a pour lui une générosité et un tempo appréciables, Valerian et la Cité des milles planètes semble écrit par un stagiaire enchaîné à un radiateur et pensé par un adolescent qui aurait trop sniffé de Biactol.

Autre avis Geoffrey Crété
Il y a de l'ambition et de la générosité dans Valerian et la Cité des mille planètes, qui fait de l'œil à une certaine idée du divertissement old school. Mais l'intrigue est tellement simple, les héros tellement fades, et l'humour si peu inspiré, que l'aventure manque de folie et de magie.
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Lecteurs

(3.1)

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commentaires
Fred111
24/12/2022 à 09:39

Difficile de faire plus pénible malgré le budget faramineux et l’enchaînement des scènes d’action ad nauseam. Au bout de quelques minutes de projection je me suis détaché du film, et c’était fini. Je ne me souviens d’aucune scène, sauf celle du marché virtuel, incompréhensible et sans intérêt. Les acteurs sont pathétiques. A oublier d’urgence. Dommage car la BD est extraordinaire.

Cidjay
23/12/2022 à 09:31

@Hellstorm : C'est Vrai j'avoue, Hollywood m'a envoyé un gros chèque pour que je dise du mal du film... c'était marqué sur le chèque 10000 dollars de la part d'Hollywood.
On l'a tous reçu ici n'est-ce pas ?
Et le plus garve, c'est qu'ils le font à chaque nouveau Besson !

K-tastrof
22/12/2022 à 23:25

J'ai bien aimé les 20 premières minutes.

Hellstorm
22/12/2022 à 20:26

Pas Une Seule critique ne sait justifier ce lynchage gratuit, ne cherchez pas, Aucune!!! Hollywood a voulu détruire EuropaCorp, et les moutons se sont jetés dans le gouffre.

@tlantis
22/12/2022 à 19:49

Si le film avait deux vrai acteurs il aurait été surment mieux

Cidjay
22/12/2022 à 17:45

Ce film est un énorme nanard.
je passe le côté technique, plutôt correct sans être incroyable.
Mais l'adaptation en tant que telle est juste loupé. La faute principalement à ses deux protagonistes principaux dont le casting est complètement loupé.
les deux acteurs manquant cruellement de "chien" (oui cette expression de boomer existe encore), ils sont beaucoup trop jeunes et lisses.
Et les incohérence du scénario ferait passer les films de Paul W.S. Anderson pour du Shakespeare.
Pire Besson ever, Caca/20

Rastan999
22/12/2022 à 17:00

Comme le dit Winslow, il vaut mieux voir Valérian que les 3 derniers star wars. Un: l’histoire est originale, deux les effets spéciaux sont au top, trois on ne nous prend pas pour des pompes à frics.

Après, je crois que ce qui a tué le film c’est la déception face à la grande attente qu’il a suscité. Les acteurs et le ton du film sont pour beaucoup dans cela.

Picasso sensei
22/12/2022 à 12:07

C'est le genre de film auquel il faut un reboot par un del toro ou un frère russo.

Kast
22/12/2022 à 09:45

Deux fantômes qui marchent sur des tapis roulants devant des fonds verts

CpasPossib!!
21/12/2022 à 21:25

Quand je commence un film, je le finis.
SAUF....pour Sucker Punch et Valerian...

Ces 2 films sont des purges sans nom..
J'ai pas pu aller jusqu'au bout...

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