Valerian et la Cité des mille planètes : critique Space Cake

Simon Riaux | 26 juin 2018 - MAJ : 30/06/2019 22:47
Simon Riaux | 26 juin 2018 - MAJ : 30/06/2019 22:47

Plus gros budget de l’histoire du cinéma français, pensé pour se mesurer au cinéma hollywoodien sur son terrain de prédilection, à savoir la grosse machine estivale, Valerian et la Cité des mille planètes déboule sur nos écrans après des mois de promotion. Après une séquence marketing assourdissante mais par essence schizophrène (de la difficulté de se positionner comme un trublion artisanal et un panzer-blockbuster), la nouvelle création de Luc Besson se dévoile.

 

SPACE BIG MAC

Après Malavita et Lucy, on craignait que Luc Besson ait totalement renoncé aux ambitions visuelles et technologiques qui furent les siennes depuis le début de sa carrière. Et de ce côté-là, Valerian est indiscutablement une réussite. Le réalisateur, producteur et scénariste le plus en vue de France n’a pas lésiné sur les moyens et cela se sent à chaque instant.

Le boulot accompli par les équipes d’ILM et WETA est de très bonne facture et n’a quasiment jamais à rougir devant le tout-venant du blockbuster américain. Loin de l’indigence technique de ses dernières réalisations, Besson retrouve ici son statut de fer-de-lance d’un cinéma hexagonal ambitieux, décidé à jouer pied à pied avec Hollywood. Et malgré quelques ratés (notamment les incrustations), le gigantesque bestiaire du film tient la dragée haute à une bonne partie de la production nord-américaine.

 

Photo Cara Delevingne"Hey tu l'as vue ma grosse référence à Star trek ? Hein dis ? Tu l'as vue ?"

 

Sans doute conscient que les super productions contemporaines se transforment en boursoufflures ultra-dialoguées, le metteur en scène entend imposer sa patte en la matière. C’est probablement la raison pour laquelle il mène son récit à un rythme infernal et prend le risque de ne jamais laisser souffler le spectateur, embarqué dans une aventure aux innombrables rebondissements. Ce tempo furieux est sans doute le plus grand atout du film, celui qui lui permet de se prémunir contre toute forme d’ennui, tout en soulignant l’extrême générosité du projet, qui s’évertue constamment de renouveler les situations pour divertir son public.

Valerian a bien des défauts, mais jamais celui de jouer les prolongations, ou de laisser le spectateur dans une salle d’attente dialoguée entre deux scènes spectaculaires. Le métrage s’efforce à chaque instant de se réinventer, avec un souci du spectateur bien réel, qu’on aurait tort de balayer d’un revers de la main.

 

PhotoUn bestiaire extrêmement varié

 

TWERKER N’EST PAS JOUER

Hélas, cette recherche d’efficacité, pour effective qu’elle soit, ne peut pas masquer très longtemps les faiblesses de l’ensemble, à commencer par un scénario et une caractérisation des personnages complètement à la ramasse. Entre un jeune dernier dont l’unique motivation demeure une gratification sexuelle hypothétique, un second rôle féminin pensé comme un trophée en combi moulante et une tripotée de stars transformées en vignettes Panini, difficile de s’attacher à qui que ce soit.

Odieux ou transparents, les protagonistes ne sont pas aidés par leurs interprètes. Dane DeHann fait ce qu’il peut, mais semble toujours sur le point de (mal) terminer la digestion d’un burrito, quand Cara Delevingne échoue à transmettre quelque émotion que ce soit, malgré un jeu de sourcils à l’intensité dramatique inédite. La pauvre Rihanna nous rappelle que twerker n’est pas jouer, de la plus embarrassante des manières, et s’avère incapable de faire oublier le cynisme avec lequel son personnage est traité.

 

Photo Rihanna, Dane DeHaan"Merci pour ce moment"

 

Une condition qui illustre un autre problème fondamental de Valerian, à savoir son message. Le blockbuster se voudrait volontiers ouvert, tolérant, voire politique, en cela qu’il adresse clairement la situation des migrants et l’irresponsabilité coupable de l’Occident. Sauf qu’à force de ne représenter les extra-terrestres que sous forme de barbares torturables et sacrifiables à loisir, de prostituées ou de bons sauvages (in fine sauvés par l’homme blanc, qui daigne échanger leur salut contre la promesse d’un bon coït des familles), le métrage en vient à dire précisément le contraire de ce qu’il prétend défendre.

 

LE CHIRURGIEN D’OZ

S’il y a bien un domaine où l’on attendait Valerian, c’était celui de la direction artistique, largement mise en avant durant la promotion du film. Fidèle à son habitude, le cinéaste va piocher dans quantité d’œuvres la plupart des concepts, looks et design de chacune de ses séquences. Une démarche parfaitement respectable, mais qui manque cruellement de cohérence.

 

Photo Cara Delevingne, Dane DeHaan"Mais, tu es sûr pour les lunettes ?"

 

Repiquer ici une scène de La Menace fantôme, après nous avoir précipité (de manière parfaitement gratuite et incompréhensible) dans un marché multidimensionnel à la Mos Esley, avant d’enchaîner sur des œillades à Moebius ou Loisel, pour finir par un climax mollasson qui s’évertue à mettre son Avatar au fond de l’Abyss a quelque chose de joyeusement azimuté, mais aussi de terriblement discordant.

Non seulement ce monde kaléidoscope – dont on ne ressent jamais l’étendue – n’est pas organique, mais il étouffe le matériau d’origine. Valerian et Laureline (éjectée du titre, parce que les femmes fortes c'est bien, mais en arrière-plan) est ainsi condensé dans une poignée d’hommages, le plus souvent tournés en ridicule. Entre le transmuteur chieur de perle, les irritants Doghan-Daguis ou une malheureuse méduse télépathique, surnage la désagréable impression que Besson agite ces quelques références pour les détourner plus que les incarner. En témoigne le ton ultra-léger de l’ensemble, en contradiction totale avec la profonde mélancolie de l’œuvre originale.

 

Photo Cara DelevingneC'est ce qu'on appelle flinguer une adaptation

 

On pourrait décortiquer longuement les aberrations stylistiques de l’ensemble, mais ce serait remuer inutilement le couteau dans la plaie numérique. Ce qui fait de ce produit au demeurant rythmé et jamais ennuyeux, une épine dans le pied de l’amateur de SF, c’est qu’il renvoie le genre à l’époque pré-Star Wars, quand la science-fiction était perçue par une tripotée de producteurs opportunistes comme une sous-culture pour demeurés, qu’il convenait de gaver comme des oies trépanées.

 

photo

 

 

Résumé

S'il a pour lui une générosité et un tempo appréciables, Valerian et la Cité des milles planètes semble écrit par un stagiaire enchaîné à un radiateur et pensé par un adolescent qui aurait trop sniffé de Biactol.

Autre avis Geoffrey Crété
Il y a de l'ambition et de la générosité dans Valerian et la Cité des mille planètes, qui fait de l'œil à une certaine idée du divertissement old school. Mais l'intrigue est tellement simple, les héros tellement fades, et l'humour si peu inspiré, que l'aventure manque de folie et de magie.

commentaires

KEVIN DIOLES
30/07/2019 à 15:35

Malgré cet essaie raté dans le genre STAR WARS/ AVATAR je tiens a dire BRAVO A LUC BESSON POUR LE GRAND BLEU/NIKITA/LEON/JEANNE DARC. NOTE DU FILM VALÉRIAN: 6/10

KEVIN DIOLES
30/07/2019 à 14:52

VALERIAN : Super! les MUPPETS version digital aux multiples scènes ou l'on invite plusieurs stars pour attirer le public en salle est sortit en 2017 en France. Dans le ROI LION Disney fait chier une girafe pour une histoire de poil de Simba incrusté dans de la bouse se mettant à voler vers son destinataire.LUC BESSON peut etre fière, car Disney à copier sa bestiole qui nous chie des perles. Quel belle idée! Espérons que PETER JACKSON mêle cette trouvaille dans TINTIN 2 ou l'on verra MILOU nous chier la solution de l’énigme du film. BREF! LES 15 PREMIERES MINUTES DE VALERIAN SONT SUPERBES, mais ensuite cela ce gate avec l'entrée de nos deux héros du film . D'une incroyable fadeur, refroidissant le film avec un jeu d'acteur sur une romance big bisous bisounours. VALERIAN est un film aux succession de nombreuse scènes dynamiques très rapides ou notre mémoire à du mal à tout enregistrer, si bien qu'à partir d'un moment on s'en lasse. LUC BESSON EST COURAGEUX CAR IL ETAIT OMNIPRÉSENT SUR LE FILM, MAIS IL AURAIT DU SE FAIRE AIDER PAR DIVERS DÉPARTEMENTS CINÉMATOGRAPHIQUE

Véra Cité
02/07/2019 à 08:09

J'ai essayé à maintes reprises de le visionner 1 fois, 2 fois, 3 fois, impossible d'accrocher. Je ne suis pas allé au delà d'1 demie-heure.

Fax
28/06/2019 à 12:07

Je suis assez d'accord avec M. Riaux, mais ce film est l'un des rares sur lequel j'arrive à porter un regard clair et porter un "J'aime/J'aime pas"
L'image est superbe et j'aime l'action quasi non-stop.
Et si je dois comparer des films de SF comme les derniers Star Wars et Valerian, est bien je préfère de très loin ce dernier.

Miami81
27/06/2019 à 12:31

Perso, je suis assez d'accord sur la critique (hormis l'histoire sur le titre. de mémoire, la BD ne mentionnait que Valerian et puis le titre était déjà bien assez long comme ça).
Besson a été très (trop) généreux sur le film.
Pour moi, le film a principalement 2 problèmes : d'abord son époque. Il se base sur une œuvre inconnue à l'étranger et à l'heure des Marvel et autres suites, mettre autant d'argent là-dessus était un pari extrêmement risqué (Besson ou pas, il faut qd même étudier le marché). A la poursuite de demain, pourtant excellent s'est aussi planté les dents pour les mêmes raisons.
2ème défaut : le casting. Mettre autant d'argent pour mettre comme interprète principal des acteurs avec aussi peu de charisme.... ca laisse rêveur.... Est ce qu'il y avait un directeur de casting ou Luc Besson a t il autant de pouvoir qu'il décide de tout en dépis du bon sens?
Certes il a révélé un paquet de bons acteurs, mais ils avaient vraiment quelque chose.... là, franchement, il ne se passe rien.
Je ne critiquerait pas le scénario. il y a bien d'autres films qui ont du succès sans scénario.
Juste, l'impression que j'ai eu en le visionnant est qu'au final, le film ne m'avait donné aucun sentiment de plaisir.... juste un gros blockbuster, généreux, mais sans âme.

Simon Riaux - Rédaction
27/06/2019 à 11:39

@Marc

Europacorp était dans une situation financière compliquée depuis plusieurs années.
C'est finalement une équation assez simple. Quand on dépense plus qu'on ne gagne, bah y a plus de sous.

Peu importe que cette mécanique résulte de l'exploitation négative de plusieurs petits films ou d'un gros. Et dites vous qu'un blockbuster qui fonctionne rien réalise rarement 500 millions de bénéfices. Alors un Taxi...

Marc
27/06/2019 à 11:36

La question que je me pose comment un seul film peux mettre le studio en péril !? je parle pas des histoires privé de Besson ...avec tous les films comme Taxi qui ont du rapporter quelques 500 de million de dollars. Si un rédacteur de l'ECRAN LARGE pourrai m'expliquer sa me dépasse
Le GRAND BLEU, LEON les meilleurs films d'un réalisateur géniale ambitieux passionné du cinéma.

Mr Vide
27/06/2019 à 10:53

"rythmé et jamais ennuyeux" c'est pas déjà suffisant comparé à d'autres films de divertissement qui sont lent et ennuyeux ?

" l'intrigue est tellement simple, les héros tellement fades, et l'humour si peu inspiré, que l'aventure manque de folie et de magie." Comme les derniers Starwars non?

Rudy Mako
27/06/2019 à 04:33

Des acteurs désossés. Un charisme inexistant. Faut voir les héros, on dirait deux puceaux qui débarquent à une orgie, complètement NERD, bleus, inexpérimentés

Rudy Mako
27/06/2019 à 04:30

Un film cinématographiquement nu. Ce qui est très rare chez Besson

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